CHAPITRE XXXI
Hier, réTolution po]îti({iie ; demain réYolation sociale.
Tarin, 1862.
Pendant mon voyage à Florence» à Bologne et dans ritalie méridionale (printemps 1861) j'ai recueilli des impressions qui ont modifié singulièrement mes idées sur Tavenir de Fltalie, et je suis revenu plus convaincu que jamais des difficultés de son ùnificatioti. La mort de Cavour, survenue peu de mois après, a profondément affecté les espérances du parti italien honnête, en renversant le dernier rempart qui séparait le mouvement national et monarchique de la révolution.
Pour bien comprendre cette idée, il faut se rendre compte de Tétai social actuel des provinces italiennes et suivre la marche que la révolution a faite dans les esprits.
Ce n'est pas en Autriche seulement que Ton re-
trouve les vestiges de la féodalité. La grande propriété domine dans toute la péninsule : en Lombardie, dans le royaume de Naples, dans les États de l'Église, le sol est presque exclusivement entre les mains des couvents et de quelques familles aristocratiques. Bien que les progrès du siècle et les idées égalitaires n'aient pas pénétré fort avant dans ces populations nonchalantes , on ne peut nier cependant qu'un instinct vague d'envie et de haine, ou, si Ton aime mieux , pour parler la langue moderne, le sentiment mal compris de la dignité individuelle et de ses droits, ne commence à envahir l'esprit du prolétaire en Italie.
Jusqu'ici, un seul courant a entraîné les forces vives de la nation ; toute l'énergie, Tintelligence, l'ardeur, ont été dirigées vers un but unique : c( délivrance de l'Italie du joug et de la présence de l'étranger, constitution du pays en État ou en États italiens, avec exclusion de toute ingérence ou protection étrangère. » Ces aspirations, très-discutables sans doute au point de vue des intérêts français, seraient vraiment légitimes, s'il s'agissait seulement, en effet, de résister à une domination étrangère et d'accomplir une révolution politique. Mais là ne s'arrête pas Tentreprise, il ne faut pas se le dissimuler ; si, dans le début, elle a été habilement dirigée par le gouvernement, aujourd'hui c'est d'en bas que partent l'impulsion et les ordres. Je veux accorder une satisfaction à Tamonr-propre piémontais en disant que c'est à l'initiative seule de Turin, à ses soldats
gentilshommes, jaloux de venger Novare, que Ton doit le premier acte du drame : « la Lombardie libre. » Je feindrai même d'ignorer que la France y ait joué le plus petit rôle. Mais, à coup sûr, ce ne sera ni à la cour militaire, ni dans le cabinet piémontais, qu'il faudra chercher, par la suite, la direction des mouvements qui ont suivi.
Dans l'annexion des duchés, dans la conquête si étrange du royaume de Naples, dans la prise de possession des Marches et de l'Ombrie, vous, ne trouverez partout qu'un seul agent actif, agent moteur : « l'élément révolutionnaire. »
Qu'on la nomme Jeune Italie^ sociétés secrètes, volontaires et Garibaldi, sectaires et Mazzini, qu'importe! cette force nouvelle agit d'elle-même, en dehors de Tautorité royale et du pouvoir gouvernant.
Aujourd'hui, l'État n'est plus le maître, il suit le courant, il obéit. Toutefois, comme en lui résident encore la puissance organisée, le prestige monarchique, rien ne sera plus facile que de consacrer le fait et de transformer en conquêtes officielles les coups de main habiles et les escamotages d'un parti.
Mais qu'on y songe, la cause primitive, mystérieuse, la force véritable est toujours là, tantôt muette, tantôt menaçante, et le jour approche où il faudra compter avec elle. Une fois déchaîné, cet élément rentrera difficilement dans ses bornes. Voilà le ilanger de lui avoir permis de s'étendre et de n'avoir [)as circonscrit dans des limites raisonnables un auxiliaire aussi dangereux.
trouve les vestiges de la féodalité. La grande propriété domine dans toute la péninsule : en Lombardie, dans le royaume de Naples, dans les États de PÉglise, le sol est presque exclusivement entre les mains des couvents et de quelques familles aristocratiques. Bien que les progrès du siècle et les idées égalitaires n'aient pas pénétré fort avant dans ces populations nonchalantes, on ne peut nier cependant qu'un instinct vague d'envie et de haine, ou, si Ton aime mieux , pour parler la langue moderne, le sentiment mal compris de la dignité individuelle et de ses droits, ne commence à envahir l'esprit du prolétaire en Italie.
Jusqu'ici, un seul courant a entraîné les forces vives de la nation ; toute l'énergie, l'intelligence, l'ardeur, ont été dirigées vers un but unique : « délivrance de l'Italie du joug et de la présence de l'étranger, constitution du pays en État ou en États italiens, avec exclusion de toute ingérence ou protection étrangère. » Ces aspirations, très-dîscutables sans cloute au point de vue des intérêts français, seraient vraiment légitimes, s'il s'agissait seulement, en effet, de résister à une domination étrangère et d'accomplir une révolution politique. Mais là ne s'arrête pas l'entreprise, il ne faut pas se le dissimuler ; si, dans le début, elle a été habilement dirigée par le gouvernement, aujourd'hui c'est d'en bas que partent rimpulsion et les ordres. Je veux accorder une satisfaction à l'amonr-propre piémontais en disant que c'est à l'initiative seule de Turin, à ses soldats
gentilshommes, jaloux de venger Novare, que Ton doit le premier acte du drame : « la Lombardie libre. » Je feindrai même d'ignorer que la France y ait joué le plus petit rôle. Mais, à coup sûr, ce ne sera ni à la cour militaire, ni dans le cabinet piémontais, qu'il faudra chercher, par la suite, la direction des mouvements qui ont suivi.
Dans l'annexion des duchés, dans la conquête si étrange du royaume de Naples, dans la ptise de possession des Marches et de l'Ombrie, vous, ne trouverez partout qu'un seul agent actif, agent moteur : « l'élément révolutionnaire. »
Qu'on la nomme Jeune Italie^ sociétés secrètes, volontaires et Garibaldi, sectaires et Mazzini, qu'importe ! celte force nouvelle agit d'elle-même, en dehors de Tautorité royale et du pouvoir gouvernant.
Aujourd'hui, l'État n'est plus le maître, il suit le courant, il obéit. Toutefois, comme en lui résident encore la puissance organisée, le prestige monarchique, rien ne sera plus facile que de consacrer le fait et de transformer en conquêtes officielles les coups demain habiles et les escamotages d'un parti.
Mais qu'on y songe, la cause primitive, mystérieuse, la force véritable est toujours là, tantôt muette, tantôt menaçante, et le jour approche oit il faudra compter avec elle. Une fois déchaîné, cet élément rentrera difficilement dans ses bornes. Voilà le ilanger de lui avoir permis de s'étendre et de n'avoir pas circonscrit dans des limites raisonnables un auxiliaire aussi dangereux.