CHAPITRE VI
Sommaire : L'émigration se transporte à Coblentz. — Menaces des èai* grés. — Fuite des tantes du Roi. — Maladie du Roi. — Le 28 février. Loi proposée sur l'émigration. — Maladie de Mirabeau. — Sa mort.— Ses obsèques.
Les mois qui suivent la fête de la Fédération ne tiennent pas les promesses qu'avait fait concevoir Tivresse universelle soulevée par cette cérémonie. Les troubles matériels augmentent, le trouble des esprits s'accentue. Des bruits singuliers recommencent à se répandre sur les projets de la cour, Témigration devient un objet de haine et d*horreur pour le peuple :
« Tout est tranquille pour le moment, mande Edmond, mais on craint une explosion prochaine dans Paris ou sur les frontières. Le Roi est triste, inq[viet, rêveur. Mme Louis XVI est au contraire gaie et pleine d enjouement. L'on parle d'un voyage du Roi à Compiègne ou à Fontainebleau. L'on a arrêté sur les frontières du département du Nord des voitures aux a^ moiries du Roi (car il en a malgré le décret. Le Roi
a-t-il donc au-dessus des lois? Hélas oui!), remîs d'armes et de munitions pour les émigrés. Ceux . ne sont pas des bêtes ou des Parisiens ne doutent «t qu'il n'existe une correspondance secrète entre 20ur et les princes fugitifs. »
-.es premiers émigrés, qui se sont établis à Turin is la conduite du comte d'Artois, n'ont pas réussi is leurs desseins, et leurs efforts pour soulever le li de la France sont restés infructueux, découragée par son insuccès, l'émigration se résout transporter le centre de ses opérations dans un Iroit qu'elle suppose devoir lui être plus favorable 3Ù il lui sera plus facile de solliciter et d'obtenir Dpui des puissances. Elle s'établit à Coblentz, dans territoire de l'électeur de Trêves et elle s'organise litairement sous le commandement du prince de idé pour marcher en tête des armées étrangères à conquête de la France rebelle.
i. partir de ce moment le mouvement d'émigran s'accentue en France d'une façon inquiétante. Ce st pas que la situation soit plus troublée ni les igers que l'on court plus pressants, mais la mode n mêle et il devient de bon ton d'aller grossir le libre, de ceux qui attendent à l'étranger le retour minent 'de l'ancien ordre de choses. L'on court c armes contre son pays comme si l'on courait à 3Complissement du devoir le plus sacré. On monte carrosse au sortir de l'Opéra et l'on part gaiement
pour Coblentz, muni (l*un mince bagage. Qu* estbesoin dVmporter tant de choses pour une si cour absence? C'est à peine si Ton dit adieu à ses amis. 1 retour ne doit-il pas être prochain?
Beaucoup ne devaient jamais revoir leur^ patrii les autres n'y devaient rentrer que vingt-trois ans pli tard.
Cependant ces rassemblements sur la frontière c royaume commençaient à devenir gênants; on lei prêtait, non sans motifs, des projets menaçants l'imagination populaire les exagérait encore. La pr sence du frère même du Roi à la tête des émigr rendait singulièrement suspecte l'attitude de Louis X^ On le soupçonnait, ainsi que toute la famille royj d'entretenir des correspondances avec Tétranger d'abuser le peuple par une attitude hypocritemf satisfaite, alors que par-dessous mains il se prépar par tous les moyens à rejoindre Coblentz.
Ces bruits prirent encore plus de consistance lo qu'en février 1791 l'on apprit que les tantes Roi, Mmes Victoire et Adélaïde, estimant le salut, leur âme compromis en France, projetaient de qui Paris et de se retirer à l'étranger. Aussitôt Témoi grand et les nouvelles les plus invraisemblables < culent : Mesdames doivent enlever le Dauphin d un fond de voiture, un autre enfant de son âge et même figure lui sera substitué ; deux mille geni hommes doivent accompagner les fugitives à la fr(
ti^; ce déjpart, dit-on, n'est que le prélude d'autres plus graves. Les uns veulent s'opposer à l'exéculion de ces projets, et de ce nombre sont les districts*, la municipalité, le Club des Jacobins, les dames de la Halle, etc. ; d'autres ne conçoivent pas comment on peut retenir les princesses malgré elles, et leur donner Jes fers quand la Nation brise les siens. Enfin rien le venant confirmer les intentions prêtées à Mesdames, le bruit s'apaise.
Tout à coup la nouvelle se répand qu'elles ont quitté Paris ftirtivement et gagné l'étranger, que Monsieur allait les suivre lorsqu'il a été arrêté sortant de chez la comtesse de Balbi, sa maîtresse, à laquelle il venait de faire ses adieux. On dit hautement que les tantes du Roi emmènent le Dauphin, et qu'elles empoitent des millions. La populace s'ameute, la garde nationale prend les armes, l'émotion [la plus vive règne dans la capitale.
a 20 février 1791.
, (( Mesdames sont enfin parties la nuit du samedi, écrit Teiyier; elles ont fort bien fait de prendre le devant, car les dames de la Halle se proposaient d'aller
1. Avant 1789, Paris était partagé en 21 quartiers. Le 23 avril 1789, un Règlement divise la ville en 60 arrondissements ou districts. La loi du 27 juin 1790 substitue aux districts 48 sections. Ces sections établissent entre elles des communications actives et rapides et deviennent un des plus puissants éléments de la Révolution.
les joindre dimanche à leur château de Bellevu< les accompagner sous bonne escorte à celui de leries. Ceux qui voient partout des projets de c révolution prétendent que ce départ n'est qu'ui lude, que Monsieur va bientôt demander d*all( eaux, que la Reine avec le Dauphin prétextera ( faire un tour à Fontainebleau, qu ainsi toute mille royale s'évadera successivement.
« Vannes vient de voir une autre Saint-Barthé le fanatisme plane sur toute la France, chercha il pourra allumer son flambeau incendiaire a sacré de nos autels*. »
« On n'attache autant d'importance à la fui!
tantes du Uoi, écrit Edmond de son côté, que j crainte d'émigrations plus dangereuses ; on a bie son de les redouter : je ne vois que ce moyen de ce révolution qui puisse être efficace. Je ne crois pa le Roi soit sincèrement dans les sentiers de la lution. Au reste, on s'attend que les tantes auron contré bien des obstacles sur leur chemin, et qi auront peut-être rebroussé, o
En effet. Mesdames avaient pris la route d'J mais elles furent arrêtées par la municipalité nay-le-Duc et gardées à vues jusqu'à ce que l'Ai
1. Les paysans bretons, excités par les prédications du venaient de se soulever; ils marchèrent sur Vannes, n garde nationale leur barra le chemin et en tua un assez nombre ,
blée eût statué sur leur sort. La délibération fut longue et orageuse; Mirabeau demandant d'une voix hautaine quelle loi s'opposait au voyage des princesses, un député lui répondit gravement : a Le salut du peuple! » Menou eut l'esprit de mettre un terme à la discussion en s' écriant : « L'Europe sera bien étonnée quand elle saura qu'une grande assemblée a mis plusieurs jours à décider si deux vieilles femmes entendraient la messe à Rome ou à Paris ! »
Les tantes du roi furent remises en liberté, mais leur départ fut regardé par l'arislocralie comme le signal d'une émigration générale ; à partir de ce moment, les roules de l'étranger se couvrent de fugitifs.
Lorsqu'on avait connu le départ de Mesdames, la foule s'était portée au Luxembourg, où résidait Monsieur. Le prince protesta de ses intentions, assura qu'on le soupçonnait à tort de vouloir s'éloigner de Paris et il fit le serment de ne point quitter le roi. Le peuple, que les exemples du passé rendaient peu confiant, força Monsieur à venir s'établir aux Tuileries pour partager la semi-captivité de Louis XVI. , A partir de ce moment, la surveillance redouble autour du malheureux roi. Cependant sa popularité n'a pas encore subi d'irrémédiables atteintes; au fond, il est aimé dans le peuple, où on le croit animé des meilleurs sentiments. En mars i79i, il tombe malade, et la plus vive inquiétude se manifeste dans la population. Son rétablissement provoque une allégresse gé-
nérale et le peuple témoigne son bonheur par d'étonnantes manifestations. Edmond mande à son père :
« Les illuminations que Ton fit dimanche dernier furent beaucoup troublées par un vent et de la pluie qui tomba après plus de trois semaines de sec. C'est dommage; les habitants étaient très portés à illuminer pour marquer leur joie de ce que le roi, qui esl chéri ici, et que l'on doit aussi chérir dans tous les départements, avait recouvré heureusement la santé. «
Les derniers incidents auxquels nous venons de faire allusion et les conséquences qu'ils ont provoquées dans la noblesse du royaume font demander des mesures de répression contre l'émigration. Une loi* esi proposée à l'Assemblée. Pendant qu'on la discute, surviennent de graves événements :
Le 28 février, le peuple excité, dit-on, par 4e duc d'Orléans, se porte au donjon de Vincennes, où se trouvent de nombreux prisonniers, et l'attaque. La Fayette accourt et rétablit Tordre. En même temps une émeute éclate aux Tuileries. Beaucoup de nobles s'y sont réunis, armés de poignards, pour défendre le roîj disent-ils, dont la vie est menacée. La garde nationale les désarme et les arrête, ' non sans une lutte des plus vives. Le bruit court qu'ils ont voulu enlever Louis XVI, et on les surnomme les Chevaliett du Poignard, Ces manifestations armées de la noblesse surexcitent l'imagination populaire ; l'émotion esta son comble.
^(( La journée du 28, écrit Terrier, a causé une fer-* enlation qui n'est pas encore apaisée. Chacun en tire t s conséquences plus ou moins sinistres, et il serait fficile d'en tirer de bien favorables. On regarde mme un fait certain que M. Condé va incessamment Ltrer en France avec une armée de 10 000 hommes, d doit être grossie de 30 à 40 000 niécontents. » les esprits sensés et clairvoyants peuvent déjà préir les scènes tragiques que rémigration va provo- Ler dans un avenir prochain. M. Géraud s'en fait tcho par ces paroles véritablement prophétiques :
« La journée du 28, mon cher Terrier, doit en effet spirer de vives craintes et redoubler la surveillance s bons patriotes. On croit assez généralement ici que 3 conspirateurs avaient pour but l'enlèvement du roi, ais ce projet était aussi insensé que celui qu'on été à M. Condé. S'il osait entrer en armes dans le yaume, on ne donnerait pas, je crois, le temps aux écontents d'aller grossir des cohortes scélérates, et
toutes parts nous apprendrions des arrestations et n$ doute des punitions sanglantes. Non, tant que les lissances n'épouseront pas les querelles de ces pygées, nous n'avons rien à craindre. »
Le même jour, et pendant que ces événements se ssaient dans Paris, l'Assemblée discutait la loi sur migration. Demandée avec rage par Barnave, les imeth et leurs partisans, elle fut attaquée avec la us extrême violence, par Mirabeau; jamais il ne
'montra plus de puissance, plus d'entraînante aui que dans ce discours : « Je jure, s'écria t-il, si ud d'émigration est votée, je jure de vous désobéir, i
Les arguments mis en avant par le tribun fu passionnément commentés, en particulier une 1 éloquente qu'il avait adressée autrefois à Frédi Guillaume, et dans laquelle il réclamait la lil d'émigration comme un des droits les plus sacr( l'homme ; il l'avait lue à la tribune.
(( J'ose à peine vous déclarer mon opinion M. Mirabeau, écrit Terrier ; mais comment un ho de sens peut-il de bonne foi citer, dans une cir stance aussi urgente, une lettre écrite pourunÉta sible! Quelle analogie y a-t-il donc entre la Pi tranquille, la Prusse en paix et la France en cor sion? On cite les droits de l'homme! Sans.dout droits auront toute leur étendue lorsque la patrie sauvée, mais dans un temps de trouble, de périli il faut des bras, des baïonnettes et peut-être du s chaque citoyen doit défendre ses foyers ou yrenoi parce qu'il est souverainement injuste que son v s'expose pour défendre ses propriétés qu'il abandc Au reste, je ne vois pas qu'un décret qui défen les émigrations dans un temps de troubles fût contraire aux droits de l'homme et à la liberté celui qui ordonne que tout citoyen en âge de pi les armes s'armera pour défendre sa patrie lorsqi sera menacée. Pourquoi ne pourrait-on pas r
lille chez soi s'il est permis de s'absenter ? » ibcau triompha, mais ce fut presque sa dernière •e. Depuis la fin de 1788, il se sentait profondéitteint : « Les peines d'esprit, les agitations de les tempêtes civiles, le travail forcé, tout cela ou m'a usé, disait-il, et je ne suis plus invulné- » La maladie allait terrasser cette puissante . Des yeux caves, la pâleur du visage, des ances soudaines, faisaient pressentir une crise ente. Il ne parut plus qu'une seule fois à la tride l'Assemblée; ce fut dans la question des el pour donner la preuve d'amitié la plus touî. Le comte de la Marck, avec lequel il était iment lié et qui lui servait d'intermédiaire es rapports avec la cour, avait presque toute sa e placée dans les mines. Une loi proposait de mer les concessions, et l'Assemblée paraissait ée à l'accueillir favorablement. Le jour où la on vint en discussion, Mirabeau, quoiqu'il pût e fie soutenir, se prépara à se rendre à la séance. rck s'efforça de l'en empêcher : « Mon ami, rét le tribun, ces gefis-là vont vous ruiner si je n'y ms ; je veux partir, vous ne parviendrez pas h tenir. » Quelques heures après, il revenait en . à son ami : « Votre cause est gagnée, et moi je lort, » et il s'évanouit. Il ne sortit plus de chez
nouvelle de sa maladie plongea Paris dans la
consternation; il semblait qu*une calamité pi fût sur le point de frapper la France. Un peuple mense se pressait autour de sa demeure et gardai! plus profond silence. Le roi et la reine, tcrrifiési rabandon dans lequel ils allaient se trouver si. i main puissante se retirait d'eux, envoyaieat à heure du jour prendre des nouvelles du imourànL'l rédacteur des Révolutions de Paris^ qui déjà d( la suppression de la royauté, apprend que le roi ai voyépour s'informer de Mirabeau, et il écrit: «Sac gré à Louis XVÏ de n'y avoir pas été lui-même, été une diversion fâcheuse, on l'aurait idolâtré. mesure que les bulletins répandus dans la fonle naient plus inquiétants, l'èfiCroi et la douleur.au| taient. Démocrates, aristocrates^ tous venaient anxiété solliciter des nouvelles. Cet empressementl sensible au moribond. Barnave, son ennemi; sé!| senta chez lui, au nom des jacobins, etHir ressentit une douce émotion.
. Bien entendu, tous les partis se reprochaieoll mort et s'accusaient mutuellement de l'avoir i sonné.
En dépit des soins prodigués par ses amis; en .( des vœux ardents de tout un peuple, Mirabeau sV gnit le 2 avril, « emportant avec lui les derniers beaux de la monarchie » . Quand il sentit sa fin a| cher, il fit ouvrir les fenêtres : « Mon ami, dit- Cabanis, je mourrai aujourd'hui, il né reste plus
envelopper de parfums, qu'à se couronner de fleurs, 'à s'environner de musique, afin d'entrer paisiblent dans le sommeil éternel. »
1 ne put cependant s'empêcher de déplorer luime cette fin prématurée, qui enlevait à la Révolu- I le seul homme qui eût pu la diriger et la Itriser.
■a consternation fut générale, lorsque se répandit la le nouvelle» et nos jeunes étudiants nous donnent ! peinture très spontanée et très vraie des sentiits qui agitaient la population en présence d'un aement qui changeait, à n'en pouvoir douter, les tinées mêmes de la patrie.
Au lycée, 2 avril 1791, à onze hernies du matin.
'Mirabeau n'est plus! écrit Terrier. Après quatre *s d'espoir et de crainte, nous avons enfin perdu le nier orateur de l'Assemblée nationale. Un émise vient de nous annoncer qu'il est mort ce matin, t heures'. Les derniers jours de sa vie ont été les ; beaux de sa gloire; jamais regret ne fut plus 'ond, ses ennemis mêmes ne peuvent lui refuser jur. Ces jours derniers, tout Paris se portait chez en foule, les visages étaient tristes, pensifs, et ique chacun connût son état, on se plaisait encore I le demander mutuellement, comme si l'on eût •ché dans les autres, l'espoir qu'on ne trouvait pas
en soi-même. Il est mort d une fièvre intermit d'une espèce maligne. »
Edmond de son côté mande à son père tous lesi taiis qu'il a pu recueillir sur la fin de ce citoyen :
5 avril.
« Celte mort, presque subite, a jeté ici une nation douloureuse, qui n'a pas sans doute tardé répandre dans tous nos départements. Je partage tristesse publique bien vivement, je Cassure, ci perte que la France vient de faire de cet homme ifl|l ment grand sous tous les rapports m'a singuli frappé. Ici, au lycée, tout respire la plus prol tristesse ; le jour qu'il mourut, on écrivit sur un tableau, en place de bulletins, ces mots attemriH // est mort y en grandes lettres noires. Le lendemaisi devait y avoir un concert, qui n'eut pas lieu, et le deuil fut encore écrit sur le tableau. Chacun est tumé en noir : je ne peux encore te donner de sur les derniers moments de ce grand homme, ni son enterrement qui se fait aujourd'hui, après l'i verlure de son corps, à laquelle on procède tranquilliser le peuple, qui a soupçonné qu'il avait empoisonné*. »
1 . Le corps fut ouvert en présence d'un commissaire | chaque section. « Les préventions populaires en ont fait unei cessité, écrivait le comte de la Marck, il s'agit d'interroger
PENDANT lA RÉVOLUTION. 117
Paris, 5 avril 1791.
fut samedi dernier, à dix heures et demie du
que Mirabeau mourut et qu'avec lui disparut . grand génie de son siècle. 11 attendit sa fin ermement qu'il brava pendant sa vie toules les s et les calomnies de ses ennemis. La conster-
l'abattement, la tristesse, peints sur le visage . les citoyens en général, démontrent combien sa eur cause de douleur. Livré pendant sa maladie ins d'un ami dont il connaissait l'attachement, )oint voulu voir d'autres médecins, et c'est avec up de pdne qu'il consentit à recevoir M. Petit, îlèbre praticien, u Mon ami, disait-il à M. Ca- [jui le soignait, c'est pour vous que je refuse de . Petit; si je revenais à la vie, vous en auriez tout ite et il en aurait toute la gloire. » Ce trait seul 3pur confondre ceux qui ont prétendu que ce homme ne connaissait pas l'amitié.
!ux jours avant sa mort, il entendit un bruit extraire, il en parut surpris; on lui apprit que un coup de canon : « Serait-ce déjà, dit-il, les irailles d'Achille? »
i concours nombreux de citoyens assiégeaient sa
la rue était toujours pleine, et Ton voyait bien
ir le crime qu'elle a commis. » Mirabeau prenait des ui renfermaient une dissolution de sublime; ils avaient chez lui cette teinte verdàtre qu'on attribuait au poison.
118 LE JOURNAL D'UxN ÉTUDIANT
au calme parfait, au silence qui régnait, que c'était rintérêtqui les amenait et non la curiosité. Cependant, malgré leurs précautions, les oreilles de: Mirabeau furent frappées de quelque bruit : « C'est, lui dit-on,' « le peuple qui veut sans cesse apprendre de vos nouî « Telles. — 11 m'a été doux de vivre pour le peuple^ (i dit-il, il me sera glorieux de mourir au milieu dé «lui. » = *
(( Ses facultés intellectuelles ne pouvaient se désor:ganiser facilement, aussi les a-t-il conservées jusqu'à sa mort, mais ses souffrances ont été cruelles et elles n'ont point abattu son courage. Cependant, j peu d'instants avant d'expirer, il demanda plusieurs fois de l'opium à son médecin. =
« , Samedi au soir, il reçut les députés de rÂssemblèé nationale. « C'est aujourd'hui, dit-il à M. dé Talléy- « rand, évêque d'Autun, que l'on doit traiter Fim- (( portante question des successions. J'avais préparé « là-dessus un ouvrage qui aurait peut-être été utile; « Irsez-le si l'Assemblée veut le permettre; » ' .
« Outre cet ouvrage, il en avait fait quatre autres qu'ila donnés aussi aux députés; c'était un traité sur le mariage des prêtres, sur le divorce, sur Féducation nationale et enfin sur les académies. Ses refus constants d'accepter les insolentes provocations que lui ohtfiùtea ses ennemis, sont un excellent traité sur le duel.
« Écartons de sa tombe tous ses défauts et ne pensons seulement qu'à donner des regrets à ses talents et à
PENDANT LA' RÉVOLUTION. ^ llD
gi^and génie. C'est le premier» grand homme cju'ait perdu la France libre." '
'-<( Ici> le Club des Amîs delà Constitution portera le deuil pendant huit jours; indépendamment de cela, la Iplils grande partie des patriotes le porte, ainsi que les clames. » '
- Les funérailles du célèbre tribun furent grandioses; MjSl Fayette, tous les ministres*, l'Assemblée tout entière/ le club des Jacobins, toutes les autorités, le département, les municipalités, lés sociétés populaires, • l'àis Knée, accompagnaient le convoi^escortés d'un peuple immense. Le cortège était si long qu'on n'arriva qu'à ftiuit heures à TégliseSaint-Eustache.Cerutti prononça l'éloge funèbre. Dès qu'il fut terminé, 20 000 gardes mationaux déchargèrent' à la fois leurs armes. C'est à la liieur tremblante des torches qui éclairaient la scène cju'on' arriva à Sainte-Geneviève et que la lugtibre Cîérémonie prit fin. On s'étonna que le roi ne se soit g>as joint au Corps législatif pour suivre le cortège ; l'impression eût été profonde dans l'esprit du peuple.
' «'Les obsèques de Mirabeau ont été, pour la pompe, ièelleâ d-un nionarque^ écrit Edmond, mais ce dont Ked rois ne peuvent pas trop se flatter, il emportait Stvec lui lés regrets de tous les citoyens. Les spectacles ^nt été fermés tous samedi, et aujourd'hui les Frah-
1. Dans rancicn régime un garde des sceaux ne portait Jamais le deuil, ne faisait aucune visite. M. Duport du Tertre «issista ensimarre aux obsèques de Mirabeau. -
çais seulement. Les papiers publics se disputent à qui no fera plus d'éloges; on ne sait où le porter, on ne trouve pas de place digne de lui. Le département de Paris le qualifie de « citoyen éloquent et vertueux, »
Pour honorer la dépouille mortelle de Tillustre homme d'État, l'église Sainte-Geneviève fut érigée en Panthéon et l'on y fit graver cette inscription : « Aux grands hommes la Patrie reconnaissante. »
« Si Louis XVI, qui paraît l'idole du peuple, mourait, écrit un chroniqueur du temps, il pourrait recevoir les mômes honneurs qui ont entouré les restes de Mirabeau, mais il ne pourrait en recevoir de plus grands*. »
Le lycée consacra une soirée tout entière à déplorer la perte irréparable que venait d'éprouver la France :
« Le lycée a aussi jeté des fleurs sur la tombe de Sfirabeau, dit Edmond. Tous les talents se sont empressés d'y venir chanter à l'envi le grand homme que nous venons de perdre, et des éloges, des oraisons funèbres ont fait couler nos pleurs, en redoublant nos regrets. M. Cabanis, son médecin, a fait lire un journal de la maladie qui nous l'a enlevé. Cet ouvrage est écrit d'une manière on ne peut plus touchante, ce sont les expressions naïves du sentiment et du plus tendre attachement, c'est le cœur d'un ami qui s^épanche, qui mêle ses vifs regrets à ceux de ses concitoyens, et