‹ Journal d'un étudiant (Edmond Géraud) pendant la révolution, 1789-1793Chapitre 22 sur 51 · Correspondance secrète publiée par M . de Lescui'e · texte numérisé non relu

Correspondance secrète publiée par M . de Lescui'e

Ton voit bien que M. Cabanis, en écrivant ce petit ouvrage, ne fait que sentir et se ressouvenir. M. Chénier a lu ensuite quelques strophes d*une ode sur la mort de notre Démosthène. Pendant ces diverses lectures nous avions sous les yeux, d'un côté, le buste du personnage qui en faisait le sujet, et de l'autre, son portrait, tous deux d'une parfaite ressemblance. Nous entendîmes ensuite une musique lugubre, dont les accents déchirants remplirent d'effroi tous les cœurs. Ce fut ainsi que se termina cette soirée de tristesse. » La province ne se montra pas moins pénétrée que la capitale du douloureux événement qui venait de s'accomplir. M. Géraud écrivait à son fils :

Bordeaux, 12 avril ITtU

a liC grand Mirabeau couvre de deuil toute la France. Sous l'ancien régime, nos âmes abêties n'eussent pas ainsi senti la perte de cet homme célèbre, tant il est vrai qu'il n'est donné qu'aux peuples libres et éclairés de bien apprécier les talents. Notre municipalité, nos tribunaux, nos corps administratifs, tous les citoyens sont en deuil. On a fait à la cathédrale un service pompeux. Les amis de la Constitution lui en ont décerné un aux jacobins qui ne l'était pas moins. Leur tribune retentit tous les jours des talents du grand homme et des regrets de sa perte. Si c'eut été un homme ordinaire, on ne se souviendrait que de ses vices, car on ne peut pas dire que Mirabeau ait

été un homme vertueux. Il ne Itii manquait' que» de l'être pour éclipser tout ce que les temps anciens et les temps modernes ont produit de pluâ grand, iet l'histoire en parlant de cet homme extraordinaire ne se taira pas sur ce qui obscurcit sa gloire. »

Après la rnort du tribun dans lequel ils avaient placé toute leur confiance, le roi et la reine se mon*^ trèrent désolés : « Depuis la mort de Mirabeau, disaientils à un envoyé de Léopold, nous avons perdu toute espérance. »

Madame Elisabeth, que les événements n'avaient pu iristruire, plaisantait volontiers sur cette disparition, qui avait pourtant quelque importance :

(( Mirabeau a pris le parti d'aller voir dans l'autre monde si la révolution y était approuvée, écrivaitelle à madame de Raigecourt. Bon Dieu ! quel réveil que le sien î On dit qu'il a vu une heure son curé; 11 est mort avec tranquillité, se croyant empoisonné/.!, les aristocrates le regrettent beaucoup...* je ne puis m'empécher de regarder sa mort comme un trait delà Providence sur ce Royaume. Je ne crois pas que ce soit par des gens sans principes et sans mœurs que Dieu veuille nous sauver*. ))

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