Correspondance secrète publiée par M. de Lescure
426 LE JOURNAT/DTJN ÊTtDÎAST
les coeurs l'air si fameux : «Ah! '.ça ira! ça ira!*:»
«L'indigbatiori se changea en allégresse patriotique et on invita le molidnnaire de contre-révolution à chanter « ça ira ».;lt descendit de la chaire couvert de risées, de honte et de sueur: Somme de faire son devoir en prêtant le serment civique, il refusa hautcr ment et se retira» . ,
« Alors. un officier municipal monta dans la chaire et dit aux citoyens: <( Messieurs, la loi n'oblige point « cet homme à prêter serment à là Nation* Par son refus « ir a seulement encouru là destitution de l'emploi (( public qui lui était confié. Une sera bientôt plus «notre pasteur et vous serez appelés à en nommer un « autre qui soit plus digne de votre confiance. »
« Ce peu de mots prononcés au nom de la loi rappelèrent le respect qu'elle commande pour le • lieu saint, et le calme le plus profond régna. »
Edmond nous dépeint avec humour Faspect de Parig et des églises pendant toute cette journée.
« C'était hier que l'hydre envenimée du clergé devait voir la plus fière de ses têtes abattue *, à 7 heures du matin on fit l'appel. A 8 heures, les corps de ^arde furent pleins de soldats, les rues couvertes de patrouil-^ les ; la populace se porta en foule dans les églises ; on attendit avec impatience l'heure de la grand*messe4
1. a Le moi ^a ira était d'ailleurs respectable par son originel Nous l'avions emprunté du célèbre Franklin : c'était son expression favorite dans le plus fort de la Révolution d'Amérique. > (Mercier.)
PENDANT ilA'RÉYOLUTION.ï 129
Quelques prêtres se rendirent à l'attente et aux désirs populaires, d'autres ne se montrèrent. pas j, les autres enfin ne parurent que. pour insulter à' la sagesse de mos lois et aux. yœux d'une nation entière. Ils auraient l)ientôt reçu le prix de leur folie extravagante, si: la l^àrde nationale n'eut partout modéré la juste indigna- [jtioh dii^ peuple:' A peine leurs premières paroles «iraient-elles liaissé* percer des sentinfiehts ; suspects ^ue les mots d';(( 'à bas l'aristocrate «^ lès menaces du iatél réverbéré leur ijrùppsèrent silence. Ce ne fut qu'avec beaucoup de peine que la garde fit évader certains -Centre eux.; Dans quelques paroisses les vicaires s!é4 tant prjâsentés pour prêter leur serment,! ils furent ^us curés par acclamation* Ce coup vigout*eux porté sans hésiter par le clergé de Paris, fait voir à quel degré de lumière et de philosophie on est ■ parvenu dans la capitale, mais sa maligne influence l>'est-*ellepas à craindre pour les provinces fanatiques -au -une ignorance encore barbare fait' prendre 'pour des oracles le texte des paroles criminelles, produit ii'un odieux intérêt* »
^- A- Bordeaux la situation 'était trèsrtendue. et -les jtiesures décrétées p^ir l'Assemblée y produisaient une vive effervescence •: •
Bordeaux, février 1791. .
, .««Denos treize curés» écrit M. Géraud^ celui de Saint-. Hexént seul:(M. Oré) a fait le serment. Les îdouzeeanA
très sont encore réfractaires. Ils ont jusqu'à dimanche pour tout délai. M. Oré a reçu des récompenses flatteuses de sa démarche civique. Tous les corps Toiit complimenté et la garde nationale lui a donné une sérénade superbe.
a Dans les campagnes et dans les petites villes, les curés sont moins récalcitrants. Le plus grand nombre obéit à la loi. Quand une fois celle crise sera passée, que restera-t-il aux ennemis de la révolution? »
Les nouvelles qui arrivaient de province relataient tous les différends qui s'élevaient entre prêtres réfractaires et constitutionnels ; c'était un sujet de discussions passionnées parmi les membres du lycée.
Edmond raconte quelques-uns des principaux incidents qui parviennent à sa connaissance :
« Voici les nouvelles du jour. Un curé des environs de Saint-Brieuc, échauffé comme beaucoup de ses confrères par les libelles incendiaires qui inondent tous les départements, monte en chaire, et déclame violemment contre le serment exigé par TAssemblée nationale. Son vicaire prend ensuite sa place et pérore avec chaleur en faveur du serment prescrit. Le pasleur breton s'apercevant que son vicaire est écouté avec satisfaction, se lève, et interrompant brusquement l'orateur : « Ah, dit-il, je vois bien où tu veux en venir, tu t'imagines avoir ma cure, eh bien, tu ne l'auras pas, car pardieu, je prêterai mon serment. » Aussitôt, il se compose, remonte paisiblement à Tau-
POD15T U RÉVOLlTiOS. 15U
tel, entonne sa préface, et n'a pas plutôt fini son offîco qu*il vient jurer d'une autre manière entre les mains dun of&cier municipal.
I M. Dusert a lu à TAssemblée une lettre do la municipalité de Vannes, dont le contenu fait frémir. S*il faut en croire celte lettre, les prèlres de Vannes ont renouvelé le forfait du cardinal de Lorraine, lorsqu'il envoyait des assassins pour massacrer Tinfortunê amiral de Coligny. On a vu un prêtre célébrer la messe î\ deux heures après minuit, tenant un crucifix i\ la maio, exhorter au massacre, au nom du Dieu de paix, comme à une action' commandée par le ciol, des malheureux que le fanatisme avait égarés. Mais la muni-' cipalité annonce que les espérances de ces honunes sanguinaires ont été trompées. »
Le peuple naturellement prend parti pour loa prêtres assermentés, qui, à ses yeux, sont les partisans du gouvernement, tandis que les réfra(^laires r(^{)résentent Tancien régime. L'indignation est ^(énérale quand on apprend que le pape a le mauvais f>;ont de ne pas approuver les nouvelles mesures, (ju'il défend aux élus du peuple d'administrer les sacrements, enfin qu'il les excommunie :
Mii'i, 1701,
a Le pape s'est donc enfin expliqué! écrit T<»rrier; le bruit public annonce qu'une bulle arrivée liier h dix heures à H. de Montmorin, met le Itoyaume en
(( Vous avez beau murmurer, vous plaindre, c prouver que c'est une folie, une frénésie; que gi le commerce, c'est défendre à l'État de s'enricl les commis et les forts de la douane ne vous enten pas. ))
Déjà, en 1789, le peuple, dans sa haine aveu avait voulu incendier ces barrières, qui étaient | lui le symbole des droits qui l'accablaient. Le IS, let, deux jours avant la prise de la Bastille, il s'porté en masse aux portes de Paris pour les détn mais il avait été repoussé.
On peut deviner quelle fut la joie générale, qi TAsscmblée nationale vota Tabolition des barri dans toute la France. C'est à partir du l*' mai qu mesure reçut son effet. Edmond nous raconte c ment elle fut exécutée à Paris et il nous donne description très vivante et très imagée de Tenll siasme inouï qu'elle provoqua dans les classes p laires :
l*mai I7W.
(( Chacun est ici dans la joie, il n'y a plus de riùres autour de Paris. Hier, vers le milieu de lar la principale pièce de canon du Pont-Neuf fut tirA à ce signal, les commis, ce qu'on nomme à Bord< pille-gigots, abandonnèrent les barrières. A cinq he du matin, les sapeurs de la garde nationale s'y transportés et en ont renversé les grilles à cou|
cîpoiirsuivis des cris sinislres : « à la lanterne, à la Jaoterne! » .
;.;.■, Ces questions religieuses offraient 'à Edmond, un int g^térèt d'autant plus grand qu'il appartenait à la* religgion réformée et qu'il avait $ouffert comme tou§ se,$ E^îoreligionnaires des entraves si dures mises par l'État ,et l'Eglise à l'exercice de son culte. Il en avait gard^ fiine rancune profonde contre le clergé catholique et il ne pouvait que se réjouir de tout ce qui contribuait li abaisser la toute-puissance de TÉglise et placer ses ixeprésentantsau niveau des simples citoyens. Quand on songe que jusqu'en 1787 les protestants si paisibles, si laborieux, n'avaient pas encore d'état civil, qu'on Tie les regardait pas comme des hommes, qu'aux yeux de la loi, ils ne pouvaient ni naître, ni se marier, nî mourir, ni hériter, que leurs enfants étaient bâtards, etc. Jusqu'en 1789 ils sont exclus de tous les emplois civils, l'exercice de leur culte leur est interdit; pour se réunir et prier en commun, ils doivent se rendre chez les ambassadeurs étrangers qui partagent leurs croyances*.
i'i. M. et Mme Géraud s'étaient mariés en 1774, devant leur pasteur, mais ce n'est qu'en 1789 que leur situation, et celle dé leurs enfants, fut reconnue par la loi. Voici l'acte de mariage qu'ils obtinrent enfin à cette époque :
Extrait des registres des déclarations des mariages des non^^ ,K, catholiques déposés au greffe du Sénéchal et Présidial de Guienne.
Aujourd'hui vingt-troisième du mois de mai mil sept cent
Mais heureusement ces temps d*épreuves venaiei de prendre fm et désormais les tristes disscntirook religieux qui, si longtemps, avaient creusé un abii entre enfants du même pays avaient à jamais dispan A en croire Géraud l'union des citoyens devenait cb
quatre-vingt-neuf, à Bordeaux, en notre liôtcl, par-devant dm Joseph-Sêba»lien de Larose, Conseiller d'État et hononb au Parlement de Bordeaux, Président Prcsidial, Lieutenant fjt néral en la Sénéchaussée de Guionne, Conservateur des Pf^ lég( s royaux de l'Université de Bordeaux et Prévôt royil i Lonibrière. Ont comparu : sieur Charles (léraud, négociante cette ville, demeurant rue du Chapeau-Rouge, paroisse Sali Hemi, lils lé<?itime de feu sieur Jean Géraud, négociant, et 4 l'eue dame Marie Lesplette, habitants de la ville de Bergen D'une part; — Et demoiselle Elisabeth Pellissicr, fille ]ip time de feu sieur Pierre Pellissier, le jeune, négociant, eti feue dame Magdeleine Raimond, d'autre part; — Lesquels, fM se conformer à l'édit de Versailles du mois de noyembre ■ sept cent quatre -vin jçt- sept, ont déclaré s'être mariés en «Il ville, le vingl-un décembre mil sept cent soixante et quaUri el que de leur mariage ils ont deux enfants mâles, savoir lUâ Kdmund, né le vingt novembre mil sept cent soixante et qoiai — Et Jean-Charles-Auguste, né le six décembre mil sept M soixwnte-dix-sept; tous deux baptisés à l'église de Saint-Ani de cette ville ; de laquelle déclaration avons octroyé acte en|B sencc des sieurs Jean Pelissier, négociant, demeurant rua' Chapeau-Rouge, paroisse Saint-Remi, Jacques Raymond, andi négociant, demeurant rue et paroisse Sainte-Croix, Pierre b moliéres, négociant, demeurant rue Raze-aux-Ghartroof, > Gudcfroy-Auguste Windisch, négociant, demeurant sur le derl des Charirons, ces deux derniers, paroisse Saint-Remi, tèmM a ce re(iuis, qui ont signé avec nous ainsi que lesdits aietf' dame Géraud. — Signé sur le registi'c : Ch. Géraud, épK Géraud-Pellissier, épouse ; Pellissier, Raymond, Windischi ft molliéres, Delarose et Lamaignére, greffier.
Gollationné, certifié conforme à l'original et délivré par greffier soussigné, à Bordeaux, le '25 mai 1780.
Signé : LAïuioiiftM.
^e jour plus intime, plus touchante, une extrême icolérance avait succédé à un odieux fanatisme. Il en oite un curieux exemple :
(( Les protestants qui se trouvent en grand nombre aci ont fait célébrer dans leur église de Saint-Thomaslu'Louvre (où nous allons souvent) un superbe Té Deum pour la fin de la' constitution. La municipalité y a assisté en corps, une foule de catholiques s*y sont aussi rendus et cet exemple de tolérance et de confraternité a rempli tous les cœurs d'une Joie pure et ©incère*. Le Te Deum était composé de plusieurs pièces de poésie tirées de nos meilleurs poètes tels que Racine, Voltaire, Rousseau, etc. La musique fait le plus ^and honneur à M. Gossec, compositeur très distingué. If. Maron, prédicateur doué de la plus touchante élo- <]uence et des talents les plus éminents dans cette partie, dans un discours imbu des meilleurs principes gle liberté, de morale et de philosophie a fait verser des larmes à tout l'auditoire quand il a rappelé les persécutions cruelles qu'ont éprouvées nos ancêtres. Le texte de son discours était : « Cherchez la vérité et jk vous trouverez la liberté. »
i. Dans beaucoup d'endroits, catholiques et protestants s'ef- :forcent par leur concorde et par des politesses réciproques ^'effacer tous les dissentiments passés : à Saint-Jean-du-Gard» près d'Alais, le curé et le pasteur s'embrassent à l'autel. Les catholiques mènent les protestants à l'église; le pasteur siège à la première place du chœur. Les mêmes honneurs sont rendus par les protestants au curé qui écoute avec recueillement le iBermon du ministre.
Un événement qui allait combler de joie la France entière vint apporter une heureuse diversion aux querelles religieuses et faire oublier un moment les prêtres réfractaires ou assermentés.
Une des entraves les plus considérables à la circulation avait été rétablissement des octrois à l'entrée de toutes les villes du Royaume. Nul impôt. n'était plus vexatoire, aucun ne pesait plus lourdement sur les malheureux contribuables qui, comme nous le faisons nous-mêmes aujourd'hui, gémissaient» pestaient, et... se résignaient.
A Paris ces droits d'octroi étaient particulièrement odieux. Il y avait soixante barrières dont yingt-quatre principales, qui interceptaient toutes les entrées de la capitale; elles étaient ordinairement de sapin, quelquefois de fer, mais elles auraient pu être d'or massif, étant donné ce qu'elles rapportaient. De chaque •côté de la route s'élevaient deux constructions qui -étonnaient le voyageur par leur pesanteur et la singularité de leur forme. Les unes ressemblaient à une chapelle funéraire, les autres à une église, d'autres encoreà une prison. Ces pavillons monumentaux étaient destinés à abriter chacun une demi-douzaine de commis faméliques et maigres, chargés de taxer tout ce qui entrait dans Paris.
a Aux barrières, dit Mercier, un conunis en redingote, qui gagne cent misérables pistoles par an, Toeil toujours ouvert, ne s'écartant jamais d'un>. pasr' et
PENl^ANT LA RÉVQLUTIOÎf. 155
i 'verrait passer une souris, se présente à la porire de chaque équipage l'ouvre subitement et vous t : K avez-vous rien contre les ordres du roi? 11 faut jjours tq^ovlAvq voyez et jamais : autrement : alors commis monte, fait l'incommode visite, redescend ferme la portière. On le maudit tout haut ou tout s, -il ne s'en embarrasse guère. Quand le commis mve quelque chose dé sujet aux droits et que vous ivez pas déclaré alors il dresse un procès-verbal..., se fait tous les jours un nombre infini de mennges par les plus honnêtes gens dû monde. On se it un plaisir de tromper la fiscalité, et le complot est néral; on s'en applaudit et Ton s'en vante.
«tSi votre poche est gonflée, le commis vous la tâte. ms les paquets sont ouverts. Certains jours de la maine arrivent les bœufs qiii bouchent le passage îndant plus de deux heures; il faut leur céder le is; on a fei'mé la principale porte : on en a ouvert le petite qui ne donne passage qu'à l'animal; le •mmis compte tout le troupeau, après quoi vous ssez, si bon vous semble.
(( '. Êtes-vous manufacturier, négociant? votre ballot
à la douane. On paye, on entré dans dix bureaux;-
donne vingt signatures pour un ballot ou pour une'
lise. Si vQus avez des livres avec vous, on vous envoie
core^ faire un petit tour rue du Foin, à la chambre.
ndicale, et l'inspecteur de la librairie saura quel est
goût de vos lectures, i
Id8 LE' JOUR?iAL DT^T ETUDUNT
toucher de ses mains impatientes» de lui tenir cornes; nous ne sommes rentrés que fart tard à lai son ; des voitures de routiers, ornées de longs rame chargées de vin, dé cidre, de sucre, etc., et denrées, inondaient les rues de Paris, et annon^ aux habitants une abondance que ne leur pi jamais, sans doute, la magnificence etle-lme Louis XIV, des Louis XV et autres rois de despot mémoire : on répondait des fenêtres au tumulte bruit dont les rues étaient remplies pair des mations, des cris de joie et de vifs applaudisisement&|
Cette idylle devait être de courte durée. Peude ji après, Edmond annonçait à -son père que la sitt Hnancière devenait fort inquiétante et que le pëu[dei montrait menaçant :
Paris, 24 hiaiïW/l
a L'argent, est ici à 22 pour 100. 11 y a- des au Palais-Royal fort tumultueux, la garde nal est aujourd'hui sur pied; les ouvriers.. mui beaucoup; les petits assignats décrétés par t'Asseml ne paraissent point encore. ».
Le 29, il écrit de nouveau :
. .(( L'argent est d'une rareté étonnante; nous. i^e< ix)nrt. éviter une explosion, si l'on n'y apporte! rmié^le » aussi prompt qu'efficace.. Les refusent un billet de 60 livres poui; unerCréaDcei
PENDANT U RÉVOLUTION, i i ôa
jj4ft livres. Il faut pour teipminer quelque chose que» les l4efux parties soient pourvues chacune d'Une certaine ^quantité de billets de différente valeur et fassent aitisi .leur appoint â quelques sous près. Vous sentez com- Jlïien c'est gênant. On nous fait espérer pour mercredi jprochain les assignats de 5 livres. Opéreront-ils um j^bien durable? on les attend toujours avec impatience. » ^ Si le numéraire nàanque, à qui la faute? N'en estaUb pas aux émigrés qui l'enlèvent pour fomenter, la tguerre étrangère et mieux ruiner leur propre patrie ?
^ <( [Toutes les nouvelles annoncent que le petit Gondé ^vit à Worms avec le plus grand luxe, et personne ne (doute que des traîtres ne lui fassent passer notre numéraire; oii s'étonne que le Corps législatif né sévisse pas avec fermeté contre cette ridicule poignée de rebelles, aussi ouvertement déclarés contre lewr patrie. Attend-il quelque incursion sur notre territoire? Il est temps de prendre un parti. »
;. Et c'est ainsi que grandit peu à jJeu, dans l'esprit de la populace, ce spectre de l'émigration qui va devenir tourelle l'obsession, et qui la conduira plus tard aux alùs effroyables excès.
Depuis les rassemblements armés d'émigrés à Coalentr, l'irritation populaire ne faisait que croître. La- 'amille royale en supportait durement lés cônsé-^ Juences : on suspectait de plus en plus ses intentions, >n l'accusait de vouloir fuir la capitale, et ses moindres t émarchés étaient étroitement sui*veilléés.
Le \ 7 avril, le roi se décide à aller passer la semaine saillie a Saint-Cloud, avec sa famille. Mais la foule qui veille aux abords des Tuileries soupçonne quelque dessein caché, elle se précipite au-devant des chevaux et les dételle, on sonne le tocsin à Saint-Roch, la garde nationale accourt. Edmond écrit à son père :
Paris, avril 1791.
(( 11 parait que la fm de chaque mois est Tépoque où nos ennemis renouvellent leurs tentatives. Le temps pascal leur paraît sans doute très favorable, mais il ne leur réussira pas plus que les autres; on aperçoit, A depuis quelques jours, un concours plus considérable de ci-devants aux Tuileries; quelques menées sourdes se sont déjà fait sentir.
« Ce matin, le roi allait partir pour Saint-Cloud, il était déjà dans sa voiture avec la reine lorsque le peuple l'a arrêté. MM. Bailly et La Fayette ont en vain représenté au peuple que le roi devait avoir la liberté d'aller à Saint-Gloud ; on a répondu que ce voyage pouvait être funeste et qu'il n'aurait pas lieu; sur la menace, dit-on, que M. de La Fayette a faite d'aller donner sa démission, on lui a crié qu'il y allât; le roi est remonté dans ses appartements qu'on a trouvés remplis de ci-devants évêques. »
En se rendant à Saint-Gloud, le roi n'avait d'autre but que de se soustraire aux espions qui l'entouraient et de pouvoir remplir, sans soulever de scandale, seft
PENDANT Ik RÉVOLUTION. 144
devoirs religieux de la main d'un prêtre réfractaire.
Le malheureux monarque, en effet, au mépris de sa conscience et de ses scrupules, avait dû se résigner à tolérer près de lui un prêtre assermenté*; mais à rapproche du temps pascal, il n'avait pu se résoudre à accepter de ses mains la communion, c'est-à-dire à commettre un acte qu'il considérait comme un sacrilège, et il avait rappelé son grand aumônier qui avait refusé le serment civique.
Il en résulta un véritable éclat et le club des Cordelicrs dénonça avec violence la conduite du monarque :
Paris, 18avriH891.
« Le club des Cordeliers, mande Edmond, a toujours montré, depuis la Révolution, une énergie qui a surpassé toutes celles qu'ont pu montrer les autres. Mais, c'est aussi une énergie, la plupart du temps, folle et insensée. 11 y a quelque temps qu'il envoya une députation au club des Jacobins, pour demander que l'on cassât la municipalité de la capitale, à la vérité trop faible et trop indolente, mais qui ne méritait point cette injure.
i. Dans ce temps, Madame fit publier qu'il y aurait chez clic, à son diner, deux couverts pour deux prêtres qui ii "auraient pas fait le serment civique. Son cuisinier apprenant rinvilation de sa maîtresse dit : a Je leur prépare un réo:al meilleur qu'ils ne pensent ; j'écrirai le serment civique dans de petits billets qui seront enfermés dans de petits pâtés. S'ils ne veulent pas prononcer le serment, ils l'avaleront du moins. » (Mercier.)
1 ii! LE JC«l RXIL hTS ËTUDUIIT
6 Aujourd'hui, en passant sur le quai de l'École] aller au lycée, j'ai tu un placard autour duquel il avait beaucoup de monde. C était une débonda contre le m. qui ne satisfait guère depuis que jours le peuple de Paris. Il a su que le premier tionnaire public» ayant pris pour confesseur H» le( de Saint-Eustache. honnête homme, ecclésii assernientis lavait quitté pour en prendre m assermenté, premier point qui ne contribua paspei] le faire déchoir de Tamour public. Il a su ensuitei avait reçu la communion pascale d*uu prêtre, assermenté pareillement, il en est résulté une effervescence.
« Tous ces motifs ont porté le club des Cord( cette dénonciation vigoureuse; un grand noinbA* motions se font, suivant l'ordinaire/ au Palaid-I et il y a un nombreux concours de monde aux' Icries.
(( Je ne sais pas quelles peuvent être les causeii ont engagé le roi à violer le serment qu'il a fiîtîl ne peut pas se plaindre du défaut d'amour du pour lui, car pendant sa maladie ou plutôt son il position, il doit avoir vu combien il en était ain est faible, il peut s'être laissé gagner, par gueux de réfractaires. J'oubliais de te dire qu'il donné du logement, à Versailles et au Louvre» k sieurs ex-évéques et archevêques et à. toute c séquelle qui est rebelle aux lois de rAssemblée. Jr.l
Peu de temps après, le roi adopte une attitude loute fférente; il feint d'entrer sincèrement dan^ les idées î la Révolution et de se conformer aux lois qu'il a li-même promulguées :
« Le roi est toujours décidé à partir dans les quinze erniers jours de mai, écrit Fersen.- Pour y pâr^ enir plus sûrement, Sa Majesté s'est décidée à suivre n autre système de conduite; et, pour endôrftiir les iciieux sur ses véritables intentions, il aura Tair de econnaître la nécessité de se mettre tout à fait dans a Révolution, de se rapprocher d'eux; il ne se dirî- [era que d'après leurs conseilô^ et préviendra sans îesse le vœu de la canaille, afin de leur ôter tout noyen, tout prétexte d'insurrection et afin de maintenir la tranquillité et leur inspirer la confiance si nécessaire pour la sortie de Paris. Leurs Majestés iront dimanche à la messe de leur paroisse, et pour peu qu'on le désire, elles se confesseront et feront leurs Pâques de la main d'un prêtre qui aura fait le serment. » *
Le peuple en effet demandait que la famille royale donnât l'exemple de l'obéissance aux lois. Pour mieux tromper leurs geôliers, le roi et la reine se résignèrent; ils se rendirent à leur paroisse où ils firent leurs Pâques constitutionnelles. Lorsqu'ils montèrent en carfosse, la foule les acclama : « Je ne veux pas que le peuple me regarde comme un aristocrate », dit le roi, et il fît baisser les glaces. Alors les cris de joie redou-
blèrent. La reine» qui avait orné sa coiffure des couleurs nationales, fut également très applaudie : « il lui serait facile de recouvrer Taffection du peuple », dit le narrateur.
Pour bien montrer sa conversion, le roi éloigne les prêtres réfractaires qui l'entouraient et qui desservaient encore la chapelle des Tuileries.
« Le roi est à plaindre plus qu'à blâmer, écrit Edmond, il vient de purger sa maison de tous les mauvais sujets qui l'infectaient/ et s'il persiste à ne plus s'en entourer nous ne lui verrons plus faire de fautes. Il n'est pas méchant, mais il est faible, et on dirait à tous les faux pas qu'on lui fait faire, qu'il ne sait pas discerner le bien du mal. »