‹ Journal d'un étudiant (Edmond Géraud) pendant la révolution, 1789-1793Chapitre 27 sur 51 · JUIN-JUILLET · texte numérisé non relu

JUIN-JUILLET

SoMMAinE : Fuite de la famille royale. — Émotion profonde dans la capitale et dans les provinces. — Arrestation des fugitifs à Yarennes. — Rentrée du Roi à Paris. — Sa suspension. — Demande de déchéance. — Émeute du Champ de Mars.

En juin 1791, le Roi, poussé par son entourage, finit par mettre à exécution le projet de fuite qui s'agitait depuis si longtemps dans les conseils secrets de la couronne et que les événements, aussi bien que la surveillance étroite dont il était l'objet, n'avaient pas encore permis de réaliser.

Du reste, il fallait se hâter, sous peine des plus extrêmes périls ; les émigrés annonçaient ouvertement qu'ils entreraient en campagne le 15 juillet, que l'empereur leur donnait 150 000 hommes, et qu'ils viendraient à leur tête délivrer les augustes prisonniers.

La décision est prise dans le plus grand mystère, et la Reine, secondée par le comte de Fersen*, se charge

i. Colonel du régiment de Suède et capitaine des gardes du Roi.

d*organiser tous les préparatifs de ce périlleux voyage. Le marquis de Bouille, dans lequel on a la plus grande confiance et qui commande à Nancy, est prévenu que Ton remet entre ses mains les destinées de la famille royale et que les fugitifs prendront la route de Montmédy. Au jour fixé, le général masse ses troupes* les plus sûres du côté indiqué.

Le 20 juin, à minuit, le Roi, la Reine, Mme Elisabeth, Mme dejTourzel et les enfants de France se rendent mystérieusement au Petit-Carrousel et montent dans une voiture conduite par Fersen, déguisé en cocher ; ils sont munis des passeports nécessaires. Mme de Tourzel se donne pour une mère voyageant avec SCS enfants ; le Roi, en habit et chapeau gris, est supposé son valet de chambre. Trois gardes du corps, déguisés en courriers, courent devant la berline. Une fois hors de Paris, le danger le plus pressant étant écarté, Fersen est remplacé par un des gardes du corps, et il rentre dans la capitale, pendant que les voyageurs continuent leur route vers Châlons.

Le comte de Provence est parti de son côté avec Madame, [tous deux déguisés en Anglais, et ils ont pris la route de Flandre. Ils arrivent à Mons sans difficulté et annoncent la fuite de Louis XVI et de Marie- Antoinette.

La nouvelle de cette double évasion se répand dès le matin dans la capitale ; elle y cause une véritable terreur. Que va-t-on devenir ? A quels dangers incon-

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nus ne se trouve-t-on pas exposé ! Ce peuple si profondément monarchique ne peut se faire à Tidée d'un gouvernement sans roi, et il est consterné quand il se voit privé de celui dont il s'imagine ne pas pouvoir se passer. Mais, de plus, la famille royale n'est-elle pas le gage qui protège contre l'invasion étrangère et contre les entreprises des émigrés ? Ces précieux otages disparus, à quelles effrayantes perspectives Timagination populaire ne doit-elle pas s'abandonner ?

Le peuple éperdu demande à grands cris la tète de La Fayette et réclame le duc d'Orléans pour régent. On se presse à la porte de l'Assemblée nationale et l'on acclame les députés : dans son effroi, la foule se jette dans les bras de la seule autorité qu'elle suppose capable de la protéger.

Sous le coup de l'émotion générale. Terrier écrit à Bordeaux :

« Paris, 21 juin.

« Le Roi est parti on ne sait à quelle heure de la nuit dernière, avec la Reine, le Dauphin et Mme Elisabeth. On ignore la route qu'ils ont tenue; on ne s'est aperçu de leur évasion que ce matin à neuf heures. La générale bat ; chacun court en avant ; les rues sont hérissées de baïonnettes, tout est dans le plus grand mouvement. Dans ce moment, on conduit à la ville M. d'Aumont, commandant de la division, qui était de garde cette nuit. Une foule immense le suit en criant:

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' la lanterne ! Il est douteux que la garde puisse le «uver. On menace MM. Bailly et La Fayette du fatal "îîverbère. L'indignation du peuple est à son comble; r- est impossible d'apprécier jusqu'où elle se portera.

- fi On dit Monsieur et Madame partis.

- (( M. d'Aumont vient d'être massacré sur les marges de l'Hôtel de Ville.

« P. S. Le bruit se répand dans ce moment-ci que 3 Roi vient d'être arrêté à Meaux, à dix lieues de 'aris. Cette nouvelle est encore assez incertaine. »

La Fayette, qui aux yeux de tous était le gardien du ioi, fut accusé de complicité avec la cour; il courut es plus grands dangers : « Voici le moment, s'écriait ilarat, de faire tomber la tête des ministres, de La ?ayette, de tous les scélérats de l'état-major, de îailly, de tous les municipaux, de tous les traîtres de l'Assemblée ».

Les sections et les clubs s'établissent en permaaence ; on détruit tous les insignes de la royauté ; les journaux avancés poussent de féroces cris de joie en voyant la France « débarrassée d'un roi imbécile et d'une scélérate qui réunit la lubricité de Messaline à la soif de sang de Médicis » .

Les écrivains aristocratiques se contentent en général d'annoncer dans leurs feuilles l'événement du jour, mais sans y joindre de commentaires. Cependant Gauthier ose écrire : « Enfin le Roi, après dix-huit mois d'une indigne captivité, a su tromper la vigi-

lance de ses vils gardiens et s*est échappé de sa prison. »

Un autre écrivain, plus audacieux encore, prédit l'arrivée prochaine du prince de Condé à la tête de son armée, et il publie cette annonce menaçante dont le seul effet devait être de pousser à l'exaspération les passions populaires : « Tous ceux qui pourront être compris dans l'amnistie du prince de Condé auront la faculté de se faire enregistrer dans notre bureau d'ici au mois d'août. Nous aurons quinze cents registres pour la commodité du public ; nous n'en excepterons que cent cinquante individus. »

L'Assemblée se déclare en permanence. Elle prend en mains le pouvoir exécutif et elle décide que ses décrets auront force de loi sans sanction ni acceptation. Toutes les gardes nationales sont appelées à l'activité, et elles reçoivent l'ordre d'arrêter par tous les moyens les fugitifs.

Comme le départ du Roi crée pour la France les plus redoutables dangers, l'Assemblée décide que les frontières vont être mises inmiédiatement ea état de défense.

Contre l'attente générale, l'ordre public ne fut pas troublé :

a Paris, 25 juin.

(( Il est impossible de croire quelle tranquillité le peuple a observée, lorsqu'il a appris la fuite ou l'en-

nent du Roi, écrit Edmond; il a manifesté d'abord surprise, à laquelle ont bientôt succédé l'indignaet la rage : a Serait-il possible, disait-il, qu'après js ses serments, ce traître nous ait abandonnés. » îst porté en foule aux Tuileries et à l'Assemblée >nale, qui a tout à la fois montré la majesté et Tgie dignes des représentants d'une nation libre ; ne décret qu'elle rendait était lu au peuple et écouté attentivement dans le plus profond silence. Nos ennemis se fondaient beaucoup sur les espées qu'ils avaient que cette fuite occasionnerait du ble et de la confusion, et ne laisserait pas le loiîux gardes nationaux de pourvoir au maintien 1 tranquillité publique. Mais qu'ils se sont trom- Tout le monde se rallia autour de l'Assemblée maie, réunissant alors et le pouvoir législatif et mvoir exécutif. Jamais on ne vit plus d'accord et ion, ce dont on avait extrêmement besoin. Toutes laines particulières sont tombées devant le danle la chose publique, et l'on vit avec plaisir le soir le, aux Jacobins, MM. de La Fayette, Barnave et eth,; divisés par des ressentiments invétérés, les ier et s'embrasser fraternellement en se prometune amitié durable.

Depuis cette évasion royale^ les émigrants ont été ^és de concentrer sur eux-mêmes leur insolence ur joie, de peur de provoquer contre eux la fureur ilaire ; elle a failli éclater contre M. Gazalès, que

le peuple avait déjà saisi, et que TAssemblée nationale a sauvé en ordonnant de le relâcher.

« Voici maintenant quelques anecdotes sur le départ de notre gros pouvoir exécutif.

« On raconte que la Reine dit, la veille de cette fuite, au commandant qui était de garde aux Tuileries: « Gardez-nous bien cette nuit, car on dit que nous (( nous en allons. » Une autre fois, elle lui demanda : « Est-il vrai, Monsieur le commandant, que Ton parle « toujours de la fuite du Roi? — Non, madame, a « répondu le commandant, le peuple est trop persuadé « qu'il est dans les bonnes voies et qu'il ne voudrait « pas consentir à un pareil coup. — Il a bien raison, « a dit la Reine, et elle ajouta d'un ton ironique : « Ronsoir, Monsieur le commandant. »

« Aucun papier aristocratique n'a paru à la poste. Mallet du Pan, rédacteur de la partie politique du Mercure de France^ a fui comme un roi. Royou, auteur de lAmi du roi. libelle périodique, n'a pas osé sortir de son repaire aristocratique, ni faire paraître son infâme feuille. ))

En province l'émotion n'avait pas été moins vive qu'à Paris, et M. Géraud, fort alarmé à la pensée que ses fils se trouvaient dans la capitale dans un pareil moment, écrivait à Terrier :

a Bordeaux, 25 juin.

(( Nous apprîmes avant-hier, dans la nuit, la fuite

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du Roi, el mes sollicitudes dans cette affreuse crise, se portèrent sur vous et sur mes enfants. Mes inquiétudes eussent été mortelles si en même temps nous n'avions su que Tordre régnait à Paris.

« Cette nouvelle n'a point troublé notre ville, et le patriotisme des Bordelais en a pris plus d'énergie encore. Qu'on nous imite partout, et la nation demeurera libre ! Mais il en coûtera du sang et Paris est plus exposé peut-être qu'aucune autre ville; veillez, je vous en conjure, sur vous et sur vos pupilles. »

Pendant que la capitale demeurait anxieuse sous le coup de la nouvelle qui venait de la surprendre, la - famille royale poursuivait son voyage. Jusqu'à Ghûlons tout marcha bien, mais à partir de cette ville les mesures avaient été mal calculées. Et puis le Roi, dominé par ce dévorant appétit qui ne le quittait pas, voulut 's'arrêter en route pour manger; la Reine frémissait d'impatience et de colère sans pouvoir vaincre la résistance obstinée de son époux. Enfin l'on arriva à Pont-de-Sommevelle, où l'on devait rencontrer la première escorte. Personne. Les détachements envoyés avec mission de recevoir et d'accompagner un trésor ^. avaient vainement attendu ; ne voyant rien venir, ils jf avaient cru à un malentendu et étaient rentrés dans "^ leurs quartiers. L'on continua cependant la route dans l'espoir de les rencontrer et de gagner la frontière qui n'était plus qu'à quelques lieues, mais à Varennes Louis XVI fut reconnu et la municipalité arrêta les

fugitifs. La nouvelle transmise aussitôt à Paris y causa une joie sans égale, tant Ton était persuadé des conséquences sanglantes qu'allait entraîner le départ de la famille royale.

« Depuis le moment de la fuite du Roi les aristocrates manifestaient leur joie impudemment, dit Edmond, mais qu'elle a été de courte durée, cette joie imprudente ! Un courrier extraordinaire, arrivé du département de la Meuse, Ta dissipée en un instant, car il a annoncé que le Roi, la Reine, le Dauphin, sa sœur et Mme Elisabeth étaient arrivés à Varennes. à douze lieues de la frontière.

« Le maître de poste de Sainte-Menehould, ayant conçu quelques soupçons sur les chaises de poste qui venaient de traverser la ville, est monté à cheval, les a dépassées, et s'est rendu sur-le-champ à la municipalité de Varennes pour lui communiquer ses craintes. Les voitures étant arrivées, deux jeunes gens de la garde nationale les ont arrêtées, et quoique les postillons pressassent les chevaux à coups d*éperops et de fouet, les deux jeunes gens ont menacé de coucher en joue les personnes qui étaient dans les Toitures. Ils ignoraient alors qui elles étaient. Une de ces personnes est descendue pour se rendre chez le procureur de la commune. Sur ces entrefaites, M. Hangin est arrivé et a reconnu le Roi, la Reine, le Dauphin et Mme Rovale ; il en a été avertir tout de suite la municipalité, l'éveil a été donné à toutes les gardes

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des environs. Le Roi et sa famille sont ensuite partis de Sainte-Menehould pour Châlons, où ils ont couché sous une escorte considérable de garde nationale. Lorsque le maire est venu leur dire à tous qu'ils étaient arrêtés, le Roi n*a pu répondre que « bah! », tant cela lui a causé de surprise.

« Quelque temps après, se voyant entouré d'une nombreuse troupe de garde nationale é^ilo peuple, il a dit d'un ton suppliant et bien indigniè d'un monarque : « Ne me faites pas de mal, ni à moi, ni à « la Reine ». Le commandant lui a répondu sur sa tMede sa conservation. Nous comptons voir sa seconde entrée dans Paris, peut-être ce soir ou tout au plus demain soir. »

Dès qu'une lettre de la municipalité de Varennes eut annoncé l'arrestation du Roi, trois commissaires, Latour-Maubourg, Pétion et Barnave, furent envoyés avec pleins pouvoirs, pour le ramener. Le voyage dura huit jours et les épreuves les plus pénibles ne furent pas épargnées aux prisonniers. Carnave et Pétion montèrent dans la voiture rovale, mais autant le premier montra d'égards respectueux et d'attentions délicates pour cette famille infortunée, autant le second tint une conduite outrageante et grossière, indigne d'une âme quelque peu élevée.

le jour où l'on apprit que le Roi allait rentrer dans Paris, les plus grandes précautions furent prises pour éviter les scènes déplorables que l'irritation populaire

ne faisait que trop prévoir. Un avis ainsi conçu fut répandu et affiché partout : Quiœnque applaudira le Roi sera battu; quiconque V insultera sera pendu. On contourna la capitale pour éviter le faubourg et la rue Saint-Mari in, qui offraient de réels dangers, et le triste cortège pénétra par les Champs-Elysées jusqu'au château. Sur tout le parcours un peuple immense était réuni, mais il garda le plus profond silence. Au passage de la voiture royale personne ne se découvrit. Si, pour mieux voir ou à cause de la chaleur, on ôtait un instant son chapeau, on s'empressait avec affectation de le remettre. Des garçons perruquiers qui n'avaient pas de chapeau furent forcés, pour obéir aux injonctions de la foule, de s'en faire un avec leur cravate. Seul un député royaliste, M. de Guilhermy, indigné de ce qu'il voyait, jeta son chapeau au loin dans la foule, en criant d'un air menaçant : (( Qu'on ose me le rapporter! » personne ne dit mot. Mais laissons Edmond nous raconter lui-même le navrant spectacle auquel il a assisté :

a 26 juin.

« Je t'ai déjà dit que Louis XVI avait en route pour escorte 2 500 ou 5 000 hommes. Hier, à son arrivée, comme les Parisiens avaient été au-devant de lui à près de quatre lieues de la capitale, il y avait au moins 40 000 hommes; c'est vers les 6 heures que s'est faite la seconde entrée du Roi et de sa famille dans

Paris, avec cette [différence cependant que dans celle du 6 octobre, il y eut du sang répandu, et que dans celle d'hier il n'y eut pas seulement une petite égralignure.

« Un bruit lointain et sourd ayant averti que l'avant garde approchait, le peuple s'est promptement rangé en haie, et quelque temps après, l'on a vu paraître rarlillerie, composée de dix fortes pièces de campagne. Venaient ensuite vingt-quatre tambours et une colonne de gardes nationales de seize hommes de front. Ils étaient tout couverts de poussière, et la cavalerie ijui s'avançait après eux en formait elle-même un nuage au travers duquel il était difficile de voir. Des officiers municipaux, d'autres gardes nationales du département, toute cette avant-garde demeura une heure et demie à défiler, et l'on vit enfin arriver la première berline dans laquelle étaient sur le derrière M. Barnave entre le Roi et la Reine et tenant sur ses genoux le Dauphin ; sur le devant étaient Mme Elisabeth, M. Pétion, tenant pareillement sur ses genoux Mme Royale, et enfin Mme de Tourzel, gouvernante du Dauphin ; la voiture qui les portait était entourée d'une colonne carrée et très épaisse de gardes nationales, précédée elle-même de seize pièces de campagne. Après cette première berline en venait une autre contenant les dames d'honneur de la Reine ^ Cette berline

1. Les dames d'honneur, avaient quitté Paris le même jour que la Reine, miis quelques heures auparavant, pour ne pas

était suivie d'un char de triomphe tout couronné de branches d'arbres, sur lequel se trouvaient ceux qui avaient arrêté le Roi ; ils furent couverts d'applaudissements. Enfin, des gardes de Paris, des ouvriers portant des piques, des charbonniers portant des fourches, et un gros corps de cavalerie parisienne formaient Tarrière-garde.

(( Voilà quel était le nombreux cortège qui accompagnait notre Roi; il était lui-même dans sa voiture, respirant avec peine, le visage pâle ; la Heine avait la tête baissée et ne laissait pas voir son visage ; le Dauphin, triste et abattu, versait des larmes. J'ai oublié de te dire que sur la voiture même du Roi, à l'endroitoù se placent les cochers, l'on avait mis les trois gardes du corps, déguisés en postillons, qui ont été arrêtés, accompagnant le Roi. Ils étaient garrottés et si élevés qu'on les voyait de fort loin. A la descente de la famille royale, le peuple s'est jeté sur ces gardes du corps et les aurait massacrés, malgré tous les efforts de la garde nationale, si l'Assemblée n'avait envoyé des députés pour les sauver ; ils ont été mis en prison.

« Quand le Roi descendit de son carrosse, quelques officiers de cavalerie firent le commandement de se mettre sous les armes, mais tous les cavaliers remirent immédiatement leurs sabres dans les fourreaux

éveiller les soupçons. Elles avaient été arrêtées en même temps que leur maîtresse.

« le Roi et la Reine subiront une espèce d'interroatoire; ils auront aussi, ainsi que le Dauphin, une arde particulière, présidée par M. de La Fayette, qui îpondra d'eux. Le Dauphin aura un gouverneur choisi »r r Assemblée nationale.

« L'Assemblée garde le pouvoir exécutif jusqu'à ce ue l'on prononce sur le sort du Roi. Qu'en fera-t-on? 9tte question est plus aisée à poser qu'à résoudre. On it que le Roi et la Reine, après être montés dans urs appartements, ont versé des larmes en abonince. Ce spectacle a altendri les spectateurs. Mais mt-ce des larmes de repentir ou de regret? Pour loi, je t'avoue que j'aurai toute ma vie une grande )mmisération pour Louis XVI, mais jamais je n'en irai pour sa femme, je la détesterai éternellement. »

Le déchaînement contre Marie-Antoinette, contre Autrichienne^ n'a plus de bornes; la plupart des urnaux sont remplis d'horribles menaces et d'afeux outrages. Les Révolutions de Paris déclarent j'elle est déjà rangée au nombre des grands scéléits. V Orateur du Peuple demande qu'elle soit traîne comme Drunehaut à la queue d'un cheval entier. Le Roi au contraire inspire à tous une pitié pronde :

« Au fond, dit un chroni({ueur, tout le monde plaint î Roi bon, honnête, vertueux, toujours victime de •n cœur et de sa faiblesse. Le peuple voudrait tant limer! mais le peut-il quand il se voit trompé? »

Quelques jours après, Edmond écrit encore à son père pour lui parler des impressions diverses qu'a provoquées le voyage de Varennes ; à ce propos il épanche son cœur et dévoile avec naïveté toutes les illusions de sa jeune âme :

« 2 juillet.

(( A la première nouvelle de la fuite du Roi, c'est sur la capitale que la France entière a tourné ses regards inquiets, et Paris de son côté a tourné ses regards alarmés sur tous les départements. L'on redoutait partout également la rage et la fureur du peuple ; chacun croyait déjà voir le sein de la ville qu'il habitait, enflammé de l'incendie de la guerre civile. L'inquiétude éclatait sur tous les visages, on eût voulu pouvoir se transporter, à la fois, dans cent endroits différents.

« C'est surtout à Paris, au milieu de cette multitude immense, qu'il était intéressant d'observer l'effet que produisit sur tous les esprits cette étonnante nouvelle : « Le Roi est parti ! » Mais l'événement a prouvé qu'une forte indignation, mêlée du plus profond mépris pour le Roi, si lâchement infracteur à sa parole, enfin la plus parfaite quiétude, ont été les seuls sentiments qui ont partout inspiré les Français. Autant le Roi lui-même vient de dégrader et d'avilir sa dignité, autant la majesté du peuple s'est montrée dans toute sa grandeur et dans tout son éclat.

« Lors de l'arrivée de ce roi fuyard, pas une voix, pas un cri ne se firent entendre; il semblait que tous fussent également pénétrés de la grande vérité qui est si bien exprimée par ce vers de Voltaire :

Le silence des peuples est la peine des rois.

« En un mot, Louis XVI fut reçu avec toutes ces marques d'indifférence et de dédain qui, dans cette occasion, convenaient si bien à un peuple libre et aux Français régénérés. Où étaient- ils cet amour, cette idolâtrie, dont ils étaient jadis enivrés pour leur Roil Les injures les plus grossières lui sont prodiguées dans tous les groupes, ainsi qu'à la Reine ; ils font seuls le sujet des caricatures actuelles*. Les choses sont montées au point qu'on risque beaucoup à vouloir témoigner publiquement quelque pitié pour Louis XVL

« Beaucoup de personnes regardent son évasion comme l'effet des suggestions de toute la vermine aristocratique.

« L'on connaît le caractère de Louis XVI : son caractère est de n'en point avoir. Ce roi malheureux suit facilement, ou par biHise, ou par faiblesse, toutes les impulsions que lui donnent ceux qui l'entourent; il est l'infortuné jouet des mauvais conseils, des insinuations perfides que lui souffle son indigne épouse.

1. Après le retour de Varennes, le malheureux monarque ne fut plus repréfenlé que sous la figure d un pourceau.

Aussi toute la colère des personnes qui pensent S{

ment se tourne contre cette Médicis moderne, et

en effet cette reine infâme, cette Autrichienne au f

d'airain, que devraient foudroyer seule la furei

l'exécration publiques. La pitié, la commiséra

devraient nous animer à l'égard de ce Roi, qui. pî

trop grande facilité ou sa profonde ineptie, est

assez malheureux. »

11 est non moins intéressant de voir l'indigns

profonde que provoquait également dans les provi

la conduite du Roi. M. Géraud père se fait Tinterp

de ces sentiments quand il écrit de Bordeaux à

fds:

Cl Bordeaux, 12 mai.

t( Tu m'as écrit tout ce qui s'est passé à la fuit au retour de Louis XVI; tu le plains, mais le mé; t-il? Oui, sans doute, s'il est imbécile; maiss*il est c d'un peu de jugement, c'est un sentiment bien op] qu'il faut lui vouer.

« Quels crimes peut-on comparer aux crimes qi rait produits cette fuite si elle eût été heureuse, et ! ce rapport, quel châtiment ne mériterait pas celui ouvrait la porte à des maux incalculables I Pour i la plume me tombe des mains quand je pense perfidie.

« Que de dévastations, que de sang, que de m< très eusstinl couvert l'Empire ! J'en frissonne enc< et je n'oublierai jamais les impressions terribles

PENDANT Là RÉVOLUTION. 181

j'éprouvai à la première nouvelle de sa fuite coupable, rétais mari, père et patriote, et les maux affreux que je prévoyais plongeaient mon âme dans la plus profonde tristesse.

« Chacun s'indigne ici de voir encore sans récompense l'important service qu'ont rendu à la France les citoyens intrépides qui ont arrêté le Roi fuyard. Ils sont les sauveurs de l'Etat. Que de sang ils épargnent. »

Cette violence de langage, de la part d'un homme de l'âge et du caractère de M. Géraud, paraissait à Terrier lui-même excessive et il ne pouvait le dissimuler :

Paris, 5 juillet.

« La manière dont vous vous exprimez sur le compte du Roi, répond-il, nous a surpris. Si les plus modérés pensent ainsi, que doivent faire les autres!' Il est ici des têtes fort montées aussi, cependant nous avons toujours eu pour lui plus de pitié que de haine. Depuis quelques jours on ne parle plus que du Dauphin, on né veut plus que lui pour roi. Un roi de sept ans, ou un roi imbécile, c'est à peu près la même chose 1 Le Conseil fera tout dans ce cas-là. Autant vaut-il donner le Conseil à Louis XVI et lui laisser l'ombre de la royauté ; on évitera par là la solution de la fameuse question : que fera-t-on du Roi? »

Cette question redoutable se posait en effet et elle préoccupait à bon droit tous les esprits.

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Ce n'était pas tout, en eifet, que d'avoir un roi prisonnier; la situation ne pouvait s'éterniser et il fallait prendre un parti.

Déjà l'on agitait les solutions les plus graves. Les Jacobins déclaraient que la fuite du Roi équivalait à une abdication et qu'on devait proclamer la République *.

« L'opinion publique n'est pas encore bien fixée sur ce qu'on fera de Louis XVI, écrit Edmond. L'Assemblée nationale temporise et diffère cette question, soit qu'elle attende que l'opinion se soit formée, soit que son embarras soit exti'ème. Les gens sensés pensent, et c'est assez vraisemblable, que le Roi reprendra sa place et ses pouvoirs avec certaines modifications et certains amendements. Les démagogistes, républicanistes et enragés, soutiennent au contraire qu'il est tout à fait imjiossible qu'il remonte sur le trône. Ces esprits, aussi dangereux qu'ils sont exaltés, ces fac-

1. Jusqu'à ce inoiucnt, porsoniie ne songeait à la république : Le 25 janvier 1791 un député avait prononcé aux Jacobins le mot de république : a Nous ne sommes pas des républicains »i s'écria-t-on de toutes parts vX l'Assemblée invita Torateur à ne pas laisser subsister ce mol. En dehors du Roi, on ne voit pas d'issue à la situation présente. Gorsas écrit encore le 7 janvier 1791 : on connaît mon l'ospect pour les vertus de notre auguste monarque. Ceux qui lisent mon courrier, parvenu au vingtième volume, savent que jamais je n'ai parlé qu'avec vénération de ce prince cliéri ».

Pétion ne cesse de faire des déclarations monarcbiques. « JLfl foi et le Roi, tel est désormais le cri de ralliement de tous les bons citoyens », dit Vergniaud. Krisçot parle de môme.

un mot, qui sont heureusement en petit it dont le peuple ne doit cesser de se méfier, it avec assez d*audace le gouvernement répujuelques clubs, composés de ces têtes échaufosé afficher de pareilles pétitions, malgré le FAssemblée; la municipalité leur a imposé ;s d'amende. Du reste le républicanisme n'a eaucoup de partisans; chacun sent qu'un tel ment ne saurait convenir à une grande nais tout en voulant un roi, on le veut avec des si restreints qu'il ne puisse jamais attenter •té, et sous ce point de vue, autant vaut et is XVI que son fils. »

uits les plus faux couraient dans Paris : on que le Roi avait encore essayé de s'évader; idait que dans des accès de colère il avait glaces de ses appartements. On le représenle corps d'un pourceau et le front d'un Les honnêtes gens, dit un chroniqueur, gèle ce que l'on avilit tant un monarque malqui, enfin, sera toujours notre Roi. *») Tiblée prit peur et rendit un décret qui susfiomentanément le Roi de ses fonctions, jusqu'à i Constitution fût achevée et présentée à son on. 11 devait à cette époque recouvrer ses ves, sa garde constitutionnelle, sa liste civile.

spoiulance secrète publiée pai* M. de Lescurc.

En attendant une garde lui fut donnée pour répondre de sa personne : les chambres où couchaient les illustres prisonniers étaient toujours ouvertes et le commandant de la garde ne les perdait jamais de vue. La surveillance fut poussée à un tel point que la Reine était obligée de faire placer devant son lit celui d'une de ses femmes afm que les rideaux la protégeassent.

5 juillet.

« Le Roi est vraiment prisonnier maintenant, écrit Terrier, et je crois qu'il n'a pas droit de se plaindre. M. de La Favette couche dans une chambre attenante à son appartement. Toutes les fausses portes et les esca- ' liers dérobés du château sont murés, la garde doublée et sur le plus grand qiii-vive. L'on n'entre point aux Tuileries. Plusieurs ci-devant sont venus pour faire ce qu'ils appellent leur cour, la garde nationale n'a. point entendu raison et les a renvoyés sans façon. »

Tout en donnant ses soins à la sûreté extérieure de l'État, l'Assemblée constituante, avant de se séparer, se hâtait d'achever son œuvre constitutionnelle, de rendre au Roi ses fonctions et quelques-unes de ses prérogatives.

Ce rôle n'était pas facile. Le mot nouveau de république, qui d'abord n'avait que de rares partisans, ralliait peu à peu bien des esprits. L'absence et la suspension du Roi montraient qu'on pouvait se passer de lui. Les Jacobins et les Cordeliers s'agitaient violera-

ment: plus de roi! tel était le cri des clubs, des districts et des papiers publics.

Le 16 juillet eut lieu le rapport sur l'affaire de Varennes; il fut décrété que le Roi ne pouvait être mis en cause pour le fait de son évasion et que par conséquent il n'y avait pas lieu à déchéance.

La veille, les Jacobins avaient rédigé une pétition à TAsserablée pour demander qu'elle déclarât Louis XVI déchu comme perfide et traître à ses serments, et qu'elle pourvût à son remplacement. On décida de porter celte pétition au Champ de Mars où cliacun pourrait la signer sur l'Autel de la Patrie. Il s'ensuivit une émeute sanglante dans laquelle La Fayette et Bailly firent tirer sur le peuple; une centaine de citoyens furent blessés ou tués. Il en résulta une scission complète entre les constitutionnels et les républicains. La Fayette et Bailly perdirent toute leur popularité.

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