‹ Journal d'un étudiant (Edmond Géraud) pendant la révolution, 1789-1793Chapitre 28 sur 51 · JUILLET-AOUT-SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

JUILLET-AOUT-SEPTEMBRE

SoMMAiHE : Los cendres de Yultaire sont transportéos au Panthéon, —le 1 ( juillet. — La Reine montre le Dauphin au peuple. — Fête ws Charnps-Klysi^es. — Les poissardes du Pont-RoyaL — Le Salon fc peinture. — Lt^ Roi accepte la Constitution. — Il se rend à l'Assoi* Liée. — Représentation de Castor et Pollux. — Allég^resse du peapk. — Fin de la Constituante.

Dos réjouissances publiques, de grandes fêtes populaires, l'apothéose des dieux de la Révolution, ranniversaire du 14 juillet 1790, amenaient de temps i autre d'heureuses diversions aux passions politiques qui peu à peu s'exaspéraient.

Edmond n'a garde de manquer à ces fêtes mémorabh»s et il en fait avec verve d^enthousiastes descrip* lions à sa famille. '

La translation des cendres de Voltaire lui laisse d'inellaçables souvenirs. On s'en était particulièrement occupé au lycée où Mme de Villette régnait en souveraine reconnue et il avait été décidé, pour loi faire honneur, (|iie tous hs membres assisteraient eo c«)rps à la cérémonie.

JOURNAL D'UN ÉTUDIANT PENDANT LA Rl^VOLUTION. 187

Paris, 19 juillet

« Il s'est passé dans celte ville, depuis que nous ne 'avons écrit, deux événements qui feront épocpie dl^n^ lotre histoire. L'un est la translation du grand Vol;) aire à Paris et l'autre la commémoration du sej^îienit lu 14 juillet 1790. Celui-ci a écrasé l'hydre du.fan^j isme, qui était déjà bien faible ici, et celtJÏ-l&'^d&wit •essouvenir avec plus d'enthousiasme et de;la.'priS5e}>de a Bastille, époque de la naissance de notre X^^v\<^{\<^\ lu serment prêté par tous les Français dans le champ le la Fédération le 14 juillet 1790. * : r. v i

(( Après avoir été enlevé de dessus les ruinée simu:: ées de la Bastille, où il avait été déposé, le corps d0 Voltaire, enfermé dans un sarcophage de cuivre^ fut ransporté sur un char fait à l'antique et peint par I. David; il était suivi des députations, des collègési les clubs, de la garde nationale, des élèves militaires, les ministres, de l'Assemblée nationale, etc. Il a fait a première station devant l'Opéra, où la musiquOiqui 'accompagnait chanta une hymne faite par Voltaire, ui-même et qui est dans son opéra de Samson. Elle ;ommence ainsi :

« Peuple éveille-toi, romps tes fers, Reprends ta grandeur première. »

« Là, le buste du grand homme a été couronné par il. Chéron et Mme Ponteuil ; dans son ravissement

cette dernière l'a embrassé deux fois. Puis le cort a continué sa route jusque devant le pavillon de Fk appartement de la Reine, aux Tuileries, où la mari a été exprès ralentie et où la musique a joué Thym On dit que le Roi et sa femme étaient cachés s( des jalousies, derrière lesquelles ils regardaient pas le cortège; il était un peu différent de celui a^ lequel il fit sa seconde entrée dans Paris.

« Enfin le char est arrivé devant chez Mme de } lettè, fillte adoptive de Voltaire ; il y avait devant rnaison des gradins sur lesquels étaient les dames Lycée avec toutes le même costume. Mme de Ville avait fait élever un berceau de laurier en voûte, bout duquel était une couronne, sous laquelle le bu du grand homme fut posé ; ensuite Mme de Villet tenant sa fille âgée de cinq ans, alla Tembrasser et faire de même à son jeune enfant. Ce spectacle arrac des larmes d'atlendrissement à tous les assistan Enfin, le char ayant continué arriva devant lé théâl de la Nation, ci-devant le Théâtre-Français. Les titi de toutes les pièces de Voltaire étaient écrits sur 1 colonnes, et sur le fronton on lisait en grosses lettre // fit Irène à 83 ans. Là encore son buste a été co ronné par M. de Larive et Mlle Sainval, et comme commençait à pleuvoir avec force le char s'est ren( directement au Panthéon, un peu plus vite qu'il n'avf fait la principale partie de la route.

« Voilà, comme tu le vois, un narré bien succin

e cette imposante cérémonie, qui a attiré tant d'étraners dans Paris, et qui a si peu coûté.

« La Fédération s'est faite dans le même ordre que Bile de Tannée passée avec cette différence que les rapeaux de tous les bataillons en défilant passaient evant le maire, qui leur attachait des cravates aux ouleurs nationales. »

En attendant les graves événements qui se prépaînt, Edmond continue à mettre ses parents régulièrelent au courant de tout ce qui se passe à Paris. Il ;ur envoie un véritable petit journal où, sous une )rme familière, l'on trouve d'intéressants détails et n écho très exact des sentiments qui agitent la opulation :

Un certain apaisement paraissant se produire dans îs esprits, l'on ouvre le Jardin des Tuileries et la >ule y est aussitôt si considérable qu'on s'y porte litîralement. On montre l'enfant royal à la foule, il est cclamé : tout semble oubh'é, la réconciliation paraît e faire entre le Roi et le peuple.

« Louis XVI et son fils se firent voir dernièrement n grand costume à une fenêtre des Tuileries, raconte Idmend; jamais bateleur ni charlatan n'assembla ►lus de badauds en un plus court espace de temps. Je ne trouvais à cette ridicule parade ; vainement vou- Irais-je te peindre les allures de l'Autrichienne ; elle e mettait à la fenêtre, elle en sortait, se levait, s'aseyait, prenait le Dauphin dans ses bras, l'embrassait,

le montrait au peuple et nos amis de la cour et surtout de la chère liste civile de crier à plein gosier: «Vive le Roi, vive la Reine! » et autres jubilations d'ancien régime, et la gent parisienne ou moutonnière de bêler à son tour : « Vive le Roi ! vive le Restaurateur de la Liberté î » Mais je finis, Ton pourrait peut-être m'accuser, suivant le respectable décret de rAsserablée, d'avilir les pouvoirs constitués, quoique je crois que cela soit bien difficile. Peuvent-ils l'être plus qu'ils ne le sont ? »

L'on célèbre la messe au château comme autrefois; on y entend une superbe musique; la foule s*y précipite et sur le passage de la famille royale, on pousse des vivats enthousiastes.

La disette menaçante, les craintes de la guerre étrangère, n'empêchent pas la capitale d'envisager l'avenir sous les plus riantes pei^spectives, et de vivre dans une singulière quiétude : on recherche les plaisirs comme aux époques les plus calmes de l'histoire :

a On adore la Constitution, écrit une contemporaine, on admire l'Assemblée nationale. On Yoit déjà le vaisseau dans le port; on craint peu les ennemis du dehoi-s; on se moque de ceux du dedans.... Notre constance et notre courage vaincront tout. L'amour de la Constitution élève tous les cœurs à un certain degré d'héroïsme. Pour cela, l'esprit public est mûr et formé. Et puis, le respect pour la loi prend une telle

ice, que, juste ou injuste, on lui veut obéir. On id que ce mot : La loi, la loi !

y a eu hier une fête superbe aux.Champs^ ;, où tout Paris a couru. C'était un agneau qu'pi} comme à la fête des bouchers que nous javons jyon. Ne va pas croire que nous sommçs tristes ; la capitale n*a été plus brillante, plus bruyante, agnifique, plus dansante, plus parée, plus opuet tout cela en criant misère, en ayant la plus e disette d'argent. Nous sommes toujours Frana gaieté nous accompagne et charme tous nos Paris est calme comme la surface d'un étang*., » ond cite un trait amusant qui montre bien l'âme de cette singulière population :

nanche dernier, il nous est arrivé une aventure lisante ; nous allions nous promener du côté des s-Elysées, et traversions le Pont-Royal en çai^ inquillement lorsque nous voyons venir à nou$ âssardes, le teint enluminé et parsemé de rubis Is, la coiffe à la brigadière et sur l'oreille, le$ sur les côtés ; en un mot, les figures les plu$ [ues que j'aie vues de ma vie : « Ah ! mes enr , nous dit une d'elles, en nous approchant, rej- ; des bouquets des dames de la Nation » , et 3ur np ces dames de la nation de nous offrir à cha-

bouquet. « Nous avons à nous acquitter envei^

rnal d'une bourgeoise, publié par M. Lockroy. ;

« VOUS, leur dit M. Terrier, permettez donc que nous (( vous embrassions » ; c'était comme tu le vois galanterie pour galanterie, honnêteté pour honnêteté. — « Oh I très volontiers, mes enfants. » Voilà donc de grandes accolades sur le milieu du Pont-Royal ; une d'elles, la plus vieille, m'est venue prendre par la tête et m'a baisé fort amoureusement ; je n'en ai pas ri le premier. »

En dépit de la politique et des soucis qu'elle pouvait légitimement inspirer, l'on courait au Salon de peinture, oubliant et le Roi, et l'Assemblée, et les émigrés. Pendant six semaines entières les flots du peuple ne tarissent point du matin au soir; il y a des heures où l'on s'écrase.

Le Salon a lieu au Louvre, tous les deux ans, dans une des salles consacrées aux cours de peinture : a On y voit, dit Mercier, des tableaux de dix-huit pieds de long qui montent dans la voûte spacieuse, et des miniatures larges comme le pouce, à hauteur d'appui. Le sacré, le profane, le pathétique, le grotesque, tous les sujets historiques et fabuleux y sont traités et pêlemêle arrangés ; c'est la confusion même. Les spectateurs ne sont pas plus bigarrés que les objets qu'ils contemplent. »

Autrefois on y trouvait à profusion les bustes ou les portraits de fmanciers, de traitants, de premiers ou seconds commis, de dolentes marquises, de comtesses inconnues, avec leurs joues enluminées, car il fallait

peindre les femmes avec leur rouge ; aujow^d'hui tous ces souvenirs d'un autre âge ont disparu pour faire place à Factualité; on ne voit plus que des sujets empruntés aux scènes de la Révolution. Tous les portraits sont consacrés aux héros de l'ère nouvelle. Notre jeune étudiant, fort amateur de peinture, mandé à son père :

Octobre 1791.

« Nous avons été voir, il y a quelques jours, le Salon de tableaux; il est très beau et plein de morceaux des plus grands maîtres. Au milieu de cette multitude immense de tableaux et de statues je n'ai été vivement frappé que par une simple esquisse, celle du tableau qui représentera la mémorable séance du Jeu de Paume, et dont l'exécution a été confiée aux talents supérieurs de M. David. Ce peintre s'immortalisera parce tableau; il n'y a qu'un grand génie qui ait pu enfanter une conception aussi sublime. 11 y a fait passer tout le feu de son imagination. L'on y voit M. Bailly lisant le serment, et tous les autres députés qui jurent. L'on remarque au premier plan Rabaud embrassant dom Gerle, et Robespierre dans une attitude qui marqua» toute la joie qu'il ressent. Ce tableau était entouré d'une foule qui bouchait tout le passage.

« Le fameux Serment des Horace», du même peintre, est encore exposé au Salon de cette année. La Mort de Sacrale et le Brutus, du même artiste, attirent ensuite tous les regards.

« Rousseau, Voltaire, Franklin sont représentés sous une infinité de formes, en bosse, en marbre, en relief, on ne voit qu'eux. »

Cependant la Constitution était achevée. Les émigrés s'écriaient qu'en l'acceptant le Roi se déshonorerait. Barnave et lés constitutionnels le suppliaient de ne pas s'engager dans une résistance dont les suites pou^ vaienl être incalculables.

Bientôt l'on apprend qu'il se résigne à s'incliner devant la nécessité, mais beaucoup déjà ne lui en savent aucun gré.

« Le Roi va sous peu déclarer son acceptation, écrit Edmond. Voilà un moment de fièvre chaude, un moment de délire pour nos badauds de Paris. J'éviterai, autant qu'il me sera possible, de me trouver à ces réjouissances insensées que prépare un peuple qui se repaît de vaines espérances. »

Marie-Antoinette écrit publiquement à son frère qu'en acceptant la Constitution, le Roi assure sa liberté et qu'il a enfin l'espoir de s'entendre avec l'Assemblée. Mais en même temps un message confidentiel avise Joseph II de ne pas ajouter la moindre foi à ces assurances qui n'ont d'autre but que d'endormir d'impitoyables geôliers :

(( Les folies des princes et des émigrants bous ont forcés dans nos démarches, manda secrètement la reine; il était essentiel, en acceptant, d'ôtertout doute que ce n'était pas de bonne foi. , . . Plus nous avancerons,

plus ces gueux-ci sentiront leur malheur. Peut être en \îendront-ils à désirer eux mêmes les étrangers. ... » 11 fut décidé que le monarque ferait une démarche solennelle auprès de l'Assemblée et qu'il se rendrait daûs son sein en grande cérémonie pour prêter serment à la Constitution.

16 septembre.

<( Le Roi vient d'accepter la Constitution, mande Edmond à sa famille ; chacun s'y attendait. J'ai trouvé dans un de nos journaux patriotes des idées sur cet objet assez conformes aux miennes ; je les ai trouvées surtout exprimées d'une manière originale et piquantes. Les voici :

« Le Roi vient d'accepter, je ne dis pas cet acte, mais cet eunuque constitutionnel, et res vos plaudite cives; applaudissez, citoyens, que le bruit des canons annonce avec fracas la joie universelle. Paris, qu'une illumination, ordonnée par ta digne municipalité, soit le signal de ton allégresse; danse, peuple français.. \ danse; quant à moi, qui n'aime pas la danse, et qui me souviens des belles phrases qui ont précédé de quelques jom*s l'évasion de Louis le fuyard, il ne me plaît pas de me réjouir ni d'illuminer jusqu'à nouvel ordre. Oui, sans doute, il ne me plaît pas de crier : bravo! il ne me plaît pas de me fier à un créancier qui m'a fait banqueroute; il ne me plaît pas de me réjouir et si ma conduite déplaît, je dirai comme Philoxène à Benys le Tyran qui voulait le forcer à entendre cl à

admirer les sottises que les André, les Bamave de ce temps-là, et autres plats adulateurs avaient la lâcheté d*applaudir, je dirai en me retournant vers les satellites du comité des recherches : Reducile àd latomiat, esclaves du despotisme, ramene^moi à Fabbaye! • (Extrait de Gorsas).

(( Louis XVI a été reçu dans le sein de FAsseinblée au milieu des bravos, qui étaient poussés avec autant de frénésie que les cris d'indignation du 21 juin; la joie de nos représentants était des plus indécentes, ce n'était point Télan du sentiment et de la reconnaissance qui se peignait dans leurs cris, dans leurs regards et dans leurs gestes; c'était cette joie méprisable qui brille sur le visage d'un écolier paresseux charmé d'avoir terminé sa tâche. Le Roi est arrivé près du président à travers les trépignements, les applaudissements et les clameurs les plus insensées et les plus ridicules. Les bureaux du président et des secrétaires avaient fait place à un trône qui s'élevait sur l'estrade; il était surmonté de colifichets dorés, de casques, de plumes, et autres bêtises semblables. L*on voyait en bas le fauteuil simple, modeste, j'ai piresque dit humble, de M. le Président; mais avant l'arrivée du Roi, toutes ces décorations puériles ou révoltantes avaient disparu à la voix des Pétion et des Robespierre, qui firent sentir le contraste ridicule et choquant de cet appareil d'opéra avec le timide fauteuil présidentiel.

(( Louis XVl commença son discours avec une di-

gnité affectée qui l'abandonna bientôt. Voici comment. L*Assemblée était convenue que lorsque le Roi prêterait son serment, elle s'assiérait et se couvrirait, seule attitude digne des représentants d'un peuple libre, recevant les serments de son premier fonctionnaire. Aussi, lorsque le Roi eut prononcé les premiers mots : « Je jure de, etc. «i chacun observa la cérémonie convenue. Le Roi parut surpris, interloqué, il resta muet un instant, finit par s'asseoir aussi et continua. La réponse du président fut pleine d'une vraie dignité, et les gens qui connaissent M. Thouret n'attendaient pas cela de lui. Louis XVI et le prince royal parurent ensuite dans la salle et furent couverts d'applaudissements. Malgré toutes ces marques vraies ou fausses d'allégresse, l'illustre famille avait l'air de fort mauvaise humeur; le Roi surtout était tout rechigné.

« Après la sortie du Roi, l'infâme Duport, courtisan vil et abject,' proposa, sans rougir, à l'Assemblée d'acîompagner en corps le pouvoir exécutif. Cette motion Fut heureusement repoussée avec tout le mépris qu'elle méritait, et accompagna le Roi qui voulut. Une salve l'artillerie, des cris perçants de « Vive le Roi » ! « Vive le Restaurateur » I un tintamarre aussi bruyant que ridicule, un topinambour effroyable de tous les clochers de Paris célébrèrent à l'instant la grande accep- :ation pure et simple du Restaurateur. Pour la santé ie mes oreilles et le maintien de mon ouïe, Dieu

veuille qu'il ne plaise pas au Hoi d'accepter fréqueinineut. Je ne savais plus où j*en étais. Hélas! cet instant d'ivresse cessa bientôt, et tout retomba dans la plus grande quiétude. J'observai que malgré les ordres donnés, Paris ne fut que médiocrement illuminé. C'était bien autre chose la nuit qui sui^ît l'évasion du sire constitutionnel, déguisé en valet d'une baronne de Korfî.

(( Cette mémorable journée, bien faite pour servir de pendant à celle du 21 juin, n'a pas laissé cependant que de produire du bien. L'argent, qui était à 20, est baissé sur le champ à 10 pour 100; voilà ce que les malveillants et les ennemis du bien public voudraient vainement se dissimuler. Dieu veuille que cette confiance puisse durer. Mais je ne le crois pas.

« La réunion du Comtat-Venaissin au royaume de France, décrétée le même jour, réjouit à plus juste titre les gens sensés et les patriotes exempts du fol enthousiasme qui règne dans Paris *. Les départements l'apprendront sans doute avec plaisir; quant aux plats habitants de notre moderne Sybaris, à peine y ont ils fait attention: le Roi seul les occupait^ tout

1. Avignon ot le Conitat-Venaissin formaient une enclave dans le royaiiroo et déjà bien souvenl l'on a^ait réclamé leur réunion à la Franco. Ln Révolution précipita les événements. Alors que le gouvernement frani:ais hésitait encore à s'emparer par la force d'un bleu qui appartenait au Saint-Siège, les révolutionnaires d'Avignon résolurent de le mettre en présence d'un fait accompli. Ils chassèrent le léjiat du pape et formèrent une commune qui demanda à se réunira la Tiance.

leur plaisir était de faire retentir les rues des cris de a vive le Roi ». Le pape est malade, dit-on; cette mauvaise nouvelle ne va pas le rétablir, je pense.

« Ce qui me porte à me méfier beaucoup du nouveau serment de Louis, c'est que les départs de plusieurs gardes du corps pour Coblentz sont plus fréquents que jamais. Tu ne dois pas ignorer que la cour a député un envoyé vers les ci-devant princes, pour les engager à rentrer; voilà la cause de ce message, mais on n'en est pas dupe, et chacun est fortement persuadé qu'il en est une secrète pour les engager à rester.

« Voici l'ordre des événements que je crains de voir bientôt arriver : Hier le serment; aujourd'hui, l'engouement; demain, le couronnement; après-demain, la fuite. Le comité diplomatique a d'ailleurs annoncé que l'entrevue de Pilnitz, entre l'Empereur et M. d'Artois concernait les affaires de France ; il n'est donc point encore temps de nous endormir, comme tu vois. » L'acceptation de la Constitution souleva une allégresse universelle. L'on croyait sincèrement que c'en était fini désormais des discordes civiles, que la tranquillité allait renaître, que des jours paisibles se levaient enfin pour ne jamais cesser. Dans toute la France les cloches furent mises en branle, des feux de joie furent allumés, partout des illuminations spontanées témoignèrent de la satisfaction générale.

A Paris la joie populaire se manifesta de mille manières et en particulier par des illuminations.

Le Roi paraissait avoir reconquis toute sa popularité.

Le lundi 19 septembre Ton donne au peuple une représentation gratuite à l'Opéra, en Thonneur de Tachèvement de la Constitution. L*on joue Castor et Fdlux.

Le lendemain la même pièce est donnée en présence de la famille royale. Lorsque le Roi, la Reine, le Dauphin et Madame Elisabeth quittent les Tuileries pour se rendre à l'Opéra, ils trouvent les rues et les boulevards encombrés d'une foule immense qui les acclame.

Au moment où Louis XVI parait dans sa loge, toute la salle se lève et éclate en applaudissements qui durent plusieurs minutes ; au lieu de jouer l'ouverture de Castor et Pollux, l'orchestre, pour se mettre à l'unisson des spectateurs, commence l'air du quatuor de Lucile :

u Où p(Mit-()ii être mieux qu'au sein de sa faraiUe? •

L'A-propos paraît charmant et soulève des applaudissements frénétiques.

La pièce n>st qu*un long triomphe pour les augustes spectateurs. On recherche toutes les allusions qui peuvent se rapporter à la situation présente, et on les soulijrne par des bravos enthousiastes.

A la fin, lors de ces mots chantés par Laîs :

*v Ti>ul l'univers demande ton retour, llùgne. rt^jrne sur un peuple lidèle »,

nthousiasme populaire devient du délire, et la Reine, licieusemeni émue, s'écrie: « Ah! le bon peuple, il demande qu'à aimer ! »

En se retirant la famille royale reçoit les mêmes noignages d'affection qu'à son arrivée, et elle est îompagnée jusqu'aux Tuileries par les vœux de it un peuple.

Mladame Elisabeth croit que tous les fâcheux soulirs sont effacés, que tout dissentiment a désormais paru entre le Roi et la nation, et elle écrit, charmée, on amie Mme de Raigecourt :

21 septembre 1791.

( Il y a longtemps que je ne t'ai écrit, ma chère ^e ; il s'est passé encore bien des choses depuis, js avons été à l'Opéra; nous irons demain à la nédie. Mon Dieu!... que déplaisir! J'en suis toute ie ; et aujourd'hui nous avons eu, pendant la messe, Te Deum, Il y en a eu un à Notre-Dame.... Ce soir 18 avons encore une illumination, le jardin sera )erbe, tout en lampions et eti petites machines de re, que, depuis deux ans, on ne peut plus nommer s horreur ^ »

]ette Constitution si péniblement élaborée était l'œu-

suprême de la Constituante; aussitôt après son

eptation, l'Assemblée devait se dissoudre ; ses mem-

Feuillet de Conches.

^202 JOUUNAL D'UN ÉTUDIANT 1»ENDANT LA RÉVOLUTION.

bres ayant perdu presque tout crédit sur 1* opinion publique, ils avaient eux-mêmes décrété qu*ils ne pourraient être réélus.

Le 30 septembre 1791, le Roi se présente à TA ssemblée et renouvelle sa déclaration de faire respecter les droits de TEtat. 11 est acclamé : (r Sire, lui dit Thouret, qui présidait, Votre Majesté a fini la Révolu* tion par son acceptation si loyale et si franche de la Constitution. »

L'Assemblée déclare ensuite sa mission terminée et ses séances closes.

Le Roi fait part ofliciollement aux cours étrangères de son acceptation de la Constitution, mais en même temps, par ses émissaires secrets, il leur déclare qu'il n'a cédé qu'à la force et il sollicite leur concours armé pour le rétablir sur le trône de ses pères.

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