‹ Journal d'un étudiant (Edmond Géraud) pendant la révolution, 1789-1793Chapitre 29 sur 51 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Sommaire : Le Roi et la Mation. — L'Émigration. — L'idée de Patrie

n'existe pas. — Coblentz.

Nous voyons, depuis le commencement de ce récit, le Roi et la Reine jouer un double jeu, bien périlleux pour eux, et qui dénote en même temps une étrange absence de scrupules.

Pour se Texpliquer et pour bien comprendre les événements qui se déroulent sous nos yeux, il est utile de nettement préciser la situation des deux partis en présence : le Roi et la Nation.

Il existe entre eux un effroyable malentendu qu'ils semblent ignorer Fun et l'autre, que rien ne pourra dissiper et qui subsistera jusqu'à la dernière heure.

Quand le Roi fait appel à l'étranger, commet-il une action blâmable? Trahit-il son peuple? Mérite-t-il le châtiment réservé aux traîtres et aux parjures ?

La solution est différente, selon que l'on se place au point de vue royal ou au point de vue de la nation.

Le Roi, cela n'est pas douteux, est convaincu de son

bon droit et de la justice de sa cause ; à ses yeux, il ne fait qu'exercer des revendications légitimes quand il cherche à reconquérir le pouvoir qui lui appartenait et qu'on lui a arraché lambeaux par lambeaux.

Quand il appelle à son aide les souverains étraDgers, quand il leur demande de le rétablir dans la plénitude de son autorité, à ses yeux, il ne commet aucune trahison, il ne fait que se conformer aux traditions et aux précédents des monarchies, il ne fait qu*user de son droit strict. Ce n'est, en effet, ni la première ni la dernière fois qu'on voit un souverain faire appel à l'appui de ses voisins pour soumettre un peuple rebelle. Les rois ne forment-ils pas une seule et même famille, ne sont-ils pas cousins, ne doiveut-iis pas s'enlr'aider comme de bons parents?

Cette patrie, qu'on reproche à ïjouis XVI de trahir, mais c'est lui-même, elle s'incarne en lui, elle n*existe pas sans lui. Il est l'arbitre unique de ses destinées et lui seul est juge des mesures qu'il convient de prendre pour le mieux de ses intérêts.

D'un autre côté, la Nation qui, après de longues années d'oppression et de servitude, a enfin secoué k joug, ne peut comprendre ni admettre la conduite do l\oi.

Elle aussi se croit forte de son droit, et elle a raison, puisqu'elle ne demande que la stricte application des lois, de ces lois que Louis XVI, par des serments réitérés, a approuvées et acceptées.

Aux yeux de la Nation, quand le Roi appelle l'étranjer, il trahit son pays ; quand il veut reconquérir les }rivilèges qu'on lui a enlevés, il trahit ses serments luand les émigrés s'arment à la frontière, quand ils ioudoient l'armée restée fidèle, quand ils organisent 'insurrection, ils trahissent leur patrie et tous mènent les châtiments réservés aux conspirateurs et aux raîtres.

Mais, dira-t-on, entre ces deux opinions opposées et >arfaitement défendables l'une et l'autre, la logique ît le bon sens veulent que l'on donne plutôt raison au \oi. Sa conduite repose sur des principes rendus légiimes par un usage de plusieurs siècles ; la Nation, au contraire, ne se base dans ses théories et ses revendi- ^ations que sur des idées récentes et qu'on soupçonlait à peine dix-huit mois auparavant.

Cela est vrai, mais si la période d'incubation des idées louvelles a été longue, à peine écloses, elles se sont )ropagées avec une effrayante rapidité, et il a suffi de juelques mois pour en imprégner jusqu'aux moelles .Qute la génération, pour en faire, en quelques mois, mx yeux des contemporains, des idées vieilles de pluiieurs siècles.

Le Roi et la Cour vivent, depuis une longue suite i'années, dans un certain courant d'idées, ils en sont laturelleraent toujours imbus et pénétrés; comment )ourrait-il en être autrement? Comment leur demanler d'y renon(ïer bénévolement en quelques jours,

200 LE JOURxNAL D'UN ÉTUDUNT

d'effacer volontairement le passé et de répudier toutes

ces traditions, tous ces souvenirs, patrimoine précieux que leurs ancêtres leur ont transmis?

Mais, d'autre part, ces idées qui font partie inhérente de la royauté et de la noblesse, qui ont toujours été leurs, qu'elles considèrent comme des droits légitimes et imprescriptibles, ces idées n'existent plus pour la nation, elles ont à jamais disparu et ne lui paraissent plus que de monstrueux anachronisraes. Essayez donc de faire comprendre à ces hommes, enivrés de liberté, que leur délivrance date d'un an à peine, que ce nouvel édifice est encore bien fragile» bien incertain, que les droits de chacun sont encore bien confus et que, de très bonne foi. Ton peut aisè^ ment s'y tromper ! Quand le Roi use d'un droit qu'au fond de sa conscience, il croit toujours existant et siacèrement lui appartenir, aux yeux de la Nation il est aussi coupable et il soulève la même indignation qu^ s'il prétendait, de sa propre autorité, faire revivre quelque barbare coutume du temps de Clovis ou de Charlemagne.

Donc, la Nation et la Cour ne parlent plus la mèia^ langue, il leur est impossible de se comprendre, ci comme la fatalité des événements les force à vi>Te ensemble, elles en arrivent, par des malentendus inévitables et incessants, à une révolte et à une exaspération qui se terminent par les catastrophes que l'on sait.

PENDAIST LA RÉVOLUTION. 207

Il y a cependant, dans la conduite du Roi, un point sur lequel il serait douloureux d'insister, mais qu'on ne peut pourtant passer complètement sous silence. Si, à notre avis, ses actes, vis-à-vis de l'étranger, peuvent s'expliquer et se défendre, la tâche est plus difficile lorsqu'on veut trouver une excuse aux serments qu'il prête si volontiers chaque fois qu'on les lui demande, alors qu'il a la volonté bien arrêtée de les violer. 11 a beau se dire qu'on lui force la main et qu'il ne jure jamais sans une restriction mentale qui le dégage de son serment, c'est là une pitoyable défaite ; il y a, dans cette attitude, un manque de bonne foi dont les circonstances si troublantes que l'on traversait peuvent seules atténuer la gravité.

Le malheureux monarque, au milieu d'événements trop forts pour sa faiblesse, subit une fatalité de race, d'éducation, d'entourage. 11 se persuade qu'il ne fait qu'obéir aux traditions de ses pères et se conformer aux droits qu'il doit à sa naissance. C'est au nom de ces droits qu'il se croit tout permis : le mensonge, la duplicité, le faux serment, le sacrilège, et qu'il marche le front haut dans la voie équivoque dans laquelle il s'est si malheureusement engagé.

Il y a une autre question qui préoccupe au plus haut point l'opinion publique, et qui va devenir un des facteurs les plus actifs des violences révolutionnaires : c'est l'émigration.

Avant d'aborder le récit des tristes jours qui luar-

quèrentla fin de 1792, nous voudrions montrer dai quel état d'âme l'on vivait au moment où va s'ouvri cette terrible année qui doit voir les massacres d'aoî et de septembre, nous voudrions montrer le rôl considérable que l'émigration a joué dans ces fu nestes événements.

A nos yeux, les émigrés ont été doublement crimi nels : d'abord, ils ont abandonné le Roi ; en seconi lieu, ils ont porté les armes contre leur patrie.

En quittant la France, en effet, ils commettaient ui crime envers le Roi, qu'ils laissaient exposé à tous le périls et qu'ils abandonnaient au moment même où plus que jamais, il avait le plus pressant besoin d( voir toute la noblesse française se serrer autour de lui*

En portant les armes contre la France, ils ont commis un crime de lèse-patrie.

Le second de ces crimes leur a élé souvent et amèrement reproché.

Le crime d'émigration, au contraire, a rencontré d( nombreux défenseurs, et il s'est trouvé beaucoup d'excellents esprits qui ont soutenu et affirmé qu'en présence des périls sans nombre qu'elle courait er France, la noblesse n'avait d'autre ressource que de chercher un refuge à l'étranger.

1. Mercier dit en parlant de l'abbé Maury : « C'est lui qui mit dans la tète de tous les nobles ce système d'émigration, 1^ plus extravagant, le plus impolitique et lo plus lûcbe de tous ceux que l'on pouvait cboisir.^

\ allons soutenir une thèse contraire.

les approuver assurément, nous croyons cepen-

i'il est injuste de reprocher aux émigrés de

pas eu des sentiments qu'on ignorait à peu )mplètement à leur époque.

e de patrie se trouvait encore, à l'état embryon- Certes Ton n'était plus au temps où l'Eglise ayant partout son joug, l'idée de Dieu seule existait inait, où les provinces étaient divisées les unes les autres, où les Nemours, les Bourbon, les les Condé, les Biron, les Montmorency, etc., înt à l'étranger pour marcher contre le Roi de ; à l'idée de Dieu était venue depuis longtemps ;r l'idée de fidélité au Roi : Dieu et le Roiy telle

devise invariable de la noblesse, et elle n'en nnait pas d'autre. Jusqu'en J789, de patrie il 3int question, la fidélité au Roi prime tous les devoirs*, itriotisme, tel que nous l'entendons aujourd'hui,

toutes les préférences politiques ou religieuses,

sentiment si puissant et si vif ne s'est réelleéveloppé que pendant la Révolution, •and mouvement populaire de 89 a d'abord fait

ir la première fois, sous Napoléon I", on voit un drapeau avec ces mots : Honneur et Patrie, C'est celui du

ns.

oration de la Légion d'honneur porte dès sa fondation mots : Honneur et Patrie^

trie a remplacé le Roi.

germer les idées d'union el de fraternité; puis, en supprimant les anciennes divisions politiques, la Révolulion a favorisé Tintimité des relations et fait disparaître les haines qui se perpétuaient de province à province; Bretons, Gascons, Provençaux, Bourguignons ont disparu, il n'y a plus eu que des Français.

L'antagonisme violent qui s'établit presque immédiatement entre les émigrés et la nation, la crainte qu'éprouve le peuple de se voir enlever les biens si péniblement conquis, contribuèrent aussi puissamment à développer le sentiment du patriotisme.

Enfin les dangers terribles qui vont menacer la France en 1792, provoqueront dans tout le pays un admirable élan de sacrifice et de dévouement; ils achèveront l'œuvre commencée et créeront enfin l'unité nationale.

C'est en suivant ces différentes phases que l'idée de patrie s'est développée, c'est ainsi que cette idée, née de la veille, a poussé si rapidement de profondes racines, c'<est ainsi que les événements l'ont rendue si vivace et si puissante que le crime de lèse-patrie devient en 1792 le plus grand de tous les crimes.

On ne peut donc, en bonne justice, reprocher aux émigrés d'avoir méconnu un sentiment qui était resté à peu près lettre morte jusqu'en 1789*.

1. La meilleure preuve que l'on ne comprenait pas le patriotisme au XVIII" siècle comme nous le comprenons «i^fountliBif c'est que personne à l'époque n'a songé à reprodieraitt philo-

Et c'est ce qui explique si bien comment tant de Français, sans scrupules aucun, sans remords aucun, sans se douter le moindrement qu'on pût un jour le

~ leur reprocher, ont pris les armes contre leur pays et ont marché allègrement à sa conquête en compagnie de l'étranger. Nous les jugeons avec une grande sévérité et leur conduite nous indigne, parce que nous

-. l'apprécions avec nos idées actuelles ; mais reportonsnous à l'époque, aux idées qui avaient cours, et nous verrops combien nous sommes injustes et peu équitables.

Donc, sur ce point, nous croyons qu'il faut beau-

. coup pardonner aux émigrés ; mais sur le fait même

d'avoir quitté le Roi, notre opinion est bien différente.

Par cela même que la fidélité au Roi était aux yeux

de la noblesse le seul et unique devoir, par cela même

. qu'il leur tenait lieu de patrie et d'honneur, tous ceux qui appartenaient à cette caste étaient au moins

- tenus de rester auprès du monarque menacé et de ne le point quitter. C'était là un devoir strict dont rien ne les pouvait délier*.

sophes français leurs scandaleuses adulations vis-à-vis du vainqueur de Rosbach. Celui qui, de nos jours, et dans des circonstances analogues, écrirait des lettres semblables à celles que d'Alembert ou Voltaire adressaient à Frédéric, toinbei*ait à ' juste titre sous le mépris public. — Il y a en France des régiments suisses, allemands, etc., avec des chefs de nationalité étrang'ère ; les commandements s'y font en langue étrangère. Pas plus en France qu'à l'étranger, la notion de la patrie n'existe. i. Madame Elisabeth partageait cette opinion. Elle fut sou-

C'est en désertant ce poste de combat que les émigrés ont commis un véritable crime. Si les princes et la noblesse étaient restés en France, s'ils s'étaient groupés autour du Roi, si toutes les forces vives de la Monarchie s'étaient résolument réunies pour la lutte, Louis XVI, bien entouré, soutenu, encouragé, aurait pu très vraisemblablement, non. pas arrêter l'irrésistible mouvement des esprits, mais l'enrayer, l'endiguer, le diriger.

Au lieu de cela que voit-on? Un monarque d'une intelligence bornée, sans vigueur, sans énergie, abandonné de tous ceux qui auraient dû le soutenir, et livré comme un jouet aux passions populaires déchaînées.

Mais ce n'est pas tout. Les émigrés ne se sont pas contentés d'abandonner le Roi ; ils l'ont compromis de mille manières, et sous prétexte de le rétablir dans les droits de ses pères, ils ont joué contre son assentiment une partie dont sa tète était l'enjeu.

En réalité, le Roi leur importe peu; ce qu'ils veulent, c'est rentrer en maîtres dans ce pays qu'ils ont quitté, y reconquérir les droits qu'ils ont perdus, y rétablir V ancien régime.

Pour atteindre leur but, ils emploient tous les

vent sollicitée de partir pour l'étranger, et elle aurait pu le faire sans difficulté dans bien des circonstances. Mais elle s'obstina à rester auprès de Louis XVI, considérant qu'elle occupait un poste que l'honneur lui défendait de quitter. .

PBKDANT LA RÉVOLUTION. 213

oyens, ils s'arment, ils lèvent des corps au nom du 3i, forment des cadres et instituent des grades qui 1 vendent au plus offrant ; ils appellent l'étranger, ils ludoient des émissaires, ils ont recours à Tinsurrecon, à la trahison. Et leurs projets ne sont pas mystéeux,' ils ne complotent pas dans l'ombre et le silence, est à ciel ouvert qu'ils conspirent, et qu'ils menacent urs compatriotes des pires vengeances quand ils se- )nt redevenus les maîtres. Leurs amis restés en pance ne sont pas plus mesurés : ils annoncent chaiie jour la contre-révolution prochaine et la terrible Linitien dès coupables.

A leur point de vue et avec leurs idées, cette conlite s'explique par les raisons que nous avons donîes plus haut; mais aux yeux du peuple, aux yeux i cette population fanatisée par les idées nouvelles, \T les Droits de Vhomme, par le patriotisme naismt, conunent lui faire admettre qu'elle doit volonirement venir se replacer sous le joug, comment lui ire admettre qu'elle doit patiemment tolérer, et sur !S frontières, et à son propre foyer, la conspiration, trahison, comment lui faire admettre qu'elle doit acer sous la protection des lois nouvelles, ceux qui ont d'autre but que de les renverser et de rétablir mcien régime avec tous ses abus.

Et ce n'est pas la lie de la population qui pense nsi. Loin de là. Le paysan, l'artisan, le bourgeois, us travailleurs et gens honnêtes, sont prêts à verser

214 LE JOURNAL D'Uîi ÉTUDIANT

leur sang pour défendre les biens qu'on veut leur

ravir*.

Car enfin, le fait est indéniable, tout n'est pas chimérique dans ces craintes, tout n'est pas imaginaire dans ces complots; il n'y a pas que forfanterie et vaines menaces dans le langage des émigrés. Leurs appels à l'étranger ne sont pas restés stériles: l'Europe se prépare à marcher contre nous, la conspiration existe au dedans et au dehors, la patrie est menacée des plus extrêmes périls, son existence même est en jeu.

Les lettres que nous publions nous paraissent d'un très vif intérêt, parce qu'elles montrent merveilleusement et sous la forme la plus sincère, la plus spontanée, comment l'inquiétude s'est glissée dans les cœurs, comment les démarches des émigrés, le double jeu de la Cour, ont aigri les esprits, comment, à force de braver audacieusement l'opinion publique, on a fini par l'exaspérer, comment le peuple, affolé a fini par voir rouge, comment peu à peu les passions populaires se sont déchaînées.

L'émigration se montrait-elle au moins, par la di-

i. Cette tcn'cur d'un retour à l'ancien régime est si puissante sur les classes bourgeoises et populaires qu'elle subsiste encore de nos jours, après un siècle d'écoulé et qu'il suffit dans les élections d'évoquer le spectre des dioits féodaux, de la dîme, des droits de jambage et autres, pour faire voter les paysans contre les candidats entaclics de royalisme ou <U cléricalisme.

;nï\è de son attitude et la loyauté de sa conduite visi-vis du Roi, digne de sympathie? En aucune façon. Il faut voir ce qu'était Coblentz dans les derniers mois de Tannée 1791 :

La noblesse restée en France, le Roi, la Reine sont traités avec un mépris qu'on ne saurait imaginer.

Les idées des émigrés sont faussées à ce point qu'ils n'ont pas assez de railleries pour ceux de leur caste qui voient le devoir là où il est en effet et qui risquent leur vie pour partager la fortune de la famille royale. Ils osent les accuser de lâcheté et de trahison.

(( Ceux qui résistaient aux appels réitérés de Coblentz, écrit Mlle des ÉcheroUes, étaient en quelque sorte dégradés aux yeux de la noblesse et repoussés de son sein. Ceux qui hésitaient encore, poursuivis par le sarcasme et la crainte du ridicule, n'espérant de repos qu'à Coblentz, couraient l'y chercher* ».

Malgré l'acceptation solennelle de la Constitution par Louis XVI, les émigrés n'en poursuivent que plus ardemment leurs projets. 11 n'est question que de leurs préparatifs redoutables, et les journaux royalistes parlent sans cesse de cette armée de Condé qui va enfin envahir la France pour y rétablir l'ordre et châtier comme il le mérite un peuple rebelle. Et quand le malheureux monarque désavoue formellement ces agissements, on se. rit de ses ordres ; quand il enjoint

J. Une famille noble nous la Terreur.

aux émigrés de rentrer en France, pas un ne lui obéit Le danger que leur conduite fait courir à la familh royale est évident, mais peu importe à ces hommes qu'aveuglent d'ardentes passions. Le Roi, la Reine ne se font aucune illusion sur les tristes services qu'ils rendent à leur cause. Marie-Antoinette éperdue écrite son frère Léopold :

8 septembre 1791.

(( Je connais très bien l'àme des deux frères du Roi, il n'y a pas de meilleurs parents qu'eux. Ils désirent tous deux le bonheur, la gloire du Roi uniquement; mais ce qui les entoure est bien différent : ils ont tous fait des calculs particuliers pour leur fortune et leur ambition. 11 est donc bien intéressant que vous puissiez les contenir et surtout d'exiger des Princes et des Français en général de se tenir en arrière dans tout ce qui pourra arriver, soit en négociations, soit que vous et les autres puissances fassiez avancer des troupes. Cette mesure devient d'autant plus nécessaire que le Roi allant accepter la Constitution, ne pouvant faire autrement, les Français au dehors se montrant contre son acceptation, il serait regardé comme coupable par cette race de tigres qui inondent ce royaume et bientôt ils nous soupçonneraient d'accord avec eux*. »

Quelque temps après elle lui écrit encore :

Page 1