‹ Journal d'un étudiant (Edmond Géraud) pendant la révolution, 1789-1793Chapitre 30 sur 51 · I. Feuillet de Couches · texte numérisé non relu

I. Feuillet de Couches

PENDANT LA UEVOLUTiON* 217

4 octobre 1791.

« Les émigrants rentrant en armes en France, tout est perdu. Il serait impossible de persuader que nous ue sommes pas de connivence avec eux. L'existence d'une armée d'émigrants sur la frontière suffit même pour entretenir le feu et fournir aliment aux accusalions contre nous. »

L'aspect de Coblenlz est révoltant.

« Les vices de l'ancien régime, enlaidis par l'exil, s'y étalaient dans un pêle-mêle insolent et grotesque. Le cynisme de Versailles, en costume d'émigré, y semblait « plus hideux encore ». C'était « un cloaque « d'intrigues, de cabales, de sottises, de déprédations, « de singeries de l'ancienne cour ». Les princes avaient fait de la résidence d'un Électeur ecclésiastique « un mauvais lieu^ »

On y tient sur le Roi et sur la Reine les propos les plus méprisables.

La Reine surtout est l'objet de la haine des émigrés : ils en parlent comme n'oseraient le faire les plus farouches démagogues : il n'y a pas d'injures qu'ils ne prodiguent à cette femme infortunée :

« Qu'a donc fait ma malheureuse sœur à vos Français, pour qu'ils là déchirent partout, dans mon parc, dans tous les lieux publics ? » disait Tarchiduchesse Christine, régente des Pays-Bas, à un émigré La fa-

i. Aulurlin, Esprit public av xviii" siècle (d'après Augeard).

mille royale, et les périls auxquels ils Texposent p leurs témérités, ne comptent point à leurs yeux, i principe est tout, et ce principe est la restauration ( Tancien régime. »

Marie-Antoinette, de son côté, détestait les émigré Elle soutenait que leur place était auprès du Roi qu'ils avaient déserté alors que le devoir, Thonneu la tradition, tout leur ordonnai! de rester. « Les lâche écrivait-elle, après nous avoir abandonnés, veulei exiger que seuls nous nous exposions, et seuls noi servions tous leurs intérêts. »

Louis XVI n'est plus traité qu'avec un mépris null( ment déguisé. Son arrestation à Varennes paraît tous un événement heureux et favorable aux desseir de l'émigration. Quand la nouvelle se répand, elle ei accueillie par une satisfaction mal contenue : « J'ai v des joies indécentes, » écrit Fersen. « Comme mo désespoir et ma douleur étaient peints sur ma figure dit Augeard, voici ce qu'un pauvre maître de poste m dit, je ne l'oublierai jamais : « Consolez-vous, mon « sieur, consolez-vous, l'arrestation du Roi n'est pas « je crois, un si grand malheur. M. le comte d'Artoi a avait, ainsi que vous, l'air centriste, mais tous le « messieurs qui étaient dans sa voiture avaient l'ai « très content. » Reaucoup disent ouvertement qui c'est un bonheur qu'on soit débarrassé du Roi, parci qu'avec sa pusillanimité il n'aurait été qu'une gêne e un souci pour l'émigration.

PENDAIST LA RÉVOLUTION. 219

squ*à son arrestation on a encore conservé quelque renée de respect pour Louis XVI, mais après unes on le traite plus bas que terre, a Jamais, orte Goguelat, je n'ai ouï parler du Roi avec aud'irrévérence : a Le pauvre homme ^ le soliveau, le ... )) On affiche pour sa vie, pour celle des siens, us parfait dédain. La mort tragique et désormais able de ce nouveau a débonnaire » donne à Témion ses coudées franches. On n'a même pas la îur d'attendre la fin de ce monarque infortuné; X regardé comme prisonnier, donc sa volonté \ plus que celle de ses oppresseurs : les émigrés lament Monsieur régent du royaume et le prince triste courage d'accepter ; il organise aussitôt ur de lui un gouvernement complet, nomme des îstres, des ambassadeurs et révoque ipso facto les >yés de son frère.

2t>0 LE JOURNAL D'UN ÉTUDIANT

Non seulement les émigrés ne rentraient pas, mais Téniigration augmentait tous les jours; elle sé>îssait particulièrement dans Tarmée et dans la marine, et les officiers en grand nombre allaient grossir les rangs de leurs camarades de Coblentz. C'est en vain que Louis XV' adresse de pressantes exhortations aux officiers pour leur rappeler leur devoir, les désertions continuent incessantes, et un jour le ministre de la guerre peut venir annoncer à l'Assemblée que iOOO officiers ont quitté leur poste. A la fin d'octobre, on compte plus de 10 000 émigrés en armes; on estime qu'il y en aura 15 ou 18 000 en février.

La persuasion et la douceur ne produisant aucun effet, la Législative pensa qu'il fallait recourir aux moyens énergiques. Elle demanda contre les émigréi des peines rigoureuses'.

Il n'y avait dans cette proposition aucune innovalion dont on eût lieu de s'étonner. Toutes les monarciiies avaient sévèrement prohibé l'émigration et édicté (l(»s lois t(M'ril)l(»s contre ceux qui volontairement quittaient leur pays-. En France, en particulier, il y avait un édit de Louis XIV, de lOGî), qui frappait de confisca-

1. La Constituante s'était bornée avant de se dissoudre à pr.>noncer la dcstitutiondes fonctionnaires publics qui étaient hors du royaume ot à frapper les biens des émigrés d*utie triple contribution. Mais ce décret avait été abrogé le 15 septembre par ^anulii^tic générale qui suivit l'établissement de la Constitution.

2. liVinjuM'eur vouait tout récennnent d'appliquer ces lois aux Brabançons avec une offrovable dureté.

lit plus que suspecter leurs intentions, on les ie nettement de trahison, et les bruits les plus ux courent en particulier sur le ministre de la ^e.

j'on nous annonce que les puissances étrangères fondre sur le Lot/awme, mande Edmond; ici, l'on croit rien, mais cependant, vu que la méfiance ère de la sûreté, l'on ne cesse de garnir de troupes rontières. Le ministre de la guerre, M. Duportail, 3 par sa mauvaise conduite les plus violents murs. Tous nos journalistes patriotes tonnent sur lui

mieux mieux; les départements du nord se plait et le menacent ; il a perdu toute la confiance de Lion ; il envoie aux uns des fusils dont la lumière point forée, aux autres des boulets qui ne sont

de calibre; il a soin de ne placer sur nos fron- 1 que des régiments étrangers et surtout alle- Is, Les autres ministres ne se comportent guère î et ne soiit guère plus estimés. Ils étaient cepenexcellents patriotes en entrant dans leur emploi, auri sacra famés ! 6 maudite liste civile ! » te question de la guerre étrangère est toujours qui passionne le plus les esprits, celle qui les spose le plus volontiers à la haine et à la vio- . Les émigrations, qui ne cessent pas, paraissent us en plus effrayantes; on se raconte qu'il y a rovinces, l'Auvergne par exemple, où il ne reste ieux gentilshommes ; on se raconte les projets

de rémigration, son travail d'embauchage dans le royaume, on se dit que l'heure va bientôt sonner où les traîtres arriveront enfin au but de leurs efforts. Notre étudiant écrit :

21 octobre.

« Rien de plus incertain que les renseignements qui nous viennent de Coblentz et autres lieux de rassemblement de nos émigrés. Les nouvelles d'un jour nous les représentent sans espoir, et celles du lendemain prêts à faire une attaque. Les lettres particulières ne sont pas plus décisives. La seule chose qui soit certaine, c'est que la frénésie de l'émigration est à son comble, et qu'ils écrivent à tous ceux qui sont restés dans le royaume pour^ solliciter leur départ par toute espèce de prétexte. Chacun pense ici qu'ils feront au moins quelques tentatives. »

Edmond s'indigne de la mansuétude du gouvernement et de la nation, de la patience coupable avec laquelle ils envisagent les dangereuses menées de Témigration et des réfractaires.

« Nos émigrés, non contents de nous enlever notre numéraire, nous forcent à jeter des millions, dépensés bien ou mal, pour mettre nos frontières en état de défense. Nos réfractaires, ces brigands en soutane, nous coûtent du sang et des fatigues cruelles; ils fomentent parmi nous les discordes, les haines, et des dissensions intestines. N'importe : la douceur 1 la tolé-

rance ! telle est le cri général de nos sots Parisiens. » Quelquefois les lettres que Ton reçoit de l'étranger dépeignent la situation des émigrés comme des plus précaires.

Septembre 1791.

(( Plusieurs lettres de Coblentz, de Worras, de Bruxelles, etc., annoncent que nos émigrés sont dans la plus grande détresse ; beaucoup sont logés dans des écuries, manquant de tout leur nécessaire, même de vêtements. Ils s'obstinent cependant à ne point vouloir rentrer dans le sein de leur tolérante patrie, tant l'orgueil les domine. »

Le souci constant de l'émigration a donné naissance à un jeu qu'on a 'nommé gaiement le « Coblentz » et qui par cela même fait rage parmi la jeunesse. Edmond ne peut comprendre l'incurable insouciance de ses concitoyens, leur légèreté et leur frivolité en présence d'une situation si grave :

28 novembre.

(( Depuis quelque temps, il est ici en vogue parmi les jeunes gens de porter à la main, soit dans les promenades ou les cafés, une espèce de roue suspendue au bout d'une corde, et par le moyen d'un ressort qui y est enfermé, elle s'élève et s'abaisse suivant la volonté de celui qui la tient. Voilà le jeu que nos émigrants ont inventé et que nos jeunes gens portent continuel-

lement à la main partout où ils vont. La manie d( ter ces Coblentz (car cet objet est ainsi dénomm aussi grande que celle qu'on avait sous Henri porter des bilboquets, et voilà ce peuple régénér court après la liberté et qui s'amuse avec des j( d'enfants. On ne voit que cela danS le Palais-Ro y en a de petits, de moyens, et de gros com tête, Jb n'exagère point. Hélas ! on aura beau d beau faire, le Français sera toujours français, c dire toujours frivole, léger, vain, et avec cet le peu de liberté qui nous reste sera bientôt l'eau et ne tardera pas à couler à fond. s pecus ! ))

Malgré l'insouciance générale, le peuple se trait souvent inquiet et la cherté croissante des contribuait encore à le troubler ; déjà il s'ess des violences qu on ne maîtrisait plus qu'avec

« Le pain est monté ici à une cherté excessi conte Terrier ; le peuple accuse la munici M. Bailli parut l'autre jour à la halle ; sa pr excita la rage et les clameurs des ouvriers ; le tal : A la lanterne ! se fit entendre à plusieurs re et M. le maire, assez effrayé, leur cria par la pi de son carrosse de se rendre en députalion à TH Ville, qu'il leur rendrait justice. Et puis, foue cher! »

Un des premiers soins qui incombe à la Légi est de s'occuper de la question des émigrés

qu'alors on a cherché à temporiser, à gagner du temps, mais la situation devient tellement tendue, le danger si pressant, qu'il faut enfin se décider à prendre un parti.

La déclaration de Pillnitz du 27 août fait croire à une coalition de l'Europe en faveur des émigrés, à un complot de la cour avec les étrangers; la peur de l'invasion s'empare de tous les esprits ; il devient urgent de prendre des mesures contre ces Français qui trahissent leur patrie, qu'on accuse d'être la cause de tous les maux que l'on redoute.

Les ministres étaient tous d'accord pour souhaiter le retour des émigrés ; ils estimaient que leur rentrée en France ferait cesser les alarmes, enlèverait tout prétexte aux agitateurs, et qu'en réunissant leurs efforts à ceux des constitutionnels, on pourrait protéger la personne du Roi et sauver son trône.

« Il fallait, disaient-ils, employer tous les moyens possibles d'augmenter la popularité du Roi. Le plus efficace et le plus utile de tous, dans ce moment, était de rappeler les émigrés. Leur retour généralement désiré aurait fait revivre en France le parti royaliste que l'émigration avait entièrement désorganisé. Ce parti fortifié par le discrédit de l'Assemblée, et recruté par les nombreux déserteurs du parti constitutionnel et par tous les mécontents, serait bientôt devenu assez puissant pour rendre décisive en faveur du Roi l'explosion plus ou moins prochaine à laquelle il fallait s'attendre. »

:. . Ll JOCR!SAL DT!« ETUDIANT

N.in s^ulemenl les émiCTês ne rentraier

I ♦iiii-TatiMn augmentait tous les jours; e

p.irtiriilir-i't'nient dans ramiêe et dans la m

nfiiricr^ en srrand nombre allaient grossir

hnn> «-amaradesde Coblentz. C'est en vain q

;> a<lrv^>e de pressantes exhortations aux ofi

l^i;*: leur rappeler leur devoir, les désertions

rf/ ince>sanles, et un jour le ministre de la

\»'inr annoncer à l'Assemblée que 1900

qnilt»'* l«'iir posle. A la fin d'octobre, on c

de lOOdO émigrés en armes; on estime

aura 15 ou 18 000 en février.

La persuasion et la douceur ne produ

(»nV(, la Législative pensa qu'il fallait n

niosens énergiques. Elle demanda contre

(les peines rigoureuses ^

^tr.' Il "y iivait dans cette proposition auci

i .y> lion (loiit on eut lieu de s'étonner. Toutes

i-i * cliirs avaient sévèrement prohibé Témigrati

(les lois tel rihies contre ceux qui volontain taient l<Mir pays-. Kn France, en particuliei MM édil (le Louis XIV, de 1069, qui frappait <

cr'

ri-

on les biens des émigrés, et on ne s'était pas fait faute 3 l'appliquer aux protestants. S'il y avait complot ou mplement dessein de complot, soit au dehors avec 8 étrangers, soit avec des mécontents demeurés dans royaume, la peine était la mort et la confiscation. liconque favorisait ou prêtait la main à une émigrain était considéré comme complice et [encourait les êmes châtiments.

Mais l'Assemblée nationale avait considéré ces lois mme d'indignes instruments de despotisme, et elle i avait abrogées en 1790; on ne pouvait donc plus ; appliquer, ou il fallait en voter de nouvelles. Lorsque le projet de loi fut soumis aux délibérations la Législative, la discussion fut des plus vives. D'un té les constitutionnels soutenaient 'qu'on devait con* uer à dédaigner de stériles tentatives comme on fait toujours fait jusqu'alors. De l'autre, le parti incé s'écriait que si l'on ne prenait pas des mesures îrgiques, l'on faisait courir au royaume les plus rêmes périls:

:< Je demande à l'Assemblée, à la France, s'écrie ard, s'il est quelqu'un qui, de bonne foi, veuille itenir que les princes émigrés ne conspirent pas itre la patrie ? Je demande s'il est quelqu'un dans te AsseraJjlée qui ose soutenir que tout homme qui ispire ne doive pas être au plus tôt accusé, pourvi et puni ? Il est temps que le grand niveau de ^alité passe enfin sur la France libre, »

« L'Assemblée qui s'occupe de celte affaire parait extrêmement divisée, dit Edmond; les uns sont fort détachés, les autres paraissent plus occupés de trouver des punitions que des moyens de les exécuter. Je ne voudrais pas qu'on se piquât d'une générosité déplacée, et puisque ces messieurs nous obligent, par les craintes, fondées ou non, qu'ils nous inspirent, à faire de grandes dépenses, je ne vois pas qu'il y eût d'injustice à s'emparer deicurs revenus, et après avoir pourvu au besoin de leurs épouses et de leurs enfants qui sont restés, à consacrer le reste au besoin des troupes qu'ils nous forcent d'entretenir sur les frontières. »

La crainte très réelle de l'émigration finit par remporter : « Les émigrants, sans s'en douter, écrivait Rivarol, ont donné jusqu'ici un grand degré d'énerçie à l'Assemblée : ce sont les terreurs qu'ils inspirent qui rallient tous les cœurs et tous les esprits au Corps législatif. ))

Deux décrets furent rendus : le premier enjoignait à Monsieur, fi*ère du Roi, de rentrer sous deux mois, faute de quoi il perdrait son droit éventuel à la régence.Leseconddéclarait que les Français rassemblés au delà des frontières du royaume étaient suspects de conjuration contre la France; que si, au premier janvier prochain, ils étaient encore en état de rassemblement, ils seraient déclarés coupables, poursuivis comme tels et punis de mort; que les revenus des contumaces seraient pendant leur vie perçus au pro-

iLj

fit de la nation, sans préjudice des droits des femmes, enfants et créanciers légitimes ; Vembauchement était puni de mort; l'officier qui abandonnait son poste était frappé de la même peine que le soldat déserteur.

La situation du Roi était des plus critiques. S'il refusait de sanctionner les décrets, il passait pour favoriser les émigrés, pour voir de bon œil leurs agissements, en un mot il devenait leur complice et il soulevait contre lui une indignation générale. S'il les approuvait, il se montrait bien dur et bien sévère pour des parents, des amis, des serviteurs, dont le seul crime, disaient-ils, était de vouloir lui rendre ses anciens pouvoirs.

Louis crut donner satisfaction à l'opinion publique en consentant au décret qui ordonnait à Monsieur de rentrer en France. Quant au décret sur les émigrés en général, il opposa son veto.

Il en résulta une irritation profonde et on en conclut qu'il faisait cause commune avec les insurgés de Coblentz. a En refusant de sanctionner le décret contre les émigrants, dit Camille Desmoulins, le Roi sanctionne leurs criminels projets. .. Avant peu la nation se trouvera placée entre la nécessité de se laisser égorger ou celle de désobéir, c'est-à-dire entre la servitude et l'insurrection. »

Pour atténuer le désastreux effet produit par l'usage de son di'oit de veto, Louis XVI fit publier une proclamation aux émigrés et deux lettres particulières à

chacun de ses frères. Il les engageait à faire cesser par leur retour les méfiances que les malveillants se plaisaient à répandre et il les priait de ne pas le réduire à employer contre eux des mesures sévères ; quant à son défaut de liberté sur lequel on s'appuyait pour ne pas lui obéir, il leur donnait pour preuve du contraire le veto qu'il venait d'opposer en leur faveur.

Les princes répondirent à l'appel de leur frère avec une ironie légère et badine qui pouvait paraître fort spirituelle quand on se trouvait hors des frontières et à l'abri de tout danger, mais qui empruntait aux circonstances présentes un caractère particulièrement odieux.

En lisant les lettres de ses beaux-frères, la Reine ne put contenir son indignation ; elle s'écriait dans un accès de désespoir sincère : « Ils nous tuent, ils nous égorgent; Monsieur nous livre, il nous assassine! Quelle âme de fer! Gain ! Gain !.. . 11 ne nous reste plus qu'à mourir*. »

Bien entendu les émigrés ne tinrent pas plus compte des ordres du Roi qu'ils n'avaient tenu compte de ses prières, et en France l'on ne sut aucun gré à Louis XVI de ses démarches infructueuses.

i. La famille royale, au milieu des circonstances terribles qu'elle traversait, n'avait même pas la consolation de jouir d'une vie de concorde et de douce union : Mme Elisabeth défendait avec passion les princes émigrés, et il en résultait des luttes doublement douloureuses dans un pareil moment : « C'est un enfer que notre intérieur, écrit la Reine à Fersen, il n'y a pas moyen de se parler ou il faudrait se quereller tout le Jour ». (31 octobre.)

En même temps qu'elle avait demandé des lois contre les émigrés, la Législative avait proposé des mesures non moins sévères contre les prêtres réfractaires dont l'opposition violente était une cause incessante de troubles.

La Constituante, on se le rappelle, avait privé de leurs fonctions les prêtres qui refusaient le serment, mais elle leur avait laissé une pension et la liberté d'exercer leur culte à titre privé. Ils en avaient profité dans une foule de localités pour faire cause commune avec la noblesse et avec l'émigration, pour prêcher la guerre religieuse et chercher à soulever les populations. La Législative, effrayée des renseignements qui lui parvenaient, exigea de nouveau des prêtres le serment civique; elle priva de traitement ceux qui le refuseraient, leur défendit l'exercice du culte, même en particulier, et les menaça de détention et au besoin de déportation s'ils contrevenaient à ses ordres.

Le Roi de nouveau opposa son veto : « On m'ôtera plutôt la vie, dit-il, que de sanctionner ce décret. »

Page 1