JANVIER-MARS
Sommaire : Monsieur est privé de la régence. — Les biens des i sont séquestrés. — Dolcssert est mis en accusation. — Troubl Paris. — Inquiétudes que cause l'émigration.
Les lois répressives contre les émigrés n'avaie être exécutées, le Roi ayant opposé son veto.
Les émigrés continuèrent donc paisiblement préparatifs de guerre. L'évéché de Strasbourg, le toire de l'électeur de Mayence, l'électorat de 1 contenaient de nombreuses troupes armées ( préparaient à envahir le territoire et qui s'effor par tous les moyens de provoquer en France des lèvements.
Cette situation parut à l'Assemblée intolérà elle demanda que les électeurs fussent mis en dei de dissoudre ces rassemblements formés si frontières.
Le 14 décembre, le Roi se rendit à TAssembli dit que, redoutant le fléau de la guerre, il avait e de ramener des Français égarés ; que les insînu
ih D'UN ÉTUDIANT PENDANT LA RÉVOLUTION. 251
ayant été inutiles, il avait déjà signifié aux j que si le 15 janvier, tout attroupement as cessé, ils seraient considérés comme enilea France ; qu'il avait écrit à l'empereur pour ' son intervention en qualité de chef de l'em-
que dans le cas où satisfaction ne serait pas
il proposerait la guerre, mblée couvrit ce discours d'applaudissements! ane, ministre de la guerre, monta ensuite à la 3t annonça que 150 000 hommes allaient être ur le Rhin, sous les ordres des généraux , Rochambeau et La Fayette. Rochambeau com-
l'armée placée en Flandre et dite du Nord ; te avait l'armée du centre et campait à Metz ;
commandait le corps qui occupait l'Alsace, teur de Trêves effrayé fit appel à la protection old. L'empereur consentit à la lui accorder, i condition qu'il se mettrait dans son droit et siperait les rassemblements d'émigrés. En t Léopold, notifia à la France que dans le cas îteur serait attaqué, il avait chargé le général ie lui porter secours.
! borna à répondre que si le 15 janvier les s n'avaient pas obéi, on emploierait contre eux les armes.
ecteurs de Trêves et de Mayence, comprenant le leur situation pouvait devenir critique, se ;nt à se soumettre ; ils expulsèrent de leurs
territoires tous les émigrés à reiception des deu: frères du Roi.
Condé et ses troupes se réfugièrent à Ettenheira sur les terres du cardinal de Rohan.
Les notifications officielles faites par le Roi à ses deu: frères et aux émigrés n'avaient produit aucun résul tat. Le 1" janvier, terme fixé par les décrets, rAssera blée mit en accusation Monsieur, le comte d'Artois le prince de Condé, Calonne, etc., comme prévenu d'hostilité contre la France. Monsieur fut, en outre privé de ses droits éventuels à la régence.
Un second décret frappa de séquestre les biens de émigrés et autorisa la perception de leurs revenus ai profit de l'État. Cette fois le Roi ne fit aucune objec tion, mais on lui sut peu de gré de sa résignation Les mesures furent trouvées tardives, et Ton S( demandait même si elles étaient prises sincèrement
Le 5 janvier, l'Assemblée aborde le débat sur lei affaires étrangères. Le 14, au nom du Comité diplomatique, Gensonné lit un rapport sur les relations de la France avec la cour de Vienne, il demande que l'empereur soit sommé de s'expliquer avant le 10 février. Au cours de son rapport il a dénoncé un projel de congrès comme une trahison de la cour. A ces mots Guadet s'élance à la tribune :
« Quel est ce congrès, ce complot, s'écrie-t-il? Appr& nons donc à tous ces princes que la nation maintiendn la Constitution tout entière ou qu'elle périra avec elle
« Marquons d'avance une place aux traîtres, et que îtte place soit l'échafaud. Je propose de décréter à instant même, que la nation française regarde comme ifâmes, traîtres à la patrie, coupables du crime de «e-nation, tout agent du pouvoir exécutif, tout Franiis qui prendrait part, directement ou indirectement, )it à un congrès, dont l'objet serait d'obtenir une lodification à la Constitution, soit à une médiation ntre la nation et les rebelles, soit enfin à une compoition avec les princes possessionnés en Alsace ^ »
L'Assemblée couvre ces paroles d'applaudissements 'énétiques, toutes les mains se lèvent, on n'entend u'un cri unanime de : « Nous le jurons, nous le ju- Dns I La Constitution ou la mort ! » Le décret est porté u Roi, qui le sanctionne immédiatement.
Cependant, si en apparence la conduite du Roi vis- -vis des émigrés paraissait correcte, aux yeux de bien es gens elle n'était pas exempte de suspicions.
On se demandait, non sans anxiété, s'il agissait
1. Cette question des princes allemands possessionnés en Isace restait toujours en suspens, sans qu'il fût possible de •ouver une solution. Sous l'ancien Régime, un seigneur pouait à la fois posséder dans les deux territoires, être à la fois lembre de l'Empire et vassal du roi de France, posséder des eux côtés ses domaines au titre féodal et y exercer les droits (odaux. L'Assemblée nationale, par ses. décrets de 89, enleva tii princes allemands leurs possessions en Alsace et elle leur DTrit une indemnité. Mais ils la refusèrent énerg-iquement, car >ur acceptation eût entraîne la négation de leurs droits féoaux aussi bien en Allemagne qu'on Fi-ancc.
enfin de bonne foi, si ses instructions secrètes ne démentaient pas ses actes et ses paroles publiques, els'il se préparait sans arrière-pensée à lancer ses années contre ses parents et ses anciens courtisans.
Les ministres étaient encore plus suspects à la nation. On les accusait de correspondances avec Tétranger et d'intrigues contre la Constitution. Bertrand de Molleville, chargé du département de la marine, etDelessart, de celui des affaires étrangères, étaient nettement soupçonnés de trahison. Un seul, Narbonne, possédait la confiance de l'Assemblée ; le Roi le renvoya.
Les Girondins citèrent à la barre de TAssembléc Bertrand et Delessart; ce dernier avait confié au comité diplomatique sa correspondance avec Kaunitz; elle n'était pas digne du représentant d'un grand pays.
Rrissot accusa Delessart d'avoir toujours éludé l'exécution des ordres de l'Assemblée et d'avoir trahi les intérêts de la France dans ses diverses négociations. Vergniaud lui reprocha ensuite d'avoir, étant ministre de l'intérieur, causé les massacres d'Avignon en ne pubhant pas, en temps voulu, le décret qui réunissait le Comtat à la France :
a 11 mars 1792.
({ Papa,
« L'Assemblée vient de prendre enfin l'attitude de justice et de grandeur qu'elle ne devrait jamais plus quitter et qu'il était urgent qu'elle prît. Elle a enfin
le glaive de la responsabilité et le tient suspendu ête de Delessart.
séance du 10 sera à jamais mémorable, tant 3mple qu'elle présentera à la postérité que par sur où se sont élevés nos représentants. Les s des ministres, surtout de celui des affaires res, étaient à leur comble ; ils en imposaient à n, ils avaient l'air de se jouer d'elle et mûrisaisiblement la contre-révolution. M. Brissot a în quatorze chefs (T accusation les griefs contre itre des affaires étrangères. Son discours a été d'applaudissements. L'Assemblée avait cepenjoin d'être remuée plus vivement.
*gniaud a volé à la tribune : après s'être élevé teur de la délibération par un exorde calme et ; grandeur, il s'est livré à toute l'indignation était animé, il a tonné de la manière la plus , et dans une prosopopée sublime, qui égale que nous offre l'antiquité en ce genre, dans sopopée digne des plus beaux moments de Miet atterrante pour le coupable, il s'est écrié : Messieurs, ce n'est plus moi qui vous parle, une voix gémissante qui s'élève de l'atroce îre d'Avignon ; l'entendez-vous, Messieurs, cette |ui vous crie : « Je ne serais pas là si l'infâme sart n'eût pas retardé par la plus criminelle înce et dans les intentions les plus perverses )i du décret de réunion du Coratat à la France. »
L'Assemblée a manifesté par des cris perçants impressions àliorreur que l'orateur ou plutôt le Dieu venait de faire passer dans tous les cœur a continué, et dans un second mouvement prej aussi beau que le premier, il s'est pour ainsi identifié avec Mirabeau. « Mirabeau, Messieurs, a ici qu'il apercevait de cette même tribune où je monté, la fenêtre d'où un roi trop faible, égaré pa suggestions atroces des prêtres qui renvironnaien baigna dans le sang de ses sujets, et moi je ; dirai. Messieurs, que de cette même tribune j'apei ce château où un roi trop crédule est livré aux : gestions non moins sanguinaires de cette tourbe lérate qui l'entoure; le château où de lâches coi sans versent dans son âme le venin dont ils sont vrés, ne lui conseillent que la trahison et le parj ne lui dictent que les nn'sures qu'ils croient les propres à pervertir l'opinion, à corrompre l'esprit blic, à miner la Constitution et à renverser notre lib( Mais qu'ils apprennent que la tête du Roi est s inviolable, et qu'enfin la terreur et l'épouvante sont si souvent sorties de ce château y rentrent auj< d'hui au nom de la patrie et de la loi. »
Ce dernier mouvement a entraîné l'Assemblée, décret d'accusation et d'arrestation a été porté co Delessart*.
1. L'infortuné ministre périt victimes de massacres du $ tcmbre 1792.
« Dans la même séance le Roi a envoyé une lettre au •ésident par laquelle il annonce à l'Assemblée le ren- )i de M. de Narbonne; il ajoute que M. Bertrand lérite toute sa confiance et qu'il la lui a entièrement onnée. On dit au château que le Roi a remercié arbonne avec les témoignages de l'humeur la plus iolente. Celui-ci est parti pour les frontières, où il ervira sous M. de Lafayette en qualité de maréchal de amp. Chacun est indigné ici de la démarche du Roi ; i haine se partage entre Bertrand et lui. Le patriosme et l'enthousiasme sont au plus haut comble dans
capitale; toutes ces nouvelles vont produire le plus rand effet dans les départements et relever toutes les ipérances. Les fonds ont singulièrement monté. , de Grave remplace Narbonne. On donne ce soir rutus à plusieurs spectacles. Les Jacobins se sont inné rendez-vous au théâtre Richelieu. Je te laisse penser comme les allusions y seront saisies et comien le patriotisme y prédominera. Je me propose d'y [1er aussi. »
Suivant la décision de l'Assemblée, Delessart fut ivoyé devant la haute cour d'Orléans, instituée pour iger les crimes de lèse-nation.
Pendant que ces événements se passaient à l'Assemlée et que la situation politique s'assombrissait de lus en plus, des troubles continuels motivés par la tierté des vivres éclataient dans Paris; mais ils étaient evenus tellement fréquents qu'on n'y attachait plus
aucune importance et que la mort de quelques citoy passait complètement inaperçue. Edmond écrit :
« Il y a du mouvement dans Paris occasionné pa hausse considérable de toutes les denrées et parti lièrement par celle du sucre, qui n'a pas de p Quelques accapareurs ont été victimes de leur cupid On vient de nous dire que le peuple a arraché épaulettes à un commandant de la garde natior parce qu'il avait commandé de faire feu sur un attr pement qui voulait forcer un épicier à céder son su à un prix modéré. On parle assez sérieusement d'i évasion prochaine du Roi et, quoique cette opin paraisse d*abord invraisemblable, il existe plusie faits dont le rapprochement semble donner des pro bilités. 11 paraît que la liberté avant d'être établie a encore de nouveaux combats à livrer. »
A mesure que les événements deviennent plus pi sants, l'exaspération contre les émigrés ne connaît p de bornes. Elle est soigneusement entretenue par émigrés du dedans et du dehors qui, par leur jactan leurs propos menaçants, font croire à des périls p chains et irrémédiables. Edmond écrit à sa famill
« i" mars 1792.
(( Les émigrés dans toutes leurs lettres nous mer cent beaucoup des hulans autrichiens, espèces dehc zards. Ils prétendent, pour nous donner une idée
leur valeur, qu'ils mangent les coups de sabre (c'est leur expression). Le temps est venu où nous allons les eu rassasier. »
Le jeune homme se fait l'écho de l'indignation qui s'est emparée de tous les patriotes, et, en proclamant hautement la nécessité de châtier les coupables, il laisse pressentir toutes les horreurs de l'avenir.
« Je crois que nous approchons de quelque grande détonation, terrible supplément à la Révolution ; il est impossible que la chose publique demeure dans l'état où elle est actuellement. Sous peu de jours, bien des gens qui lèvent la tête et parlent trop haut, se tairont et marcheront avec un pied de nez; heureux, T bien heureux de n'en être que pour leur courte honte. ^- y J'espère... j'espère bien des choses. Le patriotisme va ! bientôt se réveiller; que les traîtres pâlissent! Avec f*^ quelle joie je verrais punir ces hommes plus vils, plus ^.: niéprisables, plus dignes de l'échafaud que nos anciens *^ ' tyrans, qui appellent règle, justice, constitutionnel, '^1 légal, tout ce qui peut favoriser le pouvoir absolu de ^^" ■ leur maître (le Roi) et qui nomment trouble, faction, ' républicanisme, illégal, tout ce qui peut maintenir la constitution, la liberté et l'égalité! Avec quelle joie, je verrais sévir contre eux ! »
Quelques jours après, hanté toujours par ces mêmes préoccupations qui obsèdent tous les esprits, il revient encore sur ce sujet brûlant et développe ses idées : « Lorsqu'on approfondit, écrit-il à son père, le
18 mars 1792, les causes des troubles intérieurs qui nous agitent, lorsqu'on songe aux sommes énormes employées pour entretenir des forces imposantes sur nos frontières, lorsque, avec cela, on porte ses regards sur la pénurie de numéraire où nous nous trouvons, lorsque, enfin, on veut sonder l'abîme terrible vers les bords duquel le vaisseau de l'État semble s'approcher de plus en plus : c'est alors que tout vrai patriote s'aperçoit de quelle importance il est pour la république de sévir avec la dernière rigueur contré ces hordes de révoltés et de les anéantir à jamais; c'est alors que tout vrai patriote s'indigne des voies de douceur et de clémence qu'on a si longtemps suivies à leur égard ; c'est alors que tout vrai patriote s'irrite des mesures vaines, impolitiquès et dérisoires qu'ont prises nos représentants. Jusques à quand l'Assemblée nationale verra-t-elle patiemm(înt les maux que nous endurons avec une patience stoïque, il est vrai, mais qu'elle devrait craindre de lasser? Que signifient ces temporisations et ces délais? Riais 4ira-t-on, vous reprochez à l'Assemblée de n'employer que des voies de douceur, cependant le décret d'accusation... encore un coup, cette mesure est vaine... quel effet a-t-elle produit? Elle est dérisoire... car, n'est-il pas absurde d'accuser des hommes que vous n'avez point en votre pouvoir et qui se mo(|uent en paix chez l'étranger de tous vos décrets d'accusation? il faut faire plus que séquestrer leurs biens, plus que les accuser, il faut,
au nom du droit des gens, au nom de nos traités avec les puissances étrangères, au nom de la justice enfin, il faut, dis-je, sommer les électeurs de nous remettre tes chefs des coupables pieds et poings liés.
« Enfin, c'est une erreur également absurde et immorale que de croire qu'il existe encore des droits d'hospitalité pour des scélérats qui ont rompu tous les liens qui les attachaient à leur patrie et qui ont tramé contre elle. Les électeurs ne peuvent, sans violer la foi des traités, se refuser à nous livrer les conspirateurs réfugiés dans leurs états; nous devons le leur demander et ils doivent sur-le-champ acquiescer à notre juste demande ou sinon... la guerre.
« Quelques personnes débonnaires ne manqueront pas de demander : Quel mal nous font encore ces pauvres émigrés? Quel nouveau .crime ont-ils commis pour mériter un si terrible châtiment? L'on objectera peutêtre qu'ils sont dispersés, désunis, loin de nos frontières... je répondrai à tout cela que les faits sont faux, qu'on nous trompe, qu'on nous abuse avec l'audace la plus indicible et la plus impudente... que des lettres particulières ne cessent de nous apprendre le contraire... qu'il est de notoriété publique que la légion Mirabeau existe toujours en corps, que Condé et Rohan sont toujours entourés de leurs j[;reM.r chevaliers.
« Oui, je le répète, il est urgent d'abandonner une clémence aussi impolitique, aussi préjudiciable à la chose publique, je dirai même aussi barbare : car,
enfin, c'est une très grande cruauté envers les citoyens d'un État, que la pitié envers les méchants, et c'est aussi un attentat contre la liberté que Tindulgence pour les traîtres et les conspirateurs qui s'efforcent de la renverser. Voilà les vérités que les citoyens devraient faire entendre à l'Assemblée nationale. Ils devraient lui rappeler que l'impunité est la mère de tous les crimes, que c'est toujours par trop de faiblesse que l'on perd les États.
(( Je pense qu'il est autant dans la nécessité que dans la justice d'épouvanter par un exemple terrible les conspirateurs à venir et les traîtres dont nous sommes entourés. Nous ne devons point nous borner à les mulcter de peines pécuniaires, il faut d'abord forcer les puissances germaniques à nous livrer les chefs de la révolte, il faut ensuite exiler le reste des coupables du sein d'une patrie qu'ils ont trop longtemps et trop impunément outragée; il faut enfin, s'ils osent y rentrer, faire tomber leurs têtes sur Téchafaud. Tel est mon sentiment. »
Son père lui répond :
<i Bordeaux, '27 mars 170S.
a Ton opinion sur les émigrés est sans doute fondée sur les principes de la justice. Des traîtres, des scélérats qui n'ont fui que dans l'espoir de rentrer le poignard et la flamme à la main, méritent inconleslablement toutes les peines des lois. Cependant la force
le plairait-elle à écraser la faiblesse ? Ne devons-nous )as nous borner contre ces êtres vils et méprisables à les peines pécuniaires? et sans verser leur sang mpur, ne remplirons-nous pas par là notre but qui !st de rendre impuissants tous leurs petits efforts^ ils ivront pour s'abhorrer eux-mêmes et pour être à amais exécrés par les bons citoyens. »