‹ Journal d'un étudiant (Edmond Géraud) pendant la révolution, 1789-1793Chapitre 35 sur 51 · Journal d'une Bourgeoise · texte numérisé non relu

Journal d'une Bourgeoise

nontrée à la fenêtre de la cour : un canonnier de l^arde ma apostrophée d'une injure grossière, en ajouant : « Que j'aurais de plaisir à voir ta tête au bout le ma baïonnette ! » Dans cet affreux jardin, d'un côté, )n voit un homme monté sur une chaise lisant, à laute voix, des horreurs contre nous ; d'un autre, c'est in militaire ou un abbé qu'on traîne dans un bassin, m l'accablant d'injures et de coups ; pendant ce temps, i'autres jouent au ballon ou se promènent tranquilleuent. Quel séjour! Quel peuple* ! »

Le Roi, profondément affecté de la situation et du jours que prenaient les événements, en avait souvent 'esprit troublé :

(( Dernièrement, il ne reconnaissait point son fils et, 3omme il s'avançait, demanda quel était cet enfant-là. i la promenade, il vit d'une éminence le clocher de $aint-Denis : « Voilà, dit-il à quelqu'un, où je serai i pour le jour de ma fête. » Après un emportement momentané, au sujet des affaires publiques, il parut se calmer et s'écria : « Je m'en f..., je serai mort avant « deux mois. » 11 a pleuré et pleure encore le départ de M. de Brissac, et lui a dit en le quittant : a Vous allez « en prison, j'en serais bien plus affligé encore si vous d m'y laissiez moi-même. » Cette situation du Roi est poignante pour toute âme sensible, de quelque parti qu'on soit'. »

i. Mémoires de Dumouriez, Jiv. III, chap. vi. 2. Correspondance secrète, par M. de Lescure.

Sans avoir consulté ses collègues, Servan propose, à Toccasion de la prochaine Fédération du 14 juillet, . de former un camp de vingt mille fédérés, qui serait destiné à protéger l'Assemblée et la capitale; de cette façon, on déjouerait des complots sans cesse renaissants. Ce projet est accueilli avec enthousiasme, mais le Roi refuse de l'approuver.

Sur ces entrefaites, Louis XVI renvoie ses ministres girondins et il les remplace par des Feuillants ; il en résulte une grande fermentation : a Tout cela annonce encore un orage. Ce roi se comporte avec tant de duplicité et de mauvaise foi qu'il fait horreur aux âmes honnêtes. 11 joue son trône, et vingt-cinq millions d'hommes, comme il ferait une partie de chasse *. »

En attendant, une grande animation règne dans Paris. On plante un arbre de la liberté devant la porte de chaque corps de garde, on va même en planter un aux Tuileries. L'Assemblée est dans le plus extrême embarras; ce qui lui manque, c'est un homme :

(( Un Mirabeau remuerait le sourcil, conune Jupiter, et tout irait ; mais il est dans la tombe, et nous n'avons que des paillasses de Mirabeau *. »

La Fayette, qui est à l'armée, prend parti pour les nouveaux ministres; il écrit à l'Assemblée pour demander la suppression de tous les clubs.

Le Roi oppose son veto aux décrets sur la déporta-

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