‹ Journal d'un étudiant (Edmond Géraud) pendant la révolution, 1789-1793Chapitre 36 sur 51 · Journal d'une Bourgeoise · texte numérisé non relu

Journal d'une Bourgeoise

m des prêtres et sur le camp de vingt mille fédérés

*aris.

Le peuple décide de se rendre en armes à l'Assem-

^e et de là au palais des Tuileries pour porter des

litions. Le département prend aussitôt un arrêté

ntre les rassemblements armés et charge Pétion de

xécuter.

Enfin la journée du 20 juin arrive* :

€ Mercredi au soir, 20, anniversaire du Serment du jeu de paume.

(( Quel beau jour ! Quel triomphe ! Quelle protection jnalée du ciel sur le bon peuple! J'étais partie à 'es d'onze heures. En traversant la place du Carrousel, li vu un triple rang de cavalerie flanquée sur les urs et aux portes du château, dans toute la longueur ; cette vaste enceinte. Un peuple immense de curieux implissait le reste, et il y avait foule de là jusqu'à assemblée nationale.

« Jamais l'Assemblée n'avait été plus brillante et lus majestueuse, pas un vide. La discussion s'engage iolente et passionnée pour savoir s'il faut recevoir la mltitude armée qui se presse aux portes de la salle, uadet rappelle qu'un empereur romain qui voulait

i. M. et Mme Géraud se trouvant à Paris, la correspondance e leur fils nous fait défaut pendant cette période de l'anée 1792. Pour éviter une lacune trop considérable dans le récit es événements, nous avons recours au Journal d'une Bour^ toise.

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prendre le peuple en infraction à la loi, la faisait écrire d'une manière si inintelligible que le pauvre peuple se trouvait toujours coupable. Enfin TAssemblée décide d'admettre les pétitionnaires à sa barre.

(( L'impression, la mention honorable, les honneurs de la séance pour les pétitionnaires, le passage dans l'Assemblée pour tous les citoyens, ont été décrétés par acclamation. Tout le peuple était debout. Le vrai souverain a su déployer une vraie majesté ; il a été à passer deux heures, montre en main, dans un ordre, dans une tranquillité magnifique. On y voyait des citoyens armés de piques, des gardes nationaux, des chasseurs, des grenadiers, des troupes de ligne, des dames, des femmes du peuple, tous mélangés dans le véritable esprit de l'égalité et de l'union fraternelle. On portait les tables sacrées des droits de l'homme et mille emblèmes de la Constitution et de la liberté. La musique militaire jouait l'air Ça ira. Les deux faubourgs Saint- Antoine et Saint-Marceau étaient réunis, et cela était gravé sur un tableau allégorique, avec cette devise : L'union fait la force. Ils étaient quarante mille. »

Mme X... n'a pas vu la journée du 20 juin aux Tuileries, mais elle la raconte d'après des téinoiDS oculaires. A l'en croire, le peuple a déployé partout la plus grande modération et une sagesse admirable :

(( Ils avaient fait ouvrir à la garde nationale la porte du château, autant par la force de leur raisonnement que par la puissance de leur nombre, et l'on entendait

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t : le peuple ne fera rien qui soit indigne de ne veut que justice et loyauté. Les aristocrates lient fondé sur cet événement l'ouverture de la

civile, répandaient mille faux bruits dans On disait que le château était au pillage et mille calomnies. Les faux frères dans la garde nations Fayettistes étaient aux abois. Deux fois ils ont es portes dii jardin, deux fois on leur a fait ouvrir. ; peuple a pressé le roi de suivre la Constitution emplir ses promesses. Jamais Paris ne fut plus et plus calme que dans cette singulière agitaun grand peuple. J*ai tout vu et tout entendu. s allée à l'Assemblée nationale, sur les places ues, dans les rues ; et je t'assure que je n'y ai lli que des preuves de la bienveillance et de la •site d'une multitude assemblée sous la bannière rater ni té. »

îs cet attentat, un trouble profond règne dans

à l'Assemblée les constitutionnels protestent ndignation contre la violation de la demeure

On fait venir L^ Fayette et il se présente à nblée le 28. Au nom de son armée, il supplie nblée de poursuivre les instigateurs du 20 juin, puire une secte qui envahit la souveraineté na- I, de faire respecter les autorités, discours provoque les plus vives protestations gauche, on le traité de Catilina et les haines ires se déchaînent contre lui.

Ramond Tayant appelé le fils aine de la liberté: « Si c'est le (ils aîné de la liberté, s'écrie Collot d'Herbois aux Jacobins, il assassine sa mère ; si c'est notre frère aîné, c'est notre Caïn. »

On l'a \u se promener dans Paris avec plusieurs centaines d'officiers qui entouraient sa voiture et on le compare aussitôt à Sylla dans Rome. On le soupçonne de vouloir donner des fers à sa patrie, de chercher à jouer le rôle d'un despote. Dans son ancienne idole le peuple ne voit plus que « le singe de Crorawell ou de Monck ».

La Cour est aussi suspecte que le général, qui passe pour être devenu son plus fervent séide : dans les moindres incidents on peut constater que Téloignement du peuple s'accentue.

Depuis le 20 juin le Roi avait fait fermer le jardin des Tuileries. La terrasse des Feuillants, qui aboutissait h l'Assemblée, était seule restée ouverte, et Ton y avait placé des sentinelles avec la consigne de ne laisser passer personne de cette terrasse dans le jardin. Cette interdiction fut tournée en plaisanterie. Le peuple plaça un écriteau avec ces mots : (( Défense de passer sur le territoire étranger » . Aussitôt on levais consigne, mais le peuple s'obstina à la respecter; la limite qu'on ne devait pas franchir fut indiquée par un simple ruban tricolore et pas un pied profane ne se portait au delà. La terrasse des Feuillants' est couverte d*une foule compacte, et le jardin qu'on appelle la Forêt-Noire reste

absolument désert. Les plaisanteries ne tarissent pas sur ce jardin si respecté : Coblentz^ V Autriche, tels sont les noms dont on le désigne. Un jour, une dame, par ignorance, franchit le cordon fatal : aussitôt on la ramène sur la terrasse et, aux grands éclats de rire de l'assistance, on lui fait secouer avec soin cette poussière étrangère dont elle a souillé ses pieds.

Malgré la gravité des événements et l'inquiétude qails devaient inspirer, tout respirait le calme, paraîtil : « Nous croyez-vous épouvantés, faibles, éperdus, écrit Mme X...? Revenez de votre erreur. Nous sommes fermes comme les rochers des Alpes, élevés comme les cèdres du Liban, et calmes comme les eaux d un lac paisible. » (5 juillet.)

Le 7 juillet. Ton apprend que le directoire du département de Paris a suspendu Pétion de ses fonctions de maire pour n'avoir pas rempli son devoir le 20 juin.

A cette nouvelle, une grande émotion s'empare de la capitale ; on s'indigne de voir ainsi traité un homme vertueux, un « Aristide », un « Socrate », un homme qui, le 20 juin, a sauvé la vie à 20 000 âmes « qu'une « cour perverse voulait faire assassiner » . La municipalité demande à partager le sort de son chef. Les sections, les sociétés, le peuple crient : « Rendez-nous Pétion ! ))

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