JUILLET-AOUT
Sommaire : La Prusse nous déclare la guerre. — Déchaînement famille royale. — Discoui*s de Vei^niaud. — Anniversaire de ration. — Mànisfeste de Brunswick. — Demandes de déch La Fayette est rais en accusation. — Il est acquitté. — Jo 10 août. — La famille royale est enfermée au Temple. — i Paris.
La déclaration de guerre ne s'adressait qu' triche, mais comme cette puissance avait ce une alliance avec la Prusse, Frédéric-Guillai considéra lui aussi comme provoqué, et il se j à commencer les hostilités. L'on apprit bieni les Prussiens s'avançaient par Coblentz, au nonn 80 000, sous le commandement du duc de Brun Le 6 juillet, Louis XVI annonça aux députés la d tion de guerre du roi de Prusse : « Je compte, ditl'union et le courage de tous les Français poui battre et repousser les ennemis de la patrie et liberté. »
Lùckner, n'ayant pas assez de troupes pour ten à Brunswick, fut obligé de se replier sur L Valenciennes.
Ces nouvelles causèrent à Paris une très vive émotion ; Tennemi pouvait être dans six semaines sous la capitale ! A la Cour, on comptait fermement sur son arrivée prochaine et Ton estimait que Theure de la délivrance était proche.
La Reine avouait à ses femmes ses vœux et ses espérances. « Une nuit, dit Mme Campan, que la lune éclairait sa chambre, elle la contempla, et me dit que dans un mois, elle ne verrait pas cette lune sans être dégagée de ses chaînes. Elle me confia que tout marchait à la fois pour la délivrer. Elle m'apprit que le siège de Lille allait se faire, qu'on leur faisait craindre que, malgré le commandant militaire, l'autorité civile ne voulût défendre la ville. Elle avait Vitinéraire des princes et des Prussiens : tel jour, ils devaient être à Verdun^ et tel jour à un autre endroit. Qu'arriverait-il à Paris? Le Roi n'était pas poltron, mais il avait peu d'énergie « : Je monterais bien à cheval, disait-elle encore, mais alors j'anéantirais le Roi.... »
Les nouvelles les plus inquiétantes circulaient dans
le peuple. On répétait à l'envi que le Roi était d'accord
avec Tennemi, qu'il paralysait volontairement l'action
de nos armées, qu'il usait de son veto pour déjouer
toutes les mesures de l'Assemblée, en un mot qu'il
trahissait son pays. Les secrètes menées de la Cour,
qu'on soupçonnait sans les connaître positivement,
effrayaient les esprits, les surexcitaient; l'exaspération
était portée à son comble.
pain, qu*il y a déjà des centaines de victimes. La vérité est qu'on a trouvé quelques éclats de verre tombés par accident dans un sac de farine; mais il n'y a eu ni malade ni mort.
Un autre jour, on raconte que la supérieure des Sœurs grises de Rueil a perdu son porte-monnaie, dans lequel on a trouvé la preuve qu elle a envoyé, en quelques mois, 48 000 livres aux émigrés. On raconte que Paris est rempli de royalistes cachés ; on se passe de main en main des listes de proscription où sont inscrits tous les patriotes ; on publie des pamphlets annonçant aux partisans de la Révolution le châtiment prochain et inévitable qui les attend.
Toutes ces nouvelles, propagées à Tenvi, contribuent à augmenter Tirritation et l'affolement de la populace.
Le 25 juillet, un décret a rendu toutes les sections de Paris permanentes. Elles se réunissent et chargent Pétion de demander la déchéance de Louis XVL Le 5 août, le maire de Paris prend la parole à l'Assemblée et remplit la mission dont il a été chargé ; il base ses motifs sur la trahison évidente du Roi. La discussion est renvoyée au 9 août.
De tous côtés arrivent des pétitions pour la déchéance. Le frère do M. Géraud lui écrit de BoMeaux :
d Bordeaux, 3 août 179S.
a Je vois par ta lettre, mon cher ami, que la patrie est dans un grand danger, et que nous devons nous
PENDAÎiT U RÉVOLUTION. 311
défendre que d'écarter les projets tendant à l'intérieur du royaume ou de faire des prépa-
résistance pour l'époque où nous serions 3nus la proie des tyrans? La Constitution vous lie le choix des ministres pour notre bonheur ruine ? Vous fit-elle chef de l'armée pour notre i notre honte? Vous donna-t-elle enfin le droit on, une liste civile, et tant de grandes préropour perdre constitutionnellement la Consti-
TEmpire? Non, non, homme que la généro- Prançais n'a pu émouvoir, homme que le seul lu despotisme a pu rendre sensible, vous as rempli le vœu de la Constitution ! Elle î renversée, mais vous ne recueillerez pas de votre parjure I Vous n'êtes plus rien pour nstitution, que vous avez si indignement our ce peuple, que vous avez si lâchement
de ces paroles fut foudroyant, l'Assemblée •it d'applaudissements.
une réconciliation générale de tous les députés 5e par un discours patriotique de l'abbé La- , la patrie est déclarée en danger.
ir de ce moment, les séances de l'Assemblée nt permanentes ; des coups de canon sont tirés en heure pour rappeler le danger du pays; s municipalités siègent sans interruption ; au es places publiques l'on élève des amphi-
théâtres où les officiers municipaux reçoivent les en- ^ gagements volontaires.
On se rappelle que le Roi avait refusé de sanctionner le décret qui réunissait 20 000 fédérés à Paris.
L*Assemblée proposa alors un nouveau décret qui établissait à Soissons une réserve de 42 bataiUons de volontaires nationaux. 11 n*y fut pas fait d^opposîtion.
Mais lannonce d'un camp de 20 000 fédérés à Paris s^était répandue en province, des levées spontanées avaient eu lieu dans certains départements et s'étaient immédiatement dirigées sur la capitale. L'Assemblée décréta que ces troupes passeraient par Paris, s'y feraient inscrire et de là rejoindraient Soissons; il fut décidé également que celles qui se trouveraient dans la capitale avant le li juillet assisteraient à ^anniTe^ saire de la fête de la Fédération.
Cette cérémonie avait passé presque inaperçue en 4791 ; on résolut de la célébrer en 4792 avec un édat inaccoutumé.
Quatre-vingt-trois tentes représentaient les quatrevingt-trois départements. Une grande tente était destinée à l'Assemblée et au Roi, une autre aux corps administratifs de Paris. Le Champ de Mars ressemblait à un camp et rappelait les dangers de Theure présente.
Placé au balcon de l'École militaire, Louis XVI et la famille royale virent défiler devant eux une populace immense, criant, hurlant : « VivePétionI Pétionoubi mort ! » Ce cri était reproduit sur tous les chapeaiiX'
venaient en désordre les fédérés, les légions rde nationale, les régiments de la ligne, TAs-
pression du visage de la Reine ne s*effacera lé mon souvenir, rapporte Mme de Staël; ses ient abîmés de pleurs ; la splendeur de sa toidignité de son maintien contrastaient avec le font elle était environnée. »
. le défilé fut terminé, le Roi descendit et vint
serment sur l'autel de la patrie :
Roi se rendit à pied jusqu'à Tautel élevé à ité du Champ de Mars, dit encore Mme de Staél. [u'ii devait prêter serment pour la seconde fois ititution.... Je suivis de loin sa tête poudrée, a de ces têtes à cheveux noirs; son habit, endé comme jadis, ressortait à côté du costume
du peuple qui se pressaient autour de lui.
monta les degrés de l'autel, on crut voir la sainte s'offrant volontairement en sacrifice. 11 dit, et, traversant de nouveau les rangs en , il revint s'asseoir auprès de la Reine et de its. Depuis ce jour le peuple ne Ta plus revu l'èchafaud. »
)re immense était placé sur un vaste bûcher, irbrede la féodalité, et à ses branches se trouispêndus des couronnes, des cordons bleus, s, des clefs de saint Pierre, des titres de noîs écussons, etc. On demanda au Roi d'y venir
mettre le feu, mais il répondit avec à-propos qu c*élait inutile, puisque la féodalité n'existait plus.
La situation intérieure prenait une tournure fort dangereuse. Les fédérés arrivaient peu à peu à Paris et y séjournaient au lieu de poursuivre leur route. Ils déclarèrent à TAssemblée, par une adresse, qu'ils ne s'éloigneraient pas tant que les ennemis de Tintérieur ne seraient pas terrassés.
G*est dans ces circonstances que parut le manifeste du duc de Brunswick, le 27 juillet 1792.
Merie-Antoinette avait bien compris, étant donnée Texaltation populaire, à quels dangers allait rexposer|J({ rentrée des étrangers en France. Aussi avait-dli cherché à prévenir les graves inconvénients qui pouvaient résulter pour elle et sa famille; c'est ce but qu'elle avait écrit à Mercy : « Tout est si l'on n'arrête pas les factieux par la crainte d' punition prochaine. Ils veulent à tout prix la Répi que ; pour y arriver, ils ont résolu d'assassiner le Il serait nécessaire qu'un manifeste rendit l'Asse; nationale et Paris responsables de ses jours çt de de sa famille. »
Le duc de Brunswick se confonna à cet a mais son manifeste était conçu dans les termes plus malheureux.
Après avoir rappelé qu'il venait étouffer T et rétablir le pouvoir royal, Brunswick promettait traiter comme rebelles les gardes nationales qui
lieraient de résister et les habitants qui oseraient se éfendre. Les membres de l'Assemblée et les adrainis- «teurs de Paris étaient responsables, sur leurs têtes, B tout ce qui se passerait dans la capitale. S*il était lit la moindre violence, le moindre outrage à la famille >yale, la ville de Paris serait mise à sac, livrée à une ib version totale, et les révoltés condamnés aux deriers supplices.
Ces menaces ne pouvaient être que funestes à ceux a'on désirait protéger.
On croyait terroriser le peuple, on Texaspéra et on
poussa aux dernières extrémités. 11 résolut de prenne les devants et de s'assurer tout d'abord des otages li pouvaient être son salut.
C'est en vain que le Roi désavoua le manifeste, il 5 put ramener ni l'Assemblée ni le peuple.
Le 30 juillet, les Marseillais arrivèrent à Paris ; ils aient cinq cents et comptaient tout ce que le Midi nfermait de plus exalté.
Santerre leur offrit un repas aux Champs-Elysées, is gardes nationaux dévoués à la Cour se trouvaient ►n loin de l'endroit où étaient réunis les Marseillais ; le collision s'ensuivit; il y eut des blessés et des orts. La colère et les haines s'accrurent contre les istocrates.
Les nouvelles les plus étranges se répandent dans la
capitale. On prétend que les fédérés réunis à Sois- >ns ont été empoisonnés avec du verre mêlé à leur
pain, qu*il y a déjà des centaines de victimes. La rite est qu'on a trouvé quelques éclats de verre ton par accident dans un sac de farine; mais il n*y a ni malade ni mort.
Un autre jour, on raconte que la supérieure Sœurs grises de Rueil a perdu son porte-monn dans lequel on a trouvé la preuve qu*elle a envoyé quelques mois, 48 000 livres aux émigrés. On race que Paris est rempli de royalistes cachés; on se pi de main en main des listes de proscription où s inscrits tous les patriotes; on publie des pamph annonçant aux partisans de la Révolution le ch ment prochain et inévitable qui les attend.
Toutes ces nouvelles, propagées à Tenvi, contribu à augmenter Tirritation et Taffolement de la popul^
Le 25 juillet, un décret a rendu toutes les secti de Paris permanentes. Elles se réunissent etcharg Pétion de demander la déchéance de Louis XVI. 5 août, le maire de Paris prend la .parole à YAaaà blée et remplit la mission dont il a été chargé ; ilb SCS motifs sur la trahison évidente du Roi. La dise sion est renvoyée au 9 août.
De tous côtés arrivent des pétitions pour la i chéance. Le frère de M. Géraud lui écrit de Bohleaii
a Bordeaux, 3 aodft 179S.
« Je vois par la lettre, mon cher ami, que la pati est dans un grand danger, et que nous devons no!
attendre à de graves événements, j'ai peur que ce * mois ne se passe pas sans qu'une guerre civile n'éclate ; Paris devrait être l'endroit où le patriotisme devrait triompher; au contraire, c'est le foyer de l'aristocratte^du royaume, car c'est le seul endroit où il y ait du trouble. L'Assemblée ne s'est pas comportée avec toute la fermeté qu'elle aurait dû avoir à l'égard du veto et du Pouvoir exécutif. II. y a longtemps qu'elle aurait dû le déchoir de ses fonctions. La France n'aura jamais une Constitution si elle est toujours aussi indulgente. ))
Les Constitutionnels et La Fayette proposent à Louis XVI de fuir, mais il s'y refuse.
Le général allait avoir à pourvoir lui-même à sa propre sûreté. Gravement compromis dans les derniers événements, il était déjà en exécration à la foule lorsqu'on apprit qu'il avait arraché à Lûckner la promesse de marcher, s'il était nécessaire, contre la capitale.
Il fut mis en accusation et l'Assemblée fut appelée à prononcer son verdict le 8 août :
. a Jeudi 9 août 1792, l'an 1V« de la liberté*
« L'Assemblée nationale, écrit Edmond à un do ses amis, vient encore de donner à la France une triste I)reuve de sa faiblesse et de sa pusillanimité : La Fayette, le traître La Fayette est absous de toute accu-
sation ; une indicible duplicité, une mauvaise foi rôvoltante ont présidé à la défense, et Yaublanc s'est présenté le premier pour être le digne avocat d'une si belle cause. Le mielleux orateur du côté droit a pris la parole et, dans un discours éloquent, adroit, mais plein de raisonnements captieux et sophistiques, de preuves et d'assertions également vaines, absurdes et mensongères, de déclamations insipides contre les clubs et les vrais amis du peuple, il a récusé la déposition des députés patriotes comme fausse et calomnieuse, s'est efforcé d'innocenter La Fayette et, enfin, a fmi par demander la question préalable sur la proposition du décret d'accusation.
« Brissot a parlé ensuite et, après un examen impassible, approfondi, sévère, mais équitable, des nombreux griefs contre le général, il l'a déclaré atteint et convaincu de haute trahison; enfin, au nom de la patrie en danger, au nom du souverain outragé, delà Constitution impudemment violée, il a conclu au décret d'accusation.
(( A la majorité de 400 voix contre 226, l'Assemblée a décidé qu'il n'y avait pas lieu à accusation.
u Un pareil décret a été reçu par le peuple avec la plus véhémente indignation. L'effervescence est à son comble; au sortir de l'Assemblée, MM. Yaublanc et Girardin ont été maltraités, des citoyens ont porté sur eux des mains sacrilèges, l'inviolabilité des représentants du peuple a été lésée et on ignore ce qu'il en
PENDANT lA RÉVOLUTION. 319
erait arrivé, s'ils n'avaient trouvé dans un corps de ^rde un asile contre la fureur populaire. Ces excès iffligeants, Texaltation qui enflamme tous les esprits, m un mot, les dissensions intestines prêtes à éclater, ous ces fléaux, d un État libre, proviennent en grande ;)artie de la faiblesse de l'Assemblée nationale : lorsju'elle ne fait pas son devoir, lorsqu'au mépris de 'opinion publique, elle transige lâchement avec les )rincipes, avec les- lois éternelles de la justice et de la irérité, elle livre toujours le peuple aux mouvements lésordonnés des passions les plus fougueuses, et fait aire à la Nation im pas de plus vers la guerre civile. »
L'acquittement de La Fayette soulève dans Paris une igitation extraordinaire : le tambour bat le rappel lans tous les quartiers, la garde nationale se réunit, 'inquiétude s'empare de tous les citoyens :
« Le peuple ne peut plus recourir qu'à lui-même, i'écrie Danton aux Cordeliers, car l'Assemblée a absous ja Fayette ; il ne reste donc plus que vous pour vous iauver vous-mêmes. Hâtez-vous donc, car cette nuit nême, des satellites cachés dans le château doivent •aire une sortie sur le peuple et l'égorger avant de quitter Paris pour rejoindre Coblenlz. Sauvez-vous lonc ! Aux armes, aux armes ! )^
Mme X... écrit à ce moment :
« Tout cela nous achemine vers une catastrophe jui fait frémir les amis de l'humanité ; car il pleuvra lu sang y je n'exagère point. Nous sommes dans une
358 LE JOUKSAI, DUR ÉTUniAST
magistrat s'est retiré sain etsauf k l'hôtel de la mairie Il y a été investi d'une force armée très considérable pendant toute la journée Le décret sur la Convention nationale a été porlé ; il a été suivi d'autres décrets secondaires sur l'organisation d'un nouveau pouvoir l'xécutif.
«Adieu, mon ami, adieu, réjouissez-vous et donneià ma lettre toute la publicité que vouscroirez convenable, n
Rapprochons de ce récit celui que nous donne Mme X.... Nous trouvons sur les événemenls une appréciation absolument identique :
.. l'aris, tO aoùi I7!12.
« Jour de sang, jour de carnage, et pourtant jourde victoire, (fui est arrosé de nos larmes; écoutez et frémissez :
(I La nuit s'était passée sans événements. La grande question agitée devait attirer beaucoup de monde, et, disait-on, les faubourgs; c'est pourquoi on avait rempli les Tuileries de gardes nationaux. L'Assemblée aussi avait une triple garde. Lu Itoi, le malin, avait fait, au pont tournant, la revue des Suisses, vers les six heures. A huit heures, il se rendit â l'Assemblée nationale; les Marseillais venaient se joindre fraternellement aiii gardes parisiennes. On entendait des cris vive le Roi! Au faubourg, la nation criait : vive la Nation!
« Tout à coup, toutes les fenêtres du c garnies de Suisses et ils font subitem
1 château sonlJ
peuple» et les foudres de sa vengeance éclatent enfin de toutes parts ; cette vengeance est terrible, exemplaire et mémorable : le 10 août 1792 achèvera auprès de la postérité Timpression du 14 juillet 1789, et si la prise de la Bastille a consacré à jamais la conquête de nos droits, la chute du despotisme et le réveil du souverain .opprimé, les grands événements de cette journée consacreront à jamais raffermissement de notre liberté, le ^supplément de la révolution, la punition des conspi- ^teurs et Teffroi de nos ennemis.
« La décision de TAssemblée nationale sur le compte .4e La Fayette avait aigri tous les esprits, révolté toutes les âmes, ulcérées depuis longtemps des attentats sans ^ombre impunément commis contre la liberté : la plus grande fermentation régnait depuis deux jours dans la Sapitale, le second jour elle était à son comble lorsque ^ ombres de la nuit vinrent en augmentant le trouble tft l'inquiétude des citoyens ajouter à l'audace des Paîtres que Paris recelait dans son sein. Plusieurs papîotes avaient été provoqués, insultés, attaqués; les ^dérés marseillais, assaillis par quelques satellites du foi, avaient repoussé la force par la force ; en un mot, ^•ie profonde animosité enflammait les deux partis, f m L'orage gronde toute la nuit, chacun veille, les •*es sont illuminées, hérissées de piques et de baïonnettes : vers les deux heures du malin, sans ordre frUné, sans réquisition, sans signal, Paris retentit ^t à coup du son de toutes les cloches et du bruit
de tous les tambours. Les sections s*assemblen l'instant même tous les liens sont rompus, tow pouvoirs publics oubliés ; la prudence populaire pend provisoirement le maire de Paris, le procu syndic de la commune et son substitut. La ville faubourgs, les fédérés se portent simultanément au du palais du Tyran et près de l'Assemblée natio qui, dès avant-hier, avait décrété sa permanence, fausse patrouille assez considérable, année de sab de pistolets, de poignards, composée de prêtres courtisans et de valets de la Cour, est surprise, a tée, incarcérée ; les exécutions populaires commem avec le jour, et les coupables jugés par les secti ensuite livrés aux mains du peuple, sont aus égorgés et décollés. Sept têtes sont promenées ( les Tuileries et dans les autres lieux adjacents.
(( Cet événement sinistre n'était que rayant-ooni d un autre événement bien plus terrible encore Roi sort à 8 heures du matin, visite en perscmoe postes du château, et passe en revue un corps n breux de gardes suisses que des ordres secrets avi mandé de Courbevoie ; une poignée de grenadiers c section des Filles-Saint-Thomas s'oublie jusqu'à ( Vive le Roi ! les citoyens placés sur la terrasse Feuillants ne leur répondent que par des cris de fti et d'indignation. Après cette scène, Louis XVI, laBt ses enfants et Mme Elisabeth se retirent à TAiBsemb en passant sur la terrasse des FeuiUants, la Reine s'
J>ENDANT LA RÉVOLUTION. 523
mit, déchirée sans doute de remords, d'inquiétudes et un • funeste pressentiment. Un instant après leur relite dans le sein du Corps législatif, une troupe de irseillais et quelques vétérans de la garde nationale iTancent vers les Suisses, rangés en bataille dans la wr du Carrousel, les invitent à se réunir au peuple â étouffer tout germe de division ; ceux-ci les laissent procher, et les reçoivent avec un air d'amitié ; mais udain leur bataillon fait un feu roulant et renverse corps des Marseillais qui venait apporter des proposons de paix; des canons placés dans le chàleau aux ^brasures des croisées balayent une foule de citoyens ssemblés en armes dans la place attenante au Carusel ; le peuple fuit à grands cris. L'artillerie des Donniers parisiens, qui se trouvait là, riposte à celle L château, et disperse le bataillon suisse, qui rentre us les appartements et fait feu des fenêtres. Trois iccs de campagne des Marseillais battent le château ruine depuis la terrasse des Feuillants; le peuple se llie de toutes parts et vient seconder les canonniers ; k forts de la halle accourent tous bien armés, la genrmerie nationale à cheval les précède; bientôt le ftteau est investi, les gardes suisses massacrés, leurs efs décollés, un grand nombre jeté par les croisées; peuple incendie les écuries du Roi et les casernes 8 Suisses attenantes au château; des tourbillons de Daée enveloppent les vainqueurs et les vaincus ; les partements sont inondés de sang, saccagés, tous les
524 LE JOURxNAL D'UN ÉTUDUST
meubles brisés, mutilés, mis en pièces; plusieurs Suisses échappés au carnage ont été massacrés impitoyablement dans les rues et les places publiques.
(( Les victimes de la fureur du peuple se montent, dit-on, à onze cents. L*on ne peut faire un pas saris rencontrer une tête, un cadavre, des membres encore
palpitants ; la voie publique est jonchée de ces hideux débris : Ton a trouvé dans la poche de plusieurs soldats suisses une grande quantité d'espèces sonnantes : ces misérables s'étaient vendus pour de Tor et du vin; quelques-uns d'entre eux ont voulu, mais trop tard, se réunir au peuple ; certains, n'ayant point voulu faire feu, ont été jetés par les fenêtres par leurs camarades. Les caves du château, pleines de vin" exquis, ont été dégarnies en un clin d'œil, tout y est jonché de bouteilles cassées. Le commandant de la garde nationale a été etnprisonné ; l'on croit qu'il a trahi ses concitoyens : le patriote Santerre a été élu à sa place.
« Le Roi, réfugié dans l'Assemblée pendant cette terrible action qui a au- moins duré deux heures, n'a montré qu'une apathie stupide et féroce; il a demandé un pain qu'il a mangé avec un air d'insouciance et de froideur. La Reine a toujours conservé un air triste, mais plein d'impudence et de hauteur; rAssemblée s'est comportée avec calme, dignité et éùergie. Au moment où le combat a commencé, à peine la discussion a-t-elle été interrompue; Guadet, qui présidait alors, a manifesté une grande intrépidité et une présence
f^it étonnante dans un instant aussi alarmant, liaud, Gensonnéont aussi présidé successivement; é droit était désert, les lâches avaient abandonné poste; très peu de patriotes manquaient. Toutes étions se rendaient en foule à la barre, toutes ndaient la déchéance, et toutes accusaient le es plus horribles trahisons.
/Assemblée, après avoir juré solennellement au ie la Nation, de la patrie en danger, de maintenir erté et V égalité ou de mourir à son poste, a déla suspension provisoire du pouvoir exécutif et îurs grandes mesures accessoires ; les journaux donneront les détails.
fe n'ajouterai aucune réflexion à ces faits dont je garantis l'exacte vérité, puisque je les ai vus en le partie. Le peuple s'est comporté avec férocité, t l'avouer, mais combien de circonstances aggrales délits de la Cour et justifient sa conduite ! Quand les connaîtrez, vous jugerez vous-mêmes combien , je ne dis pas excusable, mais digne d'éloges. Au , s'il a été cruel, il a aussi été courageux, vertueux \me désintéressé. 11 n'y a point eu de pillage. Les X, la vaisselle, l'argent monnoyé ont été portés à îmblée.
Pendant la nuit du 9 au 10, Pétion, mandé au au, y a été retenu, comme otage. L'Assemblée, lite de ce coup d'autorité tyrannique, l'a envoyé 5her et l'a mandé à la barre, d'où cet inestimable
326 lE JOURNAT; D'UN ÉTUDTANT
magistrat s*est retiré sain et sauf à Thôtel de la mairÛL Il Y a été investi d*une force armée très considénUe pendant toute la journée Le décret sur la Conventii nationale a été porté ; il a été suivi d autres dé secondaires sur l'organisation d*un nouveau pou exécutif.
(( Adieu, mon ami, adieu, réjouissez- vous et don ma lettre toute la publicité que vous croirez convenable.
n approchons de ce récit celui que nous Mme X.... Nous trouvons sur les événements appréciation absolument identique :
a Paris, 10 août 1793.
(( Jour de sang, jour de carnage, et pourtant jour victoire, qui est arrosé de nos larmes; écoutei frémissez :
(( La nuit s'était passée sans événements. La question agitée devait attirer beaucoup de monde, disait-on, les faubourgs; c'est pourquoi on avait pli les Tuileries de gardes nationaux. L*Assemblée avait une triple garde. Le Roi, le matin, avait fait, pont tournant, la revue des Suisses, vers les six b A huit heures, il se rendit à rAssemblée nationale; Marseillais venaient se joindre fraternellement gardes parisiennes. On entendait des cris vive le Au faubourg, la nation criait : vive la Nation! fl;;
« Tout à coup, toutes les fenêtres du château garnies de Suisses et ils font subitement une d
balles sur la garde nationale. Les portes du château >UYrent, hérissées de canons, et lâchent une bordée 'wle peuple. Les Suisses redoublent. La garde nationale ait à peine de quoi tirer deux coups; elle est criblée, peuple fuit ; puis, la rage, le désespoir rallient tout. !S Marseillais sont autant de héros qui font des progrès de valeur. On force le château. La justice du ciel lanit toutes les voies et les Suisses expient, par tous % genres de mort, la basse trahison dont ils sont les stniments. Toute la famille royale, jouet d'une faction nguinaire, s'était réfugiée à l'Assemblée dans un anient favorable....
« C'était aujourd'hui, 10 août, que la contre-révo- Lîon devait éclater dans Paris. Toujours insensés, nos versaires croyaient que la corruption des chefs ine partie de la garde nationale, soutenue des royales avec leurs Suisses et tous les valets des Tuiles, feraient bonne contenance et étourdiraient les tis-culoltes sans armes. Ils sont confondus.... « Le peuple français a vaincu dans Paris l'Autriche la Prusse. Ce jour, que deux ou trois aristocrates, e j'ai vus dans leur cave, m'avaient dit être celui î allait- les faire voler aux Tuileries, les en éloigne dix rniUe lieues.
* Le peuple a tout brisé dans le château ; il a foulé ^ pieds toute la pompe des rois. Les richesses les *8 précieuses ont volé par les fenêtres.
• Le Roi est au Luxembourg, gardé par le peuple. On
a fait dos choses admirables, et d'autres affreuses. De pauvres saiis-culottes ont reporté à la Commune toutes les richesses qu'ils avaient prises.
« Paris est illuminé et les patrouilles se font comme en 89. Le calme le i)lus profond règne ici, et la surveillance est si active qu'on peut dormir en repos*. »
Ainsi voici deux récits fournis par deux témoins oculaires et qui concordent sur tous les points. L'un et l'autre appartiennent à la bourgeoisie ; l'un et l'autre approuvent hautement ce qui s'est passé et sont convaincus qu'ils viennent d'échapper aux plus graves périls, et (jue le massacre des patriotes était imminent si la Cour n'avait été battue.
Mme \... revient sans cesse sur le complot eiïrovable dont on a failli être victime.
a 15 août 1792.
(( Les mesures étaient tellement prises pour une Saint-Barthéleniy que le miracle de l'Être suprême envers le peuple devient pour moi l'article de foi le plus sacré.
« Si le parti contre-révolutionnaire avait eu le dessus, des millions de patrioles auraient été ensevelis avec la liberté sur tous les points de l'empire. »
Le lend(îmain, notre étudiant est toujoure sous l'heureuse impression des événements qui viennent de se passer et il écrit encore :