‹ Journal d'un étudiant (Edmond Géraud) pendant la révolution, 1789-1793Chapitre 41 sur 51 · Journal d'une Bourgeoise · texte numérisé non relu

Journal d'une Bourgeoise

nce ; ces déplorables intempérances de langage aient toutes les idées de trahison, surexcitaient is soupçons.

ïsemblée, pour apaiser l'émotion de la capitale, . e la peine de mort contre tout citoyen qui, dans ace assiégée, parlera de se rendre. Des mesures rdinaires sont prises pour provoquer les enrôleet mettre Paris en état de résister, âde les arsenaux, on prend tous les moyens de e ; on forme quatre camps aux environs de Paris; use des fossés, etc. Dans toutes les sections on es indigents et on leur donne une paye ; on orle désarmement et l'arrestation des suspects, on se des visites domiciliaires pour saisir toutes les et s'emparer de ceux qu'on soupçonne de trahir ays, de tous « ces mauvais citoyens qui se cadepuisle 10 août )).

29, à quatre heures du soir, la générale bat, 1 est averti de rentrer chez soi à six heures. . les boutiques sont fermées, les barrières îs ainsi que la rivière; Paris devient un vaste . Il en est ainsi pendant quarante-huit heures, défendu de sortir de chez soi, on doit y attendre te des commissaires de la Commune, qui font perquisitions assistés de la force armée. Des rs d'infortunés sont arrêtés et jetés dans les s. is présente l'aspect le plus effrayant : partout

des canons, des hommes armés ; des affiches mi cantes à tous les coins de rue.

La capitale est encore sous le coup de la trahisoi Longwy, quand elle apprend que les campagnes Deux-Sèvres ont pris les armes, que le Morbihan $ soulevé, que Grenoble est en insurrection. De 1 côtés arrivent des nouvelles désastreuses qui augn: tent encore le trouble des esprits et les terreurs l'avenir.

Le Comité de défense générale, établi dans TAss blée, se réunit au Conseil exécutif pour aviser aux sures à prendre dans les circonstances critiques l'on traverse. Plusieurs sont d'avis que rien ne { arrêter la marche des Prussiens sur Paris, que 1 arrivée sous la capitale est imminente et que le g vernement doit se retirer en province pour y organ la résistance.

Danton prend la parole :

« On vous propose, dit-il, de quitter Paris. V n'ignorez pas que, dans l'opinion des ennemis, P représente la France, et que, leur céder ce point, c leur abandonner la Révolution. Reculer, c'est n perdre. Il faut donc nous maintenir ici par tous moyens, et nous sauver par l'audace.

« Parmi les moyens proposés, aucun ne m'ap décisif. 11 ne faut pas se dissimuler la situation d laquelle nous a placés le 10 août. Il nous a divisés répul)licains et en royalistes, les premiers peu ne

breux et les seconds beaucoup. Dans cet état de faiblesse, nous, républicains, nous sommes exposés à deux feux : celui de l'ennemi, placé au dehors, et celui des royalistes placés au dedans. 11 est un directoire royal qui siège secrètement à Paris, et correspond avec Tannée prussienne. Pour le déconcerter et empêcher sa funeste correspondance avec l'étranger, il faut... il faut faire peur aux royalistes!... C'est dans Paris surtout qu'il vous importe de vous maintenir, et ce n'est pas en vous épuisant dans des combats incertains que vous y réussirez. »

Cette opinion l'emporte : l'on décide dé demeurer à tout prix dans la capitale et, au besoin, de s'ensevelir sous ses ruines.

Dans le public, la haine contre les aristocrates, contre les traîtres, contre les conspirateurs augmente chaque jour. On se plaint de la lenteur du tribunal chargé de punir les crimes du 10 août. Tout à coup, Ton apprend que l'ancien ministre Montmorin vient d'être acquitté. L'indignation éclate : décidément la trahison est partout. En même temps les bruits les plus menaçants circulent dans le public : on parle d'une vaste conjuration : les prisonniers, armés par des traîtres, doivent s'enfuir de leurs prisons, égorger les patriotes et ouvrir la ville aux Prussiens. Ce n'est pas seulement dans la lie du peuple que ces bruits trouvent créance ; les artisans, la bourgeoisie, sont convaincus de leur réalité. Les têtes se montent, les

imaginations s'affolent, on ne voit autour de soi que pièges, perfidies, trahisons ; on se croit déjà sous le joug de l'étranger et des émigrés qui vont exercer d'alroces vengeances et inonder la France du sang des patriotes. On se raconte que des potences sont déjà préparées pour les Jacobins et on ne parle que des atrocités conunises par les troupes étrangères sur les partisans de la Hévolution.

Le 2 septembre était un dimanche et l'oisiveté contribuait encore à augmenter le tumulte populaire. Do bonne heure se répand le bruit de la prise de Verdun par les Prussiens *. (^est la route de Paris ouverte aux ennemis; ils peuvent être en trois jours devant la capitale. Une exaltation effrayante s'empare de toute la ville :

« 11 n'est plus temps de discourir, s'écrie Vergniaud à l'Assemblée, il faut piocher la fosse de nos ennemis, ou chaque pas qu'ils font en avant pioche la nôtre. »

« Le canon que vous allez entendre n'est point le canon d'alarme, hurle Danton, c'est le pas de charge sur les ennemis de la patrie. Pour les vaincre, pour les atterrer, (jue faut-il? de l'audace, encore de Faudace, et toujours de l'audace ! »

La Commune décide la levée en masse de tous les citoyens. On tire le canon d'alarme, on sonne le tocsin, toute la ville est debout. Une terreur profonde règne

Page 1