Celait une erreur, Verdun n'était qu'investi
dans les prisons. Au Toniplo. In fnnullo ^Mxal*^ so <1o mande avec anxiêlô la cause de tnnt «rajfitntionî*. Tout à coup le bruit se rè|>and que les iMvOislos nï;u'rhiMH sur les prisons et qu'ils vont livnM' In xille an\ Prussiens. Ce bruit porte le dernier coup aux injMnin.Hion« surchauffées par les derniers èvêntMin»ntN.
Une troupe armée rencontre vin^l-ipinlri' pnMn'« qu'on transférait de TlbMel de ville m TAldwi)!' : " ViiIIji disent les fédérés, les conspir.'iteurH (pii doivent i'>(/im ger nos femmes et nos (Md'/inls t/nidiM (pu* immiu l't'inw à la frontière », et les innlli<'iin'iiii f.uiit iruM-iw»' m i sans pitié. Billaud-Y.'ireiineM, nM'rnliM' d** Ih i.ninnnut» , encourage les égorg^'urs en h'ur disant " !'• iipl' . tu immoles les ennemi»?» tu hh ton 'U'-^nu >•
Ile là les h'^,^Wtfi''. ■.ofd .vijï i,:nnti'--, o'/ d» 'if '• »**. prêtre* M^nt fnf''nf>'''. ^ j U/^-; .<'/'/.'/»/< d' t.'unh** 't/ prisonnier»: :>>/" / '■''■ ,\*'^i^'rt*' •'/•* '' ■ "'/»'
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d'avoir écrit dans le Journal de la Cour, prouve son innocence; on l'accuse d'avoir émigré; il démontre qu'il y a erreur : « Mais tu es un aristocrate. » — « Oui, répond-il hardiment, mais vous n'êtes pas ici pour juger les opinions, vous ne devez juger que la conduite. )) Son fier langage en impose et sa grâce est proclamée. Aussitôt des cris de « Vive la nation ! » retentissent, le prisonnier est embrassé et escorté jusque chez lui par deux de ces monstres qui demandent à être témoins de la joie de sa famille ; puis ils retournent au carnage.
Ils apprennent qu'un geôlier a laissé ses prisonniers sans eau pendant vingt-quatre heures : ils s*indignent et veulent le tuer pour le punir de son inhumanité ; c'est à grand'peine qu'il leur échappe.
Au Châtelet, à la Force, à la Conciergerie, aux Bernardins, à Saint-Firmin, à la Salpêtrière, à Bicêtre, mêmes exécutions sanglantes, mêmes atrocités. Le massacre continue toute la nuit.
Pendant cette soirée il y a foule aux Tuileries ; deux magnifiques pyramides de lumières placées sur le grand bassin éclairent tout le jardin; sur la terrasse des Feuillants on y voit comme en plein jour. Dans les allées toutes les boutiques sont éclairées. Le jardin est rempli de promeneurs, de groupes de femmes et d'enfants. Tout le monde semble ignorer les crimes horribles qui s'accomplissent.
Durant la nuit le silence règne dans Paris. On n*en-
tend ni le bruit des tambours, ni le bruit des cloches ; la capitale paraît dormir d'un sommeil paisible.
Les massacres continuent pendant deux jours sans qu*on fasse rien pour y mettre un terme. Ce ne sont pas seulement des nobles, des aristocrates abhorrés, qui sont victimes de cette ivresse sanguinaire : au Châtelet, on massacre des voleurs; aux Bernardins, des forçats ; à Bicêtre, des pauvres, des vieillards, des malades, des enfants; à la Salpêtrière, des femmes, des orphelins.
Ces scènes effroyables, ces actes de cannibalisme, dont le souvenir seul fait frémir d'horreur, ont-ils terrifié Paris, ont-ils révolté la conscience publique, vont-ils soulever une indignation universelle ? Hélas ! non. L'imminence du péril, la rage d'avoir été trahi, l'indignation contre tous les aristocrates ont à ce point échauffé les esprits qu'on approuve ces abominables massacres.
Si quelques âmes sensibles s'apitoient sur le sort des infortunées victimes, elles s'empressent d'ajouter qu'après tout, le peuple a été juste, et qu'il n'a fait que devancer le glaive des lois qui ne pouvait manquer de frapper ces criminels : « si on les eût laissés vivre, ils nous auraient égorgés dans quelques jours, disait-on: au moins maintenant si nous sommes vaincus, ils auront succombé avant nous. »
. 11 est juste d'ajouter qu'au premier moment, on ne se rend pas bien compte de ce qui s'est passé, on ne
comprend ni le caractère, ni la portée de cet atroce cvêncinont; on s'imagine que des criminels seuls ont succombé, et, Ton se dit que si rhumanité en souffre, le salut de la patrie Fa exigé.
Mme X. écrit simplement :
« 2 septembre 1792.
« Quand on veut la fin, il faut vouloir les moyens; point d'humanité barbare Le peuple est levé, le peuple, terrible dans sa fureur, venge les crimes de trois ans des plus lâches trahisons. Oh, mon ami ! je me réfugie dans vos bras, pour verser un torrent de larmes; mais je vous crie avant tout : la France est sauvée ! Ces larmes, je les répands sur le sort de nos malheureux frères patriotes, tombés sous le fer des Prussiens. Verdun est assiégé et ne peut tenir que deux jours. La joie de nos féroces aristocrates contraste avec notre profonde affliction. Écoutez; tremblez: le canon d'alarme tonne vers midi ; le tocsin sonTie, la générale bat. Des proclamations pathétiques de la municipalité fixaient Tattention du peuple et touchaient son cœur : « Volez au secours de vos frères! Aux armes; aux armes ! )» Chacun s'empresse, court. La fureur marihih\ qui a saisi tous les Parisiens, est un prodige; des pères de famille, des bourgeois, des troupes, des sansculottes, tout part. Le peuple a dit : Nous laissons dans nos foyers nos femmes, nos enfants, au milieu de nos ennemis ; purgeons-en la terre de la liberté.
PEM'ANT Là r.ÈTOUTkiN. :»•:
HoD ami, je jette i''i. d'une inaiu treiiililaiilt', un \iiilf sur les crimes qu'un a foiré Jt* peuple à roiuniettiv par tous ceux dunl il est dt.'pui< tmi? aus la iriMe victime. Les noirs complots qui ^e découvrent de tuutes paris portent la lumière la jilus afïreuse et la convictitm la plus certaine sur 1«^ sor1 qui attend et menace les patriotes; s'ils ne font jws périr, ils périssent! Atrt>ce nécessité, ouvra<;e funeste de nos ennemis! Des tètes coupées, des prêtres massacrés.... Je ne puis vous en faire le récit, quoiqu'éclairée par ma raison, qui me crie : les Prussi<^ns et les rois en auraient bien fait autant et mille fois davantafre. Mon Dieu! ayez pitié d'un peuple qu'on précipite dans la voie du carnage en le provoquant ; jic lui imputez pas *. »
Quant à noire étudiant, nous connaissons assez ses sympathies pour pj-évoir les appréciaticms qu'il va porter sur les événements :
« iMi 4 sopteiiibn' 17U*2. L'an IV «!o la !il)or!('', L'an \" d«' lï'galilr.
« Depuis avant-hier, mon cher ami, nous sommes entourés d'inquiétude, investis d'épouvante. Dimanche, environ vers midi, l'on tira sur le Pont-Neuf le canon d'alarmes el le tocsin sonna à la Maison connnune. Au milieu du tumulte et de la rumeur publique, j*nppris que Verdun, la deiniére place forte avant Paris, était au pouvoir des Autrichiens; cette terrible ncmvcllc me
ï . Journal d'une Bourgeoisie.
parut exagérée et fort douteuse. Un instant après une proclamation fut faite par ordre de la nnunicipalité diins tous les carrefours de la ville , destinée à donner au peuple une impulsion salutaire, à lui imprimer un grand mouvement; elle était conçue à peu près en ces termes :
(( Citoyens, l'ennemi est aux portes de Paris. Ver- Mi dun qui l'arrête ne peut tenir que huit jours; les « habitants ont juré de vaincre ou de s'enterrer sous « les ruines do la place ; vous sentez tous qu'au mo- « ment où ces courageux compatriotes se li>Tcnt,pour (( nous défondre, aux périls et à la mort, il est de notre devoir d'aller les secourir. 11 faut donc que dès au- (( jourd'hui, dès aujourd'hui même, soixante mille (( hommes soient prêts à marcher à l'ennemi, prêts à « périr sous ses coups ou à l'exterminer tout entier. »
{( De tous côtés cette proclamation était suivie du cri formidable : Aux armes ! Aux armes ! Avant la nuit, plus do trente mille hommes s'étaient déjà présentés à la mairie ou dans leurs sections respectives. Les armes manquaient encore ; mais le lendemain, dans certaines sections, l'on en eut plus qu'on n'en voulait. Tous ceux qui ne pouvaient pas partir s'étaient empressés de donner les leurs.
(( L'Assemblée, dans ces premiers moments de trouble et d'anxiété, s'est montrée grande, intrépide, on un mot, digne de sa mission ; elle a constanunent éloigné d'elle toute idée de découragement, tout sen-
tîment de terreur. Y^T^i^Tid. cet homm- tn>p f-ouveni plongé dans le j-^mineil dn rîLdjfTvrrnce e! dans une honteuse et coupable iubt-û'''Ti. Verèrniaud î-tiniulê. inspiré par l'urgence de*? cjrcvriîljjïces. par le danger imminent de la choâ^e publique, a manifeïtë la plus haute énergie : il a ébranlé par le discours le plus fort, le plus pressant, le plus étincelanl. l'Asseniblée tout entière qui, ^u^-^?- champ, a décrété plusieurs grandes mesures, dont une des plus remarquables est de faire sonner le tocsin par toute la France. Ce tocsin ne sera point le signal de l'alarme, mais celui de la charge, mais un signal de mort pour les ennemis. On a lieu d'en attendre le plus heureux effet. Ce bruit inquiétant et lugubre intimide d'abord le soldat ennemi, jette ensuite peu à peu, et comme à son insu, le trouble et l'effroi dans son cœur ; bientôt son imagination égarée ne lui offre plus, de tous ciMês, que de nouveaux sujets de terreur et de fuite, et souvent Ton a vu des partis de paysans mettre en déroute des escadrons entiers qu'un tocsin continuel et soutenu avait ainsi épouvantés. D'un autre coté, les coups retentissants et multipliés des cloches de tous les villages rassemblent les cultivateurs, leur annoncent le danger, les animent et les font voler au combat.
(( L*union, la concorde, les sentiments d'égalité, de fraternité régnent plus que jamais dans la capitale. La nouvelle du danger que courait Verdun a rempli d'ardeur tous les citoyens; chacun veut voler à l'ennemi.
ôhO LE JOURNAL D'U?i ÉTUDIANT
Cette nouvelle a tHé aussi le funeste signal d'un massacre horrible de tous les criminels qu'enfermaient les prisons. Les traîtres, fiers de rapproche de Tennemi, redoublaient d'audace, menaçaient déjà et tramaient sourdement les complots les plus atroces et les plus sauj2:uinaires ; le projet était formé d'ouvrir, à l'arrivée des Prussiens, toutes les maisons de force de la capitale, d'armer tous les brigands qu'elles contiennent, d'égorger et de piller tous les habitants demeurés dans la ville. Des preuves manifestes de cette infernale conjuration ont été découvertes... Soudain, le peuple armé de piques, de sabres, de haches, s'est porté en foule vers les prisons. Les galériens, les voleurs, les assassins, les fabricateurs de faux assignats, les Suisses qui restaient de la journée du 10, les conspirateurs connus et aiTôtés, les prêtres réfractaires, tout a été égorgé, massacré, mutilé; les prisonniers détenus pour dettes ou pour mois de nourrice ont seuls été relâchés.-
« L'abbé Sicard, instituteur des sourds et rouets, et connu par son incivisme, n'a échappé à la mort que par le courage et le dévouement d'un citoyen appelé Monot. Mme de Lamballe, favorite de la reine, a été enveloppée dans le nombre de ces coupables victimes. Sa tête a été portée en triomphe au bout d*une pique et son corps déchiré par la multitude. Mme Dubarry a été aussi arrêtée ; quelques personnes craignaient pour sou soi't. La quantité de criminels victimes par la fureuj* populaire est immense. On rencontre à chaque
■ pas dans les rues les débris hideux et sanglants de ces ■■ cadavres mutilés et entassés dans de vastes tombereaux découverts. J'ai vu, pour ma part, sept de ces tombel*eaux remplis d'autant de corps qu'ils en pouvaient contenir; de longues traces de sang suivent la marche de ces horribles chariots ; l'image de la mort et du massacre se présente partout et sous les formes les plus effroyables*.
i. Edmond raconte l'étrange évasion d'un malheureux nommé Sinteil, enfermé à l'Abbaye comme suspect de pacti'ser avec les réfractaires. C'était le lils d'un culottier de la place Sainte- Colombe, à Bordeaux, et après avoir miraculeusement échappé à la raort, il exerça dans sa ville natale la profession de chapelier. Voici comment Sinteil fut sauvé :
« Au milieu du massacre, il imagina de se dépouiller à moitié de ses habits et de se jeter, à la faveur des ténèbres, parmi les cadavres qu'on amoncelait près des portes de la prison. Vers le matin, arrivèrent des charrettes, il y fut placé connue mort, avec le reste des victimes, qu'on allait enterrer dans une de ces carrières abandonnées qui se trouvent à l'entour de Paris. Quelques massacreurs suivaient armés de sabres et de bûches. Le ûiste convoi, étant arrivé à la bari'ière, tandis qu'on la faisait ouvrir, et que le charretier buvait l'eau-de-vie avec ses camarades, le malheureux Sinteil, protégé par une brunie fort épaisse, se dégagea doucement de ce tas de cadavres, et se laissant glisser de la charrette à terre, gagna à tout hasard une maison voisine, dont il eut le bonheur de trouver la porte entr'ouverte. La lueur d'une lampe le guida, à travers une longue allée, vers une cuisine, où il aperçut une négresse, qui s'était levée de fort bonne heure et qui, assise près du fou, faisait du chocolat pom' ses maîtres. A l'aspect de cet homme presque nu, couvert de boue et de sang, la pauvre négresse, croyant voir Un fantôme, poussa un cri et s'évanouit. Ses maîtres accoururent. Sinteil se jeta à genoux et les conjura do le sauver. Fort ^heureusement, il avait alfaire à deux étrangers, qui devaient ^uns ce même jour quitter Paris et partir pour l'Angleterre. On
«( L'ex-minislre Montmorin a été percé de coups entre les jainbes d'un député, il méritait mille morts. C'est lui qui a refusé l'alliance offerte par la Prusse, qui n'a nullement parlé à l'Assemblée des bonnes dispositions de cette puissance à notre égard, et qui nous a enfin attiré les Prussiens sur les bras.
« Le peuple, dans les premiers moments de sa fureur, s'est porlé au Temple, mais M. Pétion est parvenu à le calmer un peu. On craint toujours cependant pour la vie du traître Louis \V1.
« Dcî^ nouvelles plus propices arrivent dans ce moment-ci des armées. On a annoncé à l'Assemblée Nationale que les Prussiens ont levé le siège de Verdun et ont rétrogradé sur Longwy. La ville a soutenu deux assauts et un bombardement de douze heures.
« Les armées de Dumouriez et de Kellermann vont bientôt se réunir. Le soldat montre une ardeur incroyable. Nos troupes s'avancent sur l'ennemi de concert, en bon ordre et avec l'impatience d'en veniï* aux mains. Le camp de Soissons s'est aussi ébranlé. Les campagnes vomissent des soldats ; la terre semble les produire ; trois cent mille hommes s*arment dans la campagne.
(( P.-S. — La nouvelle de la levée du siège de Verdun
convint de retarder le départ, jnsqu'à ce qu'on se lui procuré un nouveau passo-pori, et, dans la soirée, Sinteil, qu'ils faisaient passer pour leur domestique, monta en voiture avec eux, et s'éloigna enlin de cette malheureuse ville^ où il ayait vu la
mort de si près. »
5 se confirme pas encore ; nous sommes dans mie certitude cruelle. Demain nous irons travailler au imp qui se forme autour de Paris ; tous les citoyens f portent à Tenvi ; ces travaux seront terminés avant lu. Chacun se prépare à recevoir les Autrichiens. Le oment de tenir nos serments est enfin arrivé, Fheure proche. Adieu, mon ami, la liberté ou la morti » L'enthousiasme avec lequel on courait à la défense î la patrie montre bien quelle modification profonde, i point de vue patriotique, s'était accomplie dans îsprit public depuis 1789.
({ Rien n'honore plus la France, écrit Edmond, rien e fait voir davantage sa puissance, et rien aussi ne lit tant de peine aux aristocrates que cette ardeur de a jeunesse à combler le déficit de l'armée. Sous l'anien régime, quand le temps de la milice approchait, DUS les fils de fermiers et de paysans se désolaient : < n'étaient que pleurs, ce n'était que tristesse, beau- ^p quittaient la campagne et allaient se cacher dans 38 villes; aujourd'hui, l'Assemblée nationale n'a qu'à •ire une invitation, et aussitôt des milliers de soldats DDt à ses ordres. Jeudi dernier, quatre hommes du ■ys de M. Terrier, qui parlent pour l'armée, sont eaus lui porter une lettre de chez lui. Je demandai à nn d'eux s'il ne regrettait pas son pays; il me répondit li'il ne regrettait rien, puisqu'il allait servir la patrie. »
Bn fait caractérise bien à quel point les mœurs laient changées : lors du décret du 28 décembre 1791 ,
iO.
qui organisait les gardes nationales volontaires el les engageait pour un an, on ne trouva d*autre peine à infliger à ceux qui quitteraient le service avant la lin de Tannée que de les priver pendant dix ans de l'honneur d'être soldats !
Paris, 6 sc*ptembrc 1702.
(( Le patriotisme est dans son triomphe, les enrôlements, le départ des enrôlés, donnent une nouvelle vie à la capitale et une telle activité au commerce que les marchands doivent redevenir patriotes. La gaieté et la sécurité marchent au bruit du tambour. On ne voit que fédérés, on n'entend que musique militaire. Les rues sont remplies de cette immense population, qui fait toujours croire que tout l'univers est dans Paris, et partout on crie à tue-tête : Vive la Nation! Nous n'avons pas l'air d'un peuple menacé, ni d'un peuple abattu ; mais d'une grande famille qui est en liesse. Si l'on se fait de la capitale une autre idée, on ne connaît pas les Français*. »
(le singulier étal d'esprit, cette étrange quiétude, celte sérénité imperturbable que nous voyons se poursuivre depuis trois ans au milieu d'événements qui, à distance, nous paraissent encore si émouvants et si troublants, ne seront pas modifiés, même aux heures les plus terrifiantes de cette sinistre époque.
1 Journal d'une Dowgeoise,
Tandis que les Prussiens étaient en Champagne, écrit Mercier, qui ne croirait pas que Falarme la plus profonde fût alors dans tous les esprits? Point du tout ; les spectacles, les restaurateurs également pleins, n'offraient que des nouvellistes tranquilles. Toutes les menaces orgueilleuses des ennemis, nous ne les entendions pas. La capitale s'était toujours crue inattaquable, à l'abri de tous les revers des combats.
a Jamais le peuple ne fut intimidé, ni... ni par la fuite du Roi, ni par la prise de Verdun, ni par les manifestes de tous les rois de l'Europe... Tandis que dans l'Europe entière on disait : « C'en est fait de « Paris! Fût-ce le dernier des Bourbons, on en remettra (( un sur le trône, » le peuple n'imagina point la possibilité d'un danger. 11 vit de sang-froid l'érection d'un tribunal révolutionnaire, il continua d'aller paisiblement à l'Opéra. Le rideau se leva exactement à la même heure, soit qu'on coupAt soixante tètes, soit qu'on n'en coupât que trente. »
« Je ne me mêle pas des affaires du ménage » . disait cet homme auquel on venait annoncer que le feu était à sa maison. Voilà ce que disait chaque boutiquier lorsqu'il apprenait les exécutions du jour ou du lendemain ^