‹ Journal d'un étudiant (Edmond Géraud) pendant la révolution, 1789-1793Chapitre 43 sur 51 · SEPTEMBRE-OCTOBRE-NOVEMBRE · texte numérisé non relu

SEPTEMBRE-OCTOBRE-NOVEMBRE

Sommaire : Les éloctions pour la Convontion. — L'Assemblée se rénoiL — Abolition do la royauté. — Les dt^putés de Paris. — Projet» an* fjuinaires de Marat et de Robespierre. — État de Paris. — VicUrir» de Duinouriez. — Entbousiasine de la capitalc.-

Dans les premiers jours de septembre, M. et MmeGéraiid quittent Paris et rentrent à Bordeaux ; ils sont assez rassurés sur la suite des événements pour laisser sans crainte leurs enfants dans la capitale. Dès qu'A les suppose arrivés à Bordeaux, Terrier leur enwie des nouvelles :

a 15 septembre 1791

« Votre départ, leur écrit-il, a fait un grand YÎdfi dans notre petit ménage.

OTicmple bien terrible. Lo mardi était le jour élégant ponr 11 Coniêdio-P^rançaiso et ce soir-lù la salle était toigoun pleine. La Terreur n'avait rien chan^^é à celte habitude. En se rendut : au théâtre en carrosse, l'on }'enc()ntrait presque toiyounle tofr herean qui transportait les l'esti^s des malheureuses Tictimei tombées dans la journée sous le fatal couperet. L'on se boiniit ■ à baisser les stores du carrosse et l'on continuait sa route M» souci ni scrupule, ponr aller entendre les déclamations des ae* leurs à la mode.

((Demain dimanche nous irons travailler au camp. Dans le commencement de la semaine nous ferons le voyage d'Ermenonville ; les affaires politiques contribuent beaucoup à distraire nos jeunes gens.

(( La situation de Paris est à peu près telle que vous l'avez laissée. Hier quelques personnes, sous le masque du patriotisme et de l'amour de la chose publique, se pennettaient de se faire livrer ou de prendre de force les boucles d'argent, les montres, bijoux, etc. Cela fît d'abord quelque bruit, mais on se rallia bientôt ; les malintentionnés furent saisis, quelques-uns furent de suite jugés populairement, les autres ont été traduits en prison. ))

Peu de jours après les massacres de Septembre, ont ieu les élections pour la Convention ; la faction yioente qui a dominé depuis le 10 Août continue à terroiser la capitale :

a 18 septembre.

« Les élections se poursuivent toujours ici dans le lême esprit, écrit Edmond; la faction désorganisa trice îs Marat et des Robespierre l'emporte plus que mais dans l'Assemblée électorale. Espérons qu'il en sera pas de même dans la Convention. L'on ne !ul aborder la tribune si l'on ne se propose d'y iciamer quelque nouvelle apologie de l'homme incoriptible, ou quelque projet de loi agraire. Les choses : sont à ce point-là.

a Le garde-meuble a été volé la nuit passée; beau-

coup de diamants et d'autres effets précieux ont et enlevés; les préposés à la gardé de ces riches ont été arrêtés, ainsi que plusieurs voleurs qui,dfli| leur interrogatoire, ont dénoncé quelques personnes i marque. Les visites domiciliaires vont recoiDmencerij Ce vol paraît tenir à des complots contrè-révolul naires. »

La Convention se réunit le 21 septembi'e. Pélion nommé président.

Les Girondins et tous les modérés se rangent aut de lui alors que les Jacobins suivent aveuglément I bespierre.

Dès la première séance l'on demande rabolilion la royauté :

« Toutes les dynasties, s'écrie révêqueGrégoire,»'! jamais été que des races dévorantes qui ne vivent i de chair humaine. Je demande que par une loi nelle vous consacriez l'abolition de la royauté, rois sont dans l'ordre moral ce que les monstres i dans l'ordre physique. Les cours sont râteKer crimes et la tanière des tyrans. »

La proposition est adoptée et c^est le dtic qui se lève le premier.

Le décret transmis sur-le-champ aux 48 Bectiooii proclamé le soir même dans les rues de la toute la ville est illuminée, de tous côtés Ton proférer des cris de mort contre la famille royale aristocrates.

Notre étudiant assiste à plusieurs séances de la :ivention et il adresse à son père un portrait sucict des principaux députés de Paris ; il n'est pas is intérêt de connaître les jugements qu'il porte à sur ces figures dont la plupart ont laissé dans istoire une si triste célébrité :

« Paris, 2 octobre.

« Tu m'as demandé, papa, mon sentiment sur chan des députés de Paris ; je satisfais à ton vœu. :< Un de ceux dont la nomination atteste surtout la heté et l'étrange turpitude des électeurs, un de IX que l'opinion publique réprouve avec le plus force, est, comme tu ne l'ignores pas, le forcené rat. Quels que soient cependant les projets désasux de cet homme sanguinaire, je crois qu'il y a en- •e plus de folie dans sa tête que de perversité dans i cœur. Quelle étonnante dégradation !

( Après le nom de Marat l'opinion publique place, à Tet sans doute, celui de Robespierre. Voilà quelle la juste récompense des excès où l'ont entraîné son olir-propre et son opiniâtreté dans des opinions onées. Voilà quel est le triste résultat des louanges s nombre que nous lui avons prodiguées; c'est is mômes qui gâtons les hommes publics. Lorsqu'à ne nous devrions leur témoigner de la roconnaisce, nous les comblons d'honneurs et de flatteries, t Des vices domestiques, une conduite privée peu

estimable, des dettes nombreuses, voilà ce qu*on reproche à Danton; mais, en revanche, on admire en lui l'homme d'État, de grandes vertus politiques, une âme intrépide et forte, une éloquence irrésistible, une vaste perspicacité de vues ; heureux si avec ces grands avantages, il ne se livrait trop souvent à des passions haineuses et jalouses ! Du reste, sa conduite dans le ministère lui a mérité l'estime universelle.

(( Collot d'Herbois ne manque ni de talent ni d'énergie. A la vérité, cette énergie dégénère quelquefois en exaltation. C'est un de ces hommes faits pour un moment de crise et de Révolution, un déclamateur adroit, quoique plein de chaleur et de véhémence ; je doute de ses talents en fait de législation, mais non en fait d'insurrection.

(( Manuel, original dans ses opinions comme dans son style, doué des grands principes à Tordre du jour, d'une grande facilité à s'énoncer, et d'un caractère prononcé, a fait éclater beaucoup d'intelligence et de patriotisme dans son administration de procureur de la Commune. 11 m'a toujours paru un magistrat intègre, éclairé, courageux, pénétré surtout dé ce grand principe, qu'il faut tout tolérer, excepté Vintolérance.

(( Un homme dont j'attendais mieux est fiillaud- Varennes ; tout le monde est généralement mécontent des principes exagérés qu'il a déjà manifestés. Le dé: faut principal de tous ces messieurs est de se croire

ijours avant le 10 Août; au reste j'ignore ses tais.

« 11 est un être qui le dispute en immoralité et en ichanceté à Marat lui-même, c'est Camille Desmous ; il n'est pas de bassesses et de crimes qu'on ne

fît faire. Il a tout l'esprit et toute la malignité d'un mme corrompu.

« Legendre a la manie de dénoncer sans cesse; je ne 1 ai vu faire que cela aux Jacobins. Si les autorités nstituées continuent à marcher dans le sens des incipes, Usera pour toujours réduit au silence;

doute que sa tête puisse enfanter une loi sage et udente; il est bon, tout au plus, pour les mesures jrgence. On distingue en lui un grand caractère indépendance; son éloquence est brute, mais mâle persuasive. La nature semble l'avoir fait pour haraner la multitude, mais voilà tout.

« Fréron, le fils du fameux Fréron si couvert de licule et d'opprobre par Voltaire, est un frénétique li de Marat. 11 a rédigé Y Orateur du peuple-, c'est >iiner la juste mesure de ses talents et de ses prinpes.

« L'esprit se repose avec plaisir sur le bon et vénéble Dussault; c'est la probité personnifiée. Son paiotisme s'est prononcé depuis longtemps avec une dicible véhémence, que les glaces de l'Age n'ont ûnt refroidie. Son élocution est fleurie et pleine d'é- U'gie. Il avait dès l'ancien régime, consacré sa plume

362 LE JOUUNAL D'UN ÉTUDIAS!

et ses veilles à lu liberté. Sa conduite à rAssemblée législative ne dément pas cette réputation preniiùre.

(( Une imagination très vive, de la sagacité, des principes quelquefois outrés, voilà ce qui distingue Fabre d'Églantine, connu d'ailleurs par la rédaction des journaux de Prudhomme et par de channantes pièces de comédie : il a des vues, des lumières, et la connaissance du cœur humain.

(( Le patriotisme de David est aussi grand que sa célébrité et ses talents de peinture, mais il faut à un législateur autre chose que le génie de la peinture et il est dénué de movens.

« Philippo-Égahté (ci-devant d'Orléans), n'a pour sa part qu'un grand atlacliement au nouveau régime; on eut pu mieux choisir. La dissolution de ^es mœurs eut du l'éloigner de la Convention. On ne saurait trop dans ces circonstances avoir égard aui viccîs et aux verUis. C'est de cette considération que dé})end essentiellement le maintien des lois et le salut ' de la République. Peuples libres, préférez la vertu à tout! Tel est le principe tutélaire que nous oublions encore trop souvent.

« Voilà une ébauche bien grossière des divers caractéi'es des députés de Paris. Je les ai surtout jugfe parleurs actions. Dieu veuille que je me sois lourdement trompé. Au reste, il serait ridicule de donner ' encore quelque importance à la faction Marat; tuasdâ

Yet» combien elle a été écrasée dans une des dertiièp«s séances de la Convention. »

Notre jeune étudiant commence à perdre peu à peu cet imperturbable optimisme qui depuis trois ans a résisté à tous les événemeats : conune il est d'une entière bonne foi, d'une sincérité indiscutable, il ne peut plus dissimuler à sa famille les déceptions profondes qu'il éprouve, les anxiétés que hù causent les événements qui se préparent dans l'ombre, Tefifroi qu'il ressent en voyant Marat et Robespierre afficher audacieusement leurs projets sanguinaires :

« Du 4 octobre.

(( Ce ne sont pas les Jacobins qui soutiennent Marat ; c'est seulement la lie des Jacobins ; c'est environ une centaine de membres, s'intilulant la société, qui correspondent avec les clubs affiliés et qui sont parvenus à faire déserter la place à tout homme doué de quelques principes de justice et de moralité. Les vrais Jacobins, les seuls encore dignes de porter le nom d'amis de la liberté et de l'égalité, sont les Brissot, les Pétion, les Kersaint, lesBarbaroux, lesGuadet, les Cambon, les Louvet, etc., en un mol tous les ennemis implacables [les tyrans et des dictateurs* Ceux-ci ont abandonné la société parce qu'ils n'ont pas Voulu se soumettre à de vils ambitieux, plus méprisables, s'il était possible, que les antiques oppresseurs que nous venons d'abat^ Ire ; parce qu'ils n*ont pas voulu se rendre les com-

plices des fureurs d'une faction sanguinaire qui veBl dominer par la terreur et se venger par des massacra; tels sont les motifs estimables de ces vrais répubBcains. Plusieurs d'entre eux (et je le sais de borne part) avaient juré de poignarder l'infâme Robespienc s'il parvenait à ses fins. Car qu'on ne. croie pas cotte dictature soit un monstre fantastique inventé dessein : le projet a existé, existe encore aujourdi et existera tant qu'il y aura des troubles et convulsions dans l'intérieur. Oui, la France a menacée d'avoir pour nouveau dominateur uu pierre et un Marat peut-être; car qui peut sa' où se serait ari'étée cette coalition d'assassins?

(( Mais je me trompe, ceux qui portent la patrie la liberté dans leur cœur, ceux qui ont juré la des tyrans et qui s'inquiètent peu de la pourvu qu'ils la leur donnent, ceux-là, dis-je»ai su arrêter ces projets désastreux : les poignards prêts, ils n'attendaient plus que leurs victimes, i

Quelle différence entre Paris et la province I bien il est regrettable que la capitale . ne suifS. rexciiiplo qui lui est donné! Combien il faut (jue les perspectives si brillantes de Tavenir assombries par les projets d'iiommes néfastes :

c ItfocbAre.

(( Au milieu des succès brillants dont jouit Hôpublique, l'âme est peinée de ne pouvoir b'i

lièrement à la joie et d'avoir encore des sujets d'iniétude. Certainement, lorsque les bons citoyens jelit leurs regards sur les départements, qu'ils y voient plus pur patriotisme animer tous les cœurs, qu'ils roient le règne des lois, de la concorde, delà frateré et de la douce égalité, établie dans toute sa rigueur, 'ils voient les tyrans et leurs satellites pourchassés et rgeant notre terre de leur odieuse présence, certaitnent alors ils ont bien des sujets d'ouvrir leur âme 'espérance et de se livrer à la joie. Mais en promeit leurs regards sur la vaste étendue de la France, ■ cette grande famille de frères, en laissent-ils tom- • par hasard un seul sur Paris ! Soudain de noirs iges de tristesse viennent troubler cette joie, et elle ; place aux soucis, aux tristes inquiétudes, au dépoir presque. Car qu'y voient-ils dans ce Paris, is cette ville qui devrait donner aux départements cemple du patriotisme et de la soumission la plus tugle aux lois? Ils y voient un amas impur ommes dont tous les projets tendent à perpétuer larchie sans laquelle ils ne sont rien, des hommes it dégoûtants encore du sang qu'ils ont versé dans journées de Septembre. Prêtes à excuser leurs san- .naires desseins, des sections qui désobéissent forllement aux lois et protestent contre elles, une ïimune qui non seulement favorise de tout son pour les projets désorganisateurs des méchants, mais i dilapide les fonds que la confiance publique a mis

TiCA) LE JOl'RNAL OTN ÉTUDIANT

outre SCS mains; voilà bien des sujets de tristesse sans conipler que le peuple de Paris est égaré et suit aveuglément des principes qui, s'ils duraient» TentraÎDeraioiit à sa perte. Mais espérons qu'il sera désabusé, qu'un jour, il punira ses nouveaux tyrans, et qu^enfin, rendu sage par l'expérience, il ne se livrera pas inconsidérément à quiconque fera semblant de prendre avec zèle ses intérêts. »

On a compris maintenant ce qu'ont été les massacres de Septembre, on sait combien de tôtes innocentes sont tond)ées sous le fer des bourreaux. Ces forfuits, (|u'on a approuvés avant de les bien connaître, excitent maintenant une réprobation générale. On redoute le retour th pareilles atrocités, on se demande avec lerreur s'il faudra encore assister à ces scènes qui font rougir l'bumanité.

a 11 novembre.

(( Papa, voici un tableau trop vrai de la situation de Paris. Je ne doute pas que cette ville ne soit avant pen livrée î\ de nouvelles borreurs.

(( Je désirerais bien que les Bordelais tinssent ici se joindre aux Marseillais; tout nécessite celte démarche. Pourquoi faut-il que ces derniers les devancent toujours dans ce qui peut être utile aux intérêts de la République?

« L'état de Paris devient de plus en plus alarmant; des scélérats qui respirent le crime et suent l'assafr*

sinat, des anarchistes, avides de pillage et dévorés d'une soif inextinguible de sang, tiennent entre leurs, mains les destinées de cette malheureuse cité. Leur audace s'accroît par l'impunité, et déjà ils brûlent de renouveler les horribles journées de septembre : ce n'est plus dans les ténèbres d'un souterrain qu'ils aiguisent leurs poignards, c'est au miheu même des places publiques; c'est là qu'ils demandent à grands cris la tête des citoyens les plus recommandables, c*est là qu'ils menacent d'une mort prochaine plusieurs de nos représentants; des listes de proscriptions sont affichées par toutes les rues; d'atroces placards invitent le peuple souverain de Paris à une nouvelle insurrection; l'on n'ose pas encore, c'est vrai, désigner formellement quelles autorités constituées doivent frapper les foudres du peuple, mais l'on y exalte l'Assemblée de la Commune, l'on y blasphème contre la Convention Nationale... et c'est en dire assez. De secrets agitateurs répandus parmi le peuple, adoptant son langage, ses manières, son costume, alimentent sa méfiance, flattent ses excès, le séduisent, l'égarent, lui communiquent toutes leurs fureurs et leur sombre férocité. De prétendus apôtres de la liberté, professent en tous lieux la doctrine de Marat, ils excitent ouvertement à la rébellion et au meurtre, ils appellent le mépris sur la Convention et la confiance la plus aveugle sur l'Assemblée de la Commune. La question du partage des terres est sans cesse agitée par eux, ils

la reproduisent sous toutes les formes les plus séduisantes et presque à chaque instant. La classe la moins fortunée du peuple s>nivre avidement de ce pernicieux système et savoure avec complaisance ces opinions désordonnées, et c'est ainsi que ces monstres parviennent à pervertir l'instinct de justice qui distingue cette intéressante partie de riiumanité, c'est ainsi qu'ils parviennent à tuer sa moralité et à dégrader son caractère.

« Aux Jacobins, règne le même esprit; malheur à celui qui voudrait y faire entendre le langage austère de la loi ; de forcenés déclamateurs y répètent chaque our qu'ils ont encore leurs ^poignards, que la hache est encore levée, qu'ils tiennent encore la corde du tocsin, et cette société, jadis la lumière du peuple, l'égide de la liberté, l'effroi des tyrans, cette société, dis-je, a aussi subi le joug : ces hommes qui osent encore s'intituler les amis de la liberté' et de Ve'galitét ces hommes ne sont autre chose que de vils idolâtres, que des esclaves, en un mot, qui pour me servir de l'énergique expression de Tacite « sont dégénérés « même de l'esclavage ». 11 ne reste plus aux Jacobins que la lie de cette société, c'est-à-dire la . tourbe des hommes faibles et pusillanimes qui sont nés esclaves et qui mourront esclaves; puis cette coalition d'insolents ambitieux, connue sous la dénomination de faction l{o])espierre : coalition sanguinaire, qui redoute plusque la mort le retour de la paix, et qui

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ur dominer ne s'épargnera jamais aucun crime. Ces mmes sont à la liberté, ce que les prêtres sont à la iigion, des sectaires fanatiques, qui, sous un nom îré, ne cherchent que domination et qu'intérêt pernnel.

« Les sections de Paris sont infectées des mêmes incipes que la société dos Jacobins; les Maratistes iomphent de toute part. Partout ils abusent le peuple

font trembler les citadins, qui n'osent plus élever la nx dans les assemblées sectionnaires. La force puique est nulle, point organisée ou mal commandée ; une part, Tégoïsme, la pusillanimité; de l'autre, ambition, la scélératesse. Voilà les éléments de troues et de désordres qu'enferme Paris. Les décrets de Convention sur la police intérieure de cette ville, nt enfreints continuellement, les ordres des mistres méprisés, l'opinion publique pervertie, les prin • pas altérés ou violés à chaque instant. Les factieux enacent ouvertement de recommencer le cours des oscriptions, afin de replonger nos représentants dans stupeur et dans l'inertie. Tout nous présage en un 3t les plus sinistres événements; tout atteste le nger des mandataires du peuple et les Bordelais lancent à marcher vers Paris I et ils délibèrent enre! il faut sauver la France des horreurs d'une erre civile, il faut sauver la Convention Nationale et

attendent une loi ! Grands dieux ! Les Marseillais t-ils attendu qu'un décret leur ordonnât de forcer

l<»s portos (lu cliAteaii dos Tuilorios, et doit-on craindre di» se livrer à une déuiarelie illégale pour sauver Paris, lorsque tant d'autres ne craignent pas d'accumuler les infractions à la justice pour le peindre? O faux système de modération ne tend qu'à nous plon- ^aM' dans un abîme de malheurs interminables. »

Alors que la situation intérieure offre des perspectives si désolantes, la République voit sur les frontières tous ses ennemis disparaître les uns après les autres.

Pendant le mois de septembre Dumouriez a sauvé la France : l'armée de Brunswick, qui s'avançait menaçante, est battue et démoralisée. Le 3 octobre, une lettre de Dumouriez à la Convention annonce que les troupes austro-prussiennes ont repris Je chemin de la frontière.

dette nouvelle provoque dans Paris une véritable ivresse de patriotisme. La joie est d'autant plus grande (jue les craintes ont été plus vives, la terreur plus profonde .

A l'Opéra a lieu une scène grandiose et vraiment émouvante. Tous les acteurs réunis sur la scène s'agenouillent devant la Liberté, sous les traits de Hlle Maillard; puis ils entonnent cette Marseillaise qui a conduit nos troupes à la victoire. Le parterre, les- loges, la salle entière écoutent également à genoux.

Après ces vers :

a Que tes ennemis expirants

a Voient ton triomphe et notre gloire, »

les tambours battent, le tocsin sonne, une foule armée de piques et de haches envahit la scène et tous reprennent en chœur le célèbre refrain.

Les mêmes scènes se renouvellent presque chaque soir et il en est de même dans les autres théâtres. L'enthousiasme patriotique n'a plus de bornes.

Ravi de ces succès inespérés, Hdmond écrit. à sa famille :

Paris, 30 septembre, an I.

« La vigueur avec laquelle nos troupes acculèrent à Spire, contre le Rhin, les troupes mayençaises, le courage et l'ardeur qu'elles ont montrés pour escalader Mayence, la bravoure des volontaires de la Charente- Inférieure qui ont chargé 1500 Autrichiens et les ont débusqués du poste important qu'ils occupaient; tous ces traits sont de grands arguments contre ceux qui nous répétaient sans cesse qu'au premier coup de fusil de l'ennemi, nos gardes nationaux fuieraient en jetant leurs armes, que nos soldats de ligne, étant très indisciplinés, seraient battus complètement. S'ils avaient été plus sensés, ils auraient dit : « Nos troupes « étant commandées par des généraux vendus à la (f cour, elles seront presque toujours battues, parce « qu'elles seront conduites dans de mauvais postes ou (( opposées à un ennemi infiniment supérieur en nom- (( bre, etc. » C'est alors qu'ils auraient eu raison, mais à présent que l'esprit du soldat est débarrassé des

entraves de la méfiance, le caractère belliqueux de la nation va reparaître à nu, et nos soldats combattant pour la liberté, je ne doute pas que nos armées deviennent plus brillantes que jamais. »

Terrier écrit de son côté :

(( Nous avons renvoyé à nos ennemis la fuite et l'épouvante qu'ils avaient apportées parmi nous, et ce qui doit mettre le comble à notre confiance et à leur désespoir, c'est cet accueil fraternel que nous recevons de tous nos voisins qui commencent enfin à sentir que la cause pour laquelle nous combattons ne leur est pas même étrangère, bien loin de leur être contraire. La capitale seule est un peu agitée au milieu de la joie universelle. Mais la très grande majorité des suffrages se porte vers le vertueux Pétion, et j'espère que son acceptation mettra fin à nos sollicitudes et aux projets des factieux*. »

(( La République, répond M. Géraud, débute sous de bien beureux auspices. Qu'on achève d'écraser à Paris toutes les factions et nous n'aurons plus rien à redouter de la liorue des Tvrans. »

Les triomphes de la Uépublique se poursuivent. Dumouriez arrive victorieux à Bruxelles et ces nouveaux succès portent la terreur et l'effroi dans toutes les cours :

i Pétion est noinniô Maire de Paris le ifi" octobre 1792, par la presque unanimité «les sntTraçes.

« Paris, 21 novembre 92.

« Dumouriez avait promis d'être le 15 à Bruxelles, écrit Edmond, Dumouriez a tenu parole. Je crois que c'est un grand argument contre ceux qui prétendent que ce général est une tête brûlée, un aventurier que la fortune a servi. Qui plus est, quand il était ici, il donna rendez-vous à Talma pour le 24 à Bruxelles ; celui-ci, aussitôt la prise de cette ville, est parti pour aller y remplir le rôle de Titus dans Brutus. Certes, il fallait que Dumouriez fût bien sûr de son fait et qu'il ne fut pas sans prévoyance, pour oser affirmer une chose, qui, s'il ne l'avait pas réalisée, l'aurait couvert de honte et de ridicule. Quand l'Assemblée législative lui conféra le commandement de l'armée du traître La Fayette, il écrivit en propres termes : a Quand j'aurai purgé le (( sol de la République des despotes et de leurs satel- « lites qui le souillent, j'irai délivrer les Belges du « joug odieux sous lequel ils sont courbés, etc. » Voilà à peu près ses expressions ; l'événement nous a prouvé qu'il voyait juste. La Gazette de Leyde du 2 novembre, s'exprime ainsi : « Le général Dumouriez qui, dans ses « fanfaronnades ordinaires, avait dit qu'il irait dîner le « 15 novembre à Bruxelles, en sera sans doute empê- « ché par le général Glerfayt qui arrive à Mons avec (( 10000 hommes ». Je suis bien curieux de voir comment elle va rapporter la bataille de Jemmapes. »

(( 11 faut que les autres peuples apprennent avec

Ô7i LE JOURNAL DlîN ETUDIANT

ôloiinenieiit ce que peut Tainour de la liberté, ce qiu> peut l'énergie républicaine; qu'ils apprennent que c'en était fait de la liberté lorsqu'un jour a lui, jour d'épouvante pour les despotes, et la liberté triomphante a dirigé son vol rapide vers les plaines de la Belgique; qu'ils apprennent qu'il a suffi de prononcer ces paroles affligeantes, mais non pas désespérantes: « Citoyens, la pati'ie est en danger, » et que des légions innombrables d'hommes libres se sont levées et armées pour la sauver; qu'ils apprennent que, aidés de nos bras seulement, nous avons repoussé les troupes qui passaient pour les meilleures de l'Europe ; qu'ils apprennent toutes ces choses étonnantes pour eux et qu'ils les imitent, s'ils se sentent capables de le faire. Hélas, que n'avons-nous des mœurs! nous laisserions bien loin derrière nous ces Romains, avides de conquête, qui ne faisaient la guerre que pour asservir les nations. »

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