‹ Journal d'un exile politique aux terres australesChapitre 4 sur 8 · EXILE · texte numérisé non relu

EXILE

nous sachions que notre nouvelle situation ne devait pas être agréable, nous éprouvions pourtant beaucoup de joie en songeant que nous étions enfin rendus à notre destination. Il faut passer cinq longs mois en mer pour connaitre combien il est doux de mettre le pied à terre et d’être délivré de la gêne du vaisseau !

Le 26 et 27 nous montâmes sur le Pont comme à l’ordinaire, nous regardâmes avec horreur cette terre que nous désirions avec tant d’ardeur quelques jours avant. De dessus le Pont nous voyions des misérables attelés sur des charrettes occupés à traîner de la pierre pour quelques Edifices Publiques ; d’autres en arrachaient; cette vue nous fit faire de tristes réflexions, car nous pensions que sous peu de jours, nous serions employés comme eux. On nous dit que le 29 nous débarquerions. Le 27 nous reçûmes la visite de l’Evêque Catholique et d’un Prêtre. Ces révérends messieurs avaient appris qu’un tel vaisseau venant du Canada, avait à son bord, un certain nombre de prisonniers Canadiens Français, tous Catholiques ; et pensant que leur visite nous serait agréable, ils vinrent nous voir. L’Evêque était Anglais et son Secrétaire Irlandais, tous deux parlaient le français. Ils nous firent plusieurs questions : s’informèrent de l’état de notre santé, et des particularités de notre voyage etc., — nous entretinrent durant une heure et demie environ, nous parlant toujours avec le plus grand respect, nous dirent qu’ils verraient à ce qu’on ne mît aucun obstacle à l’exercice de notre religion et terminèrent leur bien--

JoVRNiUu

veiîiante visite par une prière qu’ils firent parmi nous. L’Evêque nous donna sa bénédiction et se retira en nous disant- qu’il reviendrait le lendemain. Cette visite inattendue nous causa beaucoup de joie et nous consola un peu.

Le 28, Monseigneur revint nous voir avec son Secrétaire et un autre Prêtre. Nous fûmes sensiblement étonnés de l’intérêt de ces Révérends Messrs. à notre infortune, de voir qu’ils ne comptaient pour rien la difficulté et le désagrément de monter et de descendre au moyen des échelles du bord et de venir nous trouver sous le deuxième Pont, lieu obscur et mal-commode, pour nous donner des consolations. Messire JBrady (c’était le nom du Secrétaire) nous fit un petit sermon sur le malheur de notre sort: après quoi Monseigneur Polding (ainsi se nommait l’Evêque) fit la prière ; et demanda si quelqu’un désirait se confesser. Nous répondimes qu’oui. Ils en confessèrent une partie, et ayant des occupations qui les appelaient ailleurs, ils nous quittèrent en nous disant qu’ils reviendraient le lendemain confesser le reste, et donner à communier à ceux qui seraient disposés, que nous n’avions qu’a dresser une place convenable pour dire la Messe. Us nous apprirent aussi ce jour laque le gouverneur Sir George Gipp était sur l’indécis de savoir s’il nous laisserait débarquer à Sidney, ou s’il ne nous assignerait pas un autre lieu. Rendus si loin et fatigués d’un si long voyage, nous fûmes fort contristés de cette nouvelle.

Le 29 à huit heures du matin, Monseigneur et

i> U N EXÏLE’

'son Secrétaire conformément à leur promesse, vinrent confesser ceux qu’ils n’avaient pu entendre la veille ; et à dix heures, Monseigneur dit, dans le fond de cale, ou nous étions logés, une meSse-basse, sur un autel construit avec nos coffres, par ceux d’entre nous qui s’entendaient le mieux à cet objet : un certain nombre d’images que nous avions jointes à des articles apportés par les Révérends Messieurs, rendaient cet autel décent ; Dieu l’a sans doute aussi trouvé tel, car c’était là l’ouvrage de la ferveur la plus ardente. A la fin de la messe, monseigneur fit de longues prières pet son secrétaire finit cette simple et bien touchante cérémonie par un sermon de circonstance. Nous fumes tous édifiés et émus de voir ces respectables messieurs oousser leur zèle pour la religion, et leur charité aussi loin : principalement de voir l’Evêque venir se traîner pendant trois jours de suite dans le fond de cale d’un bâtiment pour nous rappeler à Jésus Christ et pour nous consoler dans nos peines.

Le 1er. Mars, en conséquence des nouvelles que nous avions apprises que Son Excellence était sur l’indécis savoir s’il nous ferait débarquer à Sydney, où s’il ne nous expédierait pas dans une autre colonie, nous rédigeâmes une adresse à Messire Brady, signée par nous tous, afin qu’il priât Monseigneur d’intercéder pour nous auprès de Son Excellence, et lui manifester le désir que nous avions de passer le temps de notre exil dans cette Colonie ; que les fatigues d’un long voyage jointes à celle d’un long* empri-

JOUi^Ai

sonnement à Montréal, nous avaient extrême* ment harassés ; que beaucoup d’entre ncu? étaient âgés et malades et que notre vœu le plus ardent était de nous fixer en ce lieu. Cette adresse fut mise entre les mains du Médecin du vaisseau qui la fit parvenir à sa destination. Nous reçûmes ce jour là, la visite de plusieurs gentils hommes, qui trouvèrent que nous nous tenions bien proprement et que nous avions tous de bonnes physionomies ; chose assez remarquable chez des rebelles.

Du 2 au 3 nous n’apprîmes rien de positif sur notre sort, seulement, que la question de savoir si nous devions nous fixer à Sydney ou aller plu? loin,- avait excité beaucoup de division dans 1<* conseil. Nous sûmes encore que le pays étau riche que les fruits y poussaient en abondance*

Le 4 il ne se passa rien de remarquable. Le temps était bien chaud ; les pieds nous brûlaient sur le pont du vaisseau. Les cousins ou marin* gouins nous tourmentaient beaucoup ; ils pénétraient même jusque dans l’entrepont où nous étions.

Le 5 un sergent vint nous avertir que nous devions être passés en revue à deux heures après-midi, et de nous préparer en conséquence. Effectivement vers trois heures, trois personnes vinrent abord, et aussitôt nous fûmes tous appelés sur le pont étant successivement désignés par nos noms. 11 nous demandèrent notrô âge, le lieu de notre naissance, notre état, r nous étions mariés, si nous savions lire c écrire, et®.

d’un exile*

Le 6 à dix-heures l’on nous fit tous monter sur le pont ; et nous fûmes toisés de la tête aux pieds. L’on prit de nous la description la plus détaillée. Nos traits, la couleur de nos cheveux, de nos yeux, les dents qui nous manquaient, toutes les marques que nous avions dans la figure sur les mains et sur les jambes, rien ne fut omis. Nous ne sûmes pas quand nous devions débarquer.

Le 7 nous reçûmes la réponse de l’adresse que nous avions faite à Messire Brady pour être transmise à l’Evêque ; en voici une copie.

44 Windsor, 6 Mars 1840.

a Messieurs et bien aimés en N. S. J. C:

“ Je m’empresse de répondre à votre <4 lettre : je crains qu’elle soit arrivée un peu 44 tard. Je viens de la recevoir aujourd’hui le 44 six, je vais la communiquer à Monseigneur, " avec prière d’exercer son influence auprès 44 du Gouverneur pourquoi puisse prendre en “ considération votre position malheureuse. Je 44 prie toujours le Seigneur de vous accorder 44 de la patience et du courage et un lieu de re- 44 pos après votre long et pénible voyage etsur- 44 tout un endroit où il vous sera facile de rem- 4* plir les devoirs de notre sainte religion : que la 4* grâce de notre Seigneur soit avec vous tous,

44 croyez-moi pour la vie. ”

Votre bien affect, serviteur,

(Signé) L’Abbe’ BRADY.

Mi SSIONNAIRE,

JOÜHNAL

Le 8 et 9 se passèrent ainsi sans que nous ap » primes rien an sujet de notre débarquement. Nous étions dans une ignorance complète sur ce qu’on allait faire de. nous* c’était un sujet de conjectures pour nous.

Le 10 à quatre heures du soir un sergent vint nous avertir de nous préparer à débarquer le lendemain. Cette nouvelle nous causa beaucoup de joie. La longue anxiété dont nous avions été tourmentés au sujet de notre sort, était enfin dissipée.

Le 1 1 après nous avoir fait ployer nos lits qui devaient nous servir dans l’établissement où nous allions, l’on nous fit embarquer avec nos coffres et nos valises, à bord d’un grand bâteau et nous fûmes conduits à huit milles de Sydney à un etablissement pénal appelé Longhottorn. Vers 0112e heures du matin, nous mîmes pied à terre. Des soldats qui avaient en charge cet etablissement, vinrent nous recevoir, et nous conduisirent à une distance d’environ un mille du rivage où nous arrivâmes, à une espèce do caserne ou prison, qui formait un quarté : il v avait plusieurs petits bâtiments détachés, tel qu’une cuisine, hangar d etc. De suite après notre arrivée, un sergent qui avait le commandement du peloton de soldats qui étaient stationnés là, ainsique de ceux qui nous avaient amenés, nous fit tous mettre en rang et commença à nous

prescrire les limites de cet établissement de là manière la plus grossière ainsi eue les règlemens que nous avions à suivre. Il nous dit que si nous franchissions les bornes prescrites*

d’lwexile’

nous serions' sujets à cinquante coups de fouet, et qu’il nous était défendu, sous peine de punition sévère, de parcourir l’intérieur de l’établissement sans permission, que pour négligence de nos travaux, nous serions aussi puni du fouet ; pour désobéissance ou manque de respect à nos supérieur ou encore peur diverses autres infractions de peu de conséquence, nous serions punis avec rigueur. Si le lecteur arrête un instant son attention sur les termes de cette harangue, et s’il considère surtout la véhémence arrogante avec laquelle elle fut prononcée, il se fera une idée de la perspective que nous offrait notre avenir. Le soir vers cinq heures, nous fûmes tous appelés et après avoir été contés, nous fûmes conduits dansNles espèces de prison et là renfermés sous clef jusqu’au lendemain. Nous avions à nous coucher de bonne heure et sur nos canapés qui n’avaient plus que la couverture. Le silence durant la veillée comme pendant la nuit était de rigueur. Le matin a six heures on nous ouvrit les portes et nous sortîmes pour aller prendre notre déjeuné. Il consistait en un potage épais fait avec une demie livre de farine de maïs ou blé d’Inde et d’un once de sucre. Le midi nous avions une livre de pain faite avec la dernière qualité de farine, et une livre de viande, soit bœuf ou mouton et voilà tout ; excepté pourtant les charretiers, les mécaniciens et les conducteurs qui recevaient une petite addition de thé et de sucre. Jamais nous n’avions rien pour souper. Après avoir travaillé tout le jour, on nous renfermait épuisés de

JOURNAL

faim et de fatigues vers cinq heures et demie ou six heures du soir.

La seconde journée après notre arrivée, nous avons obtenu la permission de laver l’appartement ou nous devions coucher. Jusqu’à notre arrivée, il avait été occupé par quelques centaines de prisonniers qui avaient été envoyés ailleurs pour nous faire place. Mais malheureusement pour nous, ils n’avaient pas emporté avec eux toutes leurs saletés et leur vermine, et leur gîte devenu le notre, était d’une dégoûtante mal propreté. Dans le courant de la même journée, ils nous firent tous assembler, et nous dirent que les hardes que nous avions sur nous, allaient être étampés, et, qu’il nous serait permis de porter ces mêmes hardes jusqu’au 1er Mai, jour auquel le gouvernement distribuerait des hardes aux prisonniers, hardes qui consistent en un gilet et pantalon de gros drap gris, une chemise de coton, une paire de souliers et un cap gris, le tout étampé avec de grosses lettres, cet habillement est pour six mois et la saison de l’hiver. En Novembre nous en reçûmes une autre de toile qui était pour l’été. Car c’est en ce mois que commencent les grandes chaleurs de l’année. Il nous fallut se soumettre à cette opération humiliante ; et toute nos valises et nos coffres avec leur contenu furent déposés dans les magasins du gouvernement pour nous être remis quand nous obtiendrions notre liberté. La troisième journée, ils nous conduisirent tous à l’ouvrage. Les uns cassaient de la pierre, d’autres la chariaient dans les chemins avec des

d’un exile’

bœufs attelés sur des charrettes, une partie de nous était enfin employée à réparer les routes publiques. Chaque division d’homme était conduit par un soldat. Cette Surintendance-Militaire dura environ un mois, espace de temps où nous travaillâmes très fort, étant mal nourris, mal couchés, sous clef tous les soirs et privés de toute communication avec qui que ce fut.

Au bout d’un mois a peu près, il survint un changement dans notre établissement. Le gouverneur retira les soldats qui nous surveillaient* et les remplaça par un individu seul chargé de notre conduite. Ce particulier choisit entre nous ceux qu’ils croyaient les plus propres à remplir la charge de conducteurs parmi nos compatriotes, et assigna à chacun son ouvrage respectif; ainsi nous fûmes conduits par nous mêmes, mais il nous était encore difficile de nous procurer du bon temps ; car tous les jours il venait des inspecteurs visiter notre ouvrage, et ils savaient bien en faire la remarque s’ils croyaient que nous n’avions pas beaucoup travaillé, ils auraient pu faire quelques rapports contre nous dont nous aurions souffert par la suite : tellement qu’il fallut être assidu à notre ouvrage durant tout le temps que nous avons été tenus au travaux forcés.

J’eus l’avantage d’être un des conducteurs et j’ai été heureux de pouvoir procurer, autant que les circonstances pouvaient le permettre, quelqu’adoucissemcnts aux fatigues des personnes dont la conduite m’était confiée ; et tous ceux (pii partageaient mes fonctions en firent autant»

Journal

Nous avions quelqidavantage là-dessus par la circonstance que voici. C’est que nous étions seuls dans cet établissement et surtout que notre surintendant qui avait toujours été lieu-tenant dans l’année, n’était pas bon juge en fait d’ouvrage ; et nous pouvions quelquefois lui en faire’ passer. Que l’on ne croit pas que cet avantage provenait plutôt de sa bonne foi ou de son humanité, que de son ignorance. Car, il faut le dire, c’était un vrai tyran, un homme sans caractère, et abusant de son pouvoir pour nous maltraiter toutes les fois qu’il en trouvait l’occasion ; il ne venait nous voir que pour le plaisir de nous quereller : et voilà tout et nous pouvons déclarer que si nous n’avons pas été punis, cela est dû à notre bon comportement, à notre patience et à notre constance à supporter avec énergie beaucoup de mauvais traitements que nous souffrions journellement, et non pas à l’humanité de notre despotique surintendant dont le nom était Henry Clinton Badly. Encore plusieurs d’entre nous, malgré toutes les précautions prises pour mériter son ressentiment, furent punis du cachot et journellement tourmentés, chicanés de la manière la plus pénible et de la manière la plus grossière, sans aucun égard à Page qui était insulté par d’indignes menaces. Cet homme si heureusement nommé Baddiy, avait été revêtu d’un pouvoir illimité sur nous par le gouverneur. En vain nous exhalèrent nos plaintes : elles ne furent pas entendues. Nous limes aussi application pour avoir un surplus dans nos rations ; exposant qu’il nous était impossible de résister à un tra-

d'un exile'

* vail aussi dur que le nôtre sans une amélioration dans notre chétive nourriture etc. — La réponse des autorités fut que c'était la ration allouée aux prisonniers et que nous avions à nous en contenter. Enfin nous fûmes tenus tels que les forçats les plus criminels, à faire les mêmes travaux qu’eux , porter le même costume qu’eux, enfin sujets aux mêmes punitions. Après huit à neuf mois d’une vie si misérable, Son Excellence, Sir George Gipp, arrêta pour s’informer de nous. Par un heureux hazard notre surintendant était bien disposé et fit de nous un rapport favorable. Nous en profitâmes pour le prier de demander à Son Excellence la permission de différer un peu le moment de notre réclusion après les travaux de la journée. 11 nous accorda une heure de plus. Peu de temps après cet événement, nôtre surintendant pensa à tourner nos services à son profit plutôt qu’à celui du gouvernement ; et en conséquence il nous employa le plus souvent à travailler pour lui-même au préjudice du gouvernement et retirait tout le fruit de nos travaux. Mais, comme on le prévoit bien, nous n’y perdîmes pas ; il fallut nous porter au silence sur cette fraude par de petits privilèges. Quant à nous, il nous importait peu de travailler pour le gouvernement ou qui que ce fut, n’étant responsables que de l’obéissance à notre surintendant et ne pouvant apporter quelqu’adoucissement à notre situation qu’à force d’entrer dans ses intérêts et de flatter ses inclinations. Rien n’est plus naturel, qu’un prisonnier cherche à améliorer son sort ; surtout quand le gouvernement

JOURNAL

seul doit en souffrir. En récompense donc de nos travaux pour notre surintendant et de notre discrétion, il prolongea encore l’heure de notre réclusion. 11 nous permit encore d’employer à notre profit les heures à part de nos travaux ordinaires. Nous nous occupions alors à arracher des coquillages le long du rivage de la Baie qui nous environnait— nous les vendions ensuite à des bateliers qui les menaient à Sydney ou à Parramata et les revendaient pour faire de la chaux. Dans ce pays, c’est là la seule ressource pour se procurer cet objet nécessaire ; car il n’y a pas de pierre calcaire. Tout cela était du travail de nuit ; car le secret nous était essentielle.— Ce que nous retirions de ce négoce joint au produit de la vente de bois que nous faisions à l’imitation de notre surintendant, nous fournissait assez d’argent pour nous procurer les objets dont on sentait le plus le besoin ; et notre surintendant était obligé à son tour de fermer

les yeux la dessus. Plus tard, il tomba malade et fut contraint de garder le lit. Néanmoins cette mésaventure ne lui empêcha pas de continuer son commerce et conséquemment à nous de continuer le nôtre, sans pourtant négliger .xos travaux du jour. Dans ce même temps, je tus chargé avec deux de mes compatriotes de faire le guet la nuit dau s l’établissement, coutume qui avait toujours existé depuis que nous y étions et qui existe dans tous les établissements pénaîs, tant pour pourvoir à la sûreté de l’établissement que pour veiller à ce qu’il ne s’échappe auclm tisonnier. Il n’y avait rien à craindre pour nous

iAîn exile*

de ce côté là, mais il fallait observer une règle établie. De manière que profitant de la maladie de notre surintendant nous fermions les portes à l’heure ordinaire : et aussitôt que notre supérieur s’ctait retiré pour s’abandonner aux souffrances qui l’accablaient, nous ouvrions les portes et tous sortaient pour aller à sesproprès travaux. 11 y avait même confusion quelquefois. Mais à une heure marquée, de grand matin, tous rentraient dans l’ordre et à leur place et l’on aurait dit que rien n’avait eu lieu. De sorte que toutes les nuits nous étions en liberté, et les jours dans la sujétion. Durant notre séjour à cet établissement nous eûmes la douleur de voir mourir, à l’Hôpital, deux de nos compagnon, Louis Dumouchel qui mourut d’Hydropisie et Gabriel Chevrefils qui mourut à peu près de la même maladie. Durant notre séjour à cette place, nous allâmes plusieurs fois à la messe à Paramatta, petite ville à sept milles de distance d’où nous étions et souvent des prêtres catholiques venaient dire la messe au milieu de nous dans un oratoire que nous avions préparé dans ce but du mieux que les circonstances pouvaient nous le permettre. Enfin les choses en étaient à ce point quand nous apprîmes que le gouvernement avait décidé de nous assigner tous à divers Bourgeois pour l’espace de six mois à raison de trente shellings par mois pour ceux qui n’avaient pas de métier ; et quarante pour cepx qui en avaient. La moitié de nos gages devait être placée à la Banque d’Epargne pûur nous être remise lorsque nous serions rendu à la

JOURNAL

liberté; et l’autre moitié à nous être payée toutes îes semaines, entendu que les bourgeois étaient obligés de nous nourrir et loger. Chacun de nous fut ainsi assigné, et nous nous trouvâmes tous dispersés, après environ deux ans de travaux forcés pour le gouvernement. Pour moi je fus demeurer à Sydney, chez un meublier en qualité de commis et de collecteur. Durant ce temps là, l’Evêque Catholique Polding de Sydney, passa en Europe. Nous l’avions muni d’une pétition pour présenter à Sa Majesté, demandant quelques améliorations à notre état. Il avait eu lui-même la bonté de s’offrir de la présenter au Secrétaire Colonial ; et devait faire tout en son pouvoir pour en obtenir le succès. En effet au bout de cinq mois après avoir été assignés, nous apprîmes qu’un (Ticket of Leaves) c’est à dire une permission de travailler à notre compte ou autrement dans l’uni des Districts de la Colonie qu’il nous plairait choisir, nous avait été accordé. Ceux qui se fixèrent dans le District de Sydney — étaient tenus de se présenter au bureau de la Police le 2nd. jour de chaque mois pour répondre à notre appel ; Et ceux des autres Districts le premier de Janvier. — La moindre infraction des lois pénales — devait entraîner la perte de ces jouissances et notre retour au gouvernement. Nous fûmes ainsi jusqu’au moment où nous reçûmes notre pardon. Cet interval fut bien pénible pour nous tous. Car, outre que nous étions isolés les uns des autres, nous fûmes obligés de travailler bien fort et à de petits gages. Un certain nombre d’entre

d’un exile’

Page 1