‹ Journal d'un exile politique aux terres australesChapitre 5 sur 8 · IL · texte numérisé non relu

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nous fut contraint de se livrer à des travaux qui leur étaient tout à fait étrangers et’en dehors de

leur branche d’industrie.

Lorsque le gouvernement décida de nous assigner à des particuliers delà colonie, chacun de ceux qui voulaient nous avoir à leur service avait à venir nous chercher à l’établissement où nous étions, et il est de mon devoir, et c’est une justice dûe à mes compagnons, de citer ici les faits suivants, afin de faire connaître comment on en a usé à notre égard. Comme nous jouissions tous d’un bon carractère, et qu’il était reconnu par tout le pays que nous étions d’honnêtes gens et des gens avantageux, alors chacun s’empressa de faire application au gouvernement pour nous avoir. Comme c’est l’ordinaire, les plus haut placés dans le gouvernement eurent la préférence ; et le premier surintendant des convaincus appelé Capt. MacLean, vint en chercher une dixaine d’entre nous. Un Sir Thomas Mitchell, Arpenteur Général et Conseiller, en obtint trois ou quatre : Un Député Arpenteur Général appelé Mi\ Ferry en eut cinq ou six : Un Mr. Dumas, premier commis d’un des Bureaux du gouvernement en eut dix à douze au nombre desquels je me trouvais. Tous ces gentils hommes là profitèrent de nos services pendant plus de dix-huit mois après notre servitude de deux années au gouvernement, ne nous donnant que de faibles accomptes sur les gages qu’ils étaient convenus de nous payer. Voyant que nous ne pouvions rien retirer d’eux, nous demandâmes notre décharge et le montant de

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notre salaire afin d’aller demeurer ailleurs. 11$ nous donnèrent volontiers notre décharge ; mais pour nos gages, ils nous dirent de revenir plus tard et qu’ils nous les paieraient. Qui auraient pu croire que nous devions être les dupes de ces grands ? Nous retournâmes donc au bout d’un certain temps auprès de nos bourgeois respectifs afin de solliciter l’accomplissement de leurs promesses. Ils nous dirent encore de revenir plus tard. Enfin ils finirent par nous faire des menaces, et nous dirent de ne point revenir les importuner à l’avenir ; car ils trouveraient le moyen de nous enlever ce degré de liberté que nous avions et nous ferait retourner aux travaux du gouvernement ! ! Quelqu’un d’entre nous portèrent leurs plaintes jusqu’au gouverneur de la conduite de ses officiers à notre égard. Pour toute réponse, on leur dit qu’ils pouvaient recourir à la loi. Mais comment dans notre pauvreté pouvions nous lutter en justice avec des hommes riches et influents, des hommes qui par la suite auraient cherché toutes les occasions possibles de nous nuire. Quand nous eûmes reçu la nouvelle de notVe pardon nous fîmes une dernière tentative auprès de ces spoliateurs. Ils ne purent pas nous dire cette fois qu’ils nous feraient punir, car nous étions libres comme eux ; mais ils nous dirent qu’il leur était impossible de nous payer en ce moment n’ayant pas d’argent. En vain nous leur représentâmes qu’un grand nombre d’entre nous ne pouvaient sans argent revoir leur pays, leur famille ; qu’ils étaient par là privés de ce qui leur était le plus cher au monde : le bonheur

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après lequel ils avaient tant soupiré — tout fut inutile auprès de ces âmes sans pitié. Leur avarice leur avait suggéré que nous n’attenderions pas jusqu’au prochain terme delà cour, et que nul sacrifice ne pourrait nous faire refuser la première occasion de quitter cette plage. C’est ainsi qu’ils nous ràvirentau dessus de quatre cents livres sterlings qui nous étaient dûs en somme, c’est à dire plus qu’ils ne fallait pour ramener dans leurs foyers nos quinze pauvres malheureux compagnons qui faute de moyens furent condamnés à nous voir embarquer pour ce Canada que nous avions tant désiré ensemble. Ainsi au lieu d’être protégés comme nous espérions de la part de ces hauts fonctionnaires, nous n’en fûmes que dupés. Que doit on penser maintenont des classes inférieures quand les plus élevées sont les premiers à vous tricher.

Enfin en avril 1844, nous apprîmes que cinq de nos compatriotes avaient reçu leur pardon. Cette nouvelle causa beaucoup de joie aux uns et de la peine aux autres : Car ces derniers croyaient que la clémence de Sa Majesté s’était borné à accorder le pardon de ces cinq seulement ; et que les autres seraient jamais délivrés. D’autres enfin pensaient que le pardon avait été accordé à tous mais que nous n’en recevions la nouvelle que par section à la fois et à diverses époques. Ce fut un vif sujet de conjecture pour tous. Une circonstance inattendue vint fixer Un peu nos idées. — Sur ces entrefaites, je reçus une lettre du Canada, qui m’annonçait comme une chose certaine, le pardon prochain de tous le 4

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prisonniers de la Nouvelle Galle parceque l'on faisait en ce moment en Canada d’actives démarches en notre laveur et qu’il y avait toute apparence de succès. La date de cette lettre nous convaincait qu’on ignorait ici le pardon des cinq d’entre nous dont j’ai parlé plus haut. Enfin le jour que je reçus ma lettre nous apprîmes que le pardon de vingt autres Canadiens étaient accorde : je n’étais pas encore au nombre de ces vingt ; mais ni moi ni les autres ne doutions plus que la même faveur ne s’étendit prochainement sur les autres. — Qu’il ne s’agissait plus de plaisanterie ; que c’était une affaire sérieuse. En effet le 24 Juin, l’on vint m’annoncer que mon pardon aussi bien que celui de tous les autres

Canadiens était arrivé . Alors dès ce jour je

commençai avec plusieurs autres à m’occuper de mon départ, et à trouver le plus promptement un passage pour nous éloigner d’une terre si pleine d’horreur pour nous.

La Nouvelle Galle a aussi ses avantages comme tous les autres pays. Son air très salubre et son climat tempéré et agréable. Dans ce pays placé au milieu de l’Océan, et dans les régions, tropicales, le soleil est brûlant en été, il est vrai ; mais la brise de la mer s’élève sur les dix heures du matin et rafraichit tous les campagnes. L’hiver est la saison de Tannée la plus agréable du monde ; rarement il y gèle et encore n’est-ce que de' petites geilés blanches dans l’intérieur et sur les terrains élevés ; il y tombe aussi un peu de neige. L’hiver s’annoncent quelquefois par des pluies accompagnées- de vents violents qui du

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rent souvent des mois entiers. Alors les chemins sont dans un si mauvais état qu’il en résulte souvent de grands désagréments surtout pour les voyageurs et pour les transports des produits de l’intérieur à Sydney et autres places d’embarquement : les produits consistent en laine, suif, grains etc. Le sol est très fertile dans l’intérieur, tous les grains et les végétaux de la meilleure qualité y croissent en abondance ;tous les fruits Européens, tels que les oranges, les citrons, les pêches, les poires, les pommes, etc. y viennent en profusion ; et comme de raison se vendent à bas prix. — Ce sol est encore très favorable à la vigne qui produit beaucoup d’excellent raisins. Mais malheureusement Ton n’a commencé que tard à s’occuper de cette culture qui aurait été et sera désormais une des plus grandes ressources du pays. Les colons Anglais y sont redevables de s’être ainsi adonnés à un objet si avantageux, à des Français qui, il y a quelques années sont venus s’établir en ce pays, ont inspiré aux habitans le goût de la culture de la vigne leur ont enseigné la manière de la cultiver et enfin d’en extraire un vin qui aujourd’hui est préféré aux vins qui viennent de l’étranger. On voit maintenant à la Nouvelle Galle, de jeunes vignobles de trente, quarante, cinquante et soixante arpens en superficie. — La culture et le soin en sont toujours confiés à des Français les quels sons fort experts en cette branche ; Pour les Anglais, ils n’y entendent rien.

La récolte des grains n’est pas aussi régulièrement abondante que celle des légumes et des

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fruits. Car îa sécheresse exerce quelquefois de grands ravages. Il y a eu des années, où il n’a pas plu durant l’espace de neuf à dix mois. Alors tous les grains et l’herbe même brûlaient avant d’arriver à maturité ; les ruisseaux, les puits, les citernes, les sources, tout tarissait ; et l’on a vu des milliers de personnes aller à plusieurs milles chercher de l’eau pour leur propre usage. D’autres années, il arrive tout le contraire. Les pluies sont tellement abondantes et durables, que tout le pays est inondé durant plusieurs semaines, que tous les grains périssent en conséquence et qu’il arrive beaucoup d’autres fâcheux accidents. — Par exemple des maisons, des étables sont renversées, des ponts et des clôtures brisés, des bestiaux noyés, etc. beaucoup de personnes y perdent même souvent le vie, toute communication étant interceptée par les grands amas d’eau. De manière qu’exposée à l’un ou à l’autre de ces fléaux, la récolte n’est jamais assurée. Le pays est plutôt un pays pastoral qu’un pays de culture. La nature semble l’avoir particulièrement destiné au premier objet. Aucun pays ne possède autant de gras pâturages : les bois sont remplis, d’un bout de l’année à l’autre d’une herbe abondante et toujours verte — aussi y voit-on des troupeaux immenses de bœufs, de chevaux et de moutons. G’estîà la grande source des richesses du pays et d’où découle la principale branche du commerce. Les bestiaux ne souffrent nullement des incommodités du climat; les froids ne sont pas assez grands pour qu’il s’en apperçoiyeiit. L’ombrage d'immenses forêts

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les garantissent des ardeurs du soleil. Les pluies leur sont le plus désagréable; mais outre qu’elles ne sont que passagères, les animaux y sont tellement habitués, qu’ils n’en souffrent nullement. Après ces notions, il ne doit pas paraitre invraisemblable de voir des propriétaires posséder seuls de cinq à six mille chevaux, de quinze à vingt mille vaches, quatre-vingt à cent mille moutons, d’autres plus, d’autres moins, dont les bandes innombrables sont dispersées en differentes localités dans l’étendue immense de la Colonie. Après que la tonte est passée, l’on voit pendant plus de deux mois la laine descendre à plein chemin, tout emballée et prêtre à être mise à bord des bâtiments ; car c’est là le principal objet d’exportation, avec le bœuf salé, les peaux, te suif et quelques autres articles. L’exportation de ces objets à encore fort augmentée par suite de cette grande dépression dans toutes les affaires de la colonie depuis 1842, époque où les prix des bestiaux et de tous les produits Coloniaux ont subi un si grand rabais. Les propriétaires de ces immenses troupeaux n’en pouvant plus prélever assez de bénéfice pour payer même le nombre de serviteurs que le soin de ces bestiaux requerrait ; les revenus mêmes de leurs vastes fermes ne pouvant pas non plus suffire pour payer la main-d’œuvre, et encore bien moins soutenir le luxe où vivent ces riches fermiers alors ils ont été contraint d’adopter le système de faire consommer les bestiaux pour le suif et les peaux qu’ils exportaient en Angleterre, ainsi il réduisaient le nombre de leurs troupeaux, celui

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île leur domestiques et conséquemment diminué* aient leurs dépenses. ‘Aussi voyons nous descendre les bœufs et les moutons par milliers pour être consommés auprès de Sydney ou en toute autre place favorable à l’embarcation, afin d’éviter les frais de transport.

Cette révolution dans les affaires commerciale de la colonie, est en partie due à la quantité d’émigrés qüi sont arrivés en masse depuis 1841, tous gens pauvres, n’apportant pas un sol dans le pays, et comme de raison, partageant avec les autres ce qu’il y avait : ce qui amena la réductiondii salaire des ouvriers de toute sorte, la rareté de l’argent et enfin la décadence de la Colonie. Jusqu’alors lés cultivateurs et autres avaient eu l’avantage d’avoir autant de prisonniers qu’ils voulaient à leur service n’ayant qu’à les nourrir et ne leur payant aucuns gages quelconques, c’est par là que commença l’ouverture de la Colonie, et que se fit la fortune de tant de Bourgeois de la Nouvelle Galle, c’est à dire aux dépens des sueurs et des travaux de ces malheureux qui défrichèrent leurs terres sans qu’il leur en coûtât un seul sou.

Maïs en 1841 la déportation des Bannis (convicts) de la Grande Bretagne et de ses Colonies à Sydney cessa de manière qu’ils ne purent pas comme auparavant avoir la main-d’œuvre sans payer. Ils furent forcés de payer pour faire exécuter leurs travaux, et le produit des terres se donnant à bas prix ils ne purent soutenir le luxe dans lequel ils vivaient, aussi se trouvèrent ils presque tous insolvables dans l’espace

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dé deux ans. Le pays reçut alors son o mancipation et lut doté d'une constitution ; mais cette faveur n’avait pas encore apporté, à l’époque de notre départs, aucun changement à l’affreuse condition d’une foule d’émigrés et d’autres de la

classe ouvrière qui encombraient les chemins et les rues criant misère à haute voix faute d’emploi. Ceux qui étaient employés criaient aussi contre la réduction de leurs salaires ; ainsi c’était un cri de misère générale d’un bout à l’autre de la Colonie. Les choses en étaient à ce point critique quand nous 'en sommes partis.

11 y a dans la Nouvelle Galle un très grand nombre d’ Aborigènes. Les Européens, n’ont jamais pu les amener à aucun degré de civilisation. — C’est la caste d’hommes la plus stupide et la plus dégoûtante au monde. Ils sont divisés par tribus sans cesse errantes ; ils ne couchent même jamais deux fois à la même place, et toujours en plein air sans aucun abri. Ils vivent de Kangaroos, d’Opossums, de Goana de Serpents et autres animaux qu’ils attrapent et mangent tout crus. — Iis ne portent aucune espèce de vêtement. Ils sont mal-propres et féroces à l’excès. Cependant les tribus qui avoisinent Sydney, et autres places habitées par des Européens, ont un peu perdu de leurs férocité et leurs mauvaises habitudes naturelles. (Ils sont tous Cannibales.) Mais jamais ils n’ont pu être engagés à travailler et à améliorer leur

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condition. L’on voit ces êtres dégradés et inutiles parcourir par bandes les villes sollicitant l’aumône. A peine sont-ils couverts ; car les efforts les plus actifs des Européens n’ont pu les porter à garder des habits sur eux. — Chaque tribu a son roi dont la marque distinctive est une petite plaque de cuivre en forme de demie-lune qu’il se pend au cou et sur laquelle est écrit le nom de sa tribu. Cette marque de distinction leur vient des Colons. Car autrefois ils avaient une marque de leur propre fabrication et à peu près de la même forme que celle d’aujourd’hui. Ces rois se montrent souvent à la tête d’une partie de leurs sujets allant à la quête. Ils ne veulent point coucher sous un toit préférant coucher en plein air qu’à l’abri. Ils sont d’une laideur extrême, assez grands, mais très menus et alertes. Les tributs de l’intérieur sont toutes féroces. Elles fondent quelquefois sur les établissements Européens, massacrent tous ceux qui s’opposent à leurs déprédations, pillent et enlèvent les troupeaux de bœufs et de moutons et les emmènent dans les montagnes ou autres lieux connus que d’eux seuls, ils en repaissent leur appétit vorace. Ces funestes invasions ont obligé plusieurs Colons d’abandonner leurs fermes et de se rapprocher de Sydney afin de se soustraire, eux et leurs biens, à la rapacité de ces redoutables brigands. La moindre chose leur est un motif suffisant de guerre entr’eux, une tribu a-t-elle enlevé une couverte un couteau ou autre objet semblable, aussitôt on voit la tribu offensée en arme contre l’autre. Leurs armes

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