‹ Journal d'un exile politique aux terres australesChapitre 6 sur 8 · L>’UN EXILE · texte numérisé non relu

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consistent en une longue pique qu’ils lancent avec une dextérité remarquable. Ils manquent rarement l’objet qu’ils ont en vue à une distance d’une trentaine de pas. J’en ai vu quelqu’un vous lancer une pique dans le trou de clef d’une serrure placée à vingt cinq pas de lui et répéter ce manège plusieurs fois sans jamais manquer.

Le fait que je vais rapporter est une preuve bien frappante de la préférence de ces sauvages pour leur vie barbare et misérable à une vie civilisée et douce ; et du souverain dégoût qu’ils ont naturellement pour toute teinture de civilisation.

Lorsque le Gouverneur Philipp fut rappelé en Angleterre, il en emmena un avec lui qu’il nomma B&nélong. Il le garda deux ans en Angleterre à vivre dans l’aisance. Il fit surtout les

plus grands efforts pour le détourner de ses inclinations barbares, et lui inspirer autant qeu possible, les principes de la civilisation afin d’en tirer avantage auprès de ses compatriotes. Le sauvage parut bien comprendre ce but; et promit d’y concourir. Alors après deux ans, le gouverneur le renvoya dans son pays natal rejoindre ses compatriotes, croyant avoir fait là une acquisition importante pour le pays. Mais à la grande surprise de tous, il ne fut pas plutôt débarqué sur la terre natale, qu’il se dépouilla de tous, ses bons habits, les rejeta au loin et, s’enfonçant dans l’épaisseur des bois, alla rejoindre sa chère tribu d’où ü ne revint plus. On le revit plus tard

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errant et barbare comme ses frères, et suivant toutes ses inclinations naturelles.

Les animaux indigènes du pays sont le Kangaroo, l’Opossum, le Chien natif, et plusieurs petits quadrupèdes de peu d’importance : les plus remarquables sont le Kangaroo qui est de la grandeur des plus grands lévriers, mais tout en étant aussi lin du devant ils sont beaucoup plus gros du reste du corps, leur tête est fine, les jambes de derrière longues de quatre à cinq pieds, et celles de devant de dix à douze pouces seulement, et la queue longue de quatre pieds au moins et grosse comme le bas de la jambe. Ils ne marchent ni ne courrent, ils s’avancent par sauts seulement, s’aidant des pattes de derrière et de la queue pour se donner l’élan, et des pattes de devant pour s’arrêter. Ils font ainsi des bonds de quinze à dix-huit pieds lorsqu’ils sont poursuivis, et vont si vite que les lévriers les mieux dressés, à leur chasse, ont peine à les rejoindre ; souvent ils cassent, avec leurs queues, les pattes des chiens qui les poursuivent tant ils sont puissants avec cette seule défense que leur a donnée la nature, on a souvent vu, et des personnes bien dignes de foi m’ont assuré ce fait, des Kangaroo surpris par un homme seul, s’en saisir avec leurs pattes de devant et le porter au marais le plus voisin, ou au bord d’un précipice, et l’auraient infailliblement fait périr sans l’arrivée de quelques personnes et beaucoup privés de ce secours ont reçu la mort de oes animaux. L’on m’a dit qu’il y en avait de beaucoup plus gros que ceux dont je viens de

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parler et qu’ils étaient d’une force extrahordinaire. Les plus gros que j’ai vus, avaient cinq pieds de long (la queue non comprise bien entendu). La chair est d’un goût exquis ; la peau lait d’excellent cuir. Il tient lieu de cuir de veau, et y est bien supérieur, tant à cause de sa souplesse qui résiste, sans se fendre, à la chaleur du climat, que par la finesse et la beauté de sa continture.

L’Opossum est de la grosseur de nos chats sauvages. — Comme eux aussi ils habitent les arbres creux. — 11 se pendent souvent par la queue aux branches des arbres. Les femelles, de même que les femelles de Kangaroo portent un sac sous le vendre, dans lequel leurs petits se réfugient en cas de danger et trouvent aussi le lait qui les nourrit.

Les chiens appelés Natifs ressemblent beaucoup à nos renards en grosseur et en couleur. Iis font souvent de cruels ravages parmi les mou¬

tons et les volailles, et des écureuils volants de diverses espèces. 11 y a plusieurs sortes de serpents venimeux ; La plus remarquable est celie^ appelée des serpents noirs. Us sont long de quatre à vingt pieds, et très dangéreux. Le serpent Diamant l’est encore d’avantage. Il a la faculté funeste de monter dans les arbres, de s’étendre sur les branches et de se laisser tomber sur sa proie. Il y a enfin quantité d’oiseaux d’un plumage superbe : mais aucun ne ressemble à nos oiseaux du Canada ; excepté les Corneilles qui n’y diffèrent des nôtres que sous le rapport du croassement. Le plus frappant des oiseaux * Il

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du Pays est le célèbre oiseau dit du Par il dis qm est trop bien connu pour le décrire ici. Il v V aussi i’Emu espèce crÂutruches de 5 à 6 pieds de haut dont le corps est gros comme celui d’un mouton, le cou long, et la tête petite. Leurs ailes me sont pas proportionnées à leur pesanteur, et ils ne s’en servent qué pour accélérer leurs courtes que cette circonstence ainsi que leurs longues pattes rendent très rapide : tellement qu’un cheval allant à toute bride aurait peine à les rejoindre. " L’on voit encore d’innombrables volières de Perroquets de toute grosseur et de toute couleur. — Nous en tuâmes même à coup < le bâton. Il s’y trouve des ramiers assez ressemblants aux nôtres, des cignes noirs, mais Lien peu de Canards.

Mais il est d’autres êtres bien plus terrible que ceux que j’ai mentionnés, — Un fléau (c’est bien là le nom) qui désole tout, le Pays et qui est la juste terreur des voyageurs aussi bien que de tous les habitants en général. C’est ce qu’on désigne en Anglais par Bush Rangers, c’est-àdire des réfugiés dans les bois. Ces réfugiés forment une classe d’hommes tout à fait dépravés, et dépouillés de toute teinture de moral, des hommes absolument incorrigibles et couverts de crimes qui se sont échappés des établissement pénitentiaires et des maîtres auxquels ils étaient assignés et se sont réfugiés dans les bois pour y

vivre de vol et de brigandage. Plusieurs vivent en commun et sous un chef qui ne manque pas d’être le plus hardi d’entCeux. Presqu’aucun yovageurs no peuvent se soustraire à la vigilants

apacité de ces brigavuls qui les arrêtent et qui les dépouillent de tout ce qu’ils possèdent, chevaux, argent, montre, et habits mêmes. Et s’ils opposent la moindre résistance ils sont souvent; tués sur le champ, et toujours blessés, car ces brigands sont constamment armés. Souvent ils vont pendant la nuit assaillir la demeure de citoyens paisibles, la pillent et enlèvent tout ce qu’ils peuvent, ne contant pour rien le meurtre pour repousser la résistance. Quoique les lois soient très sévères à leur égard, et la Police très puissante, néanmoins les bois sont,,, infestés de ces brigands ; et il est absolument cîangéreux de voyager dans l’intérieur et même d’y habiter. — Bien plus on n’est jamais même en sûreté dans les rues de la ville. Quelquefois un homme viendra à votre rencontre ou vous rejoindra sur la route sans manifester aucune mauvaise intention à votre égard ; liera même conversation avec vous, et, s’il trouve un moment favorable, d vous frappera à l'instant où vous y . songez le moins, soit avec un bâton, ou un couteau qu’il aura dans la main, vous couchera bas, vous enlèvera ce que vous avez et s’enluiera. Ceci est fort souvent arrivé dans la ville et tous les jours encore et plusieurs fois le jour ces détestables scènes se renouvellent. Sydney est le repaire de la plupart de ces voleurs de grand chemin, qui ont l’audace de se déguiser et de se promener publiquement dans les rues au milieu des hommes de la police et des autres citoyens ; ils ne sont presque jamais découverts. Il a été plusieurs lois reconnu que Je, s misérables de l’intérieur en a

tretenaicnt dès correspondances avec de leur semblable dans Sydney, que les premiers envoyaient les effets qu’ils volaient dans l’intérieur afin que ceux-ci en disposassent et leur envoyassent de l’argent.

Je n’ai que faire de marquer ce qui leur arrive* quand ils sont pris. Car les lois n’cnt aucun égard pour eux et leur moindre châtiment est l’exil pour la vie dans les fers. Doit on s’étonner de semblables faits dans un Pays où la population actuelle est de cent soixante à cent quatre-vingt mille âmes, et dont soixante mille consistent en ce qu’il y avait déplus vil, de plus démoralisé, et de plus méchant dans la Grande Bretagne et ses Colonies. C’est-à-dire quarante mille hcmmes et quarante mille femmes constituent la Colonisation primitive de ce Pays et la plupart d’eux, loin de s’être corrigés se sont endurcis d’avantage au crime et ont constamment enchéri sur 'leur brigandage. Le petit nombre de ceux qui ont voulu se bien comporter forme aujourd’hui la portion la plus riclm de la Colonie. Sydney contient une population de trente mille fines; elle est bâtie sur le Port Jackson, à neuf milles de son embouchure. Le port est un des plus beaux et des plus sûrs qu’il soit possible de trouver. Les vaisseaux n’y peuvent rien craindre.

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