LIBERTÉ DE LA PRESSE
EXTRAITS Dt NATIONAL,
La censure inutile» mais elle n'emprisonne pas et ne ruine pas.
National, 5 avril 1834.
15 ATKIL 1854.
(Du retrait du brevet de l'imprimeur de la TribuW')
Nous avons annoncé que les scellés avaient été apposés sur les presses de la Tribune y et que Timprimeur du journal, M. Mie, avait été privé de son brevet : la Tribune s'est trouvée, par suite de ces mesures dont le pouvoir n'a même pas pris la peine de démontrer la légalité, dans Timpossibilité de paraître. Le rédacteur en chef de la Tribune^ M. Marrast, désire que nous nous rendions, auprès de ses abonnés, les organes des motifs qui Tobligent à suspendre momentanément sa publication. Nous aurions voulu qu'il nous fût possible de faire davantage, et de mettre nos presses à la disposition d'un journal que le ministère a voulu tuer à la faveur des circonstances. Il nous a été douloureux
de ne pouvoir, en oetle occasion» venir au eeoours d'un confrère dont Tassistmce courageuse ne nous a manqué dans aucune de nos luttes: mais nous manquions des moyens matériels nécessaires à la composition et au tirage des deux journaux.
Voici la lettre que nous écrit M. Marrast :
« Si je D'éooutais que mes sentiments personnels, je ne viendrais pas entretenir le public des attentais du pouvoir envers la Tribune,
« Mais c'est un fait bien grave, dans l'intérêt même de la liberté, que la suppression violente d*un journal qu'on avait vainement essayé de tuer par 96 procès.
« Je ne sais comment la presse accueillera cette brutalité frudidorienne; ce que je sais bien, e'esi toute la portée qu'il y a dans un tel précédent. Par cela seul qu'on a pu atteindre l'opposition la plus complaisante, le temps prouvera de quel côté était l'agres** «ion. Aujourd'hui, la cause est trop palpilauie et les esprits trop aveuglés.
a Ce que je demande à votre obUgeance, c'est de faire connaître au public qu'après avoir arrêté au hasard dans nos bureaux toutes les personnes qui s'y trouvaient, et après avoir mis sous le scellé jusqu'aux bandes des adresses ils ont hier encore posé les scellés sur les presses de M. Mie ; qu'ils l'ont enfin envoyé en prison où* était déjà M. Rivail, son associé; M. Sarruta été pris dans son domicile, o<i il était entré en passant, et Ton s'est emparé de lut par une sorte de guet-apens.
« Malgré toutes ces persécuUons j'aurais continué à publier la THbunêy si j'avais pu trouver un imprimeur. Depuis deux jours, toutes les démarches que j'ai fait faire, dans l'état d'isolement où le pouvoir m'a jeté, ont été inuUles. le n'ai pu renconUrer aucun imprimeur qui ait osé imprimer même un avis à nos abonnés avec ce titre: la TV&unê. C'est un des bienfaits du monopole de rendre le courage civil aussi commun parmi les 80 imprimeurs brevetés dans la capitale du monde civilisé.
« J'espère, monsieur, que vous sentirez combien il m'importe,
surtout en ce moment, de faire savoir que si nous avons quitté la
brèche, c'est qu'il nous est physiquement impossible de soutenir
le combat. Jamais je n'ai eu, pour ma part, plus de confiance en
nos principes, plus de foi dans notre cause que depuis ces derniers
jours où le pouvoir a déployé toutes les ressources d'une grande
armée, et toutes les violences de l'arbitraire pour obtenir une si
mince victoire.
Signé : ARMAND liAR:RAST.
Voici le procès-verbal qui constate la double Yioiation sous laquelle la Tribune a dû momentanément succomber :
tt L'an mil huit cent trente quatre et le i3 avril, à cinq heures de relevée.
a Nous Pierre Nicolas Masson, commissaire de police de La ville de Paris, chargé de délégations judiciaires. En vertu et pour l'exécution d'un maudat de M. le conseiller d'État préfet de police, en date de ce jour, par lequel nous sommes requis de nous transporter au domicile de M. Mie, imprimeur, rue Joquelet 9, à l'effet de notifier à ce dernier un arrêté de M. le ministre de l'intérieur en date de ce jour, dont la teneur suit :
MINISTÈRE DE l'intériedr. — Arrêté,
a Le ministre secrétaire d'État au département de l'intérieur,
« Considérant que le sieur Mie, imprimeur, a été convaincu de contraventions aux lois et règlements relatifs à l'imprimerie, et qu'il a subi des condamnations pour ces faits ;
« Vu l'art. 12 de la loi du 2 octobre 1814,
« Arrête :
« An. l*'Le brevet d'imprimeur du sieur Mie est retiré.
« Art. 2. Il lui est interdit de faire aucun usage de ses presses, sur lesquelles les scellés seront apposés, si besoin est.
« Le préfet de police est chargé de l'exécution du présent
arrêté.