CHAPITRE V
Les Indiens. — Santa- Anna, — Une tragédie. — Les Comanches. — Les Lipans. — Le prêtre allemand et les Peaux-Rouges. — Aventures d'une Mexicaine. — Meurtre de quatre colons par les Indiens. — De la civilisation des Indiens. — Coup d'œil sur l'éducation américaine. — Extrême-onction administrée avec du Jard. — Les camps -meeting s. — Les prédicateurs en jupon.
Les Indiens, dans le nord et dans l'ouest du Texas, sont très-nombreux ; la tribu la plus farouche, la plus considérable, est celle des Comanches ; c'est aussi celle qu'on a le plus à craindre. On estime qu'elle compte 40,000 guerriers ; mais qui peut le certifier? Les Apaches et les Navajos tiennent quelquefois chasser dans le Texas, mais, d'ordinaire, ils se tiennent dans le Nouveau-Mexique, dans les environs du Paso del Norte et dans l'État de Sonora. Les Lipans, les Cathos, les Wakos, les Delawares sont peu nombreux ; ces derniers n'ont rien de redoutable. On trouve encore, sur les bords du Rio-Grande, autour du golfe et à l'est du Texas, quelques groupes dlndiens manzos (bons), débris ou fractions de tribus.
Quoique les Indiens soient nomades par nature et par nécessité, ils ont néanmoins des établissements où ils séjournent quelquefois durant une certaine
période d'années. Les guerriers vont alors à la chasse, et, tant qu'il y a du gibier dans les environs, le reste de la tribu campe tranquillement et se livre aux travaux d'intérieur, l'homme ne faisant à peu près rien,^ la femme servant l'homme et faisant tout. C'est alors que les flèches sont fabriquées avec des silex, des lames de couteaux, des cercles de fer ; les lances se font avec une épée solidement attachée à un long bâton, orné de ciselures, de plumes et de crin. On tanne les peaux de chevreuil, de buffles et de bêtes fauves; on confectionne les vêtements, et quelquefois on cultive la terre. Lorsqu'une tribu fait des prisonniers, ce qui est rare, ce sont eux qui cultivent la terre avec les animaux domestiques volés aux alentours des villes. Les Lipans ont vécu longtemps près de Gastroville et des colonies voisines. Les milliers de squelettes blanchis de toutes sortes d'animaux, que l'on rencontre à chaque pas, dans les plaines et les bois, prouvent que le gibier y était abondant, et que les Indiens en ont fait un terrible carnage.
A Frédéricksburg,les Comanches, les Apaches, les Lipans et autres tribus venaient faire du commerce avec les colons ; ils amenaient des chevaux et apportaient des peaux de tigre, de panthère, d'ours, de chevreuil, de buffle et de cygne, qu'ils échangeaient contre des liqueurs, des couteaux, du fer-blanc, des couvertures, du tabac, des perles de Venise, des étofl'es rouges et de vieux galons. Près du Llano, oîi les étrangers nepeuvent aller sans crainte d'être scalpés, se trouvaient deux villes comanches, qui n'existent peut-être plus ; elles se
composaient de tentes en peaux de buffles^ rangées hiérarchiquement, le chef au milieu, les guerriers autour delui, et, sur la circonférence, le reste de la tribu :les deux chefs étaient Santa-Anna, mort du choléra en 1849, et Bufalo-Hunt, fameux par ses cruautés. Ces deux chefs avaient reçu en tabac et en marchandises une somme peu considérable, pour ne pas inquiéter les établissements du Llano et de Frédéricksburg; aussi, jamais ces colons ne furent troublés par les Indiens, qui étaient le fléau des autres colonies.
Près de ces deux camps, un peu plus au nord, s'élève le pic des Gomanches, tout couvert et tout rayonnant de quartz cristallisé, sorte de pain de sucre colossal, qui, par les jours de soleil^ semble être de diamant, lieu de dévotion pour les Indiens, qui venaient pieusement y fumer dans des haches au manche troué, envoyant une bouffée de tabac vers le soleil, une bouffée vers la terre, et chantant un cantique monotone et rhythmé jusqu^'à une heure avancée de la nuit. Lorsque, au milieu des ténèbres, on aperçoit les lueurs blafardes des feux indiens, et que la brise apporte ces notes tristes et lentes, mêlées au crépitement des feuilles et aux bruits lointains des torrents, on est pris d'un charme indéfinissable et d'un sentiment très- vif; la crainte même d'un danger possible, sinon probable, accroît cette émotion poétique.
Plus au nord encore, à cinquante milles environ du Llano, se trouvent les ruines de San-Sabba etles mines d'argent exploitées par les Gomanches, qui en
tirent des ornements pour eux et pour leurs chevaux, ainsi que des balles pour leurs fusils. San-Sabba avait été une mission espagnole, où les franciscains, qui enseignaient aux sauvages la religion et l'agriculture, leur firent bâtir une belle église ; mais, pendant la guerre de l'Indépendance mexicaine, les Comanches massacrèrent les pauvres missionnaires et brûlèrent l'église, dont ils gardent si bien les ruines, qu'il n'est peut-être point, hormis eux, d'homme vivant qui les ait jamais vues.
Dans une des excursions que fit Tabbé Dubuis à Frédéricksburg, avant le choléra, il rencontra une vingtaine de guerriers comanches, aux formes athlétiques, à la stature géante, qui se mirent en devoir de le percer de flèches. L'abbé leur cria de ne pas lui faire du mal , attendu qu'il était capitaine du Grand-Esprit et chef de la prière. Alors un des Indiens, qui paraissait être le chef, vint près de lui. L'abbé lui dit : c( Pourquoi vouliez-vous me faire du mal ? Est-ce que Santa-Anna ne doit pas aller à San-Antonio pour faire un traité de paix avec les Américains? » A quoi l'Indien répondit : a Santa-Anna est plus prudent que cela ; il n'ira pas se mettre dans la gueule de l'ours pour se faire broyer comme un rayon de miel. Il se rappelle trop combien les figures pâles de San- Antonio ont la langue fourchue (double). Il ne croit pas à leurs paroles : elles sont trompeuses comme les prairies tremblantes qui engloutissent l'imprudent chasseur qui s'y repose. » Ce qu'il disait était sans doute une allusion à une scène barbare, qui se passa,
je croîs, quelque temps avant notre arrivée au Texas, et qui mérite d'être racontée.
Les Texiens crurent se débarrasser des Indiens, par l'extermination de leurs chefs. Ils espéraient que les tribus , effrayées par un exemple terrible, resteraient tranquilles à chasser dans leurs régions inhabitées. Pour parvenir à ce but, ils dressèrent aux Indiens un infâme guet-apens. Ils firent prier les chefs des tribus voisines de venir à San-Antonio pour faire un traité de paix, moyennant une forte somme qu'on leur payerait en marchandises. Ceux-ci, croyant à la bonne foi des blancs, allèrent sans défiance à San- Antonio. Santa-Anna, plus prudent ou plus défiant, resta dans son camp, sans toutefois vouloir faire partager sa défiance aux autres chefs. Lorsque les Indiens arrivèrent, on les conduisit dans une grande chambre, où ils furent fusillés; un seul s'échappa, la hache à la main, se frayant avec son arme un passage à travers les assassins. Il se réfugia dans une cabane voisine, abandonnée, résolu de vendre chèrement sa vie. Poursuivi de près par les balles, qui sifflaient à ses oreilles, il ne pouvait aller plus loin. Personne n'osa pourtant enfoncer la porte barricadée, derrière laquelle s'abritait l'Indien ; on savait avec quelle rapidité les Peaux-Rouges lancent leurs flèches, et aucun assaillant ne voulait être la première victime. Alors, un individu, de je ne sais quelle nation, proposa de l'asphyxier avec la fumée du piment. L'avis fut suivi. A travers les ouvertures du toit, on lança du piment sec enflammé , qui fit bientôt périr
le malheureux Indien dans des tortures atroces.
L'abbé Dubois parla ensuite de religion à son interlocuteur, qui n'était autre que Santa-Anna luimême, qu'il avait déjà vu à Frédéricksburg; mais, soit à cause de la difficulté de s'expliquer et de se comprendre mutuellement, soit à cause de la réserve naturelle des Indiens, l'abbé ne put rien apprendre de positif concernant les détails de leurs croyances religieuses, et la conversation se termina un quart d'heure après cette rencontre, qui avait failli devenir tragique. Santa-Anna était un adversaire redoutable : sans être gros, il pesait trois cent vingt-trois livres ; c'était l'image vivante d'un Titan.
L'abbé se trouvait encore à Frédéricksburg, quand y arrivèrent plus de mille Comanches, Lipans, Wakos et autres, revenant de la chasse. Ils entrèrent avec des cris horribles qui épouvantèrent la popula • tion. Ils s'étaient coiffés avec les têtes des animaux qu'ils avaient tués, apportant des milliers de peaux de buffles, de lions, de tigres, d'ours, de chevreuils et de panthères. Beaucoup de leurs femmes les accompagnaient.
Ces femmes ont, en général, une beauté sauvage et féroce ; leur chemise est une peau de chevreuil tannée et ornée de franges de drap rouge, de fer-blanc et de perles de Venise ; quelques-unes se font une sorte de cuirasse avec des dents de sangliers et de bêtes fauves, alignées sur leur poitrine comme des brandebourgs de hussard. Souvent elles chassent avec leur mari, car le Gomanche est polygame et peut épouser
autant de femmes qu'il veut, à la seule condition de donner à chacune un cheval.
Un officier américain m'a assuré qu'il avait vu une femme indienne, affublée de la peau d'un lion qu'elle avait tué elle-même, ce qui prouvait de sa part autant de force que de bravoure, car le lion du Texas, qui n'a pas de crinière, est très-grand et très-redoutable. Cette Indienne portait toujours avec elle un animal fort singulier: il était delà grosseur d'un petit chat, et avait la forme et l'apparence d'une chèvre; ses cornes étaient roses, son poil fin et luisant comme la soie, blanc comme la neige; au lieu d'onglons , il avait des griffes. L'officier en offrit cinq cents francs ; la femme du commandant du camp, qui me raconta la même chose, en offrit un brillant d'une grande valeur. Mais l'Indienne refusa ces offres et garda son animal, en disant qu'elle connaissait un bois oii il y en avait beaucoup, et que, si elle y retournait, elle en prendrait un autre exprès pour eux.
Quand les Indiennes voyagent avecleurs enfants en bas âge, elles les suspendent à la selle avec des courroies qu'elles leur passent entre les jambes et sous les bras. Les soubresauts du cheval, les branches, les broussailles heurtent ces pauvres petits, les déchirent, les meurtrissent : peu importe, c'est une façon de les aguerrir. Quand l'enfant est encore à la mamelle, la mère le loge sur son dos, dans une couverture, et, si elle veut l'allaiter, elle l'attire jusqu'au sein, par-dessus son épaule : l'enfant tette ainsi, les jambes en l'air et la tête en bas.
Dans les commencements de la colonie, Castro\ille recevait parfois la visite des Lipans, qui étaient alors fort respectueux, sachant que les deux cents cabanes de la colonie recelaient chacune quarante coups de feu au moins. Beaucoup d'entre eux portaient des médailles de dévotion, qu'ils s'étaient pendues aux oreilles , sans doute pour leur faire plus d'honneur. Ils aimaient beaucoup les images, qu'ils ne selassaient pas d'admirer; l'abbé Dubuis en avait toujours dans son bréviaire, pour les donner aux Indiens, en cas de rencontre. Un dimanche, soixante Lipans, au moins, vinrent à Castroville pendant la grand'messe. lisse mirent devant la chapelle, enthousiasmés des chants de l'Église, et imitant tous les mouvements de l'assemblée. Quelques-uns avaient pour pendantd'oreilles des coquillages, extraordinaires par la singularité des formes et le brillant des couleurs.
Un des chefs Lipans, du nom de Castro, n'était pas féroce le moins du monde ; il avait une flUe de dixhuit ans, d'une beauté vraiment remarquable, et qui mourut peu de temps après. La pauvre enfant fut conduite chez le fondateur de la colonie : lorsqu'on se mit à jouer du piano devant elle, d'abord surprise, elle écouta, la bouche ouverte, les yeux égarés, puis toucha le bois de l'instrument, regarda dessus^ dessous, de tous côtés, etsemit à pleurer et à rire à la fois; jamais musique neproduisit pareille impression: chaque note semblait Télectriser et frappait certainement ses nerfs, en remuant profondément son âme.
Les Lipans ont été sans doute instruits autrefois
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dans le christianisme : leurs croyances en conservent un caractère frappant. Cette tribu va moins à cheval que les Comanches ; hommes et femmes pérégrinent à pied ; ils sont à moitié nus , quand ils émigrent. C'est une race moins belle que celle des Comanches. Ils sont plus voleurs que meurtriers; néanmoins ils scalpent et tuent volontiers et souvent.
Un vieux prêtre allemand, qui desservait momentanément Braunfels et les colonies voisines, presque aveugle et pourtant naturaliste passionné, eut un jour l'idée de parcourir à pied l'intervalle qui sépare Braunfels de Frédéricksburg, afin de recueillir sur le chemin des curiosités scientifiques. Il partit un beau matin , n'ayant pour tout équipage qu'une double paire de lunettes fixées sur son nez, une boîte de ferblanc suspendue à ses épaules et quelques provisions de bouche. Dès le premier jour^ sa boîte se remplit de plantes rares, ses poches se chargèrent d'échantillons minéralogiques, son chapeau se couvrit d'insectes piqués avec des épingles, et, comme il avait tué plusieurs serpents d'une grande dimension, il les noua et les laissa pendre autour de son corps. Le lendemain, il tua encore un serpent à sonnettes, de sept à huit pieds de long, lequel vint aussi enserrer deux fois sa taille et lui servir de ceinture. Il marchait gravement dans ce grotesque attirail, ne se doutant pas de l'effet pittoresque et bizarre qu'il aurait produit, s'il avait été vu. Cherchant toujours à ses pieds de quoi surcharger encore son accoutrement bariolé et ne regardant pas devant lui, il alla donner dans une
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troupe de Comanches qui chassaient le chevreuil. Cette collection ambulante de plantes, d'insectes et de reptiles, qui s'avançait majestueusement vers eux, les effraya : ils se sauvèrent, mis en déroute par cette apparition surnaturelle. Le troisième jour, l'Allemand avait épuisé ses provisions, et, ne trouvant que peu de fruits dans les bois, il commençait à sentir la faim, quand il vit des colonnes de fumée sortir d'une clairière : aussitôt il dirige ses pas de ce côté. Des Peaux- Rouges y avaient établi leur camp. A la vue de l'étrange promeneur, ils jetèrent des cris et se levèrent pour s'enfuir. Le bon prêtre, qui prodiguait les signes les plus éloquents pour les arrêter et les rassurer, parvint à leur faire comprendre qu'il mourait de faim. Les Indiens, n'osant pas se mettre mal avec un génie inconnu, lui présentèrent, en tremblant, du café, du maïs, de la viande de mulet, qu'il mangea avec grand appétit, comme un simple mortel. Ce repas lui rendit les forces nécessaires pour atteindre Frédéricksburg, où il arriva le troisième jour sans autre accident.
Une Mexicaine de ces contrées, étant allée cueillir de la salade sauvage dans les bols , fut enlevée par quelques Peaux-Rouges. Un d'eux lui coupa la peau jusqu'à l'os, tout autour de la tête ; il ne restait plus , pour qu'elle fût tout à fait scalpée , qu'à enlever cette peau avec la chevelure, quand un autre Indien s'interposa, la prit pour femme et l'emmena meurtrie dans sa tente. Elle résista énergiquement à la brutale convoitise de son nouveau mari, et
reçut des coups de corde si vigoureux, que son corps était sillonné d'empreintes sanglantes. Quelques jours après, l'Indien, toujours repoussé par elle et irrité de cette résistance, s'arma d'une hache, et l'en frappa deux fois : le premier coup lui enleva une partie du sein, et l'autre lui fit une profonde blessure à la jambe. Inanimée et étendue sur une peau de buffle, elle reçut les soins d'une espèce de médecin, magicien et prêtre, tel qu'en ont toutes les tribus, et qui la traita avec des passes magnétiques, des sucs d'herbes et de superstitieuses cérémonies. Après de longues et douloureuses souffrances, la santé revint à cette infortunée, et son bourreau partit pour la chasse aux buffles. Ramassant ses forces et son courage, elle résolut de fuir, se glissa pendant la nuit à travers les tentes, s'empara d'un mustang qui broutait l'herbe delà prairie, et partit à toute bride dans la direction du Sud. Un instant après, l'Indien rentra dans sa tente, soit qu'il eût changé de projet, soit qu'il dût s'absenter moins longtemps que la Mexicaine n'avait cru. Trouvant la tente vide et reconnaissant qu'un cheval lui manquait, il étudia les traces laissées sur l'herbe et aux broussailles ; il sauta sur son meilleur mustang et partit avec la rapidité de la foudre. Quand arriva le jour, il remarqua que les traces étaient fraîches ; il redoubla d'ardeur, et, deux heures après, arrivé dans une grande prairie, il aperçut la fugitive. Il ne put retenir sa joie sauvage et poussa un cri terrible. La Mexicaine, toujours galopant, entendit le cri, tourna la tête, vit l'imminence du danger, et, par
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sa voix, ses coups, ses gestes, excita si bien son cheval, qu'elle put encore prendre l'avance. Ainsi poursuivie de près, elle arriva dans une plaine de Vandenberg ; mais l'Indien n'était plus qu'à deux cents mètres d'elle. A cet instant, deux habitants de CastroviUe entraient, d'un autre côté, dans la plaine. Ils étaient armés: en voyant cette poursuite, ils accoururent. La Mexicaine se dirigea vers eux ; elle ne les avait pas atteints, qu'elle s'affaissa avec son cheval et roula sur l'herbe. Le cheval expira. L'Indien, voyant deux hommes, disparut dans les bois, non qu'il eût peur d'un combat inégal, mais l'opinion des Indiens est que la perte d'un seul d'entre eux n'est pas compensée par la mort de dix blancs ; voilà pourquoi ils font des embûches de nuit et n'attaquent qu'en des circonstances très-favorables, et lorsqu'ils sont trèssupérieurs en nombre. La femme mexicaine, à moitié morte de fatigue et de peur, fut conduite dans une cabane, oii on lui donna des vêtements, et de là à Castroville, oîi elle nous raconta ses aventures, attestées par d'horribles cicatrices.
Castroville même fut épouvantée à son tour par une affreuse tragédie. Quatre Alsaciens avaient disparu : le boucher qui avait pendu le Suisse, un enfant de onze ans qui demeurait chez lui, et deux jeunes colons qui demeuraient avec leur père à oôté de nous. La veille de Noël, ces malheureux allèrent chercher des bestiaux et couper du bois près du lac Hieronimo ; il paraît qu'ils s'endormirent sous un arbre. Les Indiens les surprirent dans leur sommeil et clouèrent à terre
les deux plus jeunes, à coups de flèches ; les deux autres s'éveillèrent, et, n'ayant aucune arme, ils luttèrent on ne sait comment; mais le combat fut long et opiniâtre, car nous trouvâmes une lame de lance brisée, une autre dont le fer était tordu, et l'herbe singulièrement foulée. Sans doute ils avaient cherché à s'emparer des armes de leurs adversaires , car ils avaient eu toutes les phalanges des doigts coupées. Leurs corps étaient percés de flèches. Le boucher n'avait pas reculé: il était aussi le plus maltraité; mais le cadavre de son compagnon était étendu à vingt mètres plus loin. Celui-ci avait évidemment essayé de fuir, lorsqu'une flèche lui était entrée tout entière dans le corps, en traversant l'épine dorsale. Nous ne pûmes savoir quelle était la tribu qui avait commis cette atroce boucherie, car les cannelures des flèches étaient de différentes formes. Lorsque les Indiens vont marauder, ils se servent souvent de ce stratagème, pour égarer l'opinion des blancs sur les vrais coupables. Néanmoins, nous reconnûmes que les assassins étaient des Peaux-Rouges, par le nombre des flèches à cannelures ondulées , teintes en rouge, et surtout par une atrocité sans exemple jusque-là dans ces solitudes. La poitrine de l'enfant était coupée en croix, et le cœur en avait été arraché. Était-ce une preuve de cannibalisme? ce cœur devait- il servir à quelque cérémonie superstitieuse, ou entrer dans quelque composition médicinale? Personne ne peut le dire. Les cadavres furent déposés dans des cercueils, placés sur une charrette et transportés à Cas-
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troville. Le sang, qui coulait encore de leurs blessures, dégouttait à travers les cercueils et laissait sur le chemin une longue traînée. Toute la population assista à l'enterrement ; des larmes s'échappaient de tous les yeux, et je me suis rarement senti plus ému, qu'en jetant la terre de la sépulture sur ces infortunés, dont le sort pouvait être, un jour ou l'autre, celui de chacun de nous. Les regrets, mêlés aux inquiétudes personnelles, répandaient la désolation autour de ces victimes particulières d'un fléau commun.
Les camps américains étaient plutôt une source de lucre pour les colonies, qu'une protection contre les Indiens ; ceux-ci, comme on l'a déjà vu, allaient quelquefois rôder autour de ces camps, tuer une sentinelle, et se sauvaient ensuite, emmenant avec eux les chevaux qu'ils volaient avec une grande habileté, et sans bruit. Dès qu'on s'apercevait du meurtre, ou du vol, on s'assemblait pour courir à leur poursuite; mais, avant que les chevaux fassent sellés, les provisions emballées, les pistolets chargés, on ne savait plus oîi étaient les voleurs. Lors même que la lourde cavalerie américaine pourrait les atteindre^ il n'y a pas de chemin à suivre; ce sont des bois épais, des taillis fourrés, qu'il faut traverser ; les Indiens se séparent, pour disperser leurs traces : aussi, n'est-ce qu'un hasard, une rencontre inattendue qui peut mettre aux prises les Indiens et les soldats.
Les Indiens sont encore tellement nombreux, depuis le golfe du Mexique jusqu'à la Nouvelle-Bretagne, qu'il s'écoulera encore bien du temps avant
que la civilisation et Veau de feu les fassent disparaître, ou les rendent moins redoutables. L'ignorance oii Ton est de leur, nombre et de l'étendue des contrées qu'ils habitent, a pii seule faire croire que cette race est près de s'éteindre. L'émigration européenne et américaine la resserre sans cesse, il est vrai, sur les deux versants des Montagnes- Rocheuses et du Nouveau-Mexique; mais, avant que les mocassins du dernier Peau-Rouge aient cessé de fouler l'herbe des prairies, il faudra que bien des milliers de colons arrosent de leurs sueurs ces solitudes lointaines. La ruse et la force ont peu de puissance contre les sauvages, car , en force et en ruse, les Faces-Pâles de l'Amérique du Nord ne sont que des enfants auprès des Peaux-Rouges. Les contrées qu'occupent les Indiens sont couvertes de troupeaux de buffles, de chevreuils et d'autres animaux dont ils se nourrissent, et sillonnées de rivières poissonneuses dont ils tirent un bon parti. La colonisation leur enlève tous les jours une partie de leurs terres, et, par conséquent, leurs moyens d'existence ; mais leur vraie ennemie est pour les unsV eau de feu^ pour les autres, la petite vérole, qui fait parmi eux des ravages incroyables.
La soumission des Indiens n'est donc possible que par le catholicisme; l'expérience quia été faite depuis bien des années, sur différentes parties du territoire américain, prouve cette assertion. Sur les frontières, et dans le voisinage des grands établissements colonisateurs, il est presque impossible de réussir dans des tentatives de civilisation parmi les Peaux-Rouges.
Les Américains du Nord ont abusé de la confiance, de la bonne foi et de la faiblesse des Indiens ; ils les ont maltraités, massacrés impitoyablement, en différentes circonstances que ceux-ci n'oublient pas. Dans la guerre de la Floride, le général Taylor fit usage de chiens [Blood-Hounds)^ qui déchiraient et dévoraient les ennemis. La langue /owrcAw^ des Faces- Pâles est un proverbe qui caractérise la mauvaise foi des Yankees dans leurs relations avec eux. La plupart des agents qui font directement le commerce de fourrures pour le compte des grandes compagnies, sont des Français, des Canadiens, ou des créoles. Dans l'intérieur des solitudes, parmi les tribus, qui ont eu peu ou point de rapport avec les Américains, la civilisation est plus facile ; la religion fait des progrès rapides ; les indigènes deviennent de fervents chrétiens, des hommes doux, quoique toujours intrépides chasseurs, et ils se font aux travaux de l'agriculture.
Au Texas, nous n'avons pas tenté la conversion des Peaux-Rouges, parce que, d'après les conseils de saint Paul, « charité bien ordonnée commence par soi-même. » Or, avant de nous dévouer à l'instruction des Indiens, nous devions donner nos soins et notre temps aux blancs; et nous étions trop peu nombreux pour nous occuper des deux choses à la fois. Dieu est certainement le maître des cœurs, mais il est probable que le prêtre, qui se présenterait aux Gomanches pour les convertir, serait scalpé d'abord. On n'échappe pas toujours ausi facilement à leurs flèches, que nous avons eu le bonheur, grâce à Dieu, de le faire.
Castroville était certainement un lieu d'émotions : les drames n'étaient pas rares, même sans le secours des Indiens. Un matin, la femme d'un colon alla chercher de la salade sauvage dans une vallée voisine, où je descendais presque tous les jours pour la même raison. Elle ne revint pas. Son mari était au lit avec une jambe cassée, et, ne pouvant courir à sa recherche, il y envoya ses enfants et des amis. Après vingtquatre heures de recherches infructueuses, on trouva la malheureuse femme, assassinée et couchée sous un arbre ; sa tête était meurtrie, son corps sanglant ; une pierre, rougie par le sang et à laquelle adhéraient encore des cheveux, semblait être l'instrument du meurtre ; près du corps, était la lame recourbée du couteau que la victime employait pour cueillir la salade. Nous ne pûmes jamais découvrir la cause du meurtre, ni quel était le coupable. Cette mort mystérieuse effraya les habitants ; mais ils furent distraits de leur douleur, par d'autres événements, non moins impressionnables. A Gastroville, les malheurs particuliers prenaient un caractère public : toute la colonie sympathisait sincèrement à la douleur de ceux que ces meurtres frappaient plus ou moins directement. Hommes et femmes mettaient alors leur plus beau costume noir, les jeunes filles s'habillaient de blanc ; personne ne manquait d'assister au convoi funèbre ; les pleurs entrecoupaient les prières, et, sur la tombe ouverte, chacun jetait une poignée de terre, comme un dernier adieu.
Un soir je suis appelé parun Américain, pour bénir
son union avec une Mexicaine qui demeurait aux environs de Gastroville. Je monte à cheval, et deux heures après j'arrive dans un rancho qui m'était inconnu, situé au milieu d'un bois près de la Médina. A mon arrivée, il faisait nuit. La cabane était remplie d'Américains qui se disposaient à danser. Le mari ne savait pas un mot d'espagnol; sa femme, pas un mot d'anglais. Comment avaient-il pu se comprendre et décider leur mariage ? Après la cérémonie, on dansa presque toute la nuit. Les Américains venaient, alternativement, ou par groupes, auprès de moi, me questionner sur la religion en général, et sur le catholicisme en particuher.
Tous les voyageurs ont remarqué l'habitude qu'ont les Américains d'entamer un sujet religieux, et d'établir une controverse avec un ministre de n'importe quelle religion ou doctrine, quelque part qu'ils se trouvent, en public, sur un bateau à vapeur, et souvent avec le premier venu, qu'il soit compatriote ou étranger, connu d'eux ou non connu. Est-ce monomanie? est-ce désir de briller, ou d'augmenter leurs connaissances? Je crois que c'est tout cela à la fois. Ils discutent, du reste, même sur ce qu'ils ignorent de façon à n'avoir jamais l'air battu, sautant d'une question à une autre, dès qu'ils sont serrés de près, et laissant leurs thèses inachevées, dès qu elles leur paraissent malaisées à soutenir. Un Américain voulut me convaincre que la Bible avait été inventée par les prêtres, lors de la chute de l'empire romain. Ce monsieur n'était pas fort, mais il était sérieux. Il ne faut pas
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espérer les instruire par la dialectique ; quelque force qu'on y déploie, tout ce qu'on peut obtenir, c'est qu'ils disent : « Cet homme fait bien son métier. )) Les préjugés qui existent encore contre le catholicisme sont vraiment extraordinaires chez un peuple qui se dit le plus libre et le plus civilisé du monde. Dans les forêts de l'ouest des États-Unis, on trouve quantité de familles méthodistes et presbytériennes, qui croient réellement que le prêtre catholique est un être infernal et qu'il porte de vraies cornes sur la tête. Un jour l'évêque de Bufalo fut obligé de se découvrir, àtable, sur un bateau àvapeur, pour prouver qu'il n'en avait pas.
Une fois, une dame presbytérienne, sur un bateau qui remontait le Mississipi, déclamait avec véhémence contre le catholicisme, calomniait ses ministres^ et cela, tout haut et de manière à être entendue d'un missionnaire, nouvellement débarqué, qui était assis à la même table à côté d'elle. Celui-ci, connaissant à peine l'anglais et ne pouvant suivre une discussion compliquée, adressa à cette presbytérienne un argument ad hominem,
— Madame, lui dit-il, connaissez-vous le catholicisme et les prêtres, pour les outrager ainsi ?
— Ah 1 certainement non. Monsieur, et Dieu me préserve de ne jamais rien connaître de cette infâme religion de papistes.
— Eh bien ! permettez-moi de vous dire que vous êtes une femme d'un mauvais caractère.
A ces mots, la vieille dame se leva, rouge de honte et de colère, et dit à son interlocuteur :
— Monsieur, vous êtes impudemment insolent, d'insulter ainsi une femme que vous ne connaissez pasi
— Madame, je n'ai pas le moins du monde l'intention de vous insulter; je n'ai fait que vous appliquer l'argument que vous venez de lancer contre le catholicisme et ses ministres. Si je vous connaissais, je n'aurais probablement pas dit de mal de vous, car vous pouvez être la meilleure personne du monde : de même, vous avez tort de dire du mal d'une religion que vous ne connaissez pas du tout et qui pourrait bien être la meilleure.
Les neuf dixièmes des enfants aux Etats-Unis vont à Técole, dès qu'ils peuvent marcher, et sont dès lors considérés comme des hommes : on a, pour ces citoyens en herbe, une déférence et un respect ridicules. On ne leur commande pas, mais on les prie de faire ce que l'on désire d'eux. La formule usitée à leur égard est celle-ci : « Mon cher monsieur, voulez-vous avoir la bonté de faire ceci, ou d'aller là? » Si à la prière on ajoute une tartine de confiture, le jeune monsieur obéit avec un air d'importance, qui fait sourire ses parents. Dès que le marmot sait lire, écrire et calculer, on le place n'importe où, pourvu que cette place soit lucrative. Son père, pour adieu et dernier conseil, lui dit : (c Mon enfant, gagne de l'argent, honnêtement si tu peux, mais gagne de l'argent. » L'enfant devient homme; sa vie se passe à voyager partout, à trafiquer de tout; il chique, fume et boit toujours sur les bateaux à vapeur, et, dans ses
moments de loisir, il lit les annonces des journaux, le programme des élections, les noms des candidats. Voilà l'éducation des Américains. Aussi, pour les convertir, est-il inutile de s'adresser à leur esprit, et de compter sur la logique; mais, en parlant à leur cœur, on obtient des succès véritables, efficaces et même faciles. L'évêque de Bufalo, qui, par l'expérience, la science et la piété, est une des illustrations de l'épiscopat américain, me dit un jour : « Rappelez-vous, pour votre gouverne, que je n'ai jamais converti un seul homme, parla controverse. » C'est le cœur qui parle au cœur. Une instruction simple et naturelle, un langage sans apprêt, empreint d'une conviction profonde et d'une charité ardente, voilà ce qui peut remuer et attirer vers vous un Américain, en remuant son âme. L'éloquence la plus brillante, les discours les plus sublimes, frappent son imagination, et c'est tout. Ils ne songent qu'à l'argent, ils ne connaissent que le son de l'or; cependant, lorsqu'une voix s'adresse à leur cœur, fait vibrer en eux les doux noms de patrie, de famille, de charité, d'amour de Dieu : c'est une corde neuve, une musique toute nouvelle, pleine d^harmonie, de calme et de bonheur, qui les étonne, les enchante, les amène au pied des autels. Ils commencent à éprouver les jouissances intellectuelles ; ils sentent qu'il y a quelque chose de plus beau et de plus doux que le commerce et la richesse; ils s'aperçoivent qu'ils ont un cœur et une âme, et que ce cœur et cette âme ont des devoirs et des besoins ; c'est une source obstruée, non desséchée, qui
s'épanche, dès qu'une main pieuse écarte les pierres que la vie pratique y a accumulées.
La plupart des ministres méthodistes, baptistes, presbytériens et autres du Texas et de l'ouest des États-Unis, sont aussi ignorants que leurs adeptes. Ils prennent cette carrière comme une boutique d'épicerie, sans autre formalité : quelques-uns ont même une connaissance fort limitée de leur emploi et de la Bible qui est leur unique guide.
Un missionnaire, de mes amis, administrait l'extrême-onction à un moribond, en présence d'un ministre méthodiste, parent ou ami du malade. Après la cérémonie, le ministre s'approcha du prêtre, et lui demanda pourquoi il avait fait des onctions avec de l'huile sur le corps du moribond. Celui-ci répondit que c'était un précepte de l'Église, fondé sur les versets 14 et 1 S du chapitre de l'Épître de saint Jacques, qui dit : ce Si l'un de vous est malade, qu'il (( appelle les prêtres de l'Église et qu'ils prient pour c( lui, en répandant sur son corps l'huile au nom du (( Seigneur. Et la prière de la foi sauvera le malade, (( le Seigneur le soulagera ; et, s'il a commis des péc( chés., ils lui seront remis. » Le ministre avoua qu'il n'avait jamais lu ce passage et qu'il en profiterait à la première occasion. EfTectivement , il imita, par la suite, auprès des moribonds , les onctions catholiques ; mais, comme l'huile était très-chère, il se servait ordinairement de lard fondu, avec lequel il frottait le malade de la tête aux pieds. Les épiscopaliens et les quakers soat plus instruits, et conséquemment
plus tolérants et moins violents contre les catholiques.
- De toutes les excentricités méthodistes dont j 'ai été témoin^ la plus curieuse sans doute est un camp-meeting (réunion en plein champ). Cette coutume bizarre est la source d'une multitude d'excès. Les sectaires s'assemblent dans une plaine ou dans un bois, et ils y restent ordinairement trois jours. On y campe, on y vit de provisions qu'on a apportées, on écoute les sermons des ministres, on chante des psaumes et on récite des prières. Quelques femmes d'un certain âge s'attendrissent, pleurent et poussent des cris d'angoisse et de repentance au souvenir de leurs péchés. Quelquefois elles s'imaginent que le Saint-Esprit est descendu en elles; alors elles deviennent, comme elles disent, (heureuses), et, pressées
de faire partager leur bonheur à leurs frères, elles montent sur l'estrade pour prêcher à leur tour : leurs paroles sont entrecoupées de pleurs et de cris, et l'assemblée, préparée à l'exaltation par le jeûne et les veilles, en reçoit de fortes impressions. On voit même de jeunes filles, parmi les méthodistes rigides qu'on appelle saints^ faire de la prédication, et d'un air inspiré prononcer avec volubilité des discours passionnés, jusqu'à ce qu'elles tombent dans une crise nerveuse et dans des convulsions effroyables. Parmi ces fanatiques apôtres et pénitents du désert, il y a beaucoup de jeunes gens qui viennent à rassemblée par passe-temps et de jeunes personnes qui suivent a regret leurs parents. Au milieu des cérémonies, eî
pendant la nuit, il se fait quelquefois des liaisons où la morale souffre beaucoup.
Parfois aussi, des scènes comiques modifient un peu la gravité de ces réunions. Un jour, un de ces prédicateurs en jupon, d'une figure fort intéressante, attira l'attention d'un Irlandais, qui avait été amené là par curiosité. Celui-ci interrompit la jolie prêcheuse^ en lui demandant si elle était mariée. Une rougeur subite colora ses joues, mais elle ne répondit pas. La question ayant été réitérée, elle répliqua d'un air colère et inspiré : « Oui, je suis mariée à Notre-Seigneur «Jésus- Christ. » L'Irlandais^ fâché, s'en alla, en disant : (( J'ai bien peur. Madame, que vous n'alliez pas dans la maison de votre beau-père, car vous vous êtes mariée sans son consentement. » Toute l'assemblée fut prise d'un rire fou.
Pourtant, au milieu d'un pareil public, il n'est pas prudent d'interrompre les prédicateurs par des questions saugrenues ou inconvenantes ; on risque de se faire mettre en pièces ; aussi, ces interruptions sontelles fort rares. La presse américaine elle-même a cherché à flétrir ces désordres et à tourner en ridicule les camps-meetings ; mais on ne persuadera pas facilement à ces enthousiastes, que leurs assemblées sont plus nuisibles aux mœurs qu'utiles à la religion.