‹ Journal d'un missionnaire au Texas et au MexiqueChapitre 9 sur 36 · JOURNAL D'UN MISSIONNAIRE, ETC · texte numérisé non relu

JOURNAL D'UN MISSIONNAIRE, ETC

à des excentricités inoffensives, on le laissait libre dans la ville, et il s'y promenait souvent, en chantant, à toute heure du jour et de la nuit. Il avait une trèsbelle voix, et ses chants étaient généralement funèbres et religieux. J'allai près de lui et l'invitai à s'en aller se coucher. Le pauvre fou, le sourire sur les lèvres, m'obéit immédiatement, en me disant : Fa, ya^ yonng herr Pfarrer. (Oui, oui, M. le jeune curé.) Depuis ce temps, les chants nocturnes cessèrent, mais j'avoue que je les ai souvent regrettés.

L'extraordinaire n'était pas rare, d'ailleurs, dans ces contrées. Il y avait un colon, qui, je crois, avait commis un meurtre en Europe. Son crime resta caché aux yeux de la justice^ mais sa conscience le lui rappelait sans cesse. Chaque nuit, il lui semblait voir le fantôme de la personne assassinée, qui se tenait en face de son ht : dès qu'il allumait une bougie, le fantôme disparaissait. Espérant se débarrasser de la poursuite quotidienne de cette apparition, il vint au Texas ; mais là, comme en Europe, le fantôme revenait chaque nuit et s'évanouissait à la clarté d'une lumière. L'infortuné fut obligé de laisser le soir sa bougie allumée jusqu'au lendemain : il ne goûtait un peu de repos, qu'à ce prix. Lorsque je passais, la nuit, près de sa cabane, et que je voyais scintiller la lumière à travers les jointures du mur de roseaux, je ne pouvais m'empêcher de frissonner et d'éprouver de la pitié pour ce malheureux : les remords et l'imagination frappée étaient sans doute les seules causes de sa vision.

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