CHAPITRE II
Des barilleros, — Bar-Roorn, — De la ferveur des Brownsvilliens. — État de la société américaine en général et du Texas en particulier. — Application de la loi de Lynch. — Moralité des autorités municipales. — Le shérif. — Deux blood-hounds gardiens de la prison. — Les francs-maçons et Tenterrement d'un Irlandais. — De la magistrature dans les nouveaux États de l'Union.— Partiahté des juges. — Les procès. — Les électious. — Un docteur à la mode.
Pendant que je faisais mes visites, je remarquai combien il y avait d'animation dans cette petite ville; on me fit comprendre que cela tenait à une multitude de rancheros^ ou fermiers des frontières qui venaient journellement à cheval ou avec des charrettes faire des provisions et des emplettes pour eux, leurs familles et leurs amis ; les rues étaient continuellement sillonnées de cavaliers aux montures richement enharnachées, d'arrieros, qui chargeaient ou déchargeaient leurs marchandises, de barilleros^ appelés dans d'autres contrées aguaderos^ porteurs d'eau. Ces pauvres gens sont à peu près vêtus comme les lazzaroni de Naples, c'est-à-dire qu'ils le sont fort peu : une chemise ouverte, qui laisse leur poitrine à découvert, les manches retroussées jusqu'aux épaules; un' caleçon de cotonnade roulé jusqu'au haut des cuisses, et quel-
JOURNAL d'un MISSiONN. AU TEXAS ET AU MEXIQUE. 2 45
quefois un chapeau de feuille de palmier, voilà le costume des barilleros» Ce sont eux qui fournissent aux habitants l'eau dont ceux-ci ont besoin ; ils vont la chercher au Rio-Grande dans un tonneau ayant deux axes de fer aux extrémités : une longue corde est attachée aux axes, et le barillero^ en la tirant, fait rouler le tonneau, comme une roue, procédé aussi simple que peu fatigant. Le Mexicain est très-inventif, lorsqu'il s'agit de s'éviter de la peine.
Je remarquai également un grand nombre d'hommes ivres, couchés au soleil et dormant sur le sable en face des cabarets oii ils s'étaient enivrés. Ces cabarets ou tavernes, appelés bar-room^ sont souvent le théâtre de scènes barbares qui font honte à l'humanité. Une fois, un Irlandais de bonne famille se prit de querelle, dans une de ces tavernes, avec un négociant américain, grand batailleur par nature. Les amis des deux adversaires jugèrent que le sort des armes pouvait seul réparer l'offense; le duel fut décidé immédiatement et eut lieu dans la taverne même; on donna donc à l'Irlandais un pistolet qui n'était pas chargé, il fut tué naturellement par l'Américain. La majorité des hommes ivres que je rencontrai étaient des Mexicains peu habitués aux boissons alcooliques, et des Américains appartenant aux sociétés de Tempérance ; ces sociétés, quoique nombreuses dans les États-Unis, sont loin de diminuer le nombre des ivrognes, et, si leurs membres font vœu de ne pas boire du vin, ils devraient bien également faire vœu de ne pas s'enivrer avec d'autres boissons fermentées.