MOIS D'AOUT
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P'août. — Premiers renseignements sur F ennemi. — L'Empereur est arrivé à Metz le 28 juillet; Tétatmaj or-général y est établi depuis quelques jours dans rhôtelde l'Europe. Jamais je n'oublierai le désordre, l'agitation qui régnent dans cette petite salle, destinée à recevoir, par une chaleur écrasante, trente officiers, chargés de communiquer à toute une armée l'impulsion du commandement. Trois portes y donnent accès ; souvent elles s'ouvrent toutes à la fois, pour livrer bruyamment passage à nos chefs, ou à tout étranger en quête du plus futile renseignement. Les ordres, les contre-ordres s'y heurtent en tous sens ; la moindre dépêche télégraphique y est l'occasion d'une excitation fébrile, des plus préjudiciables à la chose publique , et fort incompatible d'ailleurs avec le calme absolu, condition première, à laquelle doit satisfaire tout bon état-major. Les escaliers, les salles et la cour de l'hôtel sont absolument livrés au public, et nous vivons ainsi au milieu d'étrangers et de journalistes, dont le voisinage n'est pas précisément favorable au secret des opérations ^ L'un de ces derniers, rédacteur
1 Trois mois plas tard, le 29 octobre, je cherchais à entrer dan*6 ce môme hôtel, de notre temps ouvert à toas venants. Les Prassiens occupaient Metz depuis 24 heures. Devant la grille se trouvaient deux factionnaires, la baïonnette croisée; la cour
du Standard , s*est même vanté , dans un moment d'abandon, d'6tre parfaitement au courant de tout ce qui se passe dans les bureaux ; le propos a été entendu , et le journaliste incarcéré ; mais , de fait, la feuille anglaise, dont il est le correspondant, publie aujourd'hui môme, la composition exacte de notre armée, l'indication des régiments, les noms des généraux, et l'emplacement de tous nos corps sur la frontière. Ce reuseignement est très précieux pour l'ennemi, dont l'organisation , par contre , est très imparfaitement connue du quartier-géuéral français. Voici , en effet, à quoi se bornent aujourd'hui les quelques indications fournies par divers agents et par les journaux. Les VIP^ et VIII* corps se concentrent sur la Sarre, sous le général von Steinmetz; de nombreux régiments, appartenant principalement aux ni', IV* et X* corps, sont signalés à Mayence et à Kaiserslautern, où ils paraissent destinés à consti-
était absolument vide. Pour y pénétrer, et y accomplir une mission dont j'étais chargé, je dns avoir recours à un officier de service, qui me ût admettre dans ce sanctuaire de la Commandantur prussienne; au bas de Tescalier, mêmes sentinelles; point de bruit, si ce n'est dans la salle à manger, bien entendu remplie d'officiers ennemis. Je montai ; on m'introduisit dans le salon, que j*ai cherché à peindre ci-dessus : seul, debout au milieu de cette pièce, le général von Kummer, gouverneur de la ville, me reçut avec politesse, m'écouta avec beaucoup de courtoisie, et, pendant tout cet entretien, je ne pus m'empécher de comparer Tordre qui régnait dans cet hôtel A Tagitation de notre état-major dans ces mêmes lieux. Ce n'est malheureusement pas un fait isolé pour Tune et l'autre des deux nations en lutte; aussi, n'est-ce pas sans raison que je le relève.
I Pour plus de clarté, j'emploierai les chiffires romains pour désigner les corps (Tannée prussiens, et les chififres arabes pour les Crançais.
tuer une deuxième armée, commandée par te prince Frédéric-Charles ; on parle enfin d une troisième armée, aux ordres du Prince royal de Prusse; elle serait formée de corps prussiens, de contingents du Sud, et se réunirait dans le Palatinat bavarois et le pays de Bade, à cheval sur le Rhin, à Maxau. Le^ journaux indiquent aussi, derrière la Forêt-Noire et à Lœrrach, des rassemblements, dont on fait grand bruit, pour maintenir sans doute notre ?• corps dans le Haut- Rhin, et, en dernier lieu, la réunion d'une armée du Nord, sous le commandement du général Vogel von Falkenstein, pour la défense des côtes de la Baltique et de la mer d'Allemagne.
2 août. — Combat de Sarrebruck. — Je me refuse à parler avec détail de cette opération, dirigée sans préparation suffisante, sans plan bien arrêté, contre la ville de Sarrebruck ; elle ne nous a donné aucun avantage pour l'offensive, et elle a permis à nos ennemis, qui depuis ont incendié sans pitié villes et villages, de faire grand bruit de quelques coups de canon, tirés sur la gare du chemin de fer par notre artillerie. Projetée depuis quelques jours, l'entreprise est enfin exécutée aujourd'hui ; mais on en a déjà modifié plusieurs fois le plan, depuis qu'on Ta conçue et annoncée presque publiquement. D'après les derniers ordres, elle doit être 6onduite par le général Frossard, « sous le commandement du maré- « chai Bazaine, qui pourra disposer, en outre, < des quatre divisions de son corps d'armée, et de la a division Lorencez du 4' corps, s'il le juge nécest saire, » Les 3^ et 5"* corps seconderont l'attaque ,
en savançant sur les deux flancs, d'un côté, par la vallée de la Lautern^ occupée par les Prussiens depuis quarante-huit heures, de Tautre, par la rive droite de la Sarre, que le général de Faillj; doit* franchir à Sarreguemines.
L'attaque de la hauteur, qui domine Sarrebruck au sud, « s'effectue sous les yeux do TEmpereur et du Prince impérial » ; elle n'est appuyée ni à droite, ni à gauche, et se borue à une fusillade et à une canonnade sans grande importance, l'ennemi ne déployant que quelques compagnies du 40' (VHP corps) en avant du général Frossard. Nos troupes pénètrent dans la ville, mais se retirent à la nuit sur les hauteurs de la rive gauche. H est difficile de voir le commencement d'une vigoureuse campagne dans une semblable opération.
3 août. — Od décide qu'une reconnaissance offensive sera exécutée demain sur Sarrelouis par le général de Ladmirault, dont le corps est concentré autour de Bouzonville, et l'on donue en môme temps aux 1"' et 7* corps des ordres de concentration daus la Basse-Alsace ; puis, sur un nouvel avis des mouvements de l'ennemi du côté de Lœrrach, on prescrit au général Douay de conserver ses deux divisions dans le Haut-Rhin ; le 1" corps seul descendra vers la Lauter, et y prendra position de Haguenau à Wissembourg.
Cependant, dans la nuit du 3 au 4, une dépêche du commissaire de police de Thionville ayant fait connaître que l'on signalait le passage à Trêves de 40,000 hommes, destinés à opérer sur la Sarre, la
reconnaissance sur Sarrelouis est contremandée , et des dispositions assez précipitées sont prises pour re* cevoir Tennemi-. Le maréchal Bazaine doit se rendre à Boulay pour y prendre le commandement, en vue d'une attaque qui parait imminente.
4 août. — La nuit s'est passée à expédier des ordres , immédiatement révoqués ; je n'en citerai qu'un exemple, pour donner une idée de l'incertitude de.tous nos mouvements dans ces premiers jours décisifs de la campagne. A la première nouvelle du passage de troupes prussiennes à Trêves , il a été prescrit à la garde de quitter Metz, puis, de ne pas abandonner ses bivouacs, enfin elle a été dirigée ce matin sur Volmerange ; quelques heures plus tard , on lui expédiait l'ordre de rentrer à Metz, mais en le faisant suivre d'une instruction nouvelle, qui annulait la précédente, et assignait pour demain à ce corps la position de Courcelles-Chaussy. Tel est le caractère principal de toutes les concepitions du début de lu guerre; ordres et contre-ordres se suivent, s'entre - •croisent sans cesse , si bien que les corps d'armée s'usent dans des marches sans but, se fatiguent et se désorganisent, avant même d'avoir abordé l'ennemi. La direction est nulle à force d'être multiple, et il ne paraît pas y avoir de plan ^d'opérations bien arrêté ; on se dirige au jour le jour, d'après des impressions, et d après des nouvelles, plus ou moins exactes.
Combat de Wissembourg . — On ne manque pas cependant, aujourd'hui encore, d'une certaine confiance autour de l'Empereur, car l'on écrit en ces
termes au géDéral Frossard, à la suite des nouvelles de cette nuit :
c n est possible que Tennemi nous attaque bientôt « sur la Sarre; ce serait une heureuse chose qu'il « vînt nous offrir la bataille, avec 40,000 hommes, € sur un point où nous en avons 70,000, sans comp- « ter votre corps d'armée. > Il est vrai que Ton est à ce point renseigné sur les projets de nos adversaires, que l'on avertit le général de Ladmirault « de la marche € probable de ces 40,000 hommes sur Thionville. >
Pendant que l'on prend ces dispositions autour de Metz, la nouvelle d'un échec grave, subi sur la Lauter, se répand tout à coup dans la ville : une brigade de la division Douay (Abel) , du 1*' corps, a été surprise (ce sera le mot de toute la campagne) , au moment où elle venait d'établir son bivouac près de Wissembourg; l'armée du Prince royal l'y a attaquée avec des forces très supérieures ; le 2" corps bavarois s'est porté sur la ville , et les V* et XI* corps prussiens sont venus le soutenir à gauche, en enlevant le Geisberg ; le général Douay a été tué, ses troupes ont été rejetées en arrière, et tout leur campement est tombé aux mains de l'ennemi. Sur la basse Lauter, le corps badois-wurtembergeois a franchi, de son côté, la frontière, et a occupé Lauterbourg.
5 août. — Effectif de V armée du Rhin. Garnie sons des forteresses, — A la nouvelle de ce premier échec, on comprend au quartier-général la nécessité de revenir à une organisation d'armée plus rationnelle, et, par l'ordre général de ce jour, on fait un premier pas, en donnant au maréchal Bazaine le
commandement des 2% 3* et 4^^ corps, an maréchal de Mac-Mahon celui des 1*', 5* et 7", mais pour les opérations militaires seulement ; la garde reste à la disposition de l'Empereur. Le 5* corps est reporté de Sarreguemines à Bitche ; quant au 6* corps, on le laisse encore à Ch&lons, bien que sa place soit tout indiquée à Metz, ou au moins à Nancy. Les autres corps sont aujourd'hui : le 1" à ReichshoflFen, le 2* à Forbach, le 3* à Saint- Avold, le 4* à Boulay, la garde à Courcelles, et, à l'extrême droite, le 7® toujours à Belfort. Toutes ces forces, ainsi fractionnées, présentent un effectif de 262,000 hommes, qu'il paraît difficile de concentrer, si l'ennemi, comme nous le supposons, est prêt à commencer les opérations ; toutes les réserves, bien entendu, n'ont pas encore rejoint; pourront-elles maintenant rallier leurs bataillons? On s'aperçoit, un peu tard, que nous pourrions bien être rejetés, dès le premier jour, sur nos places de Strasbourg et de Metz, et l'on se préoccupe de la défense de ces places ; la dépêche suivante du major-général au ministre de la guerre montre bien tout le péril de la situation : « On appelle d'urgence de Nancy le 4* bataillon du « 60® pour le service de Metz, qui aura en outre « quelques compagnies du 1" du génie, les dépôts « du IP chasseurs, du 44' de ligne, le 4* bataillon « de ce dernier régiment et 218 douaniers! • Voilh les dispositions que l'on est réduit à considérer comme suffisantes, pour la défense d'une place comme Metz! Le bataillon de chasseurs de la garde, nous l'avons dit, a dû être envoyé à Thionville ; on verra tout à l'heure qu'on n'avait pas songé davantage à la gar-
nison de Strasbourg, et le général de FaîUy ayant demandé des artilleurs pour le service de Bitche, on lui répondait hier même : c qu'il n'était pas possible « de lui en envoyer, et qu'il n'avait qu'à utiliser t les. artilleurs de la garde nationale mobile. »
La solution serait assurément plus satisfaisante, si la loi de 1^68, qui prétendait organiser cette réserve de l'armée, avait reçu une application réelle, sérieuse; nous l'avons déjà dit, mais nous le répétons, pour bien faire comprendre comment notre armée, d'un effectif déjà insuffisant, a été diminuée encore par la nécessité de pourvoir à la défense des places. On a cependant appelé, dès le 13, la garde nationale mobile des 1", 2« et 3* grands commandements, et il nous semble qu'il eût été possible d'arriver en vingtdeux jours à de meilleurs résultats; mais, nul n'étant chargé d'une façon spéciale de ces organisations sur les dive;rs points du territoire, on ne s'occupe pas de réunir les hommes, de les exercer, et nous les voyons, à Metz, par exemple, se promener dans la ville et dans les camps, sans que l'on songe à les instruire et à les utiliser pour la défense de la place.
6 août. — Répartition des forces ennemies. Pou- Tions-nous prendre T offensive^ — Nous voici à cette journée néfaste du samedi, 6 août, par laquelle commetfcent tous les malheurs de cette campagne. Pouvions-nous les conjurer par une offensive vigoureuse, dès le 2 août? Oui, si nous avions eu à notre tête le Bonaparte de 96, dont le génie pouvait se passer de gros effectifs; non, avec une direction hésitante, comme était la nôtre.
Pour mieux s'en rendre compte, il copvîent de revenir ici sur la grande supériorité numérique des armées prussiennes, dont la composition nous est mieux connue depuis quelques jours ^. Elles sont
^ On a bien souvent dit et écrit que la Prusse se préparait sérieusement EL la guerre contre nous ; nous en avons jious les yeux une preuve qui convaincra, nous Tespérons, eeux qui voudront bien se donner la peine de consulter : « Le premier Ordre de bataille de Varmée prussienne, dans la guerre contre la France, en vertu de l'ordre royal du 18 juillet. » (Berlin, Mittlbr et Sohn). Ce document, dont Timpression vient d'être autorisée en novembre, est donc daté de la veille de la notification de la déclaration de guerre à Berlin, et il donne, parfaitement arrêtées et très complètes, la mobilisation et l'organisation des forces prussiennes en trois armées, comme il est dit ci-dessus. Seulement, à cette date du 18 juillet, l'armée du prince Frédéric- Charles ne devait comprendre encore que les quatre corps de l'intérieur de la Prusse, III, IV, X« et garde. Dans la crainte d'un débarquement au Nord, et d'une action de l'Autriche au Sud, ce premier Ordre de bataille laisse provisoirement les I«', II«, IX« corps sur les côtes, le VI" dans la Silésie, le XII« en Saxe, et il fait réunir en outre, sans retard, la division de landwehr de la garde à Berlin, et trois divisions de landwehr de la ligne : la l^* à Stettin, la 2« dans la capitale de la Prusse, la 3' à Posen. Mais, promptement rassuré au Sud comme au Nord, le gouvernement prussien fit diriger, dès le commencement du mois d'août, toutes ces forces vers la France. Cet Ordre de bataille donne, en outre, la formatioi; de six divisions de cavalerie ; il affecte un régiment à cheval à chaque division d'infanterie; il crée des régiments de cavalerie de landwehr pour tenir la campagne, d'autres pour les forteresses ; il organise, dans chaque corps d'armée, et par brigade, le commandement des troupes non mobilisées, afin d'assurer le fonctionnement régu* lier de Tinstruction et du départ des renforts destinés à l'armée ; il désigne les commandants des forces de landwehr qui doivent tenir garnison dans les forteresses. Rien n'est oublié, en un mot, parce que tout a été prévu et arrêté dans le silence et pen* dent la paix. Ce n'est pas, je l'avoue, sans un vif sentiment de dépit, que je place en regard de ce chef-d'œuvre de prévoyance et d*ordre, qu*il nous eut été si facile d'imiter, Tagitation dans
bien au nombre de trois : la première, sur la Sarre, avec les VIP et VIII* corps, sous Steinmetz ; la troisième, sur la Lauter, et, depuis le 4, dans le Bas- Ehin, avec les V% XI® corps prussiens, les deux corps bavarois et le corps badois-wurtembergeois; le Prince royal la commande, et elle est désignée aussi sous le nom d armée du Sud. La deuxième, avec le prince Frédéric-Charles, est prête à se porter, selon les circonstances, sur la Sarre ou sur la Lauter, mais parait destinée à prendre la première direction à la gauche de Steinmetz, pour, former le centre des troupes d'invasion ; elle comprend les IIP, IV% X* corps et la garde, auxquels se joindront les 11% IX" et Xn* corps, laissés d'abord en Allemagne. Quant aux !•' et VI' corps, ils ne sont pas encore signalés en France.
L'arrivée sur le théâtre de la guerre de corps d'armée, qui avaient été laissés tout d'abord le long de la Baltique et de la mer d'Allemagne, ne nous montre que trop comment la Prusse, après avoir redouté une opération de débarquement sur les côtes allemandes, s'est vite rassurée, et e compris que nous n'avions rien fait pour nous ménager une puissante diversion dans le Norà ; c'est seulement, en effet, le 27 juillet, que M, de Cadore a quitté Paris pour aller sonder la cour de Danemark. Cette démarche tardive ne pouvait que nous attirer, de la part de
laquelle notre propre armée cherchait à se constituer à cette même date du 18 juillet 1
On peut consulter, ci après, dans le Supplément (note III) l'Ordre de bataille des armées prussiennes, au mois d*août, et les modifications les plus importantes qu*on y a apportées jusqu*au milieu de janvier 1871.
cette puissance, le refus d'entrer dans une guerre, aussi mal préparée ; c'est vers cette date encore, que le général Trochu, dabord destiné au commandement de la division de Toulouse, était averti qu'il serait probablement chargé d'un débarquement en Allemagne ; mais rien n'avait été préparé pour une opération de cette importance, ni le matériel, ni les troupes, ni les alliances.
Ces faits, promptement connus des Prussiens, leur permirent donc d'appeler sur nos frontières toutes leurs forces mobilisées ; les P' et VI® corps suivirent promptement les IP, IX* et XII% et furent affectés, l'un à la première armée et l'autre à la troisième; l'ennemi ne laissait ainsi en Allemagne que la division de landwehr de la garde, et trois divisions de landwehr de la ligne, destinées à suivre l'armée, si les puissances européennes persistaient dans leur neutralité. Par suite de ces diverses dispositions, les généraux prussiens disposèrent, au commencement d'août, sur la Sarre, de dix corps avec leurs première et deuxième armées, dirigées contre nos 2", 3% 4" corps et notre garde ; ils firent en outre avancer sur leur gauche, avec la troisième armée, les trois autres corps prussiens^ et les trois du Sud. Chacun de ces corps devrait être de 32,000 hommes environ, sur le pied de guerre; si, pour ne pas être exagéré, on les évalue à 25,000 hommes, chiflfre qu'ils ont certainement toujours atteint, on voit que nous avions devant Metz de 250 à 300,000 hommes, avec la cavalerie; et de 150 à 200,000 en Alsace,
» L'un d'eux, le VI«, n'arriva qu'après les combats, livrés en Alsace.
c'est à dire de 400 à 500,000 soldats sur les deux thé&tres d'opérations. Les régiments de cavalerie, non attachés aux divisions d'infanterie , ont été répartis en six divisions, sans compter celle de la garde; les 1'* et 3" sont comprises dans Tarmée de Steinmetz ; les 5', 6" et la cavalerie de la garde dans celle du prince Frédéric-Charles, enfin les 2", 4" et la cavalerie des États du Sud marchent avec le Prince royal. A cela, nous n'avions à opposer, avons-nous dit, que 262,000 hommes, y compris les troupes stationnées encore au camp de Cbàlons. Les quatre corps, répartis autour de Metz en douze divisions, ne pouvaient présenter, avec les réserves , que 120 à 130,000 hommes, force inférieure de moitié à celle des deux armées de la Sarre. D'autre part, en Alsace, si le maréchal de Mac-Mahon avait pu réunir au l** corps les trois divisions du général de Failly et les deux du général Douay, il aurait eu, sur les bords de la Lauter, neuf divisions, ou de 100 à 110,000 hommes au maximum, toujours contre une force presque double; or, on sait qu'il ne put attirer à lui, le 5, que la division Conseil-Dumesnil, du 7* corps, ce qui ne lui donnait que 50,000 hommes contre un effectif trois fois supérieur.
Si la guerre eût été mieux préparée, si nous avions eu, au commencement d'août, des vivres, des effets de campement, des transports, des ambulances, des places organisées, des réserves en arrière, toutes choses qui nous manquaient, on aurait peut- -être pu prendre, l'offensive, mais le 2 au plus tard. Nous serions ainsi arrivés facilement à Eaiserslau-
tern, peut-être sous Mayence ; alors les Allemands, repoussés sous le canon de ce grand camp retranché, prêts au nombre de 500,000 au bout de quelques jours, renforcés au besoin de nombreuses réserves de Tintérieur, nous auraient probablement empêchés de franchir le Rhin, soit à Maxau,soit à Mannheim; et qui sait s'ils ne nous auraient pas fait éprouver un échec, qui, loin de nos frontières, et dans un pays ennemi, aurait pu devenir désastreux?
Combat de SpickerenÇpn Forbach)^ — Mais nous étions, chacun en conviendra, hors d'état de prendre l'offensive ;' tout au contraire, Tenneini, qui avait déjà prononcé en Alsace son mouvement en avant, le 4 août, l'accentuait avec plus de bonheur encore, à la fois sur les deux points extrêmes du théâtre de la guerre, dans cette journée du 6. Devant la Sarre, le général Frossard occupait, depuis le 2, une bonne position sur les hauteurs de Spickeren, lorsque l'ennemi, croyant à une retraite de nos troupes, à la suite d'une reconnaissance de sa cavalerie, fit avancer, le 6, sa 14" division (VII" corps), contre la gauche de notre 2" corps ; à droite de cette division, la 13", du même corps, partait en même temps de Wœlklingen, occupait Rosselle et se dirigeait le soir sur Forbach*. A l'approche du VII" corps, les troupes du général Frossard prirent les armes, et il s'engagea aussitôt un combat des plus vifs, au bruit duquel-accojirurent bientôt en ligiie, du côté des Prussiens, à gauche
1 Je mets ainsi entre parenthèses le nom donné au cotnbat oa à la bataiUe par les rapports prussiens.
^ Tous ces récits succincts de combats ou de batailles sont complétés à Taide des rapports officiels français et prussiens.
de la 14* division, la 16* division du VIII* corps, et la 5" du IIP. Le général von Gœben, puis le général von Steinmetz, dirigèrent successivement l'opération, qui se termina par la retraite des trois divisions du général Frossard ; elles n'avaient été appuyées à gauche que par une brigade de dragons du 3® corps, ce qui ne leur donnait pas la supériorité du nombre, comme le prétend le rapport prussien.
Bataille de ReiscTishofen ou de FroescJiwiller (ou Wœrth). — En Alsace, le maréchal de Mac-Mahon, rejoint par les débris de la division Douay (Abel), et par une division du 7* corps, n'avait pas eîi ligne la valeur de cinq divisions, lorsqu'il fut attaqué, le même jour, par les cinq corps d'armée, soit dix divisions, du Prince royal. Il avait disposé son monde sur les hauteurs de Frœschwiller, sur la rive droite du Sauerbach, afin de couvrir le débouché de Niederbronn, par lequel devait arriver le 5* corps. La troisième armée prussienne, s'avançant par Soultz, franchit le Sauerbach, enlève Wœrth au centre, Frœschwiller sur notre gauche, et, écrasant les troupes du maréchal par le nombre, les rejette sur Reichshoffen, en leur prenant plusieurs pièces de canon ; la retraite s'effectue sur Saverne, mais heureusement sans être trop inquiétée par l'ennemi.
Dimanche, 7 août. — L'Invasion, — La nouvelle de cette double défaite jette la consternation dans Metz; les 1*' et 2* corps sont en retraite, répète-t-on de toutes parts; les Vosges sont livrées sans défense à l'ennemi, et l'Alsace n'a plus pour la protéger qu'une
division du 7* corps, qui s'enferme dans Belfort : « A Strasbourg, écrit le préfet du Bas-Rhin, une « panique s'est produite par suite des mauvaises nou- « velles venues de Haguenau, et de l'arrivée de sol-
< dats traînards, fuyards, et généralement peu « blessés; cette panique a cessé, mais la population c demande des armes ; j'ai promis d'organiser, iar- « mer aujourd'hui 400 ou 500 hommes de garde na- « tionale. Nous n'avons presque pas de troupes, « 1 ,500 à 2,000 hommes ! Si l'ennemi tente un coup
< de main sur la ville, nous nous défendrons jusqu'au « bout. » De Verdun, on demande c de pourvoir t d'urgence aux vivres de siégepour 4,000 hommes. » A Thionville, la garde nationale mobile c réclame « des armes. » A Metz, on donne à cette troupe des fusils à tabatière en mauvais état, et on l'envoie en toute h&te dans les forts. On écrit enfin au général, commandant la division militaire de Metz, qu'on « rinvite à déléguer au commandant d'armes d'Epi* « nal les pouvoirs nécessaires, pour préparer et « organiser la défense des passages des Vosges ! i Au moment même où cette lettre est écrite , l'armée du maréchal de Mac-Mahon repasse précipitamment sur le versant occidental de ces montagnes, que l'ennemi franchit à sa suite, après avoir détaché les Badois devant Strasbourg, pour investir cette importante place. Ces routes de Bitche, de Lichtenberg, de la Petite-Pierre, de Phalsbourg, sur lesquelles la France épuisée sut trouver, en 1814, des défenseurs pour arrêter toute TEurope, l'ennemi peut les franchir aujourd'hui sans difficulté, rien n'étant prêt pour lé contenir dans cette invasion, que Ton n'a pas voulu
prévoir. En vain, ces populations énergiques ont demandé des armes; comme leurs pères, dont les récits, presque légendaires, sont encore présents à leur mémoire, les habitants de la montagne auraient su défendre, pied à pied, Feutrée de la France ; et il leur faut assister, impuissants, à la marche de ces colonnes prussiennes, qui, masquant Bitche et Phalsbourg, se dirigent de Haguenau sur Saar- Union, entre les deux chemins de fer; les postes de la tetite-Pierre et de Lichtenberg, qui se trouvent sur les deux routes, suivies par la troisième armée, sont l'un abandonné, l'autre cédé après un court bombardement, et le flot germanique descend tout à coup dans la Lorraine, étonnée d'avoir à subir ses ravages pour la troisième fois dans le cours d'un siècle.
On veut se retirer sur Châlons. — Toutes ces pensées viennent assaillir mon esprit dans cette matinée du 7, que nul ne pourra jamais oublier; la douleur est dans tous les cœurs, mais, ce qui est plus grave, le désarroi paraît complet dans l'entourage de l'Empereur. On n'y parle que de partir sans délai pour Châlons, et déjà des voitures, chargées en toute hâte, emportent au chemin de fer une partie des bagages de la maison. Les 3" et 4" corps et la garde reçoivent l'ordre de se rabattre sur Metz, en appuyant la retraite du général Frossard, dont on n'a pas de nouvelles depuis 24 heures ; on prescrit au maréchal de Mac-Mahon de gagner Châlons, et au général de Failly, désorganisé sans avoir combattu, « desere- « tirer sur Nancy, s'il en est temps encore » Enfin, une division du 6® corps, déjà parvenue à Nancy , est
renvoyée par les voies ferrées au camp de Châlons, sur lequel on invite le ministre de la guerre à diriger tous les détachements de réservistes, destinés à larmée. C'est une véritable panique ; c'est un désordre inexprimable.
Des officiers sont envoyés au devant des l*", 2* et 5* corps en retraite; ils font de l'état de chacun d'eux le tableau le plus lamentable ; les hommes sont fatigués, découragés ; beaucoup d'entre eux ont perdu leurs effets de campement, leurs sacs, quelques-uns leurs armes ; les vivres même leur manquent. Heureusement l'ennemi, (nous le voyonsen lisant ses bulletins), ne se rendit compte qu'au bout de plusieurs jours de l'importance de ses deux victoires.
8 août. — Devait-on battre en retraite? — On a beaucoup discuté, on discutera beaucoup après les événements cette mesure prescrite, puis révoquée, de la retraite de notre armée sur Châlons. Je pense qu'on commettait une faute en la prenant dès le 7 ; on pouvait en effet compromettre ainsi les P*", 2" et 5" corps, que l'ennemi aurait poursuivis sans relâche, à la première nouvelle de notre marche rétrograde, et. l'on s exposait en outre à affaiblir le moral des 3", 4« corps et de la garde qui, n'ayant pas eu h combattre, avaient déjà peine à comprendre le mouvement de concentration ordonné sur Metz : < Tout jours reculer, disaient-ils, et pourquoi? nous n'a- « vous encore livré aucune bataille ; sommes-nous • « donc des lâches ? »
H faut ajouter que, d'après des gens compétents, Metz n'était pas en état de se défjsndre quinze jours
sans rarmée du Rhin, et que cette armée, réduite à quatre corps, y compris celui du général Frossard, paraissait peu en mesure de résister à la poursuite et à l'attaque de forces victorieuses, et d'un effectif triple du nôtre.
Il était donc sage de rester dans un camp retranché, qui devait être pourvu de vivres et de munitions pour plusieurs mois ^ ; on occupait ainsi une excellente position sur le flanc des envahisseurs ; Langres pouvait jouer un rôle analogue plus au Sud, tandis que le maréchal de Mac-Mahon réunirait, à Chàlons, une armée destinée, soit à se jeter dans Paris, soit à se retirer sur la rive gauche de la Loire, afin d y préparer les troupes de secours de Paris et de Metz.
Cet avis, alors partagé par un grand nombre d'officiers, prévalut le 8 dans le conseil de l'Empereur, et je crois que l'on eut raison de l'adopter. Quoiqu'il en soit, des ordres furent immédiatement donnés aux différents corps dans ce sens, et l'on chargea des officiers de Tétat-majorrgénéral de reconnaître une position militaire sous le canon des forts de la rive droite de la Moselle.
9 août. — La 3* division de cavalerie de réserve arrive à Metz, et va camper à Montigny ; quant aux
> Toute la question est là ; car malgré la mauvaise préparation & la guerre, et Tabsence de réserves au début, malgré toutes les fautes commises par le commandement, y compris môme le désastre de Sedan, on peut dire que, si Metz avait eu des vivres pour deux ou trois mois de plus, Tarmée de la Loire, organisée en novembre, aurait tiré de meilleurs fruits de la victoire d'Orléans ; elle n'aurait pas eu devant elle l'armée du prince Frédéric-Charles, et la fortune serait peut-être revenue BOUS nos drapeaux.
corps d*armée., ils sont aujourd'hui : le 1" et le 5*, à Blamont et Réchicourt-le-Château ; les 2% 3" et 4* corps , qu'une décision impériale met définitivement sous les ordres du maréchal Bazaine, bivouaquent à Boulange, Pont-à-Chaussy et Sainte-Barbe; la garde , qui n'est pas encore comprise dans cette nouvelle organisation , est à la Tuilerie. Le général Manèque est nommé chef d'état-major-général de la nouvelle armée ; le général Decaen remplace le maréchal dans le commandement de son 3"* corps.
Les renseignements sur l'ennemi sont assez confus; on croit cependant à une attaque par la première armée prussienne, et l'en écrit à cet effet au général de Ladmirault : « D'après un avis, qui me parvient à « l'instant , l'ennemi se concentre sur notre gauche, « et il pourrait nous attaquer avec des forces considérables ce soir, ou demain matin. Prenez les ordres du maréchal Bazaine qui est à Faulquemont, pour se lier au général Frossard, placé à sa droite. Éclairez-vous très au loin avec votre cavalerie. La garde est en réserve, en arrière du maréchal, Si vous étiez attaqué . employez beaucoup votre artillerie, car l'ennemi en fait grand usage. Veillez surtout du côté de Vry. » D'autre part, on donnait avis aux P"" et 5* corps de l'entrée de l'ennemi à Sarralbe : « Il parfiît se diriger sur Nancy, écrî- « vait-on au maréchal de Mac-Mahon ; il peut y être « dans cinq jours ; il est désirable que vous le de- « vancîez dans cette ville, et l'Empereur estime que « vous le pourrez, en forçant votre marche. A « Nancy, vous aure:? de nouvelles instructio'ûs. » Au général de Failly on ajoutait : « L'ordre de vous
diriger sur Nancy est maintenu; c'est seulement dans le cas où vous vous verriez devancé sur ce point, que, pour ne pas vous mettre dans la nécessité de lutter contre des forces supérieures, vous devriez, tout en continuant votre marche, prendre une direction plus à gauche, vers Langres par exemple. Vous en avertiriez l'Empereur par Paris. De Nancy, Sa Majesté vous appellera à Metz y ou vous indiquera votre retraite, soit sur Châlons, soit sur Paris. »
De fait, la deuxième armée prussienne, qui a occupé Sarreguemines le 7, a aussitôt pénétré en France ; elle s'avance , avec la première armée à sa droite, la troisième à sa gauche, toutes trois couvertes par un épais rideau de cavalerie, porté très en avant, touchant nos troupes en retraite, et masquant avec soin les mouvements de toutes les forces prussiennes. Le quartier royal a été transporté aujourd'hui de Hombourg à Sarrebruck.
A Paris , les Chambres ayant été convoquées , le ministère qui a déclaré la guerre est obligé de se retirer ; il laisse au nouveau cabinet , que cherche à former le comte Palikao , un fardeau bien difficile à porter.
10 août. — Le !•' corps arrive à Lunéville, ainsi que le 5*, auquel on prescrit aujourd'hui : « d'opérer « sa jonction avec l'armée de Metz , si l'ennemi lui • en laisse la possibilité. » Le 2' vient enfin s'abriter à Mer cy- lez -Metz, sous le camp retranché. La 1'* division de cavalerie de réserve s'établit avec trois régiments de chasseurs d'Afrique dans l'île
Chambière. Quant aux trois autres corps, ils sont arrêtés par le maréchal Bazaine sur la rive gauche de la Nied française: le 3« corps, de Pange à Pontà-Chaussy, ayant à sa gauche le 4' corps, du village les Étangs à Glatigny, sur là route de Sarrelouis, et, en réserve, la garde, de Maizery à Silly, sur la route de Sarrebruck. Cette position, bonne au point de vue du terrain, paraît dangereuse à cause des bois qui Tavoisinent, et qui peuvent permettre des surprises. Des ordres sont donnés, du reste, pour que ces corps viennent « occuper, demain 11, la position < en avant des forts Queuleu et S*-Julien, de la « Seille à la Moselle. »
On invite, en outre, le ministre à envoyer à l'armée de Metz, après le 6*' corps, la division d'infanterie de marine, en lui recommandant : « de lui « faire emporter effets de campement ^ marmites et « cartouches ! '»
Du côté de l'ennemi, on nous signale, pour la première fois, la présence du 1*' corps dans l'armée de Steinmetz, composée ainsi de trois corps; ce général, est chargé d'observer la place à l'Est et au Sud, tandis que la deuxième armée, forte de sept corps, et la troisième armée, de cinq et demi, franchiront la Moselle en amont de la ville. Les éclaireurs de la 4euxième armée sont .déjà signalés à Remilly; ils approchent de Pont-à-Mousson.
1 1 août. — Concentration autour de Metz, — Le 1" corps atteint Bayon, et le 5°, Gerbviller et Charmes. Quant aux corps campés sur la Nied, ils quittent leurs bivouacs, pour venir se concentrer autour
-^Gide Metz, en avant des forts S'- Julien et Queuleu, dans la position reconnue, le 8, par l'état-maj or-général. Le 4** corps, la gauche appuyée à la Moselle, est à cheval sur la route de S*'-Barbe, et descend vers le ravin de Vallières ; le 3" corps, au centre, va de ce ravin à Grigy, à cheval sur la route de Sarrebruck, et en avant de Borny ; le 2% à droite, est placé devant Queuleu , et occupe le château de Mercy, avec la brigade Lapasset, du 5° corps; cette brigade,, laissée à Sarreguemines, a été séparée du général de Failly, et. restera désormais sous les ordres du général Frossard. Le 6« corps, qui arrive du camp de Châlons, s'établit vers la Moselle, partie en amont de Montigny, partie sur la rive gauche, à hauteur de Woippy ; la garde, en réserve à gauche de Borny ; quant aux parcs de vivres des 2% 3* et 4« corps, ils sont dans l'île Chambière.
Il a plu toute la nuit, il pleuj; encore ce matin, et les routes sont en fort mauvais état; aussi, les troupes s'installent-elles au bivouac, dans des conditions très défavorables.
Nous voici sous Metz, bien abrités contre la place, les vedettes à hauteur des sentinelles. On veut cependant savoir ce qui se passe au dehors, et l'on est .obligé d'écrire à la cavalerie les dépêches suivantes : « De l'infanterie ennemie aurait occupé Ham-sous- « Varsberg et Boucheporn ; envoyez quelques esca- 9 drons en reconnaissance. » Et, c il est nécessaire t que l'Empereur ait des renseignements sur des « mouvements, que l'ennemi pourrait faire dans la « direction de Faulquemont et de Nomény sur < Nancy. Exécutez demain matin des reconnais" i sauces dans cette direction. »
12 août. — Le maréchal Bazaine est nommé commandant en chef de l'armée du Rhin. — Les 1** et 5* corps arrivent à Colombey et Mirecourt. c Ne € continuez pas votre marche pour vous jeter sur « TArgonne » , écrit-on au général de Failly ; t mar- € chez droit sur Toul, et aussi vite que possible; c vous n'êtes pas menacé; le chemin de fer avec € Nancy n'est pas interrompu. De Toul, et suivant « les circonstances, vous serez appelé à Metz, ou « dirigé sur Châlons. »
Mais, dans la journée, sur la nouvelle de l'arrivée de ulans à Nancy, on donne contre-ordre au 5" corps, en lui prescrivant d'aller « sur Paris , par la route « la plus convenable. •
Les troupes autour de la place s'organisent pendant cette journée, un peu meilleure que la précédente ; le temps est couvert et frais, mais il ne pleut pas. Les régiments du 6" corps arrivent successivement à Metz ; comme toujours, ils sont mal approvisionnés. On peut en juger par les deux lettres suivantes :
« Camp de Chàlons , 8 août. — Intendant du t 6« corps à guerre. — Je reçois de l'intendant en « chef de l'armée du Rhin la demande de 400,000 « rations de biscuit et de vivres de campagne; je « n'ai pas une ration de biscuit , ni de vivres de camc pagneF, à l'exception de sucre et de café. Décidez « si je dois en envoyer. »
« Camp de Châlons, 10 août. — Maréchal Canro- « bert à guerre. — Votre Excellence n'ignore pas que « beaucoup d'isolés, malades ou blessés, sont dirigés A sur le camp de Chàlons. Je continue à n'avoir ni
c marmites, ni gamelles, et ces hommes sont dé- € pourvus de tout. Mon devoir est de vous en infor- « mer. Nous n'avons ni sacs de couchage, ni assez « de chemises, ni assez de chaussures. »
Le maréchal Canrobert arrive de sa personne aujourd'hui : « Je compte vous laisser indépendant, <c maréchal » , lui dit l'Empereur. « Sire » , aurait répondu l'ancien commandant en chef de l'armée d'Orient, < la situation est grave; il faut que « chacun sache obéir à un seul chef; je donnerai « l'exemple : placez-moi sous les ordres du maré- « chftl Bazaine. » Réponse heureuse et digne d'être conservée; elle est bien de l'homme honnête, qui, dans des circonstances également difficiles, sut quitter le commandement suprême en Crimée, et reprendre avec simplicité son poste , à la tête d'une division sous les ordres du général Bosquet , dont , la veille encore , il était le chef. Ce sont deux belles actions, qui valent deux éclatantes victoires pour l'honneur de celui qui a su les accomplir; elles sont d'un exemple rare, et qui, d'ailleurs, n'a pas été contagieux dans l'armée du Rhin, pour le plus grand dommage de la chose publique.
. Cette réponse et les vives accusations, portées à la ' . tribune du Corps législatif contre la direction des affaires militaires, déterminent enfin l'Empereur à se dessaisir d'une autorité qu'il ne peut plus exercer. Un décret impérial nomme le maréchal Bazaine commandant en chef de l'armée du Rhin , et le général Jarras, chef d'état-major-général de la dite armée. Le maréchal Le Bœuf et le général Lebrun abandonnent leurs fonctions de major-général et de premier aide-major-général.
Ce même jour, le Roi de Prusse' établit son quartier-général à St-Avold, et lance une proclamation, par laquelle il déclare ne pas faire la guerre ait peuple français ^ et abolit la conscription dans les pays occupés par l'armée prussienne.
13 août. — Le quartier-général-royal est aujourd'hui à Herny, et Pont-à-Mousson est occupé par l'ennemi ; nos communications avec Paris par Nancy sont coupées, et les arrivages du camp de Châlons désormais impossibles; le 6* corps n'a reçu que trois divisions, un régiment de la 4% ni cavalerie, hi réserve d'artillerie ; le dernier régiment de chasseurs d'Afrique n'a pu rejoindre la 1" division de cavalerie de réserve.
Les habitants des mllages voisins émigrent vers Metz. — Dans la journée, des coups de feu se font entendre en avant du 3* corps sur la route de Sarrebruck; l'ennemi paraît exécuter une reconnaissance entre le châtpau d'Aubigny et cette roiite, que nos avant-postes occupent à hauteur de Montoy, Les habitants des villages environnants fuient à l'approche des ulans, et se précipitent vers nos camps. En ville, les portes, les rues, les places publiques , sont encombrées de voitures, chargées de femmes, d'enfants, de meubles, de matelas, de tout ce que ces émigrants ont de précieux. Rien n'est plus pénible que la vue de ces malheureux, victimes d'une imprévoyance coupable, presque criminelle. Surpris par une invasion, à laquelle ils étaient loin de songer, ils viennent chercher un refuge dans l'enceinte dea
— esfortifications ; on ne les reçoit aujourd'hui que s'ils sont munis de quarante jours de vivres; mais, on est bientôt obligé de déclarer que, le nombre des fugitifs devenant trop considérable pour la sûreté de la place, menacée d'un long siège, on ne pourra plus en accueillir désormais dans Metz.
Ordre de battre en retraite. — Dans la soirée, le nouveau commandant en chef de l'armée lui adresse les instructions suivantes : c On se tiendra prêt à c faire mouvement demain 14, à 5 heures du matin. € Tout le monde prendra des vivres pour les 14, 15 c et 16, et Tin tendant-général emportera le plus de c rations possible, en ne laissant dans Metz que les c transports nécessaires à la garnison. On désic gnera ce soir les hommes non valides, qui devront c être laissés dans la place, et ils seront organisés c en détachements réguliers. »
Outre ces détachements, la garnison de Metz comportera des dépôts, des quatrièmes bataillons, de la garde nationale mobile et sédentaire, et comme nojau principal, la division de Laveaucoupet, détachée du 2* corps.
Dimanche, 14 août. — Nancy est occupé par l'ennemi, qui pousse des reconnaissances jusque devant Toul. Par suite, le général de Faillyadû modifier son itinéraire; il se trouve, aujourd'hui à la Marche et télégraphie au ministre de la guerre : c Par ordre € de l'Empereur, mon corps d'armée se retire sur c Chaumont, où il arrivera le 16 ; je désirerais que « Votre Excellence fit diriger sur ce point des sou-
< liera, défi chemises et des tentes-abris, un grand c nombre d'hommes de la réserve m'ayant rejoint « sans tentes. Mon quartier-général sera demain à f Montigny ; après-demain à Chaumont. »
Depuis ce matin, nos interminables convois traversent la Moselle , et le mouvement de retraite , ordonné hier, est en pleine exécution. J'ai dit précédemment ce que je pensais de la retraite sur Châlons; je crois encore, pour les raisons déjà exposées, que nous devrions rester à Metz , en y opérant contre Tennemi, et en donnant ainsi au pays surpris le temps de s'organiser. Mais, il est évidemment nécessaire pour cela que notre camp retranché renferme des approvisionnements de vivres et de munitions, en quantités suffisantes. Or, nous apprenons aujourd'hui que l'on n'a pas pris cette sage précaution. Si cette triste vérité, la seule qui pût nous obliger à nous éloigner, est nettement connue des chefs de l'armée depuis quelques jours, il y a lieu de regretter qu'ils ne se soient pas décidés à partir, dès que nos troupes ont été concentrées sous Metz; nous ne serions pas ainsi exposés à rencontrer l'ennemi sur la route de Verdun. Après avoir voulu s'éloigner trop tôt dès le 8, on commet la faute de se mettre en marche trop tard.
n faut dire, du reste, pour rendre justice à tout le monde, que la responsabilité de ces mauvaises combinaisons ne doit pas retomber sur le maréchal Bazaine. Investi du commandement en chef de tonte V armée du Rhin, le 12 seulement, il ne put donner que le 13 les ordres, aujourd'hui en voie d'exécution. Toutefois, il eut le tort de ne pas faire réduire im-
pitoyablement les bagages , notre plaie jusqu*au dernier jour; ils ralentissent, le 14 et le 15, notre marche, qui aurait dû être si rapide, et, suivant une expression qui se trouve sur toutes les lèvres, ils nous donnent Taspect de « Tarmée de Darius. •
Départ de VEmperem. — Vers midi, un escadron de guides, les cent-gardes et les voitures impériales se réunissent sur la place delà préfecture : l'Empereur va partir. Rien déplus lugubre que ce spectacle, devant lequel la foule reste triste et silencieuse : Ce 3ont les adieux de Fontainebleau, disent les uns; c'est une fuite, disent les autres ; c'est,, il faut en convenir, une grande tristesse.
Singulier i^tour de la fortune ! Ce monarque, qui s^éloigne ainsi avec son fils, sans provoquer sur son passage la moindre manifestation , n'était-il pas acclamé, il y a peu de mois encore, par des millions de voix qu'il comptait avec orgueil? Cette armée, qui se retire au premier choc de l'ennemi, ne l'avaiton pas vue naguère se porter à la frontière, avec une confiance et une fierté, que pouvaient se permettre les vainqueurs de Sébastopol et deSolferino? Quels changements? que de sujets de découragement pour les plus fermes s'ils ne tenaient leur cœur bien haut; si, malgré nos malheurs et nos fautes, ils n'espéraient contre toute espérance 1 Non, nous le croyons fermement, il n'est pas possible que cette belle race française, qui a rendu de si réels services à l'humanité, succombe sous la force, et cesse jamais d'être une grande nation.
Combat de Borwi/ (ou Metz , ou Pange). — Vers 4 heures du soir , une partie de nos troupes avait déjà traversé la Moselle; le 3' corps et la garde allaient à leur tour se mettre en marche, lorsque l'ennemi € croyant s'apercevoir de notre mouvement de « retraite » se décide à en retarder l'exécution. Il lance , à cet effet , le VII» corps contre le général Decaen, qui fait volte face, et prend position avec ses troupes de la manière suivante :
La première division appuie sa droite à la route de Strasbourg, en avant de Grigy, sa gauche au bois de Borny ; la 2* s'établit sur le plateau qui est au Nord d'Ars-Laquenexy et de la Grange-aux-Bois, s'étendant jusqu'au château d'Aubigny; la 3% la droite en arrière de Colombey, se prolonge à gauche jusqu'à la route de Sarrelouis; enfin, la 4* continue la ligne depuis cette route jusqu'au ravin de Vallières. Toutes ces troupes sont disposées sur deux lignes, l'une déployée, l'autre en colonnes par division. Le VIP corps prussien se dirige d'abord sur les divisions Metman et de Castagny, tandis qu'à sa droite le I** corps attaque la division Grenier, restée seule sur les lignes du 4« corps, du village de Mey à la petite chapelle de la Salette. Les T* et 3* divisions de cavalerie ennemie appuient sur les flancs cette double attaque , et le dernier corps de Steinmetz (le VIII«) reste en réserve, tandis qu'à l'extrême gauche de l'ennemi, le IX" corps, de la 2" armée, s'avance par la route de Strasbourg, afin de couvrir le mouvement tournant de six autres corps de cette dernière armée, au sud de la ville. Cette première tentative des Prussiens est repoussée, et la garde se
porte en réserve de nos premières troupes, en avant du chemin de Bomy h Vantoux. Sur la gauche, le général de Ladmirault, qui présidait au passage de la Moselle par les 1" et 3« divisions de son corps d'armée, prévenu de l'attaque dirigée contre le général Grenier, donne sans retard Tordre à ces deux divisions de se reporter sur la hauteur, et y dirige également son artillerie de réserve ; la division de Cissey , engagée dans la descente qui conduit aux ponts de bateaux de File Chambière, jette ses sacs à terre, et, gravissant au pas de course la côte de Saint* Julien, vient remplacer la division Grenier qui descend à droite et un peu en arrière vers le ravin de Vantoux. Aussitôt, le 20"^ bataillon de chasseurs s'élance avec beaucoup de vigueur dans le petit bois de Mey qui commençait à être occupé par les tirailleurs ennemis et s'en empare; puis, la 3* division entre à son tour en ligne plus à gauche, et parvient à repousser de nouvelles tentatives des Prussiens, au Nord de la route de Sainte-Barbe. La lutte se prolonge jusqu'à la nuit; deux fois encore l'ennemi renouvelle ses assauts, mais sans pouvoir nous déloger de nos lignes ; il est même , vers 8 heures, rejeté très vivement sur la gauche par une charge à la baïonnette, et forcé de se retirer dans ses positions, où nous n'avions évidemment pas mission de le poursuivre, puisque nous devions continuer le mouvement de retraite , commencé depuis le matin par toute Tarmée.
Ce fut un véritable succès, mais chèrement payé par la blessure mortelle du brave général Decaen , un des chefs les plus justement estimés de notre
armée. Les Prussiens prétendent avoir remporté ce jour-là une éclatante victoire, et nous avoir rejetés jusqu'à Bellecroix et Bomy, où se trouvaient nos réserves ; ils vont même j usqu'à déclarer "que nos troupes ont été reconduites jusque sous les glacis des ouvrages avancés; Texamen de la carte prouve que cela était tout simplement impossible. Ce qu'il y a de certain , c'est que nous n'avons pas été délogés de nos bivouacs , que nos troupes y ont passé une partie de la nuit, et qu'elles ont tranquillement continué, au monrent voulu, la manœuvre prescrite. Les Prussiens sont fondés à dire toutefois, et nous ne le leur contestons pas d'ailleurs, que, par cette attaque sur nos troupes d'arrière-garde , ils ont ralenti notre marche, et permis à la 2* armée d'effectuer son mouvement tournant, et de gagner la route de Metz- Verdun. Il faut ajouter cependant que nos bagages ne nous auraient pas permis une marche beaucoup plus rapide.
Quoi qu'il en soit, la tristesse, que nous avions ressentie toute la journée, par suite de notre départ, s'était, le soir, changée en joie; l'ennemi nous avait attaqué avec des forces supérieures, et n'avait pu nous faire reculer de nos anciennes positions. C'est ce que l'on est autorisé à considérer partout comme une victoire, quelles que soient les conséquences de la lutte. Nos hommes, dans tous les cas, avaient repris confiance, et descendaient galment vers le Ban-Saint-Martin. La satisfaction n'était pas moins grande au quartier- impérial à Longe ville; aussi, l'Empereur reçut-il avec faveur le commandant en chef, qui se rendait à Moulins, et, lui tendant la
main : c Eh bien, maréchal, lui dit-il, vous avez donc c rompu le charme? >
15 aoùt^. — Les convois se sont mis en route au jour; ils comprennent, outre les voitures ré^men* taires, déjà trop nombreuses, une quantité effrayante de voitures du pays, que nous appelons afàbaSy en souvenir des chariots turcs. Ces arabas, attelés de deux à quatre chevaux, doivent, d'après les prescriptions du maréchal, être placés en dehors de la route, et être renvoyés sous Metz; la première partie de Tordre est exécutée, mais le soir tous les transports, retirés ainsi du convoi par les officiers d'étai-major, se placent tranquillement à lasuite du train régulier, et nous arrivent à Gravelotte , après un défilé, qui dure toute la nuit. Les difficultés, occasionnées dans ia marche par tous ces impedimenta, et le combat de
1 II n*est pas sans intérêt d'indiquer ici, d*aprô8 les rapports des Prussiens, l'emplacement de leurs divers corps dans ces jours importants du milieu d^août. Le 15, l'ennemi croyant À la possibilité d*une attaque de notre part en avant de Saint-JuUen et de Queuleu, la première armée resta, avec ses trois corps et ses deux divisions de cavalerie, sur la rive droite de la Moselle, devant la place. De la 2« armée, dont le quartier-général était & Pont-à>Mousson, trois corps avaient déjà atteint cette rivière : le IV« & Marbache, la garde & Dieulouard, le X« à Pont-&- Mousson, que son avant -garde avait même dépassé ; les 4 autres étaient encore en arrière, savoir : le III* à Cheminot, sur la Seille, les IX« et XII« à. Buchy et Soigne, sur la route de Strasbourg, le II« arrivait seulement & Han* sur-Nied. La 6« division de cavalerie couvrait le mouvement & droite vers Metz, la 5* Féclairait en avan^ àThiaucourt, et jetait déjà des patrouiUes sur la route de Metz- Verdun, que iious voulions suivre. Ce même jour, le Prince royal établissait son quartier-général à LunéviUe.
Borny nous ont empêchés hier d*atteindre le plateau de Gravelotte, ainsi que le voulaient les instructions du 13; d après ces mêmes instructions, la division du Barail, suivie des 3' et 4* corps, devait prendre la route de Doncourt, tandis que la division de Forton s'avancerait à gauche, avec les 2* et 6* corps, vers Mars-la-Tour. Quant à la garde , elle restait encore aux ordres de l'Empereur.
Aujourd'hui, les dispositions, prescrites verbalement à Moulins, sont les suivantes : cLe4'' corps ira à Doncourt, le 3', derrière lui, s'arrêtera à hauteur de Verneville, et campera à cheval, sur la route, le long de la ligne Verneville-St-Marcel, pour faire face à droite ^ Il gardera le bois Doseuillons. Lie 2* corps, dès qu'il verra la tête du 6*, continuera sa marche jusqu^à Mars-la-Tour, et sera remplacé à Rezon ville et Vion ville par ce dernier corps -i Une division de voltigeurs et deux batteries prendront position au Point-du-Jour, pour couvrir au besoin la retraite ; le reste de la garde s'établira à Gravelotte, laissant à Longeville un régiment jusqu'à ce que toute l'armée ait défilé. La cavalerie de Forton se placera à Tronville, et éclairera l'armée à gauche et en avant sur la route de Saint- Mihiel ; la division du Barail fera le même service sur l'autre route de Verdun par Jarny. • Pendant que ce mouvement s'exécute avec une extrême lenteur, le fort Saint-Quentin lance quelques projectiles contre l'ennemi, qui vient de con-
1 On ne savait pas encore si Ton n*aurait rien à craindre du côté du Nord, et Ton redoutait une marche de Tarmôe de Steinmetz, entre Metz et ThionviUe.
daire des pièces de campagne en avant de Montigny , et, au milieu du bruit de la canonnade, on entend sauter le pont du chemin de fer à Longeville, détruit pa^ ordre du commandant en chef. Il est regrettable que Ion n'ait pas songé à rompre également, depuis quelques jours, celui d'Ars, dont on laisse ainsi la libre jouissance à l'ennemi.
Cependant le général de Forton, qui ouvre la marche sur la route de Mars-la-Tour, rencontre audelà de Vionville de la cavalerie ennemie, accompagnée d'artillerie et même d'infanterie, dit le rapport de ce général ; il s'arrête devant ces forces, et attend . le général Frossard, qui vient s'établir à hauteur de Rezon ville, à gauche de la route, tandis que le 6* corps se place à droite et sur la même ligne. La garde, dont les derniers régiments arrivent au milieu de la nuit, s'installe ainsi que la réserve d'artillerie et les parcs, en avant de Gravelotte, où est l'Empereur. Sur la route de Doncourt, la division du Barail parvient bien à Jàrny, mais le 4^ corps, retardé par le combat du 14, ne peut pas atteindre la position qui lui a été assignée ; il en résulte que, contrairement à l'ordre de mouvement, il se trouve précédé, par le 3" corps, dont trois divisions arrivent entre St-Marcel et Verneville, mais seulement à dix heures du soir; quant à la dernière, la division Metman, elle ne rallie que le lendemain, ainsi que la cavalerie du général de Clérembault, restée aux portes de la ville. Ces retards regrettables, et la présence de l'ennemi ne permettent pas de se porter plus en avant aujourd'hui; le maréchal, qui voulait établir son quartier-général à Bezonville, reste à Gravelotte, et
envoie le soir à ses commandants de corps Tordre suivant : c La soupe sera mangée demain matin, à c 4 heures ; l'on se tiendra prêt à se mettre en route « à 4 heures et demie, en ayant les chevaux sellés et « les tentes abattues. Les 2° et 6* corps doivent c avoir 30,000 hommes devant eux; ils s'attendent « à être attaqués demain ^ »
16 août. — L'Empereur part à 6 heures du matin par la route de Conflans ; il emmène avec lui la brigade de cavalerie de ligne de la garde, et la fait relever à Doncourt par la brigade Marguerite, composée des 1 •' et 3" chasseurs d'Afrique, qui escortent le souverain jusqu'à Verdun, et ne pourront plus revenir parmi nous. Quelques heures plus tard, la route était coupée par la cavalerie ennemie. Pendant que l'Empereur se dirigeait ainsi vers l'intérieur pour organiser l'armée de secours, les l*' et 5^ corps continuaient péniblement leur route vers Chàlons; ce dernier était à Chaumont, coù il était obligé de faire « séjour le 17, après les marches forcées, exécutées € depuis le 5, » écrivait le général de Failly. Quant au maréchal de Mac-Mahon, il télégraphie aujourd'hui au ministre et au maréchal Bazaine : c Trois € de mes divisions vont par voie ferrée sur Châlons, c mais sans artillerie et sans réserves division- « naires ; les deux autres, toute l'artillerie et toute
1 De fait, le général de Forton n'avait eu devant'lni que la 5^ division de cavalerie prussienne, envoyée en reconnaissance avec son artillerie, et soutenue, à une grande distance (à Thiaucourt), par une brigade de la 19« division du X« corps.
la cavalerie se dirigeaient également Bur ce point, lorsqu'à Joinville le commandant du camp m'a prévenu que Bar-le-Duc était occupé par l'ennemi, et qu'il avait des craintes pour Blesmes. Dans cette situation, me voytint dans l'impossibilité de faire marcher mon artillerie assez vite, pour lui faire gagner du terrain avant l'ennemi, je me suis rabattu, avec tout ce que j'ai en arrière, sur Barsur-Aube, où sera demain toute la cavalerie. Je pense qu'il y aura lieu de diriger tout ce qu'il me reste d'infanterie par chemin de fer sur Paris, d'où elle pourra revenir sur Chàlons, s'il y a lieu. L'artillerie et la cavalerie iront par terre à Bar-sur- Aube, puis dans la direction de Méry-sur-Seine,. à moins que l'on ne mette à leur disposition les wagons nécessaires pour prendre les voies ferrées. J'attends vos ordres à Bar-sur-Aube. »
Au quartier-général de Gravelotte, le maréchal Bazaine dicte, dans la matinée du 16, les instructions suivantes : « Faites faire les distributions selon « les ressources envoyées par l'intendant-généraL « Toutes les voitures civiles devront être renvoyées c en arrière de Gravelotte avec les malades. S'asc surer du complet des cartouches, et compléter les c parcs divisionnaires, si cela est nécessaire. Dès c que les reconnaissances seront rentrées, et que tout ^ indiquera que l'ennemi n'est pas en force à proxi- < mité, on pourra dresser de nouveau les tentes, « mais les hommes ne devront aller à l'eau que par « corvées. Joindre des vedettes aux grand'gardes € pour être prévenus de l'approche de rennemi. Nous
« partirons probablement dans l'après-midi, dès que « je saurai que les 3* et 4* corps sont arrivés à notre
< hauteur en totalité. »
On écrivait, en outre, au maréchal Le Bœuf, qui, depuis la veille, avait pris le commandement du 3" corps, en remplacement du général Decaen :
< Sur votre demande, je suspends jusqu'à cet après- « midi la marche de Tarmée. Faites rallier sans re-
« tard les divisions en arrière Il n'y a pas d'en-
« nemi sur votre droite; le danger pour nous est « vers Gorze ; faites donc reconnaître les routes sur « votre gauche, afin devenir vous mettre en seconde « ligne derrière les 2* et 6* corps^ dans le cas d'un « combat aujourd'hui. »
Les reconnaissances et les espions disaient, en effet, qu'aucun ennemi ne se montrait vers le Nord, tandis qu'on signalait au Sud une force de 25,000 hommes se dirigeant par Gorze sur Mars-la-Tour^
1 Les Prussiens, ayant acquis, le 15, la ceirtitude que nous battions en retraite du côté de Verdun, prennent, pour le 16, les dispositions suiyantes : les 'sept corps de la 2« armée, dont le quartier-général est à Pont-à-Mousson, se porteront : le III« et la 6* division de cavalerie, par Novôant et Gorze sur Mars-la- Tour et Vionville; le X« et la 5« division de cavalerie, avec la brigade de dragons de la garde, continueront leur marche sur Verdun jusqu'à St-Htlaire; le XII» ira de Nomény àPont-à- Mousson, avec avant-garde à Regniéville-en-Haye, la garde à Bernécourt, avant-garde à Rambucourt ; le IVe corps, vers les Saizerais, avant-garde à Jaillon, sur la route de Toul ; le IX«, à Sillegny pour suivre, le 17, les traces du III« corps; et le II«, à Buchy, avec ordre de franchir la Moselle le lendemain. Dans la l^* armée, le l^' corps restait «n position devant Metz avec la 3^ division de cavalerie, les VII« et VII I« corps devaient s'établir, avec la !'• division de cavalerie, sur la ligne Arry-Pommerieux. — Le quartier-royal était encore à Hemy, celui du Prince
C'étaient les troupes du IIP corps et la 6* division de cavalerie, qui se dirigeaient sur ce dernier point en vertu des ordres du prince Frédéric-Charles, tandis que la 5« division de cavalerie, qui avait rencontré la veille la division de Forton, et était venue bivouaquer à Xonville, cherchait avec le X" corps à nous précéder sur la route de Verdun, vers Saint-Hilaire.
Bataille de Rezonville (ou Vionville, ou Mars-la- Tour). — Le général von Alvensleben 2'*, commandant le IIP corps, apprenant pendant sa marche que l'on apercevait près de Tronville et de Vionville des avant-postes français, et plus en arrière, à proximité de ces villages, de nombreuses tentes, résolut de nous attaquer sans retard. En conséquence, il fit prescrire au commandant de la division d'infanterie qui tenait la tête, de s avancer rapidement jusqu'au plateau, d'y prendre une bonne position, et dy attendre l'entrée en ligne de la division de cavalerie du duc Guillaume de Mecklembourg-Schwerin.
Vers 9 heures, cette cavalerie parvenait sur la hauteur, et s'élançant, sans plus tarder, contre nos avant- postes, elle contraignait à une retraite précipitée, à travers le 2* corps, les divisions de Forton et de Valabrègue\ que les obus de l'ennemi, étaient venus surprendre jusque dans leurs camps, à Vionville. Les troupes du général Frossard, un moment ébranlées par ce passage subit de nos cavaliers,
royal à Nancy, et les troupes de la 3^ armée, portées déj& jusqu'à Bar-le-Duc, ainsi que le signalait le maréchal de Mac- Mahon.
^ Division de cavalerie du 2* corps.
n'eurent que le tempd de prendre les armes et de s'établir,, à gauche de la route, de la manière suivante :
La division Bataille à 1,500 mètres en avant de Rezonville, sur les hauteurs qui dominent le hameau de Flavigny ; la division Vergé à sa gauche, et un peu en arrière, sur le même mouvement de terrain, la brigade Lapasset, face à gauche en retour , à la tête du défilé de Gorze, observant les bois de Saint- Arnould et des Ognons.
Le 6" corps est à la droite du 2", en avant de Rezon ville; il s étend de la route à Saint-Marcel, avec la division Lafont de Villiers contre la chaussée, le 9"^ de ligne, de la division Bisson, à sa droite , et la division Tixier vers Saint-Marcel ; quant à la division Levassor-Sorval, elle forme, en arrière de la brigade Lapasset, une deuxième ligne parallèle à la route de Verdun.
Au bruit du canon, le maréchal Bazaine monte à cheval avec son état-major, et, sans se préoccuper du désordre causé par des dragons, qui ont battu en retraite jusqu'à la maison de poste, il s*arrête sur la hauteur, située entre cette maison et le bois de la Jurée, afin d'y constituer un solide point d'appui aux troupes de première ligne. A cet effet, il place les zouaves de la garde contre la route, de l'artillerie à leur droite pour battre le ravin qui passe entre les bois de Saint- Arnould et des Ognons^ et qu'il juge propre aux suxprises : il fait descendre une brigade de cavalerie
1 Nous désignerons sous le nom de la Jurée ce ravin, qui, venant du bois de ce nom, débouche dans celui de Gorze.
de la garde dans cette vallée, aa coude que fait la voie romaine. Le maréchal prescrit ensuite au général Bourbaki de porter la division de voltigeurs vers la position . élevée de la Malmaison ^ et la division de grenadiers vers le bois des Ognons , afin de défendre au besoin Gravelotte , s*il était nécessaire de protéger la retraite. Puis, ayant envoyé un officier au maréchal Le Bœuf pour Tin viter à se diriger sur sa gauche , afin de prendre Tennemi de flanc , et comptant d'ailleurs sur le général de Ladmirault, pour accourir au bruit du canon, et soutenir le mouvement du 3* corps, le maréchal se porte sur le front des divisions Vergé et Bataille.
Cependant, du côté de l'ennemi, la division von Buddenbrock, parvenue à Tronville, avait tourné à droite et, soutenue par ses quatre batteries, bientôt renforcées de l'artillerie du corps, elle avait occupé, vers 10 heures et demie, la hauteur cotée 285, puis Vionville et Flavigny. L'autre division du III* corps, arrivée sur le plateau par la route de Gorze- Vionville , s'était arrêtée au nord de cette route avec son artillerie et un détachement du X« corps , qui s'était joint à elle, et avait pris possession également du bois de Vionville. Toute l'artillerie du III* corps, maintenant en ligne, reliait les deux divisions ennemies, et couvrait de projectiles les troupes du général Frossard , repliées entre Flavigny et Eezonville. La division de cavalerie du duc de Mecklenbourg appuyait le général von Buddenbrock , tandis que
1 La moitié du bois de la Jurée Ters TEst est coupée.
celle du général von Rheinbaben, dirigée à 9 heures et demie de Puxieux sur Tronville avec quatre batteries à' cheval, couvrait, vers la route, la gauche de ce même général.
n était 11 heures et demie, et une brigade du X* corps prussien (colonel Lehmann, de la 19' division) entrait en ligne à Vionville, lorsque le maréchal Bazaine , parvenu devant le 2* corps , apprend les deux attaques exécutées une heure auparavant contre le général Frossard , Tune sur sa gauche par le bois de Vionville , l'autre sur sa droite en avant du village .du même nom, et s'étendant jusque sur le front du 6* corps. Ces attaques avaient été repoussées de tous côtés ^ et Tennemi se bornait en ce moment à canonner , avec vingt batteries , les troupes françaises , disposées en avant de Rezonville. Pour les contrebattre , le maréchal appelle à lui les batteries de 12 de la réserve générale, et, décidé à rester sur la gauche pour surveiller les entreprises , que l'ennemi peut faire de ce côté à Tabri des grands bois qui s'y trouvent, il donne des ordres pour que sa droite soit complètement garantie de toute surprise, en envoyant la division de Forton contre le bois situé au sud de Villers. Cette division , qui s'établit près de la voie romaine, vers la cote 311, devra charger, ^dès que l'occasion s'en présentera.
Le feu nourri de plus de cent piëoes ennemies n'avait pas empêché les divisions du 2° corps de maintenir leurs positions, lorsque, vers midi et demi, le général Bataille ayant été blessé, sa division vint à plier devant une attaque nouvelle des Prussiens; elle se retire , et entraîne avec elle une partie de la
division Vergé, dont la gauche seule reste en position, appuyée à la brigade Lapasset, qui tient ferme. Le maréchal venait, à ce même moment, sur la demande du général Frossard, de donner Tordre au 3« lanciers et aux cuirassiers de la garde de se porter en avant de Rezonville , pour protéger le mouvement d^ retraite du 2* corps. Le premier de ces régiments reprenait à peine position en avant de Rezonville, après avoir chargé une première fois avec le plus grand élan, un peu plus à gauche, sur le chemin de ce village à Chambley ; il se jette, suivi immédiatement par le régiment de cuirassiers de la garde, dans la direction de Flavigny, que couvraient des troupes d'infanterie; celles ci attendirent nos cavaliers lancés de trop loin, et, avant d'être abordées par eux, les accueillirent par une vive fusillade, qui les obligea à faire de mi -tour. Afin de protéger leur ralliement, le maréchal avait fait avancer sur la ligne de bataille une batterie de la garde, et il était au milieu des pièces avec son état-major, suivant avec attention le mouvement rétrograde de nos cavaliers, déjà parvenus à sa hauteur, lorsque, tout à coup, on aperçut, au milieu d'eux, et bientôt sur nos canons mômes, des hussards prussiens dont nul ne soupçonnait rapproche ^ Aussitôt les pièces fort
1 Diaprée le rapport du X* corps prussien, ce seraient les W et 17« hussards de la division von Rheinbaben, qui auraient fourni cette charge. Il est malheureusement très difficile de décrire, avec quelque précision, ces épisodes nombreux de Taction de la cavalerie, qui a très brillamment combattu des deux côtés dans cette Journée; le rapport d'ensemble de la 2« armée prussienne passe très rapidement sur ces faits intéressants, et surtout il fait à peine mention de la charge des 7* cuirassiers et
aventurées, sans tirailleurs sur leur front, sans soutien derrière elles cherchent à atteler et à se retirer, ' * entraînant dans leur mouvement tous les officiers , qui mettent Tépée à la main. Le maréchal galope côte à côte avec un officier ennemi, qui ne se doute guère de la bonne prise qu'il pourrait faire. Tout cela dure à peine un instant; Tescor^e du commandant en chef, laissée en avant de Rezonville, se précipite à la vue de ce désordre, sabre les cavaliers ennemis et reprend les pièces qu'ils cherchent à enlever. L'hésitation, qui se manifesta à ce moment dans les lignes prussiennes, permit au maréchal de faire arriver la division Picard , des grenadiers de la garde, qui se porta en avant sous les ordres même du général Bourbaki, relevant les divisions Vergé et Bataille, et prenant position à droite et à gauche du village de Eezon ville. » ^ ^ De son côté, Tennemi avait porté une partie de la 6* division et la brigade Lehmann dans les bois, situés au nord-ouest de Vionville, tout en tenant toujours par sa droite ce dernier village et Flavigny. Le général von Buddenbrock avait envoyé les troupes du X" corps à l'ouest du bois pour répondre à un corps français , dont on commençait à annoncer l'entrée en ligne dans la direction de Bruville , et il s'était dirigé lui-même sur la lisière Est avec son monde. Un combat opiniâtre s'engagea dans le bois, « combat « meurtrier, dit le rapport prussien, parce qu'une « batterie française, postée contre la voie romaine,
16« ulans, qui fut si glorieuse pour nos cavaUers, si meurtrier» pour leurs adversaires.
1 Rapport officiel français.
« tirait avec beaucoup de succès dans le bois et sur « les pièces prussiennes dé VioBTille. » Le général ennemi tenta de faire reculer cette l3atterie; mais aussitôt, la division Tixier, détachant la brigade Péchot dans le bois Sud de Saint -Marcel, annula ces nouveaux efforts, tandis que, plus à gauche, les généraux Bisson et Lafont de Villiers obtenaient même succès, et contraignaient l'ennemi à se borner à une canonnade, qui parut môme cesser vers 2 heures de l'après-midi.
A ce moment, croyant remarquer que les Prussiens préparaient encore un assaut de nos lignes dans la direction de Bezonville, la clef de notre position , le maréchal Bazaine fit arrêter le mouvement offensif que le 6* corps prononçait après son succès, et prit des dispositions pour résister aux projets de , l'ennemi . A cet effet, le 3* grenadiers de la garde vint relever la division Levassor-Sorval, qui envoya une brigade à gauche du reste de la division Picard, sur les crêtes en face de Vionville. Les grenadiers ont été remplacés eux-mêmes par les voltigeurs, sur la rive gauche du ravin de la Jurée, et contre le bois des Oguons, dans lequel s'établissent les chasseurs à pied de la garde, taudis que les deux divisions du 2* corps se reforment en face de la gorge d'Ars et vers Gravelotte , points par lesquels on pourrait craindre d'être tournés.
L'attaque prévue de l'ennemi se prononce en effet un peu après deux heures ; elle échoue au centre devant l'attitude de la division de grenadiers et du 6* corps, mais elle est très vive sur notre droite, où,
du reste, diaprés le rapport prussien, devait être dirigé l'effort principal. Voyant ses troupes toujours incommodées par l'action des pièces d'artillerie qu'on avait déjà cherché à ahorder contre la voie romaine, et « jugeant que cette action pourrait devenir très « dangereuse, combinée avec un mouvement tour- « nant, dont la division von Buddenbrock était me- « nacée sur son aile gauche, par l'arrivée de noua velles troupes, » le général von Alvensleben 2**, ordonne à deux régiments de la division von Rheinbaben, le 7" cuirassiers et le 16^ ulans, de tenter de déloger ces pièces. Ils s'élancent bravement à l'attaque de la position, traversant nos lignes, et, dès qu'ils sont parvenus sur la hauteur, qui leur cachait la division de Forton, nous les voyons redescendre de toute la vitesse de leurs chevaux le long des bois Sud de Villers. L'occasion était des plus favorables pour notre cavalerie ; elle s'ébranle aussitôt en brandissant ses sabres; notre brigade de dragons, puis le 7" cuirassiers français pénètrent dans cette masse, stupéfaite de cette rencontre inopinée; deux escadrons du 10* cuirassiers la prennent en queue, et la mettent dans une déroute complète, après lui avoir fait éprouver les plus grandes pertes.
Bien que la droite eût été ainsi complètement dégagée par les charges de la division de Forton, on attendait avec impatience l'arrivée du maréchal Le Bœuf sur le flanc gauche des Prussiens; déjà, il était signalé avant ce brillant engagement de cavalerie, •lorsque, après deux heures, il apparut enfin, et, faisant un changement de front avec Saint-Marcel comme pivot, il attaqua l'ennemi et contraignit la
brigade Lehmann à évacuer la partie du bois qu'elle occupait; à gauche, il se reliait à la division Tixier, à droite au 4" corps, dont la division Grenier arrivait en ligne, vers trois heures, par Bruville *.
Notre ligne de bataille paraissant très assurée sur la droite, le maréchal Bazaine , toujours préoccupé d'une surprise de lennemi par les ravins qui se jettent dans la Moselle à Ârs et à Noveant, fait dire au maréchal Le Bœuf de maintenir fortement sa position avec la division Nayral (^ancienne de Castagny), de se relier au 6® corps par la division Aymard, (ancienne Decaen), et de lui envoyer à gauche la division Montaudon. Cette dernière se dirige aussitôt de Villers-aux-Bois sur la maison de poste, et s'engage, au milieu des bois, dans le ravin, qui aboutit à Ârs; mais, sur une reprise de l'offensive ennemie au Sud de Rezonville, le commandant en chef appelle à lui cette division, et la dirige, avec des grenadiers de la garde et les chasseurs à pied de la garde, sur la rive droite du ravin de la Jurée vers la cote 308, tandis qu'il place, sur la rive gauche, en face du bois des Ognons , une batterie de mitrailleuses, destinée à enfiler le ravin et à arrêter les entreprises des Prussiens de ce côté.
A l'extrême droite, la division Grenier s'était avancée de Bruville, mais elle avait rencontré de ce côté des troupes fraîches : l'autre brigade (38«) de la division du général von Schwartzkoppen, du X' corps, arrivée depuis trois heures, et la 20* division du même corps survenue peu après; ce qui plaçait, sur la
1 Le 4« corps avait bivouaqué, le 15, À Woippy.
gauche, ^onr combattre les troupes dn général de Ladmirault» oe corps prussien tout entier , soutenu par une artillerie nombreuse, et en position au nord de la route de Vionville à Mars-la-Tour.
Vers 4 heures, le général von Kraatz engagea le plus gros de ses forces dans le bois N.-O. de Vionville, tapdis que la 38'' brigade se portait par Marsla-Tour sur la division Grenier, entre ce bois et la ferme Greyère. Cette division française venait d*étre relevée par la division de Cissej , accourue à majrches forcées au bruit du canon, en devançant un long convoi qui la précédait. Uennemi franchissait le grand ravin situé au Sud de la ferme Greyère, et ses tirailleurs étaient à moins de 40 mètres des nôt]%s, lorsque les troupes de la division de Cissey, s'élançant à leur rencontre , franchissent le ravin, abordent Tinfanterie prussienne , détruisent le 16« régiment d'infanterie ennemi, et lui enlèvent son drapeau ^ Devant cette attaque vigoureuse, «les régiments du X* corps • , dit le rapport prussien, a sont rejetés sur Tronville ; la brigade de dragons « de la garde, à la vue des troupes qui faiblissent, < s*élauce sur la droite française, mais elle éprouve « de grandes pertes. » Notre l"^' division du 4* corps en effet, un peu désorganisée par son premier élan, s'était groupée autour des aigles, avait laissé passer l'ouragan, puis, fusillant après leur passage les dra-
1 Nous ayons lu pins tard, dans un Journal allemand, que le lendemain 160 soldats seulement du 16* régiment se trouvaient à rappel de ce corps, fort de 3,000 hommes la Teille, et que même la plupart des présents étaient blessés.
gons en flanc et de revers, les avait détruits presque complètement.
Tandis que ces événements se passaient en face de notre 4*" corps, la division von Buddenbrock conservait sa position au centre ; mais, la batterie française de la voie romaine, gênant toujours sa gauche, le prince Frédéric-Charles, arrivé à 3 heures et demie sur le champ de bataille, avait lancé contre elle un bataillon du 35* qui, dit le rapport prussien, « l'avait forcée à s'éloigner. Quant à la division von « Stulpnagel, elle continuait à faire de grosses « pertes, et l'ennemi, cherchant à' la tourner^ par « les bois des Ognons et de St-Arnould, fut arrêté « par des fractions des VHP et IX" corps, arrivés en «^ ligne, vers 5 heures. » Ces troupes furent dirigées, les premières par la côte Moussa et le bois de St-Arnould, dans la direction de Rezon ville; les secondes dans les bois des Chevaux et des Ognons; l'artillerie des 16' et 25* divisions de ces corps, prenant les devants, vint rejoindre la division von Stulpnagel, et donner, vers 5 heures , une vivacité nouvelle au feu, qui avait été interrompu quelque temps.
D'après notre rapport officiel, ce feu devait préparer un nouveau mouvement offensif de l'ennemi ; après deux heures de canonnade, ses réserves s'avancèrent en effet en grosses masses, une charge de cuirassiers fut faite sur la division Lafont de Villiers pour rompre notre centre ; le 93* y perdit son aigle
^ On a fait remarquer que la crainte des Français était préciséxnent la môme.
et un de nos canons fut enlevé; mais alors, la cavalerie de Valabrègue, qui était restée à hauteur de Rezonville, s*élança sur les assaillants, les repoussa et leur reprit ces trophées ; quant à la division de Forton, reportée un peu en arrière vers 2 heures et demie, elle vint reprendre sa première position près du bois Sud de Villers. Enfin, le général Deligny reçut Tordre de rejoindre, avec ses quatre bataillons restants, sa*2* brigade, qui avait déjà appuyé et relevé une partie des grenadiers sur la crête du ravin de Rezonville, tandis que le général Bourbaki rassemblait près du village 54 pièces, pour désorganiser les masses assaillantes.
« A notre gauche » , dit le rapport français « Ten- « nemi tente vainement de déboucher par les bois « qu'il trouve fortement gardés ; il veut alors s ntit vancer par le ravin qui sépare les bois de St-Ar- « nould et des Ognons ; mais nos mitrailleuses arrê- « tent toutes ses tentatives, en lui faisant subir des « pertes énormes. »
Sur notre droite, de l'autre côté du ravin qui va de Mars-k-Tour à Jarny, l'ennemi cherchait aussi, avec cinq régiments de cavalerie de la division von Rheinbaben et un régiment divisionnaire (13' dragons de la 20* division d'infanterie), à déborder la droite du général de Cissey, mais « le général de « Ladmirault, « dit ce même rapport, » le fait atta- « quer par la nombreuse cavalerie qu'il a lui-même € sous la main, et, après des charges successives, où « des deux côtés on se bat avec acharnement, l'en- « nemi se retire. La division de Cissey protège notre « ralliement, et par sa belle contenance, en impose
€ à l'aile gauche prussienne , qui se met définitive- « ment en retraite. >
Il aurait fallu, pour compléter la victoire, que les deux divisions du 4* corps ^ dépassant la route de Verdun, se fussent portées sur la hauteur de Tronville (cotée 285), clef de la position ennemie, afin de l'enlever ; la force de cette position et l'approche de la nuit ne le permirent point; on se contenta donc de rester sur tout le terrain, dont on avait délogé les Prussiens.
Il était 7 heures et demie; le feu avait cessé de
toutes parts depuis une demi-heure, et la bataille semblait terminée, lorsque tout à coup la canonnade reprit avec une intensité nouvelle : « C'étaient, » dit notre rapport, « les Prussiens qui voulaient tenter un « dernier effort sur Rezonville, à la nuit close. » « C'était, » disent les Prussiens, « la dernière ten- 4 tative des Français pour conquérir le champ de c bataille, ou un moyen imaginé pour couvrir leur « retraite. »
Devant des assertions aussi diverses, il est naturel de croire qu'à cause de la nuit , le feu avait dû être ouvert par erreur sur une partie quelconque de la ligne, et se propager aussitôt sur tout le front. Quoiqu'il en soit, le maréchal Bazaine fit placer les zouaves en travers de la route de Rezonville; le général Bourbaki reporta son monde en avant, et repoussa des régiments de cavalerie de la division
^ La division de Lorencez de ce corps n^arriva pas en Ugne sur le champ de bataille, pas plus que la division Metman du 3e corps.
du duc de Mecklertiboufg, puis le feu éessa complètement : il était 8 heures et demie ; la bataille était enfin terminée, après dix heures de lutte.
L*ennemi, dans sa résistance opiniâtre pour nous barrer la route de Verdun, qui restait en notre pouvoir, avait fait des pertes considérables; il les évalue à 17,000 hommes : les nôtres, y compris les disparus, s'élèvent au même chiffre, dans lequel le 2* corps figure, à lui seul, pour 5,000 hommes.
Réflexions sur la journée du\%. — La bataille de Rezonville était une grande victoire pour nos armes, car nous étions restés maîtres du champ de bataille, et nous pouvions opérer notre retraite par les deux routes de Verdun ou par celle de Briey, située plus au nord. Malheureusement, nous allons le voir, nous n'avions ni vivres, ni munitions pour poursuivre, dès le soir même, ainsi que le désirait une partie de l'armée, les conséquences de notre succès. Toutefois, avant d'examiner ce point important de la question, je crois utile de montrer quelles furent pour nous les difficultés de cette sanglante journée.
Pendant la première partie de l'action, les Prussiens avaient amené, en avant de Rezonville, tout leur III" corps, une brigade du X", les 5« et 6" divisions de cavalerie, présentant quatorze régiments, sans compter les régiments divisionnaires, et au moins vingt batteries d'artillerie, soit environ de 40 à 45,000 hommes. Ils vinrent occuper sur notre flanc gauche, et bientôt sur notre front, une position dominante, de la cote 326, contre le bois de Vionville, à la hauteur 235, à. l'Est de Tron ville. Le peu
de soin avec, lequel nous étions éclairés, et Tinsuffisance de nos reconnaissances avaient permis à ces troupes de surprendre deux divisions de cavalerie françaises, de les rejeter en désordre sur notre 2" corps et de s'établir immédiatement dans les villages de Vionville et de Flavigny. Par suite de cette occupation, la ligne de bataille ennemie, qui avait déjà un solide appui à droite au bois de Vionville, et, peu après, à gauche, à celui qui est entre ce dernier village et la voie romaine, se trouvait également bien soutenue sur son front.
En face de cette position se déployaient, de notfe côté, aux premiers coups de canon : les deux divisions du général Frossard, surprises par cette irruption de l'ennemi ; la brigade Lapasset, et, du 6* corps, les divisions Lafont de Villiers et Levassor-Sorval, puis le seul régiment de la division Bisson. Nous avions donc, autour de Rezonville , quatre divisions et demie, et deux divisions de cavalerie, rejetées violemment en arrière, ou 45,000 hommes, force insuffi^nte pour songer à une offensive sérieuse, tant que le reste de l'armée française ne se serait pas rapproché du théâtre du combat.
Ces autres forces étaient, outre les 3* et 4* corps, qui ne pouvaient entrer en ligne que fort tard, la division Tixier, du 6* corps, maintenue loin du champ de bataille, à Saint-Marcel , pour donner la main au maréchal Le Bœuf, et les deux divisions de la garde, placées à Gravelotte , pour assurer notre ligne de retraite. Cette troupe d'élite fut bien amenée dans la journée en avant de Rezonville, pour relever le 2' corps, mais elle fut remplacée à
Gravelotte par les deux divisions de ce^' corps, qui se retirait ainsi du champ de bataille.
De 3 à 4 heures commence la 2» partie de la journée par Tentrée en ligne de troupes fraichea, des deux côtés : les trois autres brigades du X' corps, avec Tartillerie de ce corps et les dragons delà garde, arrivent sur la gauche ennemie, lui apportant un renfort de près de 25,000 hommes. Sur notre droite, apparaissent les 3* et les 4* corps, moins la division Montaudon, qui sera signalée tout à l'heure à gauche, où l'appelle le maréchal Bazaine, moins encore les divisions Metman et de Lorencez, qui n arrivèrent pas à temps sur le champ de bataille ; par ce fait, les nouvelles troupes françaises se réduisent aux quatre divisions de Najral et Aymard du 3* corps, Grenier et de Cissey, du 4% auxquelles il convient d'ajouter maintenant la division Tixier du 6* corps, soit 50,000 hommes, avec les régiments de cavalerie amenés sur ce point. On voit donc que si, au centre, les forces en présence étaient à peu près égales, notl-e supériorité sur la droite était assez grande, et elle nous permit de rejeter le X« corps sur Tronville, et de nous avancer jusqu'à hauteur de Mars-la-Tour, en menaçant ainsi la ligne de bataille ennemie de flanc et de revers. Le succès eut été plus considérable de ce côté, si les divisions assaillantes avaient pu agir simultanément sur la gauche prussienne, au lieu de faire des efforts isolés, par suite de leur entrée en ligne successive. Cependant, la division de Cissey, qui avait déterminé la retraite de l'ennemi, en lui infligeant de grandes pertes, aurait été en mesure
de se porter au delà de la route de Verdun , et d'accentuer plus nettement encore le gain de la bataille, si la nuit ne fût venue, et si le maréchal Bazaine avait pu se transporter à la droite pour mieux juger de l'état des choses, et faire appuyer nos troupes victorieuses par des réserves.
Mais, depuis 5 heures surtout, le commandant en chef, qui avait toujours redouté avec raison une attaque sur sa gauche et sur sa ligne de retraite, était retenu contre le bois des Ognons par l'arrivée de nouvelles divisions ennemies, les 16® et 25*, venant avec 25,000 hommes fortifier la droite prussienne, dans les bois, vis à vis d'un point très vulnérable de notre position. On a vu que, pour s'opposer à ces nouvelles tentatives, le maréchal avait appelé à lui la division Montaudon et qu'il avait fait avancer, en outre, une partie des deux divisions reformées du 2'' corps, soit trois divisions ou moins de 25,000 hommes, la garde ayant un très faible effectif ^ C'était assurément suffisant pour contenir, à l'entrée de la nuit, le nouvel effort de l'ennemi sur notre ligne de retraite de Metz, mais non pour nous permettre de poursuivre sur la route de Verdun les succès obtenus par notre droite. Nous n'avions plus, en effet, comme troupes fraîches, que les divisions Metman et de Lorencez qui commençaient à apparaître à la Malmaison. En résumé, d'une part,
^ Je compte ici les deux divisions de la garde, bien qu*elle& aient été remplacées dans la journée à Gravelotte par les deux divisions du 2^ corps; mais ces deux dernières ont déjà été comprises précédemment dans mes calculs.
90 à 95,000 Prussiens, pouvant être soutenus, le lendemain, par cinq corps ou 150,000 hommes, qui combattirent en effet, le 18, à Amanvillers; de l'autre, 120,000 Français, n'ayant plus en réserve que deux divisions, ou moins de 20,000 hommes; des blessés en grand nombre à relever ; des munitions et des vivres à compléter ; et une longue route à entreprendre vers l'intérieur, avec 8 à 9 corps sur leurs pas, voilà la situation vraie de cette soirée du 16.
Je crois donc que nous ne pouvions pas continuer notre mouvement. Nous aurions réussi à passer le 16 a\i soir, môme le 17 au matin, car les premiers corps d'armée ennemis, arrivés, ce jour-là, sur le plateau (XIP et garde) , n'étaient à Mars-la-Tour qu'à 3 heures de l'après-midi ; mais, après avoir forcément sacrifié tous nos bagages, nous aurions éprouvé un grave échec les jours suivants; nous aurions été très probablement rejetés vers le Nord, séparés du camp de Châlons, non encore reconstitué, et le but des marches du Prince royal ; enfin Metz aurait été enlevé plus tôt. Aussi, ai-je toujours pensé que les Prussiens, en nous rejetant dans Metz, avaient commis une faute. Ils l'auraient payée cher, si nous avions su amener dans cette place des vivres pour plusieurs mois, et y agir sans cesse de façon à inquiéter les corps d'investissement. Nous étions tellement convaincus, le 16, que l'ennemi avait l'intention de nous couper la retraite sur le camp retranché, que nous avions constamment notre attention fixée sur les débouchés d'Ars ; s'il f Clt venu de ce côté, il eût enlevé tous nos impedimenta et eût pu nous attaquer, le
lendemain et le surlendemain, en rase campagne, avec les forces double9, qui parurent à AmanviUers.
Ordre de retraite sur Metz. — Tous ces faits ne nous apparaissent pas du reste assez clairement, le 16 au soir, et, après le succès de la journée, chacun croyait à des dispositions pour continuer notre route dans Tintérieur, lorsque les ordres suivants furent expédiés dans la nuit par le quartier-général :
« Le défaut de vivres et de munitions après cette a journée nous oblige à rétrograder sur Metz. Le « 2* corps occupera la position entre le Point-du^Jour < et RozerieuUes ; le S*", à sa droite, à hauteur de 4. Châtel-Saint-Germain ; le 4* prolongeant le 3* jus- « qu'à Montigny-la-Grange ; le 6' à Verneville (puis « à Saint-Privat-la-Montagne, sur les observations « du maréchal Canrobert , qui se trouvait trop en « Tair) ; la cavalerie du Barail suivra le mouvement « de ce dernier corps, la cavalerie de Forton ira « s établir en arrière du 2*; la garde à Lessy et f Plappeville où sera le quartier-général. •
n peut paraître étrange d'entendre dire que les troupes, à peine sorties de Metz, pour exécuter une longue route, manquaient déjà de vivres et de munitions. Il en était ainsi cependant, et, malgré tous les ordres donnés, voici quelle était exactement, le 16 au matiny la situation en vivres des 2* et 6* corps : le premier attendait les rations, que l'intendant devait envoyer de Metz, et il n'avait pas une journée complète de biscuit; pour le 17, rien autre chose que du riz; pas d'avoine, depuis le 14, pour le régiment de
cavalerie delà brigade Lapasset^ Au 6' corps, l'intendant peut à peine donner un jour de biscuit; il n'a ni viande, ni café, ni sucre, ni sel, ni riz!
Voilà ce que j'affirme, sans pou voir d'ailleurs expliquer comment, avec d'aussi misérables ressources, à quelques kilomètres de notre base d'opérations, et deux jours après l'avoir quittée, nous pouvions être embarrassés d'une file de voitures, qui a retardé notre marche de 48 heures et fait échouer notre tentative de retraite*.
Pour les munitions, on comprendra mieux comment le combat de Borny et la longue bataille de Eezonville^ avaient pu diminuer sensiblement les approvisionnements roulants; mais comment n'y en avait-il pas suffisamment à Metz, c'est ce qu'il est moins facile de justifier.
17 août. — Exposé de la situation par le maricTiah — La lettre suivante*, écrite aujourd'hui par
^ Le 3« lanciers, qui avait dû charger deux fois sur le champ de bataille de Rezonville.
2 Tout le inonde a pu constater, il est vrai, qu'une grande partie de ces arabas de réquisition étaient vides.
3 Les Prussiens eux-mêmes ont éprouvé de grosses difficultés pour faire approvisionner leurs troupes sur le champ de bataille du 16, et cela, malgré Tezcellente disposition de leurs colonnes, dites de munitions. Aussi, sont-ils très préoccupés de cette question devenue si importante, depuis que, des deux côtés, on fait usage d'armes à tir rapide. Nos embaiTas n'ont pas été moindres ; et, une instruction, destinée à réglementer l'emploi des munitions, a dû être adressée, le 20 août, par le général SoleiUe, commandant l'artillerie, aux différents corps de notre armée.
^ Cette lettre est extraite du h Rapport sommaire sur les opérations de Varmée du Rhin^ du 13 août au 29 octobre 1870, «« publié récemment par le maréchal Bazaine^
le maréchal Bazaine à TEmpereur et au ministre de la guerre, constate bien du reste cette double pénurie de nos approvisionnements :
« On dit aujourd'hui que le roi de Prusse serait à t Pange ou au château d'Aubigny , qu'il est suivi « d une armée de 100,000 hommes, et qu'en outre c des troupes nombreuses ont été vues sur la route « de Verdun et à Mont-sous-les-Côtes.
< Ce qui pourrait donner une certaine vraisem- € blance à cette nouvelle de l'arrivée du Roi de « Prusse ^ c'est qu'en ce moment, où j'ai l'honneur
^ En réalité, le roi de Prusse, qui avait visité le champ de bataille de Borny le 15, avait été également à Rezonville le 17, et était revenu le soir de ce jour au quartier-royal de Pont-à- Mousson. Quant aux difiérents corps de la 2« armée, ÎU recevaient, le 16 dans la nuit, pour le 17 au matin, les ordres suivants : IX® corps (18« div.) de Noveant au plateau de Rezonville; XII* et garde, de Thiaucourt et de Bernecoui-t à Mars-La-Tour; II* vers Pont-à-Mousson, 1V« vers Sancey-Boucy, destiné au besoin à opérer sur Toul. Les VII« et Vlll« corps (15« div.) de la l^ armée devaient suivre le 1X« corps. « Le 17, à 4 heures du •> matin, dit le rapport prussien, le prince Frédéric-Charles se M rendit sur le champ de bataille de Rezonville ; les troupes M étaient en position. Du côté do Tennemi, on entendait de nom- « breux signaux, et une ligne de tirailleurs se déployait par « Rezonville vis-â-vis de notre front; sous la protection de cette M ligne, les camps avaient été levés, et la plus grande partie des « troupes ennemies s*était mise en retraite sur Oravelotte. A 6 » heures, apparaissait la tête du IX« corps, à TOuest du bois de « Vionville; peu après, survint le Roi.
« La retraite de Tennemi, ayant été constatée par des pa- « trouilles, on put permettre auxhommes de préparer leur repas. « A midi, Tennemi avait pris position à TOuest de Oravelotte « avec son arrière garde, et, dans Taprès midi, on apercevait « ses différents corps sur le plateau de Leipzig et de Moscou. M Dans la direction de Conflans, on voyait des nuages de pous- « siére et des troupes peu nombreuses en mai*che sur Verneville,
€ d'écrire à Votre Majesté, les Prussiens dirigent « une attaque sérieuse sur le fort Queuleu ; ils au- « raient établi des batteries à Magny, à Mercy-le- « Haut et au bois de Pouilly ; dans ce moment, le « tir est même assez vif.
« Quant à nous, nos corps sont peu riches en € vivres ; je vais tâcher d'en faire venir par la route « des Ardennes, qui est encore libre. Le général fi Soleille, que j'ai envoyé dans la place, me rend « compte quelle est peu approvisionnée en muni- « tiens et qu elle ne peut nous donner que 800,000 c cartouc^ies, ce qui, pour nos soldats, est l'affaire « d'une journée. Il n'y a également qu'un petit « nombre de coups pour pièces de 4 ; et enfin , il « ajoute que l'établissement pyrotechnique n'a pas « les moyens nécessaires pour confectionner les « cartouches.
c Le général Soleille a dû demander h Paris ce « qui est indispensable pour remonter l'outillage; « mais cela arrivera-t-il à temps? Les régiments du « corps du général Frossard n'ont plus d'ustensiles • de campement, et ne peuvent faire cuire leurs « aliments. Nous allons faire tous nos efforts pour
« 8iipposait-on. II n*y avait donc pas lieu de croire à une attaque « de l'adversaire ; il n'y avait pas à y songer de notre côté pour « aujourd'hui, Tarmée n*étant pas concentrée. La garde ne parti venait à Mars -la-Tour qu'à 3 heures, ayant à sa gauche le « XII* corps, arrivé un peu plus tôt. On donna l'ordre au m 11* corps d'accourir comme réserve à Buxiéres pour la bataille M remise au lendemain. •> Quant aux VII« et V1II« corps, ils occupaient, le 17, les bois de Vaux et des Ognons, sur 'la droite de la 2« armée. Les Prussiens allaient donc avoir en ligne huit corps, le 18, pour attaquer nos lignes d'Amanvillers.
€ reconstituer nos approvisionnements de toute « sorte, afin de reprendre notre marche dans deux € jours, si cela est possible. Je prendrai la route de € Briey. Nous ne perdrons pas de temps, à moins c que de nouveaux combats ne déjouent nos com- « binaisons. >
Pour ces raisons importantes, la retraite fut donc ordonnée , et elle commença le 17, dès le point du jour. Les troupes de droite gagnèrent leurs positions par Verneville; celles de gauche, par la route de Gravelotte. La division Metman, établie de la Malmaison au bois des Ognons, protégeait ce mouvement de retraite, qui dura une partie de la journée, et qui, par bonheur, ne fut pas inquiété. Notre interminable convoi, dont j'étais chargé de surveiller la marche, suivait la route, qui, de Gravelotte, descend dans le ruisseau de Mance, puis remonte sur le plateau de RozerieuUes ; bagages régimentaires , caissons de munitions , voitures d'administration , transports de blessés , pièces d'artillerie et troupes se pressaient sur cette voie , presque sans issue à droite et à gauche, tout cela au milieu d'une confusion indescriptible. Si le prince Frédéric- Charles nous avait suivis, dès le matin, avec sa cavalerie et avec du canon, en s'avançaiît contre Gravelotte, si des tirailleurs de Steiumetz étaient apparus sur le flanc droit de la colonne, dans les bois de Vaux et des Ognons, qui n'étaient môme pas gardés parles nôtres, nous aurions été témoins dune affreuse panique et peut-être d'une déroute fatale. Heureusement, l'ennemi ne fit que de faibles démonstra-
tions sur notre arrière-garde , et , à la nuit , toute Topération était terminée. Cette prudence de sa part lui était commandée par son revers de la veille , et c'est pour nous la meilleure preuve qu'il se rendit parfaitement compte de sa défaite , malgré ses bulletins de victoire ^ En outre, nous avons vu depuis, par la lecture des rapports officiels , dont je donne plus loin en note quelques extraits, que, le 17, et même le 18 encore, il ne faisait pas des suppositions très exactes sur nos projets.
Je reviens avec tristesse en arrière; il est triste en effet de battre en retraite après une victoire, et nous ne nous dissimulons pas qu'il nous sera bien plus difficile encore de quitter Metz les jours suivants, dès que l'ennemi aura concentré autour de nous les dix corps d'armée, que nous savons à sa disposition. Au milieu de notre convoi , parmi toutes ces voitures, dont les conducteurs hâtent la marche en cherchant à se devancer les uns les autres, j'arrête mes regards sur des charrettes de paysans ; ils fuient de Rezonville, emportant ce qu'ils ont pu rassembler ce matin, à la nouvelle inattendue de notre départ. Je me souviendrai toujours de l'une de ces voitures, conduite par un homme au regard sombre; elle contenait toute une famille et son modeste avoir; sur le devant, un jeune garçon de huit ans et deux jeunes filles; l'une d'elles ne pouvait retenir ses sanglots, l'autre, plus ferme, regardait avec résignation cette foule qui se pressait à la descente de la route : quant
^ On eut soin, da reste, de ne faire connaître à TAUemagne la bataiUe de RezonviUe qu'après celle d'Amanyillers. ;
à l'enfant, indifférent à tout ce tumulte, il n'avait d'yeux que pour une petite madone, entourée de fleurs artificielles aux vives couleurs, et abritée sous un globe; il la tenait avec précaution dans les deux mains; il riait à cette figure protectrice, le palladium de sa famille, et son sourire formait avec les larmes de sa sœur, avec le calme résigné du reste des siens, un contraste qui déchirait le cœur.
Guerre! guerre! Ce fléau terrible, que l'on déguise en vain- sous des descriptions pompeuses de batailles et d'exploits héroïques, de combien de misères, de combien de douleurs n'est-il pas la source? et ces misères, et ces douleurs, quels triomphes pourraient les faire oublier à qui les a contemplées une seule fois?
18 août. — Défense des lignes S Amanmllers ou de Saint' Privât (ou bataille de Gravelotte). — La position de RozerieuUes, à Saint-Privat, que lè rapport français sur cette journée appelle « les lignes d'Amanvillers, » était trop étendue, trop exposée sur la droite; elle n'aurait dû être qu'une étape, le 17, pour nos troupes fatiguées, et il eût été indispensable de la rectifier, le 18 au matin. On ne le fit pas; on prescrivit, au contraire, aux corps de se fortifier dans leurs nouveaux bivouacs, d'y tenir le plus longtemps possible et de ne se reporter en arrière qu'à la dernière extrémité, a l'intention du maréchal oc Bazaine étant, paralt-il, de reprendre l'offensive, « le ravitaillement terminé ^ »
1 Le but de cette offensive était de rallier le maréchal de Mac- Mahon. Il est intéressant de citer ici une dépêche du 17 août du
Le 6^ corps occupait à droite Roncourt, Saint- ^rivat-la-Montagne, et s'étendait h gauche jusqu'à la Mare , en face de Saint-Ail et d'Habonville ; le 4* corps, avec deux divisions e^ première ligne, celle du général de Lorencez en .deuxième, tenait Amanvillers, Montigny- la -Grange, et avait des avantpostes à Champenois; le S'', à sa gauche, avait son front couvert par les fermes de la Folie, Leipzig, Moscou, et s'étendait dans la direction de Tauberge du Point du Jour; il était établi en avant dans le bois des Genivaux ; enfin, plus à gauche encore , le 2" corps couronnait la hauteur jusqu'à Rozerieulles et occupait, avec un bataillon du 97", le village de Sainte-Euffine. La division de Forton était en arrière dans la vallée, au moulin de Longeau; la garde en réserve sur les hauteurs de Saint-Quentin et de Plappeville.
Vers onze heures, le feu s'engage sur tout notre front par une violente canonnade , comme le jour de Eezonville, et les colonnes ennemies s'ébranlent ensuite, de toutes parts, avec l'intention évidente de
ministre de la guerre à TEmpereur, parvenue au camp de Châlons : « L'Impératrice me communique la lettre par laquelle M rSmpereur annonce qull veut ramener Tarmée de Cbâlons « sur Paris. Je supplie TEmpereur de renoncer à cette idée, H qui paraîtrait Tabandon de Tarmée de Metz, empêchée en ce •* moment de faire sa jonction à Verdun. L*armée de Chàlons M sera avant trois jours de 85,000 hommes, sans compter le M corps de Douai, qui rejoindra dans trois jours, et qui est de M 18,000 hommes. Ne peut on pas faire une puissante diversion «i sur les corps prussiens d4jà épuisés par plusieurs combats I • Quelle illusion d'un ministre, même à cette date I Et l'Empereur répond le 18 : « Je me rends à. votre opinion n, puis il ajoute : M Bazaine demande, avec instance, des munitions. •*
faire effort sur notre droite pour la tourner. Afin de la protéger, le maréchal Canrobert fait occuper sur son front le village de Sainte-Marie-aux-Chénes par le 94" régiment.
Il était midi lorsque le X* corps prussien ^ arri-
^ Voici, d'après le rapport des Prussiens, la marche de leurs différents corps dans cette journée du 18. •• La 2« armée doit se porter en avant aujourd'hui, powr tâcher de rejeter V ennemi de « sa ligne de retraite de Metz- Verdun, et pour le combattre là
• où elle le rencontrera ; elle s'avancera, à 5 heures, en éche-
• Ions : en première ligne, à gauche, le XII* corps sur Jarny, ••• puis la garde sur Doncourt, et le IX* corps entre Rezonville
« et Vionville, laissant ensuite St-Marcel à gauche; leVIIP corps,
• de la V armée, se liera au IX*, à droite en arrière. En seconde *• ligne le X® corps et la division de cavalerie von Rheinbaben,
• derrière le Xll« ; le III» et la division de cavalerie du duc de « Mecklembourg, entre la garde et le IX*. Le commandant en
• chef sera à la tête du III'» corps, le Roi sur la hauteur Sud
• de Flavigny. *
« Les premières nouvelles de la matinée apprirent que Grave- « lotte n*était plus occupé par Vennemi, qu'à l'Est de ce village, « il y avait un camp, et aussi des tentes près de Moscou et de
• Leipzig, que les bivouacs de Bru ville et de St-Marcel étaient « abandonnés. «»
On ne peut assez s'étonner de ces découvertes, faites par l'armée prussienne, le 18 au matin, seulement; je le répète, c'est une preuve bien positive de l'échec qu'elle avait éprouvé, et ressenti le 16. Quand on voit, sur la carte, la courte distance qui séparait du camp de nos ennemis les villages de Bruville et de Qravelotte, que nous avions quittés dès le 17 au matin, on comprend difficilement que les reconnaissances prussiennes n'aient pas signalé leur évacuation 24 heures plus t6t. Le rapport continue ainsi : « De ces nouvelles résultait la certitude que Vennemi n'était pas « en marche par Con flans avec la majeure partie de ses forces. « Mais, jusqu'à ce que l'on fût bien sûr qu'il était établi à Aman- « villers, on ordonna une halte sur la route Qravelotte- Conflans. « En conséquence, le IX* corps s'arrêta, à 3 1/2 heures, à la <« ferme de Caulre et prépara son repas \ la garde et le XII* corps « firent également halte à leur arrivée à Doncourt et Jarny, le « X** à Bruville ; le III* n'était pas encore en mouvement. On
vant vers la ferme Champenois, parvenait à l'occuper et mettait successivement en batterie une centaine de pièces contre le général de Ladmirault ; il avait Tordre de n'engager tout d'abord qu'un feu violent d'artillerie, et d'attendre, pour agir, que la garde fût arrivée à sa hauteur, vers la gauche; il faisait cependant occuper immédiatement le bois de la Cusse , que nous avions négligé de garder, et dans lequel , du reste, « nos mitrailleuses et notre mousqueterie « lui firent éprouver de grandes pertes. » Ces pertes
« commença alors à regarder, comme très probable^ que l'ennemi « résisterait sur le plateau d'Amanvillers. » On donna, en con* séquence, au IX* corps, l'ordre de se porter sur Verneville et la Folie, avec le corps de la garde en soutien. Cependant, « ce u n*est que vers 10 1/2 heures que Von regarde comme certaine « la résolution de Vennemi d^accepter la bataille sur le plateau. » Le prince Frédéric-Charles donne aussitôt les ordres définitifs que voici : « Au IX« corps, de s'avancer pour l'attaque ordonnée « sur Verneville, mais de ne pas s'engager avant l'entrée en « ligne de la garde ; à la garde, d'aller vers Amanviilers par « Verneville et Habonville ; au XII* de se porter à. gauche sur •* Sie-Marie aux Chênes, de se couvrir par de la cavalerie vers «Briey et, autant que possible, d'envoyer aussi des troupes à M cheval dans la vallée de la Moselle, pour couper le chemin « de fer et le télégraphe de Thionville. Les VII«, VI1I«, H IX* corps, la garde, en première ligne, attaqueront donc l'en- « nemi, dans deux heures environ, ajoute l'ordre, et ils seront M soutenus, en 2« ligne, par les III« (sur Verneville), X« (sur St- « Ail), XII« (sur Ste-Marie),. et, plus à droite, le !!• (sur Rezon- H ville), destiné à servir de réserve. »
Dans la première armée, le VIII« corps, venu par Gorze et appuyé par la I"^ division de cavalerie, doit agir à la droite du 1X«, en allant de Rezonville sur Gravelotte, le bois des Oenivaux et la ferme de Moscou ; le VI I«, posté avec trois brigades de Oravelotte au bois de Vaux et dans ce bois, se portera vers le Point-du-Jour, tandis que sa dernière brigade, occupant les hauteurs de Vaux et d'Ars, appuiera la droite de la ligne de bataille.
furent telles que le prince Frédéric-Charles dut donner Vordre, dans le cours de la journée, à une brigade d'infanterie de la garde de se porter en soutien des troupes engagées dans ce bois. A gauche du IX' corps , la garde parvenue , de midi à 2 heures , à Habonville et à Saint- Ail, établit, immédiatement aussi contre le maréchal Canrobert quatorze batteries, et attendit l'effet du mouvement tournant prescrit au XII*. A l'approche des Saxons , la 1" division de la garde se porte, vers 3 heures et demie, sur Sainte- Marie-aux-Chênes, après y avoir écrasé notre 94* par des obus, et enlève le village. L'artillerie de la garde royale, soutenue par celle du XIP corps, se rapproche encore de Saint-Privat, et le front du maréchal Canrobert a bientôt à soutenir le feu de plus de 200 pièces de canon. En face du général de Ladmirault, le IIP corps, parvenu à 3 heures à VernevîUe, tandis que le X" dépassait Batilly, envoyait une de ses divisions et dix de ses batteries entre Verneville et le bois de Genivaux, pour soutenir le IX« corps. A la droite de ce dernier, le VHP corps, venu de Rezonville sur Gravelotte, s'était avancé contre le bois des Genivaux, vigoureusement défendu par les troupes du maréchal Le Bœuf, et le VIP corps, pour lui venir en aide , après avoir dirigé le feu de ses pièées du Sud de Gravelotte contre le Point-du-Jour, avait engagé, vers 4 heures, une de ses brigades dans le défilé entre le bois de Genivaux et celui de Vaux et avait tenté d'attaquer le Point-du-Jour. Mais, écrasé par les feux du corps du géuéral Frossard , il n'avait pu dépasser l'auberge de Saint-Hubert. Les pièces et le régiment de cavalerie, qui fai-
salent partie de cette colonne, avaient particulièrement souffert des feux de nos mitrailleuses et de notre infanterie.
Cependant la fin du jour approchait , et Tennemi ne faisait aucun progrès ; partout nous tenions nos positions avec la plus grande énergie. Les Saxons, chargés d*effectuer le mouvement décisif, avaient eu une très longue marche à faire ; ils avaient passé par Batilly , Coinville, et ils arrivaient, vers 5 heures, dans le bois entre ce dernier hameau et Montois , point sur lequel ils se dirigeaient, lorsque le prince de Wurtemberg, espérant décider le succès de la journée avant leur entrée en ligne, se décide à lancer le corps de la garde d'Habon ville et de Sainte-Marie sur les hauteurs de Saint-Privat ; mais il éprouva dans cet assaut des pertes si considérables, qu il dût ordonner la retraite, et se résoudre à attendre la réussite du mouvement ordonné aux Saxons. Nous avions donc jusqu'au soir conservé partout nos positions; à la droite, la division Lafont de Villiers, établie à Boncourt, et soutenue par une brigade de la division Tixier, avait arrêté toutes les attaques et môme pris l'offensive avec l'appui de la division du Barail ^ ; sur la gauche du maréchal Canrobert, la division Levassor-Sorval, soutenue par l'autre brigade de la division Tixier, avait annulé également toutes les entreprises de l'ennemi. Devant le général de Ladmirault, les
1 Le maréchal Canrobert n'avait pas de cavalerie, la sienne étant restée à Châlons : d'un autre c6té, le général du Barail n'avait plus avec lui que le 2^ chasseurs d^Afrique ; on réunit ce dernier régiment, le 17, à la brigade de Bruchard du 3« corpa, composée de trois régiments, et Ton constitua ainsi une division dd oavalerie au 6* corps.
assauts avaient été aussi d'une vivacité extrême , et la division de Lorencez avait dû venir renforcer le corps de bataille, mais lartillerie du 3« corps, malgré la supériorité numérique écrasante de Tadversaire, avait réussi < à mettre hors de combat quinze pièces» prussiennes, et notre infanterie en avait enlevé sept, sur lesquelles deux restèrent en notre pouvoir. Le inaréchal Le Bœuf, dont les troupes étaient couvertes par des tranchées , et les batteries par des épaulements, maintenait sans grandes pertes le haut du plateau, et conservait, tout le jour, le bois des Génivaux, malgré les assauts incessants de Tennemi. Enfin le général Frossard arrêtait de la même façon toutes les entreprises de la l''' armée prussienne contre son importante position du Point-du-Jour. Â la gauche extrême , des batteries prussiennes » postées sur la hauteur de Jussy, tiraient sur Sainte- Buffine; mais, de Saint-Quentin, le maréchal Bazaine faisait répondre à ce tir par notre artillerie de réserve, et il était bien évident, pour tout le monde, que rien de sérieux ne pouvait être tenté de ce côté par nos adversaires.
Tout se maintint ainsi jusqu'à 6 heures et demie du soir; le maréchal Bazaine, qui navait été que de Plappeville à Saint-Quentin , pour voir le tir dirigé sur Jussy , croyait assurément la bataille gagnée. De son quartier-général, pas plus que du plateau de Saint-Quentin, du reste, on n'entendait le canon de Saint-Privat ; un peu de fumée dépassait quelquefois la cime des bois de Chàtel, et sur le plateau de Rozerieulles, de rares coups de feu paraissaient indiquer
qne la lutte était terminée. Nos corps s'étaient tous maintenus dans leurs lignes; la garde navait pas été engagée; une brigade de voltigeurs était au dessus de Cbâtel-Saint-Germain à la disposition du maréchal Le Bœuf; la division de grenadiers, avec le général Bourbaki s'avançait sur le plateau de Plappeville, et plus tard à l'entrée du bois de Saulny, avec la réserve générale d'artillerie ; enfin, au col de Lessy, se trouvait l'autre brigade de voltigeurs, avec le général Deligny.
Le maréchal était même rentré à son quartiergénéral de Plappeville , sans songer à franchir au galop les six kilomètres, qui le séparaient d'Amanvillers. On ne peut, en vérité, donner d'autre raison de son éloignement d'un champ de bataille, sur lequel se trouvaient le Eoi , le général de Moltke et deux armées prussiennes, qu'en disant simplement qu'il ne dut pas se douter de l'importance de cette bataille.
Cependant, rassuré par ce calme extraordinaire du . commandant en chef, et n'entendant d'ailleurs, à cause de la direction du vent, absolument rien de l'effroyable canonnade du plateau d'Aman villers , chacun se félicitait déjà autour du maréchal du succès de la journée , lorsqu'on apprit tout à coup par les aides-de-camp du maréchal Canrobert et du général de Ladmirault, accourus à Plappeville, que notre droite, assaillie, tournée par des forces supérieures, avait été écrasée, rejetée en arrière, et qu'elle battait précipitamment en retraite ^ur le camp re* tranché.
Que s*était-il donc passé depuis une heure? Rien que l'on n'eût dû prévoir : le mouvement tournant, suffisamment indiqué dès midi sur Eoncourt, s'était exécuté ; il avait amené les résultats que l'on pouvait redouter, et qu'il eût été surtout facile de conjurer, si le commandant en chef se fut trouvé là avec la garde tout entière, et les batteries de réserve. Doué d'un sangfroid admirable, il eût certainement arrêté tout désordre, assuré la retraite, peut-être même décidé la victoire.
Le XII* saxons était enfin arrivé à Roncourt, l'avait enlevé et s'était présenté ensuite devant Saint- Privat, par le Nord, tandis que la garde renouvelait son attaque par l'Ouest et par le Sud de ce village, et que le X" corps envoyait son artillerie pour soutenir cet assaut, de concert avec les batteries du XII* corps et de la garde. Devant une attaque aussi formidable, le corps du maréchal Canrobert, après avoir épuisé ses. munitions, avait dû évacuer le village devenu intenable, et avait été rejeté en désordre, vers 7 heures, sur les bois de Saulny par la route de 'Woippy, tandis que le 100* de ligne, la division du Barail, et quelques batteries qui avaient pu se réapprovisionner, protégeaient, à l'entrée du bois, aette retraite précipitée.
Ce mouvement imprévu découvrit tout à coup la droite du 4* corps et l'exposa sans défense au feu de Tartillerie des corps ennemis, maîtres de Saint-Privat. Pris alors d'écharpe et de revers, le général de Ladmirault se maintint quelques instants encore, et obligea môme le IX* corps prussien, soutenu du IIP, . à s'arrêter dans une attaque nouvelle , sur les hau*
teurs Ouest d'Amanvillers ; mais, n'étant pas soutenu par la garde, qui ne pouvait s'avancer que lentement dans l'étroit chemin de Saulny, il dut se retirer enfin sur Plappeville, laissant toute la nuit le 1" et le 6« de ligne à la lisière du bois, en arrière d'Amanvillers, et un bataillon dans la ferme de Montigny-la-Grange, que l'ennemi ne chercha pas môme à enlever. Ce bataillon réussit à protéger le mouvement en arrière avec le concours de Tartillerie de réserve du corps et des batteries de la garde. Enfin la division de grenadiers arrive sur le champ de bataille ; elle se déploie à droite et à gauche de l'artillerie face à Saint-Privnt„ couvre ainsi le départ des 4* et 6« corps et force Tennemi à ne pas dépasser les premières maisons de Saint-Privat.
Le 3" corps, découvert à son tour par le départ du 4*, porte une brigade et deux batteries de sa réserve sur la droite pour arrêter les progrès de Tennemi ; il n'est forcé nulle part, pas plus que le 2* corps, malgré les efforts que tente, sur son front, lelP corps prussien, qui accourt de Rezonville à Gravelotte pour soutenir les attaques jusqu'ici infructueuses de là l^ armée. Ce corps, lancé contre le Point-du-Jour, 'sur l'ordre direct du roi de Prusse, n'atteignit l'auberge de Saint-Hubert que vers 7 heures et demie, et échoua dans son attaque, comme les troupes, qui l'avaient précédé. Le rapport du commandant du VIP corps prussien en fait foi : « Depuis 7 heures du « soir, » dit-il, « on remarquait que des colonnes « ennemies se dirigeaient de la ferme de Moscou « vers celle de Leipzig, et plus tard on crut aper- < cevoir un mouvement de retraite vers Metz.
« Néanmoins, Tennemi maintint sa position du « Point-du-Jour , môme contre les attaques du R I? corps, et l'approche de la nuit ne Taraena pas « à se retirer. Il y resta jusqu'au matin du 19, et ne « s'éloigna alors, à 6 heures du matin, que sur un « mouvement en avant des colonnes du !!• corps ^ »
La nuit est complète lorsque le feu cesse de toutes parts. La droite ennemie bivouaque sur le champ de bataille , mais sans oser dépasser St-Privat , Amanvillers, et en nous laissant en possession de la lisière des bois de Saulny, de Châtel, de la ferme de Montigny-la-Grange , du Point-du-Jour et des fermes intermédiaires. Le rapport prussien, que nous avons lu à Metz dans un journal allemand, se termine ainsi : « Le prince Frédéric-Charles donne à 8 heures et « demie du soir, non loin de Verneville, les ordres « suivants : Les corps d'armée bivouaqueront sur « les emplacements qu'ils occupaient à la fin de la c journée; ils placeront des avant-postes d'infante- « rie, qui établiront la liaison avec les corps voisins « et devront s'attendre , de la part d'un ennemi « désespéré, à des tentatives pour forcer le passage € pendant la nuit. Le XII* corps est encore une fois « averti de l'importance qu'il y aurait à atteindre le « point de Woippy. »
Cette importance était grande en effet, et notre situation eut été bien plus grave encore^ si ce village avait été occupé, vers la fin de la journée par des troupes prussiennes. Seulement, au lieu de don-
^ Le Roi de Prusse rend hommage à cette héroïque résistance de nos troupes, en écrivant qu*elles ont bravement défendu le terrain pied & pied, et prononcé fréquemment des mouvements offensifs*
lier cette tâche aux Saxonà, qui, de Mars-la-Tour à Roncourt, avaient eu 20 kilomètres environ à parcourir, et qui en avaient à peu près autant encore à entreprendre pour arriver à Woippy par Marange, il eût été bien plus simple de charger de cette mission des troupes du I" corps, restées sur la rive droite de la Moselle. Par Malroy ou Argancy , ce corps pouvait bien plus rapidement que les Saxons couper le che* min de fer et le télégraphe de Thionville et atteindre "Woippy.
Heureusement pour nous, on n'y songea pas, et l'on parut plutôt avoir maintenu le I" corps dans le Sud-Est de Metz, pour le relier à Ars aux troupes qui agissaient contre nos lignes d'Amanvillers. Le 6** corps put donc redescendre sur Woippy, sans être inquiété, le 4" corps se retira sur le plateau de Plappeville, et, au jour, d'après les ordres du maréchal Bazaine, toute l'armée vint prendre autour de la place la position suivante : « La garde conserve ses « campements, ayant devant elle et sur sa gauche le « 3" corps ; le 2* corps s'établit à Longeville; le 3* un peu en avant de la droite du 2* , la gauche à Scy et Lessy, occupant le moulin de Longeau, le gros sur le plateau de Plappeville, la droite à Lorry ; il doit exécuter des travaux de défense sur son front et faire des abattis dans les bois de Châtel et de VigneuUes. Le 4'' corps, à sa droite, suit l'arête du Goupillon jusqu'au Sansonnet; le 6' descend ensuite dans la plaine, vers le saillant du fort Moselle, avec la division du Barail k proximité; la division de Forton s'établit derrière le 2» corps, les batteries de réserve au Ban-Saint-Martin. On
c se mettra en marche à 4 heures et demie du matin, « sans bruits, ni cris, ni sonneries d'aucune espèce. >
Les pertes officielles de la journée sont, du côté des Prussienâ, de 520 officiers et 13,000 hommes, sans compter celles des II«, VIP et VIIP corps, les nôtres s*élèvent à 500 officiers et 11,000 hommes hors de combat.
L'ennemi nous avait opposé, dans cette bataille, environ 230,000 hommes , tandis que nous n'avions pu mettre en ligne que 120,000 hommes; il est nécessaire de faire remarquer, en outre, que l'effort de cinq corps d'armée prussiens, soit 130,000 hommes, fut porté tout entier sur les 50,000, qui se trouvaient sur notre droite (4* et 6* corps ^)
19 août. — On resserre les lignes autour de Metz. — Le mouvement, ordonné pendant la nuit, s'exécute sans que l'ennemi l'inquiète ; quant au commandant en chef, il se dirige, au jour, de Plappeville sur le Ban-St-Martin, où il établit son quartier-général. Les nouvelles qui nous arrivent des événements de la veille sont bien tristes ; partout nous rencontrons des hommes fatigués, épuisés de ces combats, de ces
1 Je lis dans les journaux que, le 20 août, le ministre de la guerre donnait au Corps législatif les nouvelles suivantes sur la bataille d*Amanvillers : « D'après des renseignements, qui nous « paraissent dignes de foi, trois corps d*armée, ayant attaqué le M maréchal Bazaine, auraient été rejetés dans les carrières de » Jaumont, » Il parait que cet épisode des carrières a eu un grand retentissement à Tintérieur, et qu'il a même inspiré beaucoup d'écrivains et de dessinateurs. Nous n'en avons eu connaissance qu'à notre rentrée en France.
retraites, qu'ils ne comprennent pas : « Quon nous « parle ! disent la plupart, que se passe-t-il? Notre « régiment a repoussé Tennemi, et nous reculons! > On ne se met pas, en effet, assez en relation avec la troupe; on ne parait pas s'occuper d'elle autant qu'on le devrait ; aujourd'hui, comme les 16 et 17, les distributions sont insuffisantes, et, sans les pommes de terre récoltées dans les champs , l'armée eût encore beaucoup plus souffert : c Ces pommes de terre nous « ont sauvé, » me disait un officier de troupe.
Chemin faisant, je suis accosté par un paysan requis, depuis le commencement du mois , pour nos convois ; il voudrait retourner dans son village ; son frère y a été tué par les Prussiens, dit-il ; ses quatre chevaux ont été enlevés par l'ennemi, et le pauvre diable mêle si bien dans son récit et frère tué, et chevaux requis, que. malgré ma tristesse, je me prends à sourire, en me demandant ce qu'il regrette le plus ou de l'une ou de l'autre perte. Hélas! quel remède pouvons-nous apporter à tant de misères , qui vont aller croissant : « Il n'y a donc plus de soldats en c France, puisque l'ennemi vient ainsi nous cerner < jusque dans Metz, « me disait plus loin un habitant de ces jolis coteaux de Plappeville : » H y en a € encore, aurais-je pu répondre; mais, en trop petit « nombre, écrasés par des forces doubles et quelque- « fois triples, ils en sont réduits à se faire tuer ou à c assister, avec douleur et dans l'impuissance, à la c dévastation de notre chère patrie. Ne les accusez « pas, ils sont bien à plaindre ! >
La journée s'écoule tristement ; aux funestes événements de la soirée du 18 s'ajoutent les bruits les
plus pénibles sur notre situation ; nous apprenons que nos ressources en cartouches et en vivres sont des plus minimes, et que la dernière communication avec la France, la route de Thionville, vient d'être coupée. Qui comprendra, s'il ne veut étudier avec soin cette singulière campagne, que 160,000 hommes \ un mois après la déclaration de guerre, quinze jours après l'ouverture des hostilités, ont pu être bloqués dans Metz par 300,000 ennemis, tandis que plus de 200,000 autres marchent sur Paris? Qui voudra croire que cette armée, enfermée dans notre plus grande place de guerre est actuellement la force la plus effective du pays?
Un violent orage éclate vers 2 heures, et vient ajouter aux difficultés d'installation des bivouacs. Sur la fin de la journée, nous arrive le dernier courrier de France; il nous apporte des nouvelles de Paris du 15 août. Désormais, le cercle est fermé ; pauvres amis, que nous avons laissés au dehors, qu'allez-vous penser de nous?
20 août. — La nuit a été tranquille; au jour on resserre encore les lignes en abandonnant Lorry, et l'on établit les corps autour de Metz dans les positions suivantes, d'après un ordre de la veille : « Toute
< la garde sera ramenée en arrière au pied des pentes
< Est du fort Saint-Quentin, sa droite au chemin de « la Ronde; le 4* corps retirera sa gauche jusqu'à « Tignomont, où il se reliera au 3« , qui se placera
^ Il me parait inutile de dire que je comprends ici la garnison de Metz, qui ne pouvait pas concourir à une tentative pour sortir du camp retranché.
en arrière des forts Saint-Quentin et Plappeville. On établira une forte batterie sur la crôte du Goupillon, et des épi^ulements partout où cela paraîtra utile. Le 3' corps, de Tignomont passera au dessus du village de Plappeville jusqu'au col de Lessy, et redescendra, sur la pente Est du fort Saint- Quentin, jusqu'à la colline de Charles-Quint, où il joindra la droite du 2* corps. S'établir fortement au col de Lessy avec une batterie, battant le ravin. La division de Forton à Cbambiëre. »
Dépêche importante dvr maréchal de Mac-Mahon. — Le maréchal Bazaine répond aujourd'hui à une importante dépêche du maréchal de Mac-Mahon.
Voici ces deux lettres ^ que je considère comme donnant la clef des opérations des armées, placées sous les ordres des deux maréchaux :
Camp de Chàlons, 19 août, 3 heures 35 du soir ; reçue le 20 août, à 11 heures 35 du matin. — Maréchal de Mac-Mahon au maréchal Bazaine :
« Si, comme je le crois, vous êtes forcé de battre en « retraite très prochainement, je ne sais, à la dis- « tance où je suis de vous , comment vous venir en « aide, sans découvrir Paris; si vous en jugez autre- « ment, faites-le moi savoir. •
Ban-St-Martin, 20 août. — Maréchal Bazaine au maréchal de Mac-Mahon : — « J'ai dû prendre posi- « tion près de Metz, pour donner du repos aux sol^
1 Ces dépêches et beaucoup d'autres ont été trouvées à Saint- Cloud, et publiées dans tous les Journaux.
Voir ci-aprôs, au Supplément, la note iv, contenant celles qui nous intéressent plus particulièrement.
c dats, et les ravitailler en vivres et en munitions, c L'ennemi grossit toujours autour de nous , et je « suivrai très probablement, pour vous rejoindre, « la ligne des places du Nord ; je vous préviendrai « de ma marche, si je puis toutefois l'entreprendre a sans compromettre l'armée. »
Ainsi, le projet du maréchal est de tenter de se faire jour dans la direction de Thionville ! Je l'avoue, le sentiment général est tout à fait contraire à cette combinaison ; on comprendrait bien mieux une tentative, dirigée, vers le Sud-Est, sur les lignes de communication de l'ennemi.
Dimanche, 21 août. — On aperçoit de nombreux mouvements de troupes vers le Nord ; on s'attend à une attaque et on prend les armes.
L'ennemi commence dès aujourd'hui à construire des ouvrages autour de nous. Prétend-il attaquer la place ou veut-il seulement nous bloquer?
Situation des vivres à la date du 20 aoUt. — Cependant, avant de resserrer les lignes, comme nous l'avons fait hier, n'auralt-il pas fallu, si l'on craignait d'être bloqués, amener dans le camp toutes les ressources des villages environnants. L'intendantgénéral, M. Wolff, a été envoyé en mission dans Kntérieur; il a été suivi le 17 par M. de Préval; ni l'un ni l'autre de ces hauts fonctionnaires, chargés d'aller préparer les vivres sur les routes que l'on devait suivre, n'a pu nous revenir, si bien que la lourde tâche d'approvisionner l'armée captive incombe à un sous-intendant militaire, fort actif et
fort zélé, qui remplit de son mieux les difficiles fonctions d*intendant en chef, mais qui ne peut guère réparer le temps perdu. Il fournissait hier sur les ressources de l'armée la situation suivante, qui ne présente rien de bien rassurant pour Tissue de nos opérations :
« La situation des ressources à la date de ce jour, c tant dans les magasins que dans les gares de la « place de Metz, ne peut être donnée que d'une € façon approximative, en raison des nombreux « mouvements, qui ont eu lieu ces jours derniers, € et de la difficulté d'apprécier, autrement que par « aperçu, les quantités existant en gare.
« En supposant un effectif de 200,000 hommes, € et de 50,000 chevaux, cette situation approxima- « tive peut s'établir ainsi ^ :
• Blé, 15 jours (des mesures sont priseà pour le « réduire le plus promptement possible en farine) ;
« Farine, 15 jours; biscuit, 1/2 jour; riz et hari- « cots, 5 jours; sel, 6 jours; sucre, 15 jours; café, « 26 jours; vin, 7 jours; eau de vie, 8 jours; lard, « 1/2 jour; avoine, 12 jours à 4 kilogrammes la « ration; viande, 6 jours (y compris le parc de ré- « serve de la place de Metz.)
« On continue les achats de bêtes sur pied. Cette ' « ressource serait bien plus considérable, s'il avait
^ Ces effectifs étaient forcés et, d^autre part, les approvisionnements étaient en réalité plus considérables que ne Tindiquait cette lettre de l'intendant. Ils firent encore améliorés par quelques expéditions, qui prouTérent tout ce que Ton aurait pu retirer des environs de Metz, avec un peu plus d'activité pendant les premiers jours, et une défensive plus agissante.
« été possible de faire arriver à Metz les quantités» « qui ont été réunies par Fentreprenenr dans le dé- « partement de la Meuse et aatonr de Verdun. »
Cette dernière phrase ne manque pas de naiveté ; elle pourrait se résumer ainsi : c Nous serions « mieux pourvus, si nous avions mieux prévu. » Toutefois, pour être juste, il faut dire que le commandement est plus répréhensible ici que Tadministration; c'était à lui de prévoir, d'ordonner, et de bien dire à son intendant-général qu il pourrait être obligé de rester, avec plus de 150,000 hommes, plusieurs mois dans Metz. Mais le savait-il luimôme ? »
Notre effectif réel ces jours-ci est de 140,000 hommes, sans les blessés et la garnison de Metz , et de 36,000 chevaux.
22 août. — Trois divisions du 3* corps vont s'établir entre Saint-Julien et Queuleu ; elles devront y construire des tranchées-abris, et donneront au génie des travailleurs, payés à raison de dix centimes l'heure, pour l'achèvement des forts. La division Castagny, restée d'abord sur la rive gauche, reçoit bientôt Tordre d'aller h Montigny, pour rejoindre le 3* corps ; elle est remplacée dans ses lignes par des troupes du général Frossard, et les 4* et 6' corps gagnent chacun un peu de terrain à gauche.
ApprovisioTmements en munitioTis , le 22 aoUt — Croira-t-on que l'on vient de découvrir, dans les magasins du chemin de fer, 4 millions de cartouches, dont on ignorait l'existence 1 Ce bonheur inattendu
permet au général , commandant rartillerie de Tarmée, d'établir ainsi notre situation, au point de vue des munitions, à la date du 22 :
< Je suis heureux de porter à la connaissance de « Votre Excellence les faits suivants :
« 1" Toutes les batteries de combat sont complèc tement réapprovisionnées ;
€ 2** Tous les parcs, moins celui du 6' corps, qui « n'a jamais rejoint l'armée, sont complets;
« 3* Les batteries (divisionnaires ou de réserve), c ont réparé leurs pertes en hommes et en chevaux, € et sont prêtes à marcher.
€ En ce qui concerne l'infanterie :
€ 4° Elle doit posséder, d'après les rapports
< fournis, les 90 cartouches de sac ;
« 5** Les réserves divisionnaires et les parc§ de « corps d'armée portent t50 cartouches par homme ;
« 6** Un parc, formé à la suite de la réserve géf nérale, contient, à l'heure qu'il est, 1,300,000 carc touches..
€ Après ce dernier et suprême effort, l'arsenal de
< Metz (il n'a pu mettre à notre disposition que « 650,000 cartouches), est complètement épuisé.
« A la suite des journées des 16 et 18, les. troupes
< ont pu croire un moment que les munitions leur € feraient défaut. Pour relever leur moral, je pense, c Monsieur le maréchal, qu'il ne serait pas inutile € que l'armée sût qu'elle est aujourd'hui, 22 août, € complètement réapprovisionnée, et prête à mar- € cher.
€ En ce qui concerne la défense de Metz, la place c possède, aujourd'hui 22 :
Canons de 5(4 (place et siëge). . . 103
Bouches \ Canons de 12 id. ... 145
à feu. } Canons de calibres inférieurs. . . 103
Mortiers 189
Projectiles (approvis' plus que suffisant.)
ApproW. I p^judre 400,000kU..
( Modèle 1866 20,000
Fusils. \ Id. 1867 (transformé) . 3,256
( Id. à percussion . . . 37,889
/ Modèle 1866 ..... 2,218,000
Cartouches. ) Id. 1867 1,018,340
( Id. fusils à percussion. 3,759,000
A la réception de cette lettre, le maréchal Bazaine invite les commandants des corps à faire connaître aux troupes sous leurs ordres, que c l'armée se « trouve maintenant aussi largement approvision- « née en munitions qu'au début de la guerre. •
Il n est malheureusement pas possible de donner même assurance pour les vivres ; aussi paralt-on se décider à tenter une sortie , et adresse-t-on des instructions à tout le monde pour que c les bagages « des officiers soient , en vue d'un mouvement, ré- < duits d'après un état joint à la dépêche. En outre, « tous les cantiniers, avec leurs femmes et leurs € voitures, resteront dans Metz'. •
23 août. — Premières mesures, prises à Metz, pov/r les vivres et les fourrages. — La question des vivres et des fourrages, toujours fort importante
' Comme toujours, Tordre ne fût qu*à moitié exécuté. Il nous aurait fallu, dans notre situation critique, Tinflexible rigueur d*un duc de Malakof, pour faire plier toutes les résistances.
dans une armée , va devenir capitale pour la nôtre ; il est donc nécessaire de faire connaître, chaque jour, les différentes dispositions prises à ce sujet.
Le point de départ de ces mesures , c'est la publication, à la date du 5 août, des tarifs de solde, de rations de vivres et de fourrages , déterminés pour l'armée du Bhin. Ils apportaient les modifications suivantes aux rations réglementaires :
Biscuit, 643 gr. pour repas, 185 pour soupe, total 828 gr. au lieu de 735 ; bœuf salé , 350 gr. au lieu de 250 gr. ; viande, portée à 400 gr. au lieu de 250 gr., et lard à 300 gr. au lieu de 200.
Le 1 1 août , Metz étant déclaré en état de siège , on décide qu'il ne sera délivré qu'une ration par partie prenante de tout grade ; les rations , non perçues en nature, seront remboursées, à raison de 1 franc chacune.
Le 13, on craint que la route de Nancy ne soit bientôt coupée par l'ennemi et Ton écrit : t L'arrivée «t des trains, qui transportent les denrées nécessaires « à l'armée , éprouve quelques difficultés , et, il se
< pourrait dès lors que la distribution de pain ne « pût pas se faire intégralement. Dans ce cas , on « n'en donnerait plus qu'une demi-ration (pain ou « biscuit), avec 300 grammes de farine, et le double,
< si l'on ne peut donner la demi-ration de pain. > Je passe rapidement sur ce fait que Metz devait
attendre son pain de Nancy ^; je me borne à faire
1 Le 18 août, radministration était avisée que 12 wagons de pains lui étaient envoyés de Reims ! Le 20, on annonçait 21 wagons de biscuit, 7 d'ambulance, expédiés de Gharleville, mais arrêtés à Montmédy par suite de Tinvestissement de Metz, com-
remarquer qu'en réalité les communications furent rompues avec cette ville le 14; et j'arrive au 22, époque à laquelle la ration de sel est réduite de 16 à 10 gr. ; celles de viande et de lard sont ramenées aux taux réglementaires de 250 et 200 gr. , mais, par compensation, on alloue à chaque homme un quart de litre de vin, ou douze centimes d'indemnité.
Pour les fourrages, dès le 14 août, on déclare que Ton ne peut pas augmenter la ration d*avoine, bien que Fadministration ne soit en mesure de délivrer ni foin, ni paille. Il y a bien encore actuellement 3,700 quintaux de foin dans la place; mais on les garde avec raison pour les chevaux malades et les bestiaux. Toutefois, ce que Ton n'ignore pas, car les propriétaires des environs viennent tous le dire, c'est que les villages, placés sous le canon de Metz, et ceux qu'occupent les avant-postes prussiens, sont remplis de gerbes de blés , de grains et de fourrages , qu'il serait bien naturel de faire rentrer ou de conquérir.
En parlementaire. — Je suis envoyé en parlementaire , pour négocier un échange de blessés et de prisonniers. Malgré mon grand drapeau , malgré les sonneries éclatantes de mon trompette, je suis accueilli tout d'abord, comme il n'est arrivé que trop souvent , de part et d'autre , par le feu des vedettes ennemies; l'erreur reconnue, je m'approche des avantpostes prussiens, les traverse les yeux bandés, et remets à un officier, que je ne vois pas, la lettre dont
piété la Yeille. N'aurait-il pas été bien simple d^organiser, dés le mois de juillet, des fours en quantité suffisante, à Metz, pour alimenter toute Tannée ?
j'étais porteur. On me conduit ensuite dans un chemin creux; et, mon bandeau enlevé, je puis regarder enfin les deux officiers , qui , me tenant chacun par un hras pour me guider, m'ont fait traverser, depuis une demi-heure, les retranchements, auxquels j'entendais travailler de nombreux soldats.
Après les présentations d'usage , l'un de ces officiers m'accompagne jusqu'au village voisin , situé sur le penchant des collines qui descendent vers Metz : c'est là que je dois attendre la réponse du général prussien. J'étais à Jussy, au milieu de maisons presque abandonnées , et près d'une habitation , dite le Château , que l'on avait complètement saccagée ; les portes en étaient enfoncées , et , tout autour de moi , des bouteilles vides et dés débris de meubles couvraient les pelouses du parc. Je détournai mes regards de ce triste spectacle , et , pour me reposer l'esprit, je contemplai en silence le magnifique paysage qui se déroulait devant moi ; sur le versant opposé, s'étalaient les riants coteaux de Scy, sur lesquels j'avais assisté, maintes fois dans ma jeunesse, à de gaies réunions de vendanges, et le redoutable fort Saint-Quentin , qui couronne aujourd'hui leur cime élevée; plus à ma droite, la belle vallée de la Moselle s'étend à mes pieds avec sa luxuriante verdure , ses nombreuses habitations, toutes ses richesses; voici Meïz , si justement fière de son passé , si confiante encore dans l'avenir; la tour de sa cathédrale se dresse avec majesté dans les airs; elle porte, flottant au-dessus de la ville et de nos camps, le drapeau national , dont on a couronné son sommet , comme pour nous convier à en défendre l'honneur.
La guerre est , en effet , venue ravager ces riches contrées; en vain je cherche à jouir de ce beau spectacle de la nature , en vain je fais appel à de doux souvenirs de vingt ans ; en promenant mes regards autour de moi, j'aperçois, sur ma droite et en face du Saint-Quentin, le Saint-Biaise, dont le sommet sert d observatoire aux o^ciers ennemis. Adieu les rêves! La paix et les chants joyeux des vignerons ont disparu pour longtemps de ces contrées ! les beaux coteaux de vignes sont toujours là, mais leurs fruits, verts encore, sont saccagés, foulés aux pieds par deux armées; partout, au milieu des ceps, apparaissent des tentes, des tranchées , des abris de toute espèce; de tous côtés brillent les baïonnettes des sentinelles ; le canon du Saint-Quentin se fait entendre ; il me faut revenir à moi , après un songe de quelques minutes. Sur ces rives de la Moselle, dans notre chère paltie, je me trouve prisonnier, et placé en ce moment môme sous la garde d'un de nos ennemis. Vainement, les pauvres gens du village accourent à ma vue pour me conter leurs misères, leurs souffrances ; ils le disent, et je ne le vois que trop, le pillage est partout; mais nous sommes impuissants à le réprimer en pleine France, aux portes d'une de nos places les plus fortes. Quel revers de la fortune ! Devions-nous en arriver là !
Enfin, voici la réponse du général von Gœben ; Dieu soit loué! car j'ai hâte de m'éloigner; malgré la discrète et parfaite convenance du jeune officier, en compagnie duquel je me trouve, ces trois heures m'ont semblé bien longues. Comme moi cependant, il a paru gémir de tant de misères accumulées sur
nos villageois, et il m*a promis de faire accorder à deux d'entre eux des demandes, qui paraissent fondées. Je saute en selle, je salue mon adversaire, et, enfonçant les éperons dans les flancs de mon cheval, je descends au galop le sentier qui conduit à Sainte- Buffine, et me ramène au camp français.
24 aQût. — Forces des Prussiens autour de Metz. — Nous faisons un premier échange de blessés sur la route de Courcelles-sur-Nied, et de prisonniers .sur celle de Moulins ^. Par suite de ces échanges et des diverses communications qui en résultent avec les différents corps d'investissement, nous arrivons à connaître d'une façon assez exacte la disposition de ces troupes autour de nous.
Le lieutenant-général von Eummér commande au Nof d , vers Malroy , la 3" division de réserve , composée de la 3" division de landwehr* de Posen, d'une brigade de troupes de ligne (19* et 81% delà garnison de Mayence) , de quatre régiments de cavalerie de landwehr, et d'artillerie du XP corps. Viennent ensuite les trois corps de la 1** armée :1e P% quartiergénéral à Courcelles-sur-Nied, le Vil* à Ars, le VIII* à Gravelotte. Dans la 2* armée, le IP corps à Monti-
1 Un journal allemand disait à cette époque que, d'après la déclaration de ces prisonniers, la' ration de pain aurait été réduite de moitié à la fln d'août, d'où il concluait que le manque de vivres se faisait déjà sentir dans Metz. Le renseignement était inexact, puisque nous avons tenu encore plus de deux mois. '
"^ Cette division est formée de 4 régiments, dits conibinés;i\% sont à trois bataillons. Trois régiments de landwehr À deux bataillons forment deux régiments combinés.
gny-Ia^Grange, et le X* à Maizières ferment le cercle d'investissement , composé ainsi de six corps , ou 150,000 hommes de première ligne. Les rapports de nos agents signalent en outre : de la 2*" armée , le IX* vers Roncourt et Pierre villers, le IIP sur la route de Briey, et, autour de nous, les deux divisions de cavalerie du général von Steinmetz. Le quartier-général du prince Frédéric-Cliarles est à Malancourt , celui de Steinmetz parait être à Ars; nous avons donc autour de nous au moins 200,000 hommes ^
^ Nous ne pouvions pas savoir, à cette époque, ce qu'étaient devenus les trois autres corps de la 2« armée (IV', XII" et la gai*de), avec lesquels on avait constitué, dès le lendemain d'Amanvillers, une 4« armée, dite de la Meuse, destinée à mar* cher sur Paris avec Tarmée du Prince royal de Prusse ; cette 3« armée, placée sous le commandement du Prince royal de Saxe, a été à Sedan, et forme encore, autour de Paris, la partie N.-E. delà ligne d'investissement par Argenteuil, Qonesse, jusqu'à la Marne. Elle a été renforcée par les 3 divisions de cavalerie de la 4« armée. Quant aux corps indiqués ci-dessus, ils sont toi^ours restés devant Metz ; beaucoup en ont douté, prêtant ainsi aux Prussiens une témérité qui n'est pas dans leurs habitudes militaires ; mais ils doivent être convaincus aujourd'hui, en lisant dans tous les Journaux la dislocation de ces forces, après la chute de Metz, que nous avons toujours eu au moins 200,000 hommes devant nous. Ainsi, après le 27 octobre, la l^^* armée a laissé à Metz et Thionville de 30 à 35,000 hommes, avec le VII* corps et une partie de la division de réserve von Kummer (une brigade d'infax^terie et une de cavalerie), sous les ordres du général von Senden, le reste de la 3« division de landwehr étant rentrée en Allemagne avec les prisonniers. Les deux autres corps de l'ancienne armée de Steinmetz (1"' et VIII«) avec la 3« division de cavalerie, soit 60 à 70,000 hommes, ont été dirigés, avec le général von Manteuffel, contre Amiens et Rouen. La 2* armée a envoyé son II« corps au sud d» Paris, sous les ordres du Prince royal de Prusse; les trois autres corps (1II«, IX«, X*), avec la première division de cavalerie, 90 À 100,000 hommes, ont été conduits par le prince Frédéric-Charles contre l'armée
25 août. — Ordres pour sortir dans la direction de Thionville. — On va décidément marcher sur Thionville; c'est une combinaison qui parait bien étrange au plus grand nolhbre. Il est difficile, il est vrai, de. sortir par l'Ouest, notre ligne de retraite naturelle, car l'ennemi a placé sur la rive gauche, cinq de ses corps qui peuvent être facilement concentrés sur notre point d'attaque, et il a garni les abords de toutes les routes de plusieurs rangs de tranchées et de batteries ; le plateau de PlappeviUe seul pourrait nous offrir un passage dans cette direction, mais il aurait fallu y songer, dès le premier jour, conserver le débouché de la route de Saulny sur le plateau d'Amanvillers, et s'y fortifier. Il semble presque impossible maintenant d'arriver sur le plateau, en cheminant entre les bois de Ch&tel et de Saulny, organisés par l'ennemi pour une vigoureuse défensive. Remonter vers le Nord par les plaines de rive gauche de la Moselle est impratica-
de la Loire, de concert avec les 50 à 60,000 hommefi du grand-dac de Mecklembourg (!«' corps bavarois, 17^ et 22« divisions prossiennes, 2" et 4« divisions de cavalerie).
L'armée d'investissement de Paris, outre Tarmée de la Meuse et le II« corps, compte encore sous les ordres du Prince royal de Prusse, la 3* armée, savoir : V«, VI« corps, 21« division du XI», division de landwehr de la garde, venue de Strasbourg, 2^ corps bavarois, division wurtembergeoise, soit en tout devant Paris la valeur de 8 corps et demi, et de 3 divisions de cavalerie, ou 250 à 300,000 hommes.
Le XIV« corps à Dijon, de 30,000 hommes, les 1^ et 4« divisions de réserve en Alsace, de 10,000 hommes chacune, la 2* division de landwehr autour de Reims, et des régiments de landwehr sur toutes les lignes d'étapes, et dans les places conquises, complètent le tableau des forces prussiennes en France. ËUes s'élèvent, au moins, à 700,000 hommes de troupes de campagne.
ble, car ces plaines sont battues par les pièces, dont Tennemi a couvert les deux coteaux opposés. Si Ton se porte en avant par la rive droite, il faut après avoir percé les lignes de Sainte-Barbe, ce qui est très possible, exécuter au-delà un passage de rivière, et l'on trouvera probablement devant soi, pour s'y opposer, au moins six corps de l'armée d'investissement. Or, nous ne pouvons agir qu'avec 120,000 hommes; il nous faudra donc, après une première bataille, gagnée je le suppose, nous avancer le long de la frontière belge, vers la Meuse i, afin de tâcher d'y donner la main au maréchal de Mac-Mahon. Il nous parait plus naturel d agir dans le Sud, d'opérer autour de Metz, comme les Busses ont opéré autour de Sébastopol ; la hauteur du château de Mercy devrait certainement rappeler au général Frossard le Mamelon- Vert, contre lequel, il y a quinze ans, il dirigeait si hardiment nos colonnes victorieuses ; nous devrions nous en emparer, nous y fortifier, contraindre l'ennemi à nous y attaquer^ ; puis , nous élancer à la première occasion, sur ses lignes d'opération dans la direction deNomény ou de Château-Salins : y diriger tout au moins une grande partie de notre cavalerie, dont nous n'avons que faire, inquiéter les lignes
1 Nous y serions arrivés, selon toute probabilité, au moment même où le maréchal de Mac-Mahon, acculé à Sedan avec 120,000 hommes contre 240,000 hommes, subissait le désastre que nous ne pouvions prévoir le 26 août, il est vrai.
< L*ennemi aurait été ainsi obligé de ne plus se borner à prendre les villes en les bombardant inhumainement, quand il le peut, en les affamant et les étouffant sous le nombre, lorsque la place possède des canons assez puissants pour lui interdire ce mode barbare de guerre.
d'opération de Tadversaire, relever le moral de nos compatriotes, appuyer leur résistance, et, si c'était possible, aller reprendre une base dans le Sud vers Langres et Lyon.
Telle navait pas été la pensée du maréchal, lors* que nous avions été rejetés sous Metz le 18, et il faut bien dire qu après sa dépêche du 20 au maréchal de Mac-Mahon il était absolument tenu de marcher vers le Nord : En agissant ainsi, disait-il, je me rap- '« proche de nos nombreuses places, je retrouve une « base d opérations; nous forcerons facilement le « passage h Sainte-Barbe; puis, nous serons tou- « jours plus forts que l'ennemi, car, éparpillé autour « de Metz, il ne pourra nous présenter que des têtes < de colonne, tandis que nous serons toujours massés, € prêts à livrer bataille. »
L'argument est juste en ce qui concerne la sortie du cercle d'investissement ; mais il l'est moins, ce me semble, si Ton considère le moment où il faudra franchir la Moselle , à Thionville selon toute apparence; l'ennemi, filant par la rive gauche, sera certainement en mesure de nous opposer autre chose que des têtes de colonne, au débouché de nos ponts ou de cette dernière place.
Quoiqu'il en soit, si l'opération était sérieusement arrêtée dans l'esprit du maréchal, elle ne pouvait réussir, qu'aux trois conditions suivantes : 1* Supprimer tous les bagages, pour gagner Thionville en un jour, et franchir la Moselle, entre l'Orne et cette place, avec une avant-garde, dès le premier jour, afin 'de s'assurer le passage; 2° Envoyer d'avance l'artillerie de réserve en avant du fort Saint-Julien,
afin de la faire agir tout d'atord contre le camp de Sainte-Barte; faire porter de nuit toutes les troupes sur la rive droite ; attaquer au jour, en faisant de fortes diversions au Sud vers Mercy-le-Haut , à rOuest avec le canon des forts Saint-Quentin et Plappeville; enlever la position de Sainte-Barbe, ce qui était très praticable, et courir devant soi sans impedimenta. 3"* Être bien renseignés sur la marche du maréchal de Mac-Mahon, et sur la position des armées prussiennes.
Je ne sais pas si le commandant en chef pourrait répondre à cette dernière question, mais, ce qui est certain, c'est que les deux autres conditions de succès ne sont guèra observées : nous sommes encombrés de bagages, et il sera impossible d'entamer l'action à la pointe du jour. On peut s'en rendre compte par Tordre de marche suivant, qui est envoyé ce soir aux corps d'armée :
« Le 3* corps laissera une division à Metz; elle « prendra position en avant de Queuleu vers Grigy. « Les trois autres divisions, la cavalerie, l'artillerie « iront s*étàblir en arrière de Noisseville, refusant « leur droite qui sera appuyée' à la route de Sarre- « louis, la gauche sur la hauteur entre Mey et « Nouilly , au bois de Mey. Le 4" corps, en avant de « Grimont, perpendiculairement à la route de Sainte- « Barbe, la droite près du bois de Mey se reliant au i 3* corps, la gauche à 1,200 mètres de Villers « l'Orme; sa cavalerie on avant; il prendra le pont « d'amont de Chambière. Le 6« corps, en avant du c bois de Grimont, la droite à hauteur de la gauche
« du 4' corps, mais refusant sa gauche jusqu'à la « cote 216, au delà de la route de Bouzonville; sa « cavalerie en avant ; ce corps se servira du pont 9 d'aval. Le 2« corps, en 2* ligne, derrière le 3', la « droite à la ferme de Bellecroix, la gauche sur les « hauteurs de rive droite du ravin de Vantoux; il a passera par la porte de France, puis par celle^es ff Allemands, et prendra la route de Sarrelouis. Les « divisions de cavalerie des 3* et 2* corps, sur le flanc ,« droit de leur corps, pour Téclairer. Les réserves « d'artillerie et les compagnies du génie suivront leurs « corps, et se placeront derrière la 2* ligne de chacun « d'eux.
« La garde, le corps de réserve de cavalerie, la € réserve générale d'artillerie entre Je fort Saintc Julien et le bois de Grimont, à cheval sur la route <K de Bouzonville ; la gauche en arrière de Châtillon, « la droite vers la gauche du 2" corps. Ils passe- « ront par les ponts de Chambière après les 4' et « 6* corps, vers 7 heures et demie du matin proba- « blement. Grand-quartier-général au village de « Saint- Julien. Tous les services et les bagages à « Chambière.
€ Les 2* et 6» corps laisseront à leurs lignes un « régiment d'infanterie et un de cavalerie ; le 4", « un régiment d'infanterie seulement ; le 3* corps c un bataillon à- Montigny. Ces troupes se feront « voir, et la cavalerie exécutera des reconnais- « sances. »
26 août. — Tentative de sortie. — On ncr se met enrçute qu'au jour; le temps est devenu tout-à-fkit
froid et pluvieux. Pour compliquer encore la situation, on découvre, seulement au moment du passage de la Moselle, que, de deux ponts construits par Tartillerie, un seul est en état de supporter les voitures ; . il en résulte un très grand allongement dans les co* lonnes, et un retard considérable. La position se prend néanmoins en avant de Saint- Julien, par une pluie torrentielle, accompagnée de coups de vent impétueux, et de violents éclats de tonnerre. Ce brus-, que changement de temps rendait assurément assez difficile un mouvement offensif. Le commandant en chef lo^jugea c inexécutable dans de bonned condi-
< tiens ; il réunit à la ferme de Griment les com-
< mandants des corps d*armée et les chefs des armes « spéciales, et le conseil fut d'avis que Tarmée de- « "oait rester sous Metz, parce que sa présence main- « tenait devant elle 200,000 ennemis, qu'elle don- « nait à la France le temps d*organiser la résistance ^ « aux armées en formation, celui de se constituer,
« et qu'en cas de retraite de l'ennemi elle le harce- . c lerait, si elle ne pouvait lui infliger une défaite
< décisive. Quant à la ville de Metz, elle avait besoin. .
< de la présence de l'armée pour terminer les forts, « leur armement, les défenses extérieures du corps ' € de place, et il fut reconnu qu'elle ne pourrait tenir c plus de quinze jours, sans la protection de « l'armée *. »
Âla suite de cette délibération, que l'on aurait dû prendi^e au Ban-Saint-Martin avant de se mettre en route, les troupes reçoivent l'ordre de rentrer dans
^ Bapport sommaire sur les opérations de Varmée du Rhin.
leurs anciennes positions ; plusieurs n'y parviennent que le lendemain matin, à cause du passage des ponts, et'chacun sinstalle avec uh mécontentement facile à comprendre dans les bivouacs, inondés par lorage.
27 août. — La pluie continue à tomber par torrents; les troupes, campées dans les parties basses du Ban-Saint-Martin, sont au milieu d*un véritable lac. Le 2* corps, qui a été envoyé hier au soir à Montigny, en arrière de la levée du chemin de fer, n'est pas mieux partagé. Par suite de cette situation nouvelle, donnée à ce corps entre la Moselle et les Sablons, le maréchal Le Bœuf a appuyé sa droite à la Seille; les 4* et 6' corps, sur la rive gauche se rejoigneht à Lorry ; la garde est toujours en 2* ligne à riappeville.
A la date du 25, un corps de cavalerie a été formé sous les ordres du général Desvaux ; il comprend la division de la garde et la division Forton. Cette masse de chevaux est internée dans Tlle Chambière.
Dimanche, 28 août. — La pluie continue toujours. Dans^le conseil de guerre du 26, il a été convenu, paraît-il, que, pour soutenir le moral de nos troupes', on fera des coups de mains, destinés en outre à harceler l'ennemi, et à augmenter nos ressources^ On
^ Une lettre anonyme, adressée an maréehal Bazaine vers cette époque, lettre qui fut lue par chacun de nous, trace un tableau fidèle de la situation de Tarmée et énonce des vérités dures, mais utiles À faire connaîtra :
M Monsieur le maréchal, y est-il dit, permettez à un pauvre « officier sous vos ordres de vous adresser très respectueusement
régularise, h cet effet, les troupes de partisans ou d*éclaireurs, org^anisées depuis quelques jours dans
• quelques observations, car il Tît avec le poldat, et est plus à « même de le juger, de savoir ce qullfait et pense, que les géné- « raux, qui ne Itf voient qu'e^^passanj.
« 11 n*y a" pas assez de disciplme parmi les soldats et les ■i sous-offlciers, et les officiers n'y tiennent pas assez la main. « Nos hommes pillent ; il faudrait faire deli exemples très sévères, M mais en présence de la troupe. Il y a beaucoup de traînards; « on devrait casser les caporaux et les soldats de V classe, qui
• flânent en route. Il y a des régiments qui laissent de 18 à 20 « hommes par compagnie dans les camps pour faire la soupe, •• les Jours de bataille, ce qui éloigne du combat 260 à 300 sol- •< dats par corps, quand 3 hommes par compagnie suffiraient. « Des ordres sévères empêcheraient chacun de s*absenter du « camp, et, les faisceaux formés, de s*en aller à la débandade, » les uns pour voir le pays, d'autres pour dérober des denrées. « Depuis la Journée du 18 août, les soldats doutent de leurs « chefs ;' ils se plaignent qu'il leur manque toujours quelque
• chose, un Jour des munitions, un autre des vivres, le « plus souvent des ordivs. Ils n*ont pas assez confiance dans « leurs armes ; on devrait leur faire quelques théories courtes « sur Texcellent usage qu'ils pourraient en faire.. Les généraux « ne se font pas voir assez souvent; pourquoi ne passent-ils pas <• fréquemment des revues rapides? pourquoi ne vont-ils pas *• dans les hôpitaux? Le soldat ne reçoit pas assez de vin et « d*eau-de-vie. Depuis Amanvillers,,tout le monde est inquiet ; . « on s'étonne de ne pas voV entreprendre d'opérations par- •• tielles contre Tennemi. Notre cavalerie ne sert & rien; qu*on •• en lamce une partie au dehors^ pour aller inquiéter les commu- «• nications de Tennemi. Nos soldats sont trop chargés; il y « aurait lieu de faire verser leur habit en magasin. Enfln, Tar-
• mée a 'trop de bagages ; ils encombrent les chemins, entravent ' « les marches ; on pourrait sans inconvénient en réduire les « deux tiers.
« Monsieur le maréchal, toute Tarmée a grande confiance en
• vous ; pressez-vous de lui donner une victoire ^elle est prête à H TOUS seconder. Pensez & la France, pensez à votre gloire 1 « ^
Il y avait là assurément de sérieux sujets de méditation pour on grand cœur.
si
chaque régiment d'infanterie ou de cavalerie ; elles porteront le nom de partisans ^infanterie ou de cavalerie de tel ou tel corps Sarmée^ et se conformeront entièrement au titre XI de l'ordonnance du 3 mai 1832.
Quant aux expéditions & entreprendre, avec ou sans partisans , on a de la peine à faire comprendre à chacun qu'elles sont nécessaires, pour toutes les raisons dites dans le conseil. Ainsi Ion a écrit hier au 2* corps : « On me dit que l'ennemi organise des c dépôts à Peltre, à3kilom, à peine du fort Queuleu ; « nous ne devons pas tolérer cette organisation.. Mon « intention est donc que, de concert avec le 3* corps, « vous combiniez une petite opération sur la gare « de Peltre. Elle pourrait être exécutée demain à la « pointe du jour. Il ne vous échapj^era pas, du reste, <r qu'il ne s'agit, dans ma pensée, que d'un coup de a main, auquel il n'y a pas lieu de donner de trop « grandes dimensions. Dans le même ordre d'idées, « je désire que votre cavalerie inquiète et déposte au « besoin des escadrons de cavalerie prussienne,qu'on « m'assure être établis à la ferme de Saint-Thiébault, « et qui poussent journellement des partis jusque 4 dans Magny, où ils auraient pris cinq chevaux « dans la journée d'hier. N'y aurait-il pas lieu de « faire occuper ce village par vos avant-postes? On « assure qu'il s'y trouve beaucoup de fourrage ; « il faut l'acheter aux habitants, et surtout ne pas c le laisser aux Prussiens. »
Ce matin rien n'a été fait dans ce sens. Nos approvisionnements, chacun le sait, sont fort insuffisants ; il est désirable de les augmenter par tous les
moyens possibles, et chacun devrait, dans la zone qui lui est confiée, rechercher par quels moyens il peut accroître nos ressources. Eh bien ! le 25, il a fallu écrire d'un càté : « Je suis informa qu*en avant du « fort de Saint-Privat il y a trois meules de foin,
< faites-les rentrer cette nuit. » Le 27, on a dû adresser, d'un autre côté, la lettre suivante, « votre
< bulletin de renseignements signale de» fourrages € dans Villers l'Orme, Chieulles, Bomy, faites-les c enlever aujourd'hui. » On donne de semblables avis à tous les corps d'armée, et on signale particulièrement la ferme de Maison Bouge comme remplie de gerbes de blé. On a beaucoup de peine à obtenir l'exécution de ces petites opérations nécessaires, parce qu'on n'ordonne jamais de façon à être obéi.
29 août. — Le temps redevient meilleur et le sol sèche un peu. Je fais une tournée du c6té de Moulins et de Longeville. Tous ces beaux coteaux si verts, il y a peu de jours encore, sont déjà jaunis par la présence de nos bivouacs; en plusieurs endroits, les ceps de vigne sont couchés à terre, privés de leurs fruits et de leurs feuilles ; les arbres, nécessaires à nos camps, sont coupés de toutes parts ; la riche campagne des environs de Metz est dévastée pour longtemps. Que d'années dé labeur ne faudrat-il pas en effet pour réparer ces ruines d'un jour !
30 août. — Nouveaux projets de sortie. — Ce matin, on prévient les commandants de corps d'armée, avec lesquels on est relié par un fil télégraphique depuis deux jours, que l'on exécutera peut-être un
mouvement de midi à uneheare. On prescrit de faire distribuer de suite la ration de biscuit et les deux jours de lard de réserve, qui restent en magasin. Les ordres sont donnés avec un tel mystère dans les corps, qu*ils sont connus en quelques instants de tout le camp et de la ville. Du reste, il en a toujours été ainsi dans nos différentes entreprises.
Vers 10 heures, on fait connaître que l'opération projetée est suspendue, mais on recommande néanmoins de faire passer une visite de santé, de renvoyer les malingres dans la place et de réduire les bagages au strict nécessaire, dès aujourd'hui même. Pour détourner Tattcntion sans doute, le maréchal Canrobert est invité à examiner s'il pourrait tenter un coup de main sur Saulny, qui, dit-on, n'est pas occupé; puis, le soir, on expédie à tous les corps d'armée des ordres analogues à ceux du 25, mais avec les modifications suivantes :
« Le 3* corps commencera son mouvement de bonne « heure; sa 3* division restera à Metz. Le 4* arrivera « à 6 heures, au plus tard, sur les bords de la Moselle, « et la franchira par les trois ponts à la fois. Le « 6^'pouTVKprobablement commencer le passage, vers « 7 heures et quart; la garde à 8 heures et demie, « la réserve générale d'artillerie èQJienres et quart, < et le corps de réserve de cavalerie à ID heures. •
« Il y aura un officier de l'état-major-général h n chaque pont, pendant toute la durée du mouve- « ment de l'armée; un officier de l'état-major de « chaque corps et de chaque division surveillera « également le passage du corps et de la division, f auxquels ils appartiennent. »
Si Ton avait prescrit ces simples mesures réglementaires, les 15 et 17, à la traversée du ravin de Mance, à TEst de Gravelotte, et le matin et le soir du 26, aux ponts de la Moselle, on aurait évité bien du désordre et des fatigues aux troupes. Mais on utilise à peine les officiers d*état-major.
On va donc tenter encore une sortie dans la direction de Thion ville. Cela paraît bien plus inconcevable, après les résolutions prises le 26, et qui ne sont plus un secret pour personne. Que s'est-il donc passé de nouveau depuis liier? Voici les bruits les plus accrédités. On dit que le maréchal a reçu ce matin une lettre, lui annonçant que larmée du maréchal de Mac-Mahon s'approche de Stenay ^. En outre, un des agents envoyés au dehors, et rentré aujourd'hui, a apporté des renseignements, qui paraissent fort exacts. Il est parti de Metz, le 26, avec des lettres du maréchal pour l'Empereur; il est arrivé à Verdun le 27 ; là, il a appris que le maréqhal de Mac-Mahon était passé non loin de la place remontant sur Stenay- Montmédy, que, le 24, Verdun a été attaqué par des Prussiens, les a repoussés, et qu'on les a vus traverser la Meuse, au nombre de 30,000, sur des ponts, jetés en amont et en aval de la ville; il ajoute qu'à son retour il a rencontré le III* corps sur la route de Verdun, et que le prince Frédéric-Charles est venu le 29 de Doncourt à Briey *.
1 Cette lettre, datée du 22 août de Reims, et parvenue & Metz le 30, figure dans le Supplément (note lY).
' Les renseignements, donnés par cet agent, étaient excellents. De foit, le 24, le corps saxon, avait tenté de surprendre
31 août. — Combat de SairUe-Barbe (de Noîsseville). Première journée. — L'opération du passage des trois ponts de la Moselle commence à 6 heures du matin, pour les 70,000 hommes, qui composent les trois corps campés sur la rive gauche (4*, 6* corps et garde); elle n*est terminée quà 5 heures du soir, environ. Quant à la réserve générale d'artillerie, placée, depuis quelques jours , sous les ordres du général Bourbaki, elle n'atteint le plateau que vers 6 heures, précédant la cavalerie du général Desvaux, qui n'entre ainsi en ligne que fort tard.
En arrivant sur la hauteur, nos troupes s'établissent de la manière suivante : ^n première ligne, à droite, le 3* corps, avec trois divisions d'infanterie et de cavalerie en arrière de Noisseville, la droite refusée sur la route de Sarrelouis , la gauche sur la hauteur entre Nouilly et Mey vers le bois situé au Nord-Est de ce village; le 4* corps à sa gauche, perpendiculairement à la route de Sainte-Barbe; enfin, le 6* corps prolongeant la ligne et refusant sa gauche, portée à la cote 216 de la route de Bouzbn ville; la cavalerie des deux derniers corps, en avant de leur infanterie.
En deuxième ligne : Le 2« corps derrière le 3*, la droite à la ferme Bellecroix, la gauche sur les hauteurs de la rive droite du ravin de Vallières ; sa divi-
Verdan, et, n*ayant pu réussir, avait passé la Meuse pour rejoindre le gros de la 4* armée prussienne, s*avançant vers FArgonne. De fait encore, le maréchal de Mac-Mahon était au Chêne le 27, allant vers Stenay, et le prince Frédéric-Charles, avec les II«, IIP et IX« corps se tenait entre Metz et Verdun pour 8*opposer au besoin À une marche du maréchal de Mac-Mahon vers nous.
sîon de cavalerie sur son flanc droit, éclairant la route. La garde, la réserve générale d'artillerie, et le corps de cavalerie, entre le fort Saint-Julien et le bois de Grimont, à cheval sur la route de Bouzonville, la gauche en arrière de Châtillon, la droite appuyant au 2* corps.
Le grand-quartier-général, au village de Saint- Julien ; les bagages des 2* et 3* corps derrière l'armée, sur la rive droite ; ceux des autres corps dans Tlle Chambière.
Au premier mouvement de nos troupes, le général von Manteuffel, qui commandait les portions de ligne d'investissement que nous menacions, avait concentré ses troupes en avant de son front ^ ; la bri-
^ Le II« corps avait été retiré, depuis quelques jours, de la ligne d'investissement, telle qu'elle a déjà été décrite, et cette ligne n'était plus formée que par la l'* armée et un seul corps, de la 2« ÇLe X«, établi dans la plaine de Maizières). A cet effet le VII" Â cheval sur la Moselle, en amont de Metz, s'était étendu sur la rive gauche jusqu'à Gravelotte, et le VIII» avait garni les positions de Gravelotte à la hauteur de Saulny. Quant aux trois autres corps de la 2« armée, ils avaient été maintenus hors des lignes, sur les routes principales, par lesqueUes pouvait arriver le maréchal de Mac-Mahon, parvenu aux environs de Sedan : ainsi, le III* était sur la route de Conflans, le II« sur celle de Briey, et le IX« à Roncourt (18« div.), et Pierrevimers (25« div.), près du quartier-général de Malancourt.
« Le matin du 31, les postes d'observation de l'investissement « faisaient connaître, dit le rapport prussien, que l'on aperce- M vait un grand mouvement dans les camps Avançais, et que l'on M pouvait prévoir une lutte sur la rive droite de la Moselle. Le M général de Voigts-Rhetz se hâta de faire passer la rivière à « Hauconcourt à toutes ses forces disponibles, ainsi qu'il en M avait reçu l'ordre les jours précédents. Le prince Frédéricu Charles ût prescrire en outre aux II«, III* et IX* corps, placés M en dehors du cercle d'investissement, de se concentrer sur
gade de ligne de la division von Eummer garnissait la ligne Malroy-Charly ; elle tenait sur son front le château de Rnpigny, et était appuyée en arrière par la 3* division de landwehr, bientôt dirigée sur Sainte- Barbe, et remplacée & Ântilly par la division hes* soise. Venait ensuite la première brigade d'infanterie, établie derrière la ligne Failly-Servigny, occupant aussi Noi.Hseville et Vremy, et ayant en réserve la 2* brigade, à TEst de ce dernier villflge, contre la route de Sainte-Barbe. Plus loin, la 4* brigade occupait Mercy-le-Haut, Aubigny, Colombey, et la 3* était appelée de Courcelles vers la hauteur de Puche, le long de la chaussée de Sarrebruck ; elle était plus tard amenée dans Eetonfay. Quant aux deux régiments de cavalerie divisionnaire du P' corps, ils s'étendaient de Noisseville à Colombey, et la 3* division de cavalerie était bientôt dirigée toute entière vers Retonfay par le général von Steinmetz, pour couvrir tout le terrain entre les routes de Sarrelouis et de Sarrebruck.
Tandis que l'ennemi prenait ainsi, en toute sécu-
• divers points, et se rendit de sa personne & TobserTatoire du « Horimont, au nord de Fèves. Là Jugeant nécessaii*e de ren- « forcer le général von Manteaffel, il fît diriger aussitôt la « 25« division par Hauconcourt sur Antilly, tandis que le géné- « rai von Steinmetz envoyait de Pouilly une brigade du VIII* M corps pour relever, à Courcelles-sur-Nied, les troupes du •• I«' corps. »»
Le prince resta sur le Horimont pendant le combat du soir, puis, à la nuit, retourna à son quartier-général, après avoir ordonné au général von Manstein de partir immédiatement avec sa IS* division, pour aller, par Marange et Hauconcourt, soutenir le 1*' corps, si noas renouvelions notre attaque le lendemain.
rite, ses dispositions de défense, nos troupes arrivaient lentement sur le plateau et recevaient l'ordre de faire le café. Vers 2 heures, le maréchal Bazaine s'avançait sur la route de Sainte^Barbe, et, pour faire appuyer l'attaque projetée, faisait établir par le génie et Tartillerie un épaulement de batterie à gauche de cette route, h hauteur de la cote 23 1| dans un rentrant formé par des vignes. Six pièces de 12 de la réserve du 4"* corps étaient amenées vers 4 heures derrière ce parapet, et une autre batterie de cette réserve se plaçait à droite de la route en face de Poix ; de plus, on allait chercher au fort Saint- Julien trois pièces de 24 court, pour les placer également à droite de la route, et en avant de la ferme de Grimont.
A 4 heures, la lutte commença enfin par quelques coups de ces grosses pièces, et le feu s*alluma sur toute la ligne; Tennemi, qui avait pris avec soin ses dispositions, écrasa aussitôt dû feu de son artillerie les quelques batteries que nous avions placées de« vant Idi; celle que Ion avait abritée derrière un épaulement subit en quelques instants de grosses pertes, et Ton dut les faire reporter toutes en arrière. Les canonuiers Prussiens, encouragés par ce succès, allongèrent immédiatement leur tir, et couvrirent de projectiles tout le plateau jusqu'à la ferme de Grimont; nos troupes, déployées sur plusieurs lignes et couchées à terre, ne souffrirent pas heureusement de ce feu formidable, et l'infanterie ennemie resta,, selon son habitude, abritée très en arrière des batteries prussiennes.
On a bien souvent dit, que, pour combattre cette
tactique constante de nos adversaires, il aurait fallu en adopter, pour notre compte, une très simple : ne pas user nos munitions de bouches à feu dans un duel inégal; faire avancer nos tirailleurs, nos compagnies de partisans, jusqu'à 800 mètres des canons ennemis, en les abritant avec soin derrière les plis du terrain ; profiter de la supériorité incontestable de notre chassepot^, pour lancer des balles sur les batteries de l'adversaire; les forcer à s'éloigner, les poursuivre, contraindre ainsi l'infanterie ennemie à sortir enfin de ses cachettes, faire usage alors de nos canons, de nos mitrailleuses pour l'ébranler, puis l'aborder vigoureusement à la baïonnette.
Cependant, au signal donné par les pièces de la ferme de Grimont , le maréchal Le Bœuf avait porté en avant ses troupes, qui étaient en position depuis huit heures du matin. Sainte-Barbe étant dans une situation dominante, et sur la route principale que nous devions suivre pour gagner Thionville, devait être évidemment considérée comme la clef de la position ; il était naturel dès-lors de l'attaquer, en faisant avancer notre droite par Retonfay et Noisseville vers le château de Gras et vers Cheuby, de contenir l'ennemi au centre, puis de l'attaquer sur Poix et Servigny, après le succès du 3« corps, et de le rejeter ainsi sur Malroy en se rabattant vers la Moselle, le long de la route de Vigy. Il semble cependant, que,
^ Les Prussiens, malgré lenrs dénégations intéressées du temps de paix, ont teUement reconnu cette supériorité de noâ armes, que leurs grand'gardes devant Metz étaient toutes munies de quelques chassepots.
dans Texécution de ce plan, le 6« corps, placé à l'extrême gauche, sans se lancer avec trop de vigueur sur la ligne de Malroy-Charly-Failly , aurait dû assez prononcer son mouvement en avant, • pour faire craindre à l'ennemi une entreprise directe sur ses ponts de la Moselle, sa ligne de retraite naturelle.
n aurait fallu, dans tous les cas, commencer l'opération plus tôt ; il aurait fallu surtout surprendre l'ennemi, et écraser son camp de S*'-Barbe par une grande supériorité d'artillerie. Il eût suffi pour cela de faire passer la réserve générale de cette arme avant la garde, qui n'était pas nécessaire pendant les premières heures du combat.
On ne prit pas cette sage précaution, et, de plus, le mouvement de l'aile droite, qui aurait dû être mené très rapidement, s'exécuta avec une extrême lenteur. De ce côté, la division Metman s'était portée du côté de Nouilly ; la division Montaudon, soutenue par la division Fauvart-Bastoul (ancienne Bataille) avait marché dans la direction de Noisseville, et, avec une de ses brigades, attaquait Montoy et Flanville, qu'occupait la 3* brigade d'infanterie ennemie, sous la protection de batteries, postées en avant de Retonfay. Le 1" régiment d'infanterie prussienne, attaqué en même temps à la «Brasserie et dans Nois- « seville, était obligé » , dit le rapport du général von Manteuffel, « d'évacuer ces deux points, et de se « retirer sur Servigny, pendant que des tirailleurs « français, fortement établis dans les coteaux de « vignes de Noisseville, ouvraient un feu des plus « vifs sur les batteries prussiennes, amenées en « avant de Servigny, et les forçaient même à faire t demi-tour. »
Nouilly et Noisseville furent enlevés à 6 heures et demie , et l'ennemi fut rejeté dans Betonfaj, tandis que, plus à droite, deux escadrons de dragons français, ayant mis pied à terre, occupaient Coincj avec le concours de deux bataillons du général Lapasset, qui était maître de Colombey, depuis 9 heures du matin. « Mais ces attaques sur la droite « avaient Tinconvénient de détourner de Faction « principale contre S**-Barbe » , dit notre rapport officiel, « et Ton ne put aborder Servigny qu'à « 6 heures et demie du soir. » Le 4' corps en effet, maintenu déployé sous le feu violent de l'enuemi, avait dû attendre, pour se porter en avant, que le 3" corps, eût effectué une partie de son mouvement tournant; quant au 6' corps, il devait se conformer à la marche du 4^ Le moment venu , la division Metman fut chargée de l'enlèvement de Servigny; sa 1"* brigade y pénètre à gauche par les jardins, mais, trouvant les rues barricadées et les maisons crénelées, elle doit se retirer bientôt sous un feu violent de mousqueterie. Pour soutenir cette attaque, les deux premières divisions du général de Ladmirault se portent en avant : le général de Cissey, à droite sur plusieurs lignes, le général Grenier à gauche sur la route de S*"- Barbe, et occupant en échelons les pentes couvertes de vignes du ravin de Villers l'Orme ; en arrière et en réserve, était le général de Lorencez, chargé d'appuyer le mouvement.
Villers l'Orme fut facilement enlevé, les premières tranchées prussiennes occupées, et la marche poursuivie, au son des tambours et avec beaucoup d'entrain, sur les retranchements de Poix et de Servigny.
Nos premières lignes les emportent, et le 20' bataillon de chasseurs, les précédant, se jette sur ce dernier village à la baïonnette ; il pénètre dans les .maisons; mais, comme les soldats de la division Metman, ce bataillon se trouve arrêté par les barricades. En vain, les !«' et 6' régiments d'infanterie veulent Tappuyer : l'ennemi ne consent à céder Servigny qu'à l'arrivée de la division Ay mard, et il continue même à se maintenir, à la chute du jour, dans une maison crénelée, située à l'extrémité du village.
La division Grenier et la 2' brigade du général de Cissey avaient attaqué en même temps les retranchements du chemin de Failly, les avaient enlevés, mais n'avaient pu parvenir à pénétrer dans le village de Poix.
Enfin, à la gauche de notre ligne de bataille, le maréchal Canrobert avait pris possession deChieuUes et de Vany avec ses compagnies de partisans, et avait établi le général Tixier à droite , le général Lafontde-Villiers à gauche et le général Levassor-Sorval en réserve, avec la cavalerie, face au débouché de Malroy. Le 6* corps devait se porter sur Charly. « D'ac prè|s la marche des affaires au centre, je lui donnai « Tordre » , dit le rapport du maréchal Bazaine, « de « se diriger sur Failly, dont l'occupation pouvait « faire tomber Poix et Servigny. » La 1" division du 6* corps s'avança, en conséquence, sur le village qui lui était désigné; mais, la nuit étant arrivée, et les 3« et 4« corps s'étant repliés en arrière, « le mare- « chai Canrobert jugea indispensable de suspendre « le mouvement du général Tixier, afin de rester lié c au général de Ladmirault, et il fît avancer en c ligne ses autres divisions. >
On s'arrêta donc, et ce fut une grande faute, si, toutefois, on était bien décidé à percer la ligne ennemie. 11 fallait profiter de l'élan donné aux troupes dans la soirée; le mouvement du centre contre Servigny et Poix s'était en eflfet opéré avec une grande vigueur, car, au moment où toutes choses languissaient, et où, la nuit approchant, on se demandait ce qu'on allait faire, soudain, toutes les lignes d'infanterie s'étaient mises en marche entre la route de Sainte-Barbe et le ravin de Nouilly ; les tambours avaient battu la marche, et même un moment la charge, comme pour s'élancer à un assaut. On dit que la première impulsion fut imprimée à toutes ces troupes par le général Changarnier , qui était venu à Metz, à la suite des affaires du 6 août, et qui,' depuis cette époque, suivait noblement en volontaire le 3*» corps d'armée. Se trouvant auprès d'un bataillon, au moment où l'on se portait vers Servigny, il aurait adressé à son chef ces énergiques paroles : < Allons, commandant, en avant! Montrez < que vous avez du nerf i ; et il aurait donné luimême le signal de la charge.
Quoiqu'il en soit, le nerf, qui paraissait un peu é moussé à la suite de nos premiers revers de la cam-^ pagne, s'était réveillé tout à coup, et nous suivions tous avec émotion cet élan de notre infanterie , qui nous rappelait de si belles pages de son héroïque passé. Nous espérions qu'il serait utilisé, malgré la nuit, malgré le brouillard et l'épaisse fumée, qui s'étendaient sur les vallées. Le général de Ladmirault n'avait pas épuisé ses réserves ; le 6* corps avait à peine combattu ; la garde et le 2^ corps n'avaient
pas donné ; notre nombreuse cavalerie, qui était dans de si heureuses conditions pour agir vers les routes de Sarrebruck et de Sarrelouis, où elle pouvait menacer Tennemi de le déborder, et se mesurer avec sa rivale, postée vers Retonfay, notre cavalerie, à part Faction de Coincy, n'avait encore rien tenté de sérieux d'aucun côté.
Ayant sous la main d'aussi nombreuses ressources, il ne fallait pas lâcher l'adversaire, qui n'avait placé en face de nous que le I*' corps, la division von Kummer, la division hessoise, des troupes du X* corps et une division de cavalerie, soit de 60 à 70,000 hommes, répartis d'Olgy à Coincy, tandis que nous pouvions disposer sur lé point décisif, entre les routes de Sainte-Barbe et de Sarrelouis , des 3« et 4* corps soutenus par la garde, c'est à dire de 90,000 hommes. Il fallait donc forcer le passage de nuit, avant que l'ennemi ne l'eût fait infranchissable. Or, le commandant en chef quitta, à 9 heures, le champ de bataille et rentra au pas à Saint- Julien, tandis (Qu'une fusillade assez vive s'échangeait encore entre les adversaires en présence, de Poix à Servigny. Nous étions dans Servigny, il est vrai, mais avec des régiments confondus, qu'on ne pouvait, en pleine nuit, reformer assez complètement pour organiser régulièrement la défense; aussi, fut-il impossible de résister à un retour offensif de l'ennemi, et dut-on évacuer ce village important, pour venir occuper la ligneides crêtes, à 300 mètres en arrière.
Pendant notre courte occupation de Servigny, les soldats des deux armées, étant fort près les uns des autres, des officiers du 33* affirment avoir entendu
très distinctement les paroles suivantes, dites par un Prussien à un de ses camarades : < Aujourd'hui, les « Français nous ont bien battus ; s'ils nous pour-
< suivent cette nuit, nous sommes perdus, car nous « n'avons plus de munitions, et nous ne sommes pas
< en force ; mais gare à eux , s'ils attendent à de- « main : nous aurons notre revanche. » On ajoute
. encore que, le matin du 1*^ septembre, un jeune officier prussien, prisonnier, interrogé par un de nos généraux, lui aurait dit en entendant le canon : « Hier, vous auriez pu enlever la position; n*y « comptez pas aujourd'hui : elle est trop forte. »
f  10 heures du soir, » dit le rapport français, <c Tannée occupait les positions suivantes : à l'extrême « droite^ la division Castagny, du 3* corps,' était « entre le fort Queuleu et Colombey, se reliant à la « brigade Lapasset, qui occupaitce dernier village, « ainsi que celui de Coincy. La division Fauvart- « Bastoul, dn 2" corps ^ était sur la route de Sarre- « bruck, appuyée à Flanville ; l'autre division de ce « corps (division Vergé), à Bellecroix, en réserve « avec trois régiments ; son 4* régiment (le 32*) était
< en soutien à Noisse ville. Dans U 3* corps y une bri- « gade de la division Montaudon à Montoy ; l'autre « (général Clinchant) à Noisse ville. Les divisions « Metman et Aymard entouraient Servigny. Le « 4« corps d'armée avait également une division
< devant ce village, une autre en face de Poix et t devant le chemin de Failly ; la troisième près des « deux autres et en réserve. Le 6* corps avait sa « droite en arrière de Failly, sa gauche vers la Mo*
« selle, par Vany et ChieuUes. La garât s'était un < peu avancée : la division de voltigeurs était en « arrière du 4* corps; celle de grenadiers, en avant c du château de Grimont, de manière à couvrir nos « réserves d'artillerie et de cavalerie, qui étaient res- « tées autour du fort Saint-Julien. »