MOIS DE SEPTEMBRE
>:«<oo.
1" septembre. — Combat de Sainte-Barbe (deNoisseville). Deuxième journée. — Prévoyant la continuation de la lutte pour le lendemain, l'ennemi avait fait arriver, pendant la nuit, de nouvelles troupes, dont il paraissait difficile de triompher le !•' septembre ^ Chez nous, on ne releva pas, avec les réserves , les corps de première ligne , qui étaient fatigués, et Ton ne changea rien aux dispo-
1 Le prince Frédéric-Charles n*a pas paru à Sainte-Barbe pondant les deux Journées. Sachant que les 3*^ et 4^ armées prussiennes devaient être aux prises avec le maréchal de Mac-Mahon, il restait sur la rive gauche avec les !!• et III« corps, prêts à marcher au premier ordre. « Dans la matinée du 1«' septembre, « dit le rapport prussien, » on avait entendu des détonations u dans la direction de Montmédy (c'était comme on se Texpliqua « plus tard, le canon de la bataille de Sedan). » — Sedan est à 100 kilomètres de Metz, à vol d*oiseaul — « Mais, bientôt, eUes ** furent dominées par le bruit de Tartillerie sur la rive droite « de la Moselle. Le prince Frédéric-Charles se porta, vers «4 8 heures, sur le Uorimont. » Le IX« corps était maintenant tout entier prés du l'i*, avec la division von Kummer, une partie du X« corps et du VIK Le rapport prussien parle du corps du général de Failly, au lieu de celui du général Frossard, et se termine en disant que, d'après les réponses des prisonniers, ni le corps du général de Ladmirault, ni la garde n'avaient quitté leurs positions de la rive gauche de la MoseUe, pendant ces deux Journées de combat! Combien il est difficile d'être exactement renseigné à la guerre |
fiitions de la veille. L'attaque recommença au jour. L'ordre était toujours d'enlever Sainte-Barbe, mais cet ordre contenait une restriction, qui laissait percer la pensée d'une retraite : < Si l'ennemi s'est accru, » était*il dit , «on se bornera à se maintenir jusqu'au < soir dans les positions du 31 , afin de revenir « ensuite sous le canon des forts et de la place de € Metz. >
Jusqu'à 7 heures, le brouillard fut si épais qu'il était impossible de distinguer l'ensemble du cLamp de bataille ; on n'avançait «ulle part, et l'ennemi se bornait à nous inquiéter par une vive canonnade , qui avait commencé vers 5 heures du matin. Dès que le brouillard se fut dissipé , il prit l'offensive contre le 3« corps ; son feu partait des hauteurs, qui vont de Maizery à Sainte-Barbe, par Retonfay et le château de Gras. Il se porta sur le village de Noisseville, qui avait été mis en état de défense, et qu'occupait ton- • jours la brigade Clinchant, soutenue par le 32* régiment d'infanterie; deux fois les Prussiens sont vigoureusement repoussés , tandis qu'à Textrôme droite le général de Castagny recevait l'ordre de chercher à se rapprocher du 2* corps, dans la direction de Colombey et du château d'Aubigny.
On n'avançait ni 4*un côté ni de l'autre, lorsque tout à coup la division Fauvart-Bastoul , obligée de reculer sous le feu dirigé contre elle, abandonne sa position de la route de Sarrebruck, à hauteur de Coincy. Ce mouvement de retraite, laissant à découvert la droite de la brigade de la division Montaudon, qui occupait Montoy et Flanville , le maréchal Le Bœuf prescrit à la division FauvartrBastoul de
se reporter en avant, f ce qu'elle fit, avec une grande c vigueur, > dit le rapport du commandant du 9« corps ; mais , TartiUerie ennemie l'écrasant de nouveau, le maréchal Le Bœuf fut obligé de lui donner lui-même Tordre de battre en retraite , et la division Montaudon dut se retirer à son tour ; elle le fit avec le plus grand ordre sous le feu de l'ennemi, qui reprenait aussitôt possession de Noisseville et de la Brasserie, et que nous voyions s'abriter derrière les arbres de la route de Sarrelouis, sans se hasarder à s'avancer à 1% ploursuite de nos troupes. « Nous avons pu constater, » dit le général von Manstein dans son rapport, c que les bataillons c ennemis, placés dans Noisseville et la Brasserie, « s'étaient défendus avec une bravoure extraordi- « naire , malgré le feu violent de notre artillerie. »
c C'est à ce moment, » ajoute le maréchal Bazaine dans son bulletin, « que le corps de réserve de cava- « lerie se formait, pour entreprendre une charge «'dans le terrain découvert, qui est en avant de € Servigny; et les divisions d'infanterie de la garde « se préparaient à en profiter, pour prononcer un « retour offensif, qui aurait entraîné très certaine- « ment les troupes des 3", 4* et 6* corps les plus à « proximité, et Sainte-Barbe eût été enlevé. »
« Les conséquences de la retraite ^ du général
^ On a vu pi as haut qu*en opérant cette retraite le général Fauvart-Bastoul n*ayaît fait qu*obéir aux ordres du maréchal Le Bœuf. Il n'est donc nullement responsable de Tinsuccés de Topération, si tant est que Ton puisse attribuer cet insuccès A la manœuvré exécutée par sa division, au moment où il n'y avait plua aucune chance de percer les Ugnes prussiennes.
c Faùvart-Bastoul furent des plus graves ; le 3* corps < dut rétrograder, et Topération que j*avais tentée, > dit en terminant le maréchal < se trouvait par suite « avoir complètement échoué. »
Pendant ce temps, le 4^ corps avait maintenu ses lignes devant Poix et Servigny, malgré une vive canonnade de l'ennemi ; la division de Lorencez avait remplacé en première ligne la division de Cissey, mais n'avait pu gagner du terrain. Enfin» au 6* corps, le général Tixier avait commencé Tattaque de Failly, lorsqu'il vit l'immobilité du 4* corps, puis sa retraite, qui entraînait naturellement la sienne, et celle du corps du maréchal Canrobert. La garde , établie en partie dans des tranchées , en avant et à droite de Grimont, était restée en réserve.
La retraite était devenue nécessaire. On l'ordonna vers 11 heures, et elle fut exécutée en échelons jusque sous les forts. Le mécontentement était très vif dans tous les rangs; chacun se disait qu'une armée comme la nôtre , attaquant un point quelconque de ]a circonférence ennemie, devait la traverser, dès qu'elle en aurait la volonté; mais, qu'il était indispensable, pour réussir, de surprendre l'ennemi et de supprimer les bagages. Cela était clair pour tout le monde; aussi, ne put-on s'expliquer notre insuccès qu'en se disant : < Avait -on bien l'intention de « réussir*? »
1 On peut 86 demander ac^ourdlLui ce que nous serions derenns, si nous avions réussi À traverser les lignes ennejnies. — C'était le Jour de la bataille de Sedan, et notre position vers ThionviUe ou Montmédy, entre les quatre armées prussiennes, eût certes été des plus critiques^
Nos pertes dans ces deux journées de lutt^ sont à peu près semblables à celles de Tennemi; elles s'élèvent à 150 officiers et 3,400 hommes hors de combat.
2 septembre. — L'armée a repris ses positions autour de Metz ; les 2* et 3* corps, sur la rive droite, les' autres sur la rive gauche. Après cette tentative inutile pour sortir, la situation est devenue bien plus grave encore que par le passé, et la question des vivres va se poser plus impérieuse que jamais.
Le 29 , on a donné l'ordre au général Coffinîères , commandant supérieur à Metz, de requérir tous les bestiaux que Ton trouvera dans la place , et de les payer de façon que le kilogramme de viande revienne à 2 francs aux consommateurs ; on n'a réservé que les vaches laitières, destinées aux hôpitaux et à l'alimentation des enfants, dont la mortalité est déjà malheureusement très grande. On apprend aujourd'hui que les magasins de l'armée ne possèdent plus que 385,000 rations de lard , soit 770 quintaux métriques, ce qui est bien peu de chose. .
'3 septembre. — Abus de la convention de Genève. — En allant à Metz aujourd'hui, je rencontre un collégien avec le brassard des neutres au bras; déjà, à Maison-Neuve, aux avant-postes, j'avais eu occasion de causer avec un paysan également muni du brassard, parce que, disait-il, il y avait un blessé dans sa maison. Cet abus, et beaucoup d'autres, que nous avons tous remarqués pendant la campagne, exigent une révision sérieuse de la convention de Genève, U
parait nécessaire, dans tous les cas, d'établir : P que le brassard , avec cachet spécial et croix rouge , ne doit être porté que par les militaires non comtattarUs et non armés ^ qui relèvent les blessés sur le champ de bataille, et par un petit nombre de membres civils de l'internationale munis d'une commission y qu'ils présenteront à chaque réquisition (il est nécessaire d'édicter des peines contre le port illégal du brassard) ; 2" que les sociétés de secours aux blessés ne peuvent fonctionner qu'en arrière des lignes et dans les villes ; jamais aux avant-postes ou dans l'intérieur des camps. Les jours de bataille, les ambulances militaires seules doivent opérer; quant aux ambulances civiles, elles ne peuvent recevoir les blessés qu'en arrière des réserves ; 3"* enfin , aucune relation n'est permise entre un membre de l'internationale et l'ennemi.
Dimanche , 4 septembre. — Commencemeifii de la distribution de viande de cheval, — On commence aujourd'hui la distribution régulière de la viande de cheval. Elle sera faite sous la surveillance des vétérinaires , et les chevaux , qui n'appartiennent pas à l'armée , devront en outre être visités avant labattage. Le taux de la ration est élevé à 350 grammes avec lûaintien du quart de litre de vin , accordé à chaque homme , le 22 août. ^ Le sel commençant à faire défaut, on propose d'exploiter la source salée
1 Les inûrmiers prussiens portent le sabre ; aussi, les arrêtet-on sur le champ de bataille, et se yoit-on obligé ensuite de les relâcher, en vertu de la convention de Qenôve, après qulls ont traversé et vu nos lignes.
de Belleoroix, mais on reconnaît bientôt que l'extraction de ce précieux condiment entraînerait à des frais colisidérables , sans le produire en quantités suffisantes. On se borne donc à se servir de cette source pour fabriquer le pain , et l'on assigne des heures aux hommes des différents corps, qui viennent y chercher de l'eau pour la soupe.
5 septembre. — Il est difficile d'obtenir de nos avant-postes l'exécution rigoureuse des dispositions réglementaires du service en campagne (article 94) sur la réception des parlementaires. Le 18 août, ils envoyaient au quartier-général du maréchal Bazaine deux ecclésiastiques, chargés d'accompagner le corps du général Marguenat, tué à Bezon ville; quelques jours plus tard , c'était un médecin allemand , qui suivait sans obstacle un convoi de blessés français , et arrivait ainsi, avec les conducteurs de ses voitures, jusque sous les murs delà place; plus récemment encore , un officier de hussards pénétrait sans difficultés, les yeux bandés il est vrai, jusqu'au Ban- Saint-Martin , et était admis à remettre lui-même à l'état-major général français une lettre du général von Gœben , qui aurait dû être reçue aux avantpostes, avec toutes les précautions sagement indiquées par les règlements.
6 septembre. — Premières rumeurs sur la bataille de Sedan. — Toute la journée d'hier, on a déclaré que, du haut du Saint-Quentin, on apercevait de la fumée dans la direction de Briey, et que l'on entendait distinctement le canon. On a cru remarquer, en outre,
un grand mouyement dans les camps prussiens qui BOUS entourent ; beaucoup de monde passait môme de la rive gauche sur la rive droite. Les suppositions les plus diverses se font jour aussitôt. Ce canon» c*est celui du maréchal Mac-Mahon, disent les uns\ marchons au devant de lui. Ce grand mouvement vers la rive droite, c'est le commencement de la retraite des Prussiens, menacés par l'Autriche , disent les autres^, et le bruit se répand bientôt à Metz qu'un témoin digne de foi aurait vu, le samedi 3, dans les environs de la place, le Roi et M. de Bismark, se rendant précipitamment à Berlin.
D'autres nouvelles assez étranges, qui nous parviennentdans la soirée, sont d'une toute autre nature. Deux personnes, qui ont réussi à venir de Pont-à- Mousson à Metz , déclarent qu'on aurait affiché et célébré dans la première de ces villes une grande victoire, à la suite de laquelle 80,000 français auraient mis bas les armes avec TEmpereur lui-même. Le fait ne nous paraît guère croyable. On a bien dit, il est vrai, le 3, à un de nos officiers, envoyé en parlementaire sur la route de Sarrebruck, que le prince royal de Saxe avait surpris l'arrière garde du maréchal de Mac-Mahon, et lui avait pris 3,000 hommes, ainsi que 11 canons. De plus, le soir de cette communication, nos avant-postes ont également signalé sur toute la ligne ennemie des houras, dés cris d'al-
^ Nous avons su depuis que, le 5 septembre, les Prussiens avaient bombardé Montmédy, qui est à 72 kilomètres de Metz.
2 G*étaient nos malheureux frères d*armes de Sedan, qui se rendaient prisonniers en AUemagne; ils défilèrent ainsi par groupes nombreux, pendant plus de quinze jours, pour aller prendre le chemin de fer de Remilly.
légresse, des bruits de musique, qu'un habitant d*un village du Nord nous a dit être motivés par un grand triomphe remporté sur l'Empereur, pris, disait-on, avec toute son armée. Mais qu'y a-t-il de vrai dans ces rumeurs, qui nous parviennent ainsi de plusieurs côtés différents ? N'est-il pas à présumer que l'armée du maréchal de Mac-Mahon, assaillie par jies forces supérieures, a dû se retirer vers les places du Nord, après avoir sans xioute subi de grandes pertes f
7 septembre. — Nos tentatives pov/r correspondre avec r intérieur du pays. — Depuis que nous sommes bloqués dans Metz , nous avons essayé de divers moyens pour communiquer avec le dehors. Des lettres particulières, des listes de noms ont été confiées à des individus , qui , moyennant une certaine somme , s'offraient à traverser les lignes ; ils n'ont pas pu y parvenir. Sera-t-on plus heureux avec les deux moyens suivants, destinés également à la correspondance chiffrée officielle : des vessies , préparées par un officier de douanes , qui aurait employé ce procédé avec succès en Afrique, sont lancées dans la Moselle vers Thionville ; d'autre part, un pharmacien de l'armée prépare journellement de petits ballons pouvant porter 200 grammes de papier, et devant s'abattre après avoir parcouru environ trente lieues dans les airs ; on attend pour les expédier que les vents soient favorables.
On a songé aussi à construire un aérostat dana lequel s'élèveraient deux ou trois voyageurs, mais on y a renoncé parce qu'il faudrait trop de temps, trois semaines, dit-on, pour le construire. Ne serons-nous
donc plus ici dans trois semaines ? On a beaucoup parïé aussi d*un ballon captif à élever au-dessus de la cathédrale ou du Saint-Quentin , à l'instar de celui de l'exposition de Paris, pour surveiller les mouvements et les travaux de l'ennemi. Mais il est impossible d'obtenir l'exécution de cette idée pratique, que nous réclamions déjà, il y a quinze ans, pour les observatoires devant Sébastopol. On a proposé, avec le môme succès, de faire usage de la lumière électrique, dans le fort de Plappeville , afin dé jeter , à un moment donné, un faisceau lumineux sur les avant-postes prussiens , d'assurer ainsi la marche et le tir de nos partisans, qui s'avanceraient dans l'ombre, et accableraient l'ennemi de leurs feux.
Il est vraiment étrange que l'on se refuse ainsi à utiliser tous les moyens dont la science dispose, dont on parle tant en théorie pendant la paix ; ils pourraient, cependant, nous être fort utiles en ce moment. Car, enfin, nous ne savons pas ce qui se passe bors de nos grand'gardes. Où en est l'attaque de Paris ^? Qu'est-ce que cette bataille, perdue près de Sedan ou de Stenay? Que font les puissances de l'Europe? Autant de questions, qui devraient être résolues, pour nous permettre de prendre un parti.
Nous apprenons la bataille de Sedan. — Je me plaignais ce matin, dans ce journal, de notre igno-
^ Elle n'était pas encore commencée. Après Sedan, le qnar* tier-royal avait été transporté, le 4 à Varennes, le 5 à Sainte* Menehould,.le 6 à Reims, où il fat maintenu plusieurs jours. L'investissement de Paris ne fut complet que le 19 . septembre, j our du combat de Clamart
raDce sur les événements extérieurs. Nous n'en savions rien en effet ; ce soir, nous n'en savons que trop. L'ennemi» qui s'était engagé, le 24 août/ à nous renvoyer d'Allemagne plus de 700 prisonniers français, en échange d'un pareil nombre d'Allemands que nous lui avions remis ce jour-là, vient enfin de nous expédier 600 soldats; mais il les a choisis parmi les prisonniers faits à Sedan, le 1^' septembre. Plus de doute, nous avons été complètement battus aux environs de cette petite place. L'armée du maréchal de Mac-Mahon, composée de quatre corps : l" (général Ducrot), 5« (général de Failly), 7« (général Douay) et 12* (général Lebrun) a quitté Chàlons le 21 août, pour se diriger sur Reims. Elle est remontée au nord par Rethel, le Chêne-populeux , Beaumont, où le général de Failly surpris a subi , le 30, le grave échec, dont la nouvelle nous avait été donnée aux avant-postes. Pressée par les ennemis, l'armée française avait dû, le 1*' septembre, renoncer à se porter sur Metz parStenay, et s'était établie dans le fond de Givonne, sur la rive droite du Chiers, la droite à Sedan. L'action avait paru nous être favorable jusqu'à midi; mais lennemi, ayant exécuté un mouvement tournant, et renouvelé ses attaques avec une très-grande vigueur, avait réussi à écraser notre gauche; on s'était immédiatement mis en retraite sur Mézières dans le plus grand désordre ^ Une partie de l'aile gauche, dont faisaient partie les prisonniers que nous interrogions, ayant été coupée et enveloppée par des forces supérieures, avait été forcée de déposer les armes.
1 Je me borne à reproduire ici le dire des prisonniers.
— les —
Ces 600 soldats n'en savaient pas davantage ; mais, c était suffisant pour justifier toutes nos craintes des jours précédents : nous ne devions plus compter sur une armée de secours ; le maréchal de Mac- Mahon , après une grande défaite et des pertes sérieuses, était rejeté sur Mézières, vers le Nord, et hors d*état de nous venir en aide désormais. Les hommes venus de Sedan ajoutent qu'ils ont eu devaut eux la garde prussienne, des Saxons et des Bavarois, par conséquent des troupes des 2* et 3^ armées. On leur a dit, chemin faisant, que TEmpereur était prisonnier, et que le maréchal de Mac-Mahon avait capitulé avec 80,000 hommes. C'est évidemment, disent-ils, et nous le croyons aussi, un hruit propagé par les Prussiens, pour nous décourager.
8 septembre. — Voici l'anniversaire de la prise de Malakoff; voici le jour glorieux, où, sans avoir affamé Sébastopol, sans l'avoir menacé d'un bombardement, nous avons enlevé ses remparts en plein jour, à la suite d'un long siège de onze mois, et après un rude hiver passé dans les tranchées !
9 septembre. — Nous venons d'avoir trois jours de pluies, mêlées d'orages; ce matin, il pleut d'une manière continue , et le temps se refroidit sensible* ment. Le Ban-Saint-Martin est inondé de nouveau. Les hommes, campés sous la petite tente, sont dans des conditions hygiéniques très mauvaises, qui pourraient bientôt engendrer des maladies.
On entame notre cavalerie. — Hier, pour assurer
le service de la viande, on a dû faire livrer à Tadministration mille chevaux , à raison de 40 par régiment de cavalerie ; ordre a été donné à lartillerie , au génie et au train de livrer également tous leurs animaux, hors de service. La ration d*avoine a subi aussi des modifications dans ces derniers jours ; le 3, on avait eu l'imprudence d accorder aux carabiniers et aux cuirassiers Ténormetaux de 6''20 d'avoine, aux chevaux d'officiers 5^60, à la cavalerie de ligne 4^30, à la cavalerie légère 3''75. Le foin, supprimé depuis longtemps, Tétait définitivement, et sans compensation. Dès le 5, on avait reconnu les inconvénients de cette mesure, toute de prodigalité dans les circonstances où nous nous trouvons, et l'on avait déjà un peu abaissé les chiffres à ceux de 6'' , 4"^ 1/2 , 4^ et 3^ 1/2. Hier, on a décidé que l'on introduirait 1/5 de seigle dans la composition de la ration, une plus grande proportion pouvant nuire à la santé des chevaux.
II. est regrettable que l'on ne veuille pas prendre un parti plus radical; depuis le commencement du mois, beaucoup sont d'avis de livrer à la boucherie un certain nombre de chevaux, qui dépérissent, et de réserver ainsi toutes nos ressources d avoine pour ceux qui peuvent réellement nous rendre des services, traîner nos pièces, nos ambulances, et constituer un bon noyau de cavalerie. On craignait, a-t-on répondu, de frapper les imaginations 1 Mais, aujourd'hui ne faut-il pas en arriver à décréter la condamnation de mille chevaux d'un seul coup? Les imaginations cependant n'en sont point du tout frappées, et le soldat préfère môme de beaucoup recevoir une
abondante ration de cheval, plutôt qu'une insuffisante distribution de bœuf.
Des surprises. — Cette nuit, un bataillon de grand'garde a laissé l'ennemi s'approcher de la ferme Bellecroix, et lui a abandonné ce poste important; on la repris par un vigoureux retour offensif; mais ne pourrions-nous pas nous garder de telle façon, que nous ne soyons pas sans cesse surpris par l'ennemi.
Notre confiance est vraiment parfois trop singulière. En voici un exemple officiel, qui dépasse tout ce qu'on peut imaginer.
C'était le 26 août, le jour de notre première tentative de sortie ; le 6® corps avait occupé en avant du fort Saint- Julien la position, qu'il prit de nouveau, le 31, et ses compagnies de partisans, déployées en avant de lui, avaient aussitôt fait le coup de feu avec l'ennemi, lorsque, dit un rapport, « une pluie tor-
< rentielle étant survenue du Nord, le feu cesse sur
< toute la ligne. Les hommes d'une compagnie, qui « occupait une pointe avancée vers les Prussiens, et « fort près de leurs tirailleurs, s'enveloppent alors « dans leurs couvertures, ne songeant plus qu'à « s'abriter de la pluie. L'ennemi, au contraire, profi- Œ tant de l'orage, se glisse soudain vers les nôtres, à « la faveur de ravins couverts, aborde nos hommes « de flanc, les surprend et les refoule après leur avoir c tué un sergent, un soldat, en avoir blessé quatre, a et, peut être, enlevé un cinquième qui a disparu. « Au bruit de cette fusillade » (ce qui ne prouve pas une plus grande attention de la part des troupes voisines), < deux autres compagnies de partisans se
« sont portées dans la direction du combat, ont rallié < celle qui était engagée, repris l'offensive et chassé Œ lennemi. »
Cette préoccupation de nos soldats de chercher à se préserver de Teau qui mouille , plutôt que du feu qui tue, pourrait leur mériter des éloges, si de semblables fautes n'avaient parfois des conséquences funestes pour les armées ainsi gardées.
Capitulation de Sedan* Violente caifionnude de rennemi devant Metz. — Ce soir, nous apprenons le complément de tous les malheurs de l'armée de secours. Une centaine de prisonniers nous sont renvoyés encore par l'ennemi ; ils arrivent par une pluie battante, et répètent ce qu'ont dit leurs camarades sur la bataille du V\ mais ils ajoutent que» rejetés en désordre contre la petite place de Sedan, qui était dominée de tous côtés par des hauteurs garnies de forces prussiennes, on a dû traiter de la capitulation de toute l'armée. Le maréchal de Mac-Mahon, blessé dès le matin, avait été remplacé par le général de Wimpffen, qui, le 2, avait signé la capitulation.
Le 3, tous nos soldats, sortis de la place en y abandonnant leurs armes, avaient été séparés de leurs officiers, et, après des privations inouïes, ils avaient été acheminés, presque sans vivres, dans la direction de Metz. En route, les Prussiens leur disaient encore que l'Empereur était prisonnier, et ils ajoutaient que Metz serait attaqué, le soir môme.
Attristés par tout ce que nous venions d'apprendre, nous avions pris à peine garde à cette menace d*une entreprise contre notre camp retranché, lorsque, tout
à coup, vers 6 heures et demie, une canounade violente éclate en avant du fort Queuleu. Elle s'étend en quelques instants sur toute Tenceinte, malgré la pluie qui tombe à torrents, et fait rage pendant une heure. Est-ce une ouverture de tranchée^? Serons-nous attaqués, cette nuit, demain, comme on Ta dit à nos prisonniers? Toutes les suppositions sont permises. Depuis plusieurs jours, on nous signale beaucoup de mouvements, de changements de corps autour de l^Ietz ; ainsi le II"* corps serait passé sur la rive droite vers Pange, le IIP garderait les hauteurs de Gravelotte à Saulny. Sont-ce simplement des dislocations de troupes autour de nous, ou un accroissement d'effectif avec lequel l'ennemi, vainqueur à Sedan, voudrait tenter une surprise de la place? Gela est peu probable cependant. L'ennemi ne saurait nous faire la part aussi belle.
10 septembre. — Rien cette nuit, rien ce matin, si ce n'est la continuation du déluge. On entend une canonnade très vive dans la direction de Verdun, disent quelques-uns, de Toul disent d'autres^. Le vent est violent et d'Ouest aujourd'hui. Verdun est loin (58 à 60 kilomètres), mais on dit que, par un vent favorable, on entend très bien de cette place les exercices à feu de Metz. Déjà, le 5, nous avions
> Nous n'avons JamaiB pu connaître les motifs de cette canonnade violente, qui ne prod]^isit, d'ailleurs, aucun effet.
* Nous avons su depuis que les Prussiens avaient bombardé Toul, ce jour-là. Cette place est à 52 kilomètres de Metz. Comment expliquer, après de pareils faits, que le 18 août, on n'entendit pas de PlappeviUe Teffroyable canonnade d'Amanvillers £t c'eart cependant rentière vérité.
écouté les bruits sourds d'une canonnade lointaine et violente, qui paraissaient venir de Briey, et les derniers prisonniers qu*on nous a rendus, nous ont appris que les soldats prussiens avaient parlé, ce jour-là, d*un bombardement de Montmédy.
Nouvelles de la révolution de Paris. — Une autre nouvelle bien plus grave et ignorée encore des camps, vient de m'étre communiquée par hasard et bous le sceau du secret. Je suis allé chez le général*** pour affaire de service; il a envoyé, me dit-il, au grand prévôt un soldat du 93*, blessé à Rezonville, et qui s*est échappé d'Ârs, ce matin même. Ce soldat déclare avoir vu à Ars une affiche, apportée de Nancy, et annonçant que la république a été proclamée à Paris ; que Lyon, Marseille, Bordeaux et Rochefort ontsuivi Texemple de la capitale.
A mon retour au quartier-général, j'apprends que le fait est confirmé d'autre part. Un officier, prisonnier à Sarrebruck, vient d'être échangé ; il a lu dans les journaux que, le 5, le Corps législatif a été envahi, la République proclamée, et un gouvernement provisoire nommé, avec le général Trochu, président; MM. Gambetta, Kératry et plusieurs autres, mepibres ; le général Leflô a pris le portefeuille de la guerre ; M. Jules Favre s'est chargé de celui des affaires étrangères. Il serait vrai que l'Empereur a été fait prisonnier ; il aurait été envoyé à Càssel; le prince impérial serait à Londres ; on ne dit rien de l'Impératrice. Le nouveau ministre des affaires étrangères aurait écrit au Roi de Prusse, pour lui dire que, d'après sa propre déclaration, la guerre qu'il soutenait, étant dirigée
contre l'Empereur, et non pas contre la France, le moment lui semblait venu de montrer qu'il avait été sincère, et de faire la paix.
C'est assurément le seul terrain sur lequel on puisse se placer. L'Allemagne est désormais une, tous les désirs de la Prusse sont accomplis, et de plus elle nous laisse affaiblis et divisés. Ce serait une grande sagesse de sa part de savoir s'arrêter à temps. Le fera-t-elle ? Je n'ose pas l'espérer ; le parti militaire prussien veut en finir avec les importuns souvenirs d'Iena ; il entrevoit des triomphes nouveaux , et ne les abandonnera pas. Quant au Roi Guillaume, il désire pénétrer en vainqueur dans Paris ^ et annexer de nouvelles provinces. En cela il est appuyé du reste par le sentiment général, que l'on a surexcité depuis plusieurs années en Allemagne , et qui déclare sans cesse vouloir en finir avec la grrrrande
1 II y a moins d*un an, après une mission de plusieurs mois en Allemagne, mission pendant laquelle nous avions assisté, à Stargard, aux manœuvres du II* corps d'armée, qui.nous bloque aujourd'hui dans Metz, nous venions prendre congé du Roi de Prusse, le capitaine Costa de Serda et moi. Après le dîner, auquel nous avions été invités. Sa Majesté voulut bien nous adresser quelques paroles et finit en ces termes : i* Il s'est fait de « grands changements en France depuis votre départ ; vous avez « un nouveau ministre de la guerre, le maréchal Le Bopuf. Ce « qu'il a de mieux à faire, c'est de suivre les traces de son pré- M décesseur. On dit aussi que le maréchal Regnaud de St-Jean « d'Angély quitterait la garde impériale pour la grande chancel- M lerie; il irait, par suite, occuper un bien joli petit hôtel; ** puis, après une pause : « Je l'ai habité en l'an xiv, ** nous dit, en forme de congé, Sa Majesté prussienne.
Le souverain puissant, qui évoque ce souvenir de 18 ans devant de simples officiers français, ses hôtes d'un jour, ne doit-il pas tenir à cœur de dicter aiyourd*hui la paix aux Tuilerie^ même !
nation^ terme ironique avec lequel les écrivains prussiens déguisent en vain leur haine envieuse. Que les Allemands y réfléchissent cependant! G*est pour avoir voulu également en finir avec leurs pères que Napoléon f*', excitant leur patriotisme, a fait naître les soldats de Waterloo et préparé ceux de Sedan. Nous sommes écrasés à notre tour, il est vrai, mais, malgré toutes les prédictions tristes prononcées contre les races latines, la France se relèvera d'autant plus sûrement qu'on aura voulu l'abattre et l'humilier davantage. Nous n'aurons peut-être pas la joie de voir son triomphe ; nous croyons néanmoins pouvoir espérer avec le poëte :
Qu*un Germanicus Ira demander compte aux Germains d'un antre âge De la défaite de Varas.
Dimanche, 11 septembre. — Voici donc encore une révolution en France. Que nous réserve-t-elleî Qu'elle ne. nous conduise pas surtout à un bouleversement social, dans lequel des gens sans frein moral, comme il en est tant aujourd'hui, feront la loi !
Hélas ! on s'est plu à tout saper parmi nous ; on a taxé de billevesées, de superstitions, les croyances les plus salutaires pour l'homme. Que peut-il lui rester dans la tempête, lorsque tout sombre autour de lui ?
On nous apporte, extraite d'un journal allemand, l'invitation (Aufforderung), adressée par le général Trochu au gouvernement prussien pour lui demander l'évacuation du territoire français. Il n'est pas probable que le roi de Prusse accède à cette demande.
Il doit croire à une faible résistance de Paris, et, comme iious Tavons déjà dit, il a certainement le désir d y entrer à la tête des armées allemandes. Nous craignons géuéralemént nous-mêmes que la capitale ne puisse pas tenir longtemps ; aussi , accueillons - nous avec inquiétude, mais sans la rejeter comme invraisemblable, une nouvelle, qui nous vient aujourd'hui des avant-postes. Un officier prussien y aurait affirmé, stir Thonneur, à un de nos parlementaires que le Prince royal devait entrer aujourd'hui même dans Paris. Quelque douloureuse que nous semble cette catastrophe, nous sommes tellement abattus par le désastre de Sedan que nous écoutons ces faux bruits presque sans révolte.
12 septembre. — L'ennemi continue à faire passer devant nous des forces considérables^ de la rive garuche sur la rive droite. On prétend que ces troupes vont vers Pont-à-Mousson ; est-ce pour appuyer sur Strasbourg et le prendre comme un gage, ou pour marcher sur Paris?
Parfois nous nous berçons encore de l'espérance que tout ce mouvement est motivé par le départ d'une armée, destinée à aller faire face à l'Autriche. Il est si naturel de croire que l'Europe, après nous avoir longtemps porté envie, commence à s'inquiéter de notre abaissement, et de la grandeur démesurée delà Prusse'?
1 C'étaient toujours, selon toutes probabilités, les convois de nos prisonniers. Je laisse subsister cependant toutes ces notes de mon Journal, afin de bien faire voir nos impressions de chaque jour.
^ L*ennemi, loin de diminuer ses forces autour de nous, rece-
Quelle que soit la marche des événements hors d6 nous, il semble que nous ne devrions pas rester inactifs» comme nous le sommes depuis les combats de Sainte-Barbe ; sans engager d'action générale, nous devrions harceler sans cesse nos adversaires, prendre des positions près d'eux, nous y fortifier, les forcer à nous y attaquer. On a prescrit déjà, le 2 septembre, des opérations sur Ladonchamps, Mercy-le- Haut, Courcelles-sur-Nied ; on les a mises à l'étude plusieurs jours d'avance ; puis on y a renoncé sur des observations de détail. C'est une mauvaise manière de faire; le chef devrait rechercher lui-même ce qu'il croit utile d'entreprendre et en prescrire l'exécution avec autorité.
13 septembre. — On a ordonné, le 10, au général CoflGlnières de requérir en ville tout le fourrage existant, en n'en laissant que pour trente jours aux
vait précisément, depuis quelques jours, ses premières troupes de remplacement (Ersatz- truppen). G*est vers cette époque, en effet, que de grands mouvements s*effectuaient en Prusse, pour remplir les vides causés par la guerre, et former de nouveaux corps. Les pertes étaient réparées par les bataillons et escadrons de dépôt, assemblés au moment de Tordre de mobiUsation, et dont rinstruction était assez avancée pour permettre ainsi l'envoi de renforts en France, sept semaines après leur réunion; par leur arrivée, les régiments étaient de nouveau portés au complet, car les prisonniers nous indiquaient presque invarîa* blement,à cette époque, pour Teffectif des compagnies, le chitTre de 230 à 250 hommes. A peine les premières troupes parties, les dépôts s'occupaient sans retard d'en réunir de nouvelles.
« En outre, dit le journal allemand, d'où sont extraits ces ren- « seignements, pour tenir garnison dans les pays occupés, des « corps de réserve, déjà formés, étaient également, vers cette » époque, envoyés en France. »
habitants; aujourd'hui, on mêle de la minette au seigle et à Tavoine pour la nourriture des chevaux.
Nos journées. — Depuis une semaine, rien de plus monotone que nos journées ; les travaux sur les lignes s'organisent par corps d'armée, en vertu d'ordres donnés une fois pour toutes; les grand'gardes se posent régulièrement chaque jour, et chaque jour mettent en deuil, d'un côté ou de l'autre, plusieurs familles , en tuant quelque pauvre diable , placé en faction pour le salut de tous.' Nos chevaux continuent à dépérir faute de nourriture ; notre cavalerie en est réduite à envoyer ses chevaux à l'abattoir, ou à les voir mourir de faim au bivouac. Le jour, pendant les longs loisirs, que nous laisse notre service, nous lisons tous avec avidité quelques classiques, découverts dans une maison du Ban-Saint-Martin. Cette lecture nous procure un repos véritable ; les héros'de Corneille surtout nous rafraîchissent et nous fortifient par la grandeur et l'élévation de leurs caractères ; avec eux, on sort du terre à terre de la situation actuelle ; on parvient à donner un cours moins triste aux idées de chaque jour. Le soir, dès que nous sommes réunis, nous devisons sans fin sur les rares et incomplètes données, qui nous arrivent à travers le cordon ennemi ; mais toutes les suppositions sont bien vite épuisées, le pour et le contre pouvant, dans de pareilles circonstances, être également vraisemblables.
Et pendant que notre esprit s'épuise à creuser les secrets de la situation, pendant que nous mourons presque sur place, par ennui de ne rien faire, au delà
de la ligne des sentinelles à casques , qui nous enserre étroitement, tout s*agite, tout se transforme, tout combat. Des nuées de soldats germains se sont abattues sur l'Est de notre France ; nos paysans, accablés sous leurs exigences, meurent de faim, ou tout au moins se voient ruinés ; la révolution se fait à Paris ; l'ennemi s'en approche à grands pas ; tout ce que nous avons de plus cher est dans ce mouve* ment; l'Europe peut-être y participe elle-même, le monde est en armes, tout est en feu ! Seuls, comme dans une lie déserte, ou plutôt comme dans le remous, que forme l'eau courante au coude d'une rivière, nous tournons sur nous-mêmes, enveloppés de forts et de hautes collines, qui nous cachent même une partie du ciel !
Nouvelles du dehors. — Des officiers, pris à Sedan, nous ont été renvoyés aujourd'hui par l'ennemi ; ils disent que Sedan n'avait ni^ vivres, ni munitions; que Strasbourg s*ést rendu *,. que le Prince royal approche de Paris , que la Russie et l'Autriche interviennent, mais diplomatiquement. Alors ne comptons plus que sur nous-mêmes et sur Dieu !
Une personne, qui est allée hier aux avant-postes, a pu lire des journaux allemands : ils disent que le Prince royal s était porté de Châlons contre l'armée de Mac-Mahon, en remontant vers le Nord, et que des corps de la 2'' armée, venus de Metz, s'étaient joints à lui pour écraser le maréchal à Sedan. L'Empereur se serait rendu au roi de Prusse sur les glacis der la place de" Sedan.
^ La nouveUe était très prômatarée.
n y 8ui*â bientôt 64 ans, Napoléon I" poursuivait dans toute rAUemagne Tarmée prussienne, battue à lena; dans une course rapide, ses généraux s'avançaient vers Magdebourg, Lubeck, suivaient les côtes de la Baltique, et toutes les forces ennemies capitulaient devant eux. Quant à TEmpereur il entrait, sans coup férir, dans Berlin, et il allait, jusque sur la Vistule, achever la défaite de ses ennemis. Il abattait, à coups précipités et faciles, la monarchie du grand Frédéric; il mettait à merci et humiliait le père du Eoi de Prusse actuel. *
Aujourd'hui, c'est ce Roi qui abaisse le neveu de Napoléon , ce monarque puissant que l'Europe a redouté pendant bien des années! Aussi, étonné de ce triomphe si inespéré, le vainqueur s'écrie-t-il, après son entrevue avec le vaincu : « Quel changement de « destinée! C'est comme un songe! L'entretien a « duré un quart-d'heure ; tous deux nous étions très- « émus de cette rencontre. Ce que j'ai ressenti, en € songeant qu'il y a trois ans à peine j'avais vu « Napoléon au faite de sa puissance, je ne puis le' « décrire. » Devant cette émotion du vainqueur, n'y a-t-il pas lieu de lui crier : Usez modérément de votre triomphe d'un jour, et nuric erudimini. .
14 septembre. — La pluie tombe depuis ce matin en abondance ; le temps est froid -et, comme lui, nos pensées sont tristes.
.II y a quelques jours, un journal de Metz détachait de nos annales une page pleiàe d'héroïsme, et la présentait comme exemple aux défenseurs de la cité lorraine. II parlait de la lutte, à jamais mémorable,
que Masséna soutint dans Gènes, de cette capitulation, si glorieuse, qu'au dire même de l'ennemi, « les c y aine us paraissaient avoir dicté la loi aux vain- « queurs. » Ici, nous avons quelque chose de plus qu'à Gênes, place étrangère, que notre occupation faisait souffrir ; nous avons une place française, trèsfrançaise, et nous devons dire qu'elle supporte avec un véritable courage la situation dure, que les circonstances lui ont imposée ; pas un murmure, pas une plainte; un dévouement sans démonstration, mais sûr ; un calme, qui donne de la force à la défense, et qui pourrait bien permettre rhéroïsme......
Oui, si nous avions Masséna !
« Qui veut mourir ou vaincre est vaincu rarement. »
Cette apostrophe d'Horace à l'amant de Camille se trouve sousmes yeux ce matin, et je me demande si Tétat des esprits en France nous permettrait d'énoncer aujourd'hui, et surtout de mettre en pratique cette fière devise : Vaincre ou piourir. La France se soulèvera-telle de TAlsace aux Pyrénées avec le mépris de la mort; privée d armées régulières, organisera-t-elle des guérillas, comme le fit jadis l'Espagne ; sentirons-nous assez la honte d'être emprisonnés dans Metz pour ne laisser aucun repos à l'ennemi, pour nous jeter tête baissée sur lui; Paris montrera-t-il la même énergie; alors, et malgré l'immensité de nos premières défaites, nous pouvons encore compter sur la victoire. Mais le bien-être, nous le craignons, nous a bien amollis ; de toutes parts, on parle de paix, et de paix basée sur une
capitulation possible de Paris ! On y paraît résigné. Corneille t notre société sans énergie aurait-elle pu inspirer à votre génie Tindomptable caractère d'un Horace !
Nous ne cherchons pas à vaincre ; nous ne sommes pas résignés à mourir ; aussi continuons-nous à ne rien faire ; on échange à peine quelques coups de fusils aux avant-postes ; nous végétons autour de la place, grattant le sol et le ruinant pour bien des années. En avant de nous, nos hommes, poussés par rinsuffisance de nourriture, dépassent le cordon des sentinelles pour déterrer quelques légumes. Jallais hier sur les lignes établies par les 4* et 6" corps, de Plappeville par Lorry à Woippy. Dans un champ, des soldats des deux anuées ramassaient tranquillement des pommes de terre ; les maîtres de la récolte, enhardis par ce spectacle , s'étaient joints aux deux partis, et chacun remplissait h qui mieux mieux, et sans dire mot, les sacs qu il avait apportés. Les sentinelles, entre lesquelles se trouvaient ces ouvriers de la faim, se lançaient consciencieusement quelques balles par dessus les groupes de travailleurs ; mais ceux-ci ne s'en préoccupaient aucunement, pas plus que leurs chevaux aflFamés, qui broutaient l'herbe à côté d'eux.
15 septembre. — La ration de pain est réduite à hOO grammes; par compensation, on accorde aux hommes 400 grammes de viande, toujours avec le quart de vin. Ordre est donné de visiter les caves et les magasins des débitants de sel, pour tâcher de se procurer de cette dernière denrée. Quant aux four-
ragesy la ration en est abaissée à 3^ 1/2 pour la grosse cavalerie et les états-majors^ 3 pour la cavalerie de ligne, V^ 1/2 pour la cavalerie légère ; on mélangera à Tavoine ou au seigle le blé, qui n'est pas d'assez bonne qualité pour faire du pain ; à défaut d'avoine ou de seigle, on distribuera du blé avec un peu de son, par substitution.
Poste aéfostatique. — On a organisé un service régulier de ballons non montés ; on en fait partir , chaque jour, quand le temps le permet, et nous suivons avec intérêt le courrier quotidien, quand il s'élance au-dessus de la ville. Quelle direction va-t-il
prendre? Nos lettres arriveront-elles ^ ? Je ne puis
assister à ces départs assez singuliers de nos correspondances, sans me rappeler chaque fois les magnifiques strophes, que Schiller met dans la bouche de Marie Stuart :
« Et. ces nuages, qui courent vers le Midi, ils « vont chercher de la France les lointains rivages. « Nuages légers, voiliers des airs, qui pourrait s'é- « lancer avec vous dans l'espace ! qui pourrait vous « suivre dans votre marche rapide ! Saluez amicale- « ment pour moi le pays de ma jeunesse. Je suis « prisonnière, je suis dans les fers; hélas! je n'ai « pas d'autre messager que vous. Rien n'entrave la « liberté de votre course ; vous n'êtes pas soumis à « cette Reine ? »
16 septembre. — Premiers journaux français. — Toute la soirée, l'agitation a été extrême. Deux pri-
^ Plusieurs de ces biUets sont en effet parvenus en territoire non occupé par Tennemi, et ils ont été envoyés à nos familles.
sonniers français, qui ont réussi à entrer dans Metz, nous ont apporté le Moniteur du 7 et le Volontaire du 10; ce sont nos premiers journaux reçus depuis le 15 août. On se les est arrachés toute la journée; on les commente partout. Ce soir, nous pouvons nous les procurer à notre tour ; aussitôt Tétat-majorgénéral se réunit dans la pièce, qui lui sert de bureau, et, à la clarté des bougies, Tun de nous lit à haute voix ces journaux, en ne nous faisant grâce d*aucun détail, depuis le titre jusqu'à la cote de la Bourse. Les autres officiers, rassemblés autour du lecteur sur les tables ou sur les bancs, sont disposés en plusieurs groupes pittoresques, diversement éclairés, et qui tenteraient le pinceau d'un Gérard Dow. Tous écoutent avec un religieux silence, que rompent parfois les exclamations, promptement réprimées, de quelques impatients. Nous apprenons ainsi, dans le Volontaire, que le Roi de Prusse était à la bataille de Sedan, avec le Prince royal et des troupes de la 2* armée. Nous avonssurtout la bonne fortune de trouver dans le Moniteur l'organisation du gouvernement, dit de la défense nationale ^ terme heureux et qui doit rallier en France tous ceux, qui
^ Le maréchal dit, dans sa brochure » qu'il a tenté le 15 et le 25 de se mettre en relations ayec le gouvernement de la défense nationale et qu'il lui a adressé, en trois expéditions, la dépêche suivante :
« Il est urgent pour Tarmée de savoir ce qui se passe à Paris «i et en France. Nous n'avons aucune communication avec Tin- « térieur, et les bruits les plus étranges sont répandus par les « prisonniers, que nous a rendus Tennemi, qui en propage éga- « iement de nature alarmante. Il est important pour noua de « recevoir des instructions et des nouvelles.
• Nous sommes entourés par des forces considérables, que
aiment sincèrement leur pays. Enfin nous voici un peu au courant de ce qui s est passé à. Paris.
17 septembre. — On continue à ne vouloir rien entreprendre de sérieux contre notre cercle d'investissement. On parvient cependant à faire enlever 7,500 gerbes de blé à Magny-sur-Seille, ce qui donne 3,000 quintaux de blé et de la paille.
Le maréchal Bazaine a envoyé hier soir son premier aide-de-camp en parlementaire au prince Frédéric-Charles, pour lui demander des nouvelles de ce qui se passe dans l'intérieur de la Frapce. Le prince répond ce matin que le Roi de Prusse s'est avancé de Sedan jusque sous les murs de Paris, sans avoir rencontré la moindre résistance sur sa route, et que la République, proclamée dans la capitale, n'est pas reconnue par toutes les parties de la France.
Dimanche, 18 septembre. — On mange 250 chevaux par 24 heures, soit 50 par corps d'armée ^ et on a beaucoup de peine à nourrir ceux qui nous restent.
« nous avons vainement essayé de percer, le 31 août et le l*' sep- « tembre. »
Puis le maréchal ajoute :
M Mes missives restèrent toujours sans réponse, et aucun de « mes émissaires, qui n*étaient autres que des soldats de bonne « volonté, ne revint. Nous n'avions de nouvelles que par les M Journaux allemands, trouvés sur les prisonniers, que Ton M faisait, ou, par les parlementaires, quand ils voulaient en H donner. •
1 L'entrepreneur de la viande de boucherie les achète ma prix de 230 fr. pièce ; il les paie le même prix aux officiers, queUe que soit la valeur des chevaux, leur propriété, qulls sont obligés de lui livrer, faute de pouvoir les nourrir.
Pour y parvenir, on invite anjourdliui les cavaliers à faire la cueillette des feuilles de tous les arbres ; on indique celles qui sont nuisibles, et Ion prescrit de n'en donner, comme fourrage, que de 2 à 3 kilog. chaque jour. Les intendants achètent des champs de luzerne, et même des carrés de vigne pour les chevaux de leurs corps d'armée.
Encore Sedan. — Un officier supérieur qui est échangé, et qui nous vient de Mayence, nous donne des détails de plus en plus tristes sur les événements qui se sont passés à Sedan. Le maréchal de Mac- Mahon, en quittant le camp de Châlons, à l'approche de l'armée du Prince royal, avait* l'intention de se rapprocher de Paris par Reims. Là, il aurait changé de direction, et se serait avancé sur Montmédy, à la suite évidemment des dépêches du 19 et du 20 août de Metz. Arrivé le 27 au Chêne, et n'ayant pas de nouvelles de notre armée, le maréchal se voyant serré de près par deux armées allemandes, se proposait de battre en retraite vers l'Ouest, lorsqu'une dépêche du général de Montauban^ vint lui enjoindre de marcher au secours de Metz, tout mouvement rétrograde devant être le signal d'une révolution à Paris.
Surpris le 30 , on avait été plus heureux le 31 ; mais les troupes étaient fatiguées, et le maréchal, rejeté sur Sedan, avait prescrit de les laisser reposer dans la journée du 1" septembre, lorsque, dès 4 1/2 heures du matin, elles furent assaillies tout à
^ Toutes ces dôpôches sont données ci-aprôa dans le Supplément (note lYj.
coup par Tennemi. On connaît le désastre, la capitulation. Comme les plénipotentiaires français en discutaient les termes rigoureux : < Nous connaîs- « sons parfaitement votre position, répondait l'im- « placable général de Moltke, acceptez nos condi-
< tiens, sinon demain matin, à 5 heures, 700 pièces « canonneront la ville, et elles n'y laisseront ni une « maison debout, ni un homme vivant, b Et l'heureux M. de Bismark de s'écrier : t Vous vouliez nous « faire la guerre depuis 1815; vous nous l'avez dé-
< clarée ; nous sommes* vainqueurs, et nous pren- « drons toutes nos mesures, pour vous réduire à « l'impuissance de longtemps; nous sommes en « Alsace et en Lorraine ; nous garderons ces pro- « vinces. » Je ne sais si nous voulions la guerre depuis 1815 ; mais, en voyant l'état des deux armées, un esprit impartial héaitera-t-il à reconnaître celui des deux adversaires qui s'y est constamment préparé depuis un demi siècle.
19 septembre. — La population pauvre de Metz commençant à souffrir du manque de vivres, on ordonne qu'à partir d'aujourd'hui vingt chevaux, hors de service, seront livrés chaque jour à la municipalité. On en met également un certain nombre à sa disposition pour les communes de la banlieue.
Je parcours les lignes du 3* corps. On répare à Saint- Julien une escarpe effondrée, il y a quatre mois ; on doit renoncer à construire celle de la gorge, qui n'est pas commencée; les terrassements se poursuivent cependant avec activité , mais les fossés ne sont pas même terminés partout, et tout cela plus de deux
mois après le commencement de la guerre. Du reste, le fort est parfaitement en état de résister maintenant à une attaque , et on Ta flanqué, à gauche de Châtillon, d'un excellent ouvrage palissade à la gorgé. De cet ouvrage , descend sur le versant Est de la Moselle une tranchée, qui atteint la rivière en face de la batterie de rive gauche de la Grange-aux- . Dames, où commencent les lignes du 6'' corps. On travaille activement à ces dernières lignes , en construisant des batteries, et en creusant des tranchées autour de Saint-Éloy , dans la plaine. Tout cela est aussi utile à la défense de notre camp que favorable à la santé de nos hommes.
A droite de Saint-Julien, la ferme de Grimont; sur la route de Sarrebruck, celle de Bellecroix ; et, plus près de la place, le fort des Bordes sont mis en état, et rendus inaccessibles. Tout le front du 3* corps est couvert de tranchées et d'épaulements de batteries bien étudiés. Si Tennemi faisait du moins la folie de venir, nous y attaquer !
Pendant cette tournée, je suis passé près de divers campements de cavalerie. Nos pauvres chevaux sont efllanqués, et montrent leurs côtes à nu ; j'en ai vu qui tombaient devant moi à la corde, et ne se relevaient plus ; d'autres , conduits à l'abreuvoir, s'arrêtaient sur la route, s'abattaient et mouraient là d'inanition. Plus loin, dans l'île Chambière, des troupeaux de chevaux étaient conduits à l'abattoir; on les y attache dans la cour, comme d'ordinaire on fait des bœufs; on leur donne une maigre pitance, sur laquelle ils se jettent avec avidité, et, leur tour venu, on les met en distribution.
Plasîeurs de nos montures subissent le même sort, malgré tous les sacrifices que personne n'hésite à faire pour les conserver. La ration d'avoine, souvent mélangée, est maintenant de 2 *" 1/2, sans foin ni paille. Les quelques denrées fourragères, qu'après des efforts inimaginables nous avons pu découvrir dans les fermes environnantes, nous les achetons à nos frais et fort cher, afin de prolonger la vie à des animaux auxquels nous nous sommes attachés, et qui d'ailleurs nous sont nécessaires.
Installation des Prussiens autour de nous. — Un homme, échappé d'Ars, où il est depuis un mois, est arrivé ce soir à Metz. Il dit que les Prussiens se baraquent autour de la place, comme s'ils devaient passer l'hiver dans notre pays ; ils reçoivent des convois de vêtements chauds, de vivres, et de cigares (chacun en a 5 par jour). Quelques-unes de leurs femmes les ont rejoints ; plusieurs d'entre elles, venues d'Allemagne avec des voitures, ont pris dans les maisons^ le linge, les meubles, et les ont emportés chez elles. Le pays est épuisé par les réquisitions de toutes sortes ; la misère est des plus grandes.
Nos prisonniers, venus de Sedan, étaient très mal traités; les Prussiens ne leur donnaient rien à manger, et ils injuriaient même ceux des nôtres, qui apportaient un peu de pain à ces infortunés. Cet
1 Le fait noas paraissait peu croyable, bien qn*ll noaa eût été affirmé de plusieurs côtés. Mais nous ne pouvons plus en douter, après la lecture de la circulaire de M. de Chaudordy; cette pièce remarquable restera comme un réquisitoire écrasant contre les procédés, systématiquement employés par nos adversaires pour ruiner nos malheureuses provinces.
homme a vu plusieurs de nos officiers tendre la main, pour avoir un peu de nourriture.
L*ennemi sévit dans nos villes et nos campagnes avec sa rigueur impitoyable, et bien connue ; il pend sans autre forme de procès tout paysan, qui est convaincu d'avoir cherché à nuire à larmée envahissante ; il fait fusiller les francs-tireurs, en vertu d'un arrêté qui est affiché dans tous les villages , et dont on nous apporte le texte ; il déclare qu'il ne nous réduira que par la famine, sans se donner la peine de nous attaquer.
20 septembre. — Un autre glorieux anniversaire ! celui de la bataille de TÂlma, notre première grande victoire en Europe, après les malheurs de la fin du premier Empire! quel élan dans l'attaque! quelle confiance absolue dans le gain de la journée! Et nous n'étions que cinquante mille, en y comprenant les Anglais, que nous n'avions pas hésité à aller assister en Orient, dans une querelle, qui est bien plutôt la leur que la nôtre ^ .
Cette date mémorable, nos annales la consacrent encore par un grand souvenir. Il y a 78 ans, nos pères, mal habillés, mal équipés , à peine organisés, à peine instruits ont cependant arrêté à Valmy la première invasion prussienne... Une armée comme la nôtre pourrait moins que ces soldats peu exercés de la révolution ! Il est vrai qu'à la place des Prus-
^ Il est diâS^cile de comprendre, après cela, que les hommes d*Ëtat anglais aient consenti un moment à régler, en 1871, la question de la mer Noire, sans la coopération de leurs frères d*armes dlnkerman, des vainqueurs de Malakot
siensy lents et méthodiques de Brunswick, nous avons devant nous des ennemis , qui depuis lors ont marché, poursuivant sans cesse le perfectionnement de leur organisation militaire ; et, il faut le dire« ils nous ont dépassés !
21 septembre. — Le temps est toujours très beau ; il est même chaud.
Je viens de lire le carnet du commandant David du 45% laissé pour mort, le 31 août, devant Sedan ^ •Ty trouve quelques indications intéressantes sur la situation de cette autre armée, qui a opéré loin de nous. Les mêmes reproches contre la préparation à la guerre et la direction s'y font entendre. En voyant que ces plaintes sont générales, on se dira, sans doute, qu'elles doivent être justes, qu'elles ne peuvent être regardées comme les récriminations de gens, qui ont souffert et qui sont vaincus, et, nous l'espérons, on s'empressera de constituer enfin un ordre de choses meilleur.
Réduction de notre cavalerie, — Le nombre de chevaux, que l'insuffisance des rations met hors d'état de service, dépassant les besoins de l'administration des vivres, on informe le général Coffinières que l'on est disposé à en donner un plus grand nombre à la municipalité de Metz, et à en accorder également h des habitants pour leur propre service.
On prescrit de mettre de côté pour l'administration
1 Le commandant David, amputé du bras droit, a pu être sauvé. Avec son autorisation, je donne de nouveau, dans le Supplément (note V), des extraits de son carnet
un grand nombre de chevaux, auxquels il ne sera plus désormais distribué de rations de fourrages ; les corps les feront p&turer comme ils pourront, et les livreront à la boucherie au fur et à mesure des besoins. Avec les chevaux conservés, on constituera deux escadrons par régiment; les harnachements des animaux abattus seront versés dans les magasins ; les cavaliers et les artilleurs démontés seront armés de chassepots, et exercés ^ans retard au maniement de ce fusil.
22 septembre. — Affaire de Lauvallier. — On a signalé, hier soir, au 3« corps l'existence de 25,000 gerbes de paille dans le hameau de Lauvallier, et Ton à prescrit de les enlever ce matin, ainsi que d'autres denrées, qui se trouveraient à Nouilly. L'opération, non exécutée à l'heure prescrite, a été reprise, sur de nouveaux ordres impératifs, dans la journée, et a très bien réussi. Il est singulier que l'initiative ne se fasse pas mieux jour sur nos lignes ; devraiton être obligé de donner sans cesse des ordres comme celui qui précède, et d'écrire des dépêches comme celle-ci : « Il y a un champ de luzerne non fauché « devant Maison-Bouge. Il ne faut pas le laisser pera dre ! » Or, le champ de luzerne est contre nos avantpostes et notre cavalerie meurt, faute de fourrages !
23 septembre. — Nous venons de voir s'élever notre ballon journalier au-dessus de la place, puis il a pris la direction du Sud-Ouest. Un habitant du Ban-S^int-Martin nous demande avec le plus grand sérieux si nous sommes certains de recevoir des
réponses par la même voie. Il faut bien rire quelquefois ; nous avons ri.
Tentative sur Vany. — L'opération sur Lauvallier ayant été couronnée de succès , on en exécute une seconde aujourd'hui sur Vany , qui contiendrait de grandes ressources , dit-on ! (Pourquoi n*a-t-an pas profité des journées des 31 août et 1" septembre pour les rentrer?) Le 6" corps reçoit Tordre de déployer des troupes en avant de son front, afin d'appuyer sur la gauche le 3' corps dans son mouvement. On s'y est pris trop tard ; l'ennemi, à la vue de nos préparatifs, a développé beaucoup de forces à gauche de Charly, et a ouvert un feu vif d'artillerie, qui n'a pas permis de conquérir les approvisionnements de Vany. On ne peut pas davantage prendre possession a de 30,000 kilogr. de foin qui seraient encore, dit « une dépêche, à Lauvallier, ainsi que 20,000 kilogr. c de houille , » denrée précieuse, dont nous allons bientôt manquer.*
On ne s'est pas contenté de prescrire récemment la cueille des feuilles des arbres pour l'alimentation des chevaux; on ordonne aujourd'hui l'emploi des sarments de vigne: Mélangés à une certaine quantité de « grains insignifiante, écrit-on aux corps, ils com- (( posent une alimentation suffisante, pour entre- « tenir les animaux en bon état ; et les vignes ne « souffriront pas de cette taille hâtive, si on la laisse a faire par les vignerons eux-mêmes. »
24 septembre. — La ration de viande est élevée
à 500 grammes ; ce n'est pas en effet la denrée qui nous manquera, du moins tant que Ton trouvera quelques grains et des racines pour soutenir nos chevaux ; mais le blé va nous faire défaut ; il n'y en auraitplus que pour vingt jours, dit-on, et de l'avoine pour cinq jours. Bientôt plus de sucre ; plus de sel , dont la ration a été réduite à 2 grammes et demi, depuis le 20 ; le riz a été ramené au taux réglementaire de 30 grammes; on en délivre un jour sur trois, avec de l'eau de vie, du sucre et du café.
Xai parcouru aujourd'hui les lignes du 2" corps ; elles sont exécutées avec beaucoup de- soin et d'intelligence: on construit une batterie importante à la jonction des deux chemins de fer; on l'armera d'une ou de deux pièces de 24 ; en avant, le fort Saint- Privat est mis en état de défense ; sur la gauche, l'inondation de la* Seille est tendue, et au delà on met en état, avec une grande activité, le fort Queuleu. Je le visitais, il y a quelques jours, et je pouvais constater qu'on y avait beaucoup travaillé depuis le commencement d'août; mais combien cela était nécessaire! Aujourd'hui encore, un des bastions est fort incomplet ; la gorge n'est qu'à moitié maçonnée et peu élevée, si bien que des tirailleurs, qui, après le départ de l'armée, seraient venus se poster sur le mamelon de vignes qui est entre Metz et le fort, auraient pu tuer tous les canonniers placés sur le haut du cavalier. On fait maintenant de solides tranchées avec batteries sur ce mamelon, pour protéger la gorge de Queuleu.
Des négociatioTis paraissent s'eTUamer. — Nous . remarquons de fréquentes allées et venues du quartier-général prussien à celui de notre commandant en chef; y aurait -il des négociations entamées? Prendrait-on pour base ce que nous venons de lire dans un journal, envoyé des avant-postes ennemis? < La Prusse, y est-il dit, ne peut traiter qu'avec « TEmpereur ou avec le maréchal Bazaine, qui tient « de lui ses pouvoirs. » Déjà, deux fois, des parlementaires sont venus jusqu'auprès du maréchal, ce qui est assez contraire, en temps ordinaire, à toutes les habitudes de la guerre ; hier soir, c'était un bourgeois ^ qui n'a pas voulu dire son nom à l'officier chargé de l'introduire. Il revient encore aujourd'hui, sous le prétexte de conduire aux avant-postes sept médecins luxembourgeois, dont le prince Frédéric- Charles aurait .autorisé la sortie de Metz. Cet inconnu est en longue conférence avec le maréchal et deux autres chefs de l'armée ; tout cela donne naissance à une foule de rumeurs bien diverses. L'une ■ d'elles est si étrange que je n'ose la transcrire ici, car ce n'est, sans doute, qu'une supposition erronée ; si elle était vraie, ce serait, ce me semble, au lieu d'une solution, une grande complication de plus, ajoutée à toutes les autres.
On apprend, à la suite de ces pourparlers, qu'une délégation du gouvernement français est à Tours, que Lyon aurait proclamé la république rouge, que beaucoup de villes n'ont pas voulu reconnaître la révolution du 4 septembre. Cependant, le général Trochu
^ M. Régnier, qui a raconté sa singulière aventure dans une brochure publiée récomment.
doit toiijours tenir bon dans Paris, car, s*il en était autrement, les Prussiens nous lauraient fait savoir avec empressement. Ce n^est pas assurément, au moment où 1 ennemi nous signale en France de pareilles divisions, si toutefois elles existent, que nous devons songer à jeter une base nouvelle de notre côté ; la base serait peu solide à mon avis, et le projet, s'il se confirmait, pourrait gravement compromettre la discipline de l'armée. Ce serait alors le gâchis le plus épouvantable que nous ayons jamais vu.
Dimanche, 25 septembre. — Ce matin, un ordre du maréchal dissout le corps de cavalerie et met de nouveau le général de Forton sous les ordres directs du commandant en chef; un général de brigade prend le commandement de la division de cavalerie de la garde, et... (ici Tétonnement de tous devient profond) , le général Desvaux remplace, à la tête de la garde, le général Bourbaki... en mission.
Le général Bourbaki, aide de camp de l'empereur, commandant de la garde impériale, est parti, ce matin, en bourgeois, accompagné des médecins de Tintemationale, et bien évidemment avec un laissezpasser du quartier -général prussien. Hier, nous ne pouvions que faire des suppositions ; mais est-il téméraire aujourd'hui de penser que Ion veut tenter des négociations avec la dynastie tombée? Il n'y a aucune chance de voir réussir un semblajble projet, et si rhabile diplomate, qui le sait mieux que personne, a donné son consentement à la mission occulte de ce messager mystérieux, c'est évidemment pour gagner du temps. Mais, comment peut-on supposer
ici que les troupes enfermées à Metz consentiront à patronner une semblable entreprise? Nous n'avons pas le droit d'imposer un gouvernement au pays, et jamais armée n'a gagné à jouer un semblable rôle ; la nôtre perdrait tout à le prendre^ Il faut, tout le monde le dit hautement, se bâter de chasser Tennemi, puis consulter la France , fonder le gouvernement qu elle aura choisi, et tâcher ensuite de le consolider. Nous en avons grand besoin .
26 septembre. — L'agent secret a apporté une mauvaise nouvelle ; Toul a succombé, il y a trois jours ^
La situation. — Les journaux de la localité se font les interprètes des réclamations «d un grand nombre : « Que fait larmée? ». disent-ils. « Elle entrave la dé- € fense de Metz; elle diminue ses approvisionne- « ments ; qu elle s'éloigne. Elle n'a qu'un rideau de
< troupes devant ses lignes : 50,000 hommes tout
< au plus. » J'ai déjà dit plus haut ce que je pensais de cette assertion, fort peu fondée à mon avis. Nous avons sept corps complets autour de nous : les trois corps de la V^ armée, et quatre de la seconde; en
^ Toul, selon Tusage des Prussiens, avait été sommé de se rendre au milieu d'août, puis bombardé par de rartiUerie des troupes du VI« corps. L'intimidation n'ayant pas réussi, les Prussiens avaient continué leur marche sur Ch&lons, ne laissant autour de la place qu'un cordon d'investissement, jusqu'à l'arrivée de gros calibres d'artillerie. Le 10 septembre, le bombar< dément avait été repris, et, ce jour-là, nous l'avions entendu de Metz; le 23, Toul capitulait. Le siège avait été conduit par le duc de Mecklembourg, avec une brigade de la 17« division d'infanterie et la 17* brigade de cavalerie.
outre, la division de réserve von Kummer, qui est très forte, et des Prussiens faits prisonniers parlent même de landwehriens des Vn« et VUI* corps, qui seraient & proximité de la place ; cela fait au moins 200,000 hommes, qui nous entourent. Us ont coupé toutes les routes, garni tous les débouchés de batteries formidables, protégé leur infanterie par plusieurs lignes de défense, appuyées à de solides villages : c*est donc une bataille à livrer, et il ne faut pas se le dissimuler, nous sommes arrivés à lextrême limite de la période, pendant laquelle nous pouvons exécuter une tentative définitive de sortie. Après, réchec de Sedan, nous étions» réduits à ne plus compter que sur nos propres forces ; il nous fallait alors attendre, pour nous mettre en route, le milieu de septembre, c'est à dire le moment où les armées, qui avaient combattu le maréchal de Mac-Mahon, étant parvenues sous Paris, seraient trop éloignées de nous pour venir renforcer celle du prince Frédéric-Charles. Or, déjà, vers cette époque, nos chevaux commençaient à souffrir. Nous avions cependant, et nous avons encore à peu près nos attelages de pièces, et une moitié de notre cavalerie en état de marcher. Je crois donc que la sortie, mais la sortie du côté de EemiUy et de Nomény, aurait dû et aurait pu être tentée depuis le 12 septembre environ. Chaque jour elle devient de plus en plus difficile ; à la fin du mois, elle sera peut-être impossible.
Mais si Ion ne veut pas tenter une aussi grande entreprise, pourquoi he pas profiter au moins de notre position centrale pour nous jeter en forces sur un point de la ligne ennemie, Técraser, et rentrer ensuite
dans notre camp. C'est l'opinion du général Coffiniëres, ce n'est pas celle du maréchal, qui s'en défend ainsi devant moi : c Le commandant supérieur de
« Metz est officier du génie ; il se croit assiégé, et
« veut, se conformant aux règles de l'art, exécuter
« des sorties sur les travaux de l'ennemi. Mais, notre
« situation n'est pas celle d'une place régulièrement
« assiégée ; l'ennemi a des batteries, il est vrai, mais
a elles sont fort loin ; elles ne sont pas dirigées sur la
« ville, mais elles le seraient sur l'armée, si elle ten-
a tait de passer. Il n'y doit pas laisser de pièces la
a nuit, comme dans un siège, et Ion ne peut dès-
« lors obtenir, en y, arrivant, que des résultats très
« minimes. Par contre, toujours obligés à faire une
« longue retraite, on est accompagné dans ce mou-
« vement rétrograde, par un tir rapide, meurtrier,
« qui cause de nombreuses pertes, encombre nos
« ambulances déjà trop remplies, et décourage les
« hommes... Je ne puis donc faire, et ne veux faire
« que des opérations utiles. »
27 septembre. — Opérations sur Peltre, Colombey et Laionchamps. — Pour se conformer à cet ordre d'idées, le maréchal ordonne aujourd'hui une double opération sur Peltre et Ladonchamps. Avis en a été donné, en ces termes, au général commandant le 2* corps : « Le général Lapasset m'a communiqué le a projet arrêté pour exécuter le coup de main sur « Peltre et au delà, si c'est possible. Il l'exécutera « sans retard. » . On invite également le maréchal Le Bœuf à se porter sur Colombey et Lauvallier, « où < il y a du fourrage et de la houille », ajoute-tron.
Enfin, renlèvement du château de Ladonchamps est confié au 6* corps.
L'attaque de Peltre commence à 9 heures du matin, et est très hien conduite. Un train, préparé dans la gare de Montigny, débarque soudain des hommes dans le premier village, occupé par l'ennemi, et y surprend les avant-postes, tandis qu'à gauche nos troupes enlèvent, vigoureusement aussi, le château de Mercy. Sur les deux points, on fait prisonniers 150 hommes et 2 oflGiciers ; on ramène beaucoup de bétail, et, résultat fort important, on saisit quelques journaux.
Pendant ce temps , le 3* corps exécutait son fourrage à Colombey, et le 6® enlevait Ladonchamps, en y prenant aussi quelques hommes. Pour se venger de cette surprise, les Prussiens, dès le soir, après notre retour vers Metz, incendient le château de Mercy, le village de Peltre, les Petites-Tapes, et la Maison-Rouge d'amont; triste vengeance de l'ennemi contre des victimes, fort innocentes de leurs revers.
Nos pertes s'élèvent à 20 tués dont 2 officiers, et à plus de 300 blessés dont 9 officiers.
28 septembre. — Il nous est bien difficile de ne pas nous livrer, chaque jour, à des conversations interminables sur la situation présente, sur ce qu'on aurait dû faire, et sur l'avenir qui nous est réservé.
Parfois, je ne puis m'empêcher de me poser à moimême xette redoutable question, qui pourrait bien avant peu sortir du domaine des hypothèses. Nous avons été irrités, nous avons souffert avec la France de la capitulation de plus de 100,000 hommes devant
Sedan ; qu*arrivera-t-il, dans vingt jours, un mois au plus, les vivres nous manquant, le mauvais temps et les maladies nous achevant, qu arrivera-t-il de nos 140,000 soldats? Question saisissante, qui chaque jour se dresse plus impérieusement devant nous, et qui m'épouvante.
Journaux allemarids. — Nous avons trouvé plusieurs nouvelles dans le' paquet de journaux allemands enlevés hier aux avant-postes. Les corps que nous avons autour de nous sont bien ceux que Ton désignait encore ces jours-ci ; nous sommes entourés par 7 à 8 corps d'armée ou 200,000 hommes. Devant Paris, se trouve la 3* armée avec 5 corps et demi et la 4* armée, dite de la Meuse, formée de trois corps de la 2% et commandée par le prince royal de Saxe. Ces forces, réunies à une nombreuse cavalerie, présentent un effectif d au moins 250,000 hommes, autour de la capitale.
29 septembre. — Hélas l les nouvelles sont mauvaise aujourd'hui. Le prince Frédéric-Charles nous annonce que Strasbourg a capitulé le 28^ Hier donc,
^ La division badoise a commencé faiblement Tinvestissement de Strasbourg du 11 au 17 août; il n'a été complet qu'après Tarrivée du général von Werder, et Ton peut dire que, le 28 seulement, les communications ont été coupées. La garnison de Strasbourg n*a pu faire que peu de sorties : elle ne se composait que de débris de régiments battus à Wœrth et de gardes-mobiles. Suivant l'usage prussien, on bombarde la place le 28 août, puis on commence le siège le 29. La première parallèle est ouverte du 29 au 30, la deuxième du l"' au 2 septembre. La place fait * deux sorties, le 2 septembre et le 9 ; la 3« parallèle est ouverte du 13 au 14. La nuit suivante, le glacis de la lunette 53 est cou-
cette héroïque ville s'est rendue, à bout de vivres et de munitions sans doute, dans tous les cas avec une garnison trop faible. Les maisons incendiées, la cathédrale endommagée, dit-on, témoignent de Tachamement de ses ennemis, les Badois, et de la persistance avec laquelle l'Alsace a voulu aflSrmer sa volonté de rester française. Le restera-t-elle? La Prusse aurat-elle la sagesse de ne pas s'attacher cette Lombardie aux flancs, ou montrera-t-elle une fois de plus au monde, que la prospérité rend les nations aussi folles que les hommes ?
30 septembre. — Metz, Prix des denrées. — Hier, je suis allé à Metz. Quelles tristesse dans les rues! Partout des convalescents, des hommes jeunes encore estropiés pour toujours. De plus, la petite vérole s'est déclarée à l'hôpital. On parle même de cas de typhus, de scorbut ; il y a beaucoup de malades dans la ville et la mortalité des enfants malheureusement est très grande.
Les magasins sont presque vides; le prix de toutes choses s'est considérablement accru. Ainsi, le kilog. de bœuf se paie 9 fr. ; de veau, 14 fr. ; de mouton, 10 fr. ; et tout cela est naturellement fort rare. La douzaine d'œufs vaut 6 fr. ; le kilog. de haricots, 3 fr. ; d'oignons, 4 fr. ; de pommes de terre, 1 fr. 20 ; de raisin, 1 fr. 20. Les 100 kilos d'avoine se paient 50 fr. ; de paille, 25 fr.
ronné ; la lunette est prise le 20 : une deuxième est enlevée du 21 au 22, et la ville, abîmée par les projectiles ennemis, n*ayant plus de munitions de bouches À feu, est obligée de se rendre le 28 septembre.
Comme je Tai dit plus haut, les journaux de la localité se plaignent de ce que le voisinage de l'armée diminue les ressources de la ville. On leur répond « que la population a tort d'émettre une pareille ac- « cusation, car larmée a ses magasins distincts de « ceux de Metz ; elle n'y achète rien, et donne môme « des chevaux aux habitants. » Cela est vrai pour le pain et la viande, qui sont les denrées principales ; mais il est certain que, pour toutes les autres, Tarmée, par une consommation considérable, fait élever le prix de toutes choses, et len tarit vite la source.