BLESSÉS
PISPARCS.
TOTAOX.
: Officiers
1 Troupes
Totaux. . .
Quelle hécatombe, si l'on veut ajouter à ces pertes, déjà si considérables, celles des autres corps de larmée du Rhin à Wissembourg, à Wœrth et dans la campagne de Sedan?
1 Voir Supplément^ (note VI).
10 octobre. — La pluie, toujours une pluie diluvienne! Les chevaux s'abattent par dizaines à la corde, et sur les routes; on ne voit que tombereaux, chargés des corps de ces pauvres animaux, et traînés par les squelettes, qui se tiennent encore debout. Plus de cavalerie, plus d'artillerie possible, dit-on ce matin autour de nous; une ration de pain insuffisante pour nos hommes, dont c'est l'aliment préféré. Le soldat triste, découragé, incapable peut-être d'un effort énergique. Attendra-t-on la dernière heure pour prendre un parti? Je me sens envahi , par de sombres pensées, car je ne vois plus clair devant nous. Paris va résister sans doute, et cette résistance sera son honneur, si l'on songe au petit nombre de troupes régulières et aux redoutables éléments de discorde qu'il renferme dans ses murs ; le reste de la France se lève de son côté, et, par des efforts héroïques, essaye de rejeter les envahisseurs au delà, de nos frontières ; et tant de dévouements seraîeiîtsparalysés dans quelques jours par ce seul fait que Metz n'aura bientôt plus de vivres! Et cependant le terme fatal approche; il n'est plus éloigné. Il faudrait donc agir, et Ion paraît tout au contraire vouloir temporiser, négocier encore;, on semble n'attendre que du dehors la solution des difficultés de notre position.
Conseil de guerre, — Un conseil est réuni depuis quelques heures ; il entend les avis que^ chaque commandant de corps d'armée a décidément été chargé de recueillir auprès de ses généraux de division^
^ Voir dans le Supplément cl-aprôs (note VII) la lettre, écrite .
«Tentends dire ici que la plupart des chefs de Tarmée sont d'avis qu*une tentative de sortie ne saurait offrir aucune chance de succès; il ne nous reste d'autre ressource, pensent-ils, que de traiter avec l'ennemi, et de tâcher d'en obtenir les conditions les moins désavantageuses possible; /l'un de ces chefs résume à peu près en ces termes, devant moi, les raisons de la majorité des généraux :
< Ce qui nous reste de cavalerie est incapable de « rendre de grands services, et peut tout au plus « fournir encore une charge vigoureuse ; l'artillerie « devra être abandonnée sur les routes, faute d'atte-
< lages^, le soldat, affaibli par les privations, ne « supportera pas huit heures de marche, ainsi qu'il « le faudrait pourtant le premier jour ; ne se sentant c pas soutenu par le canon, il hésitera devant les « nombreuses pièces, et les ouvrages multipliés de « l'ennemi ;. il s'apercevra prômptement que l'on veut « passer, sans s'occuper des pertes, et, voyant qu'on « ne relève pas les blessés, son moral l'abandonnera. « Vous verrez alors, pour un seul homme atteint, « quatre ou cinq combattants sortir du rang, sous « prétexte de relever leur camarade, mais réelle- « ment dans le but de rentrer à Metz, en .l'y rappor- «• tant; nul ne pourra les retenir.
c En admettant cependant que, malgré toutes ces c difficultés, on perce les lignes, après avoir laissé « 20,000 hommes sur le champ de bataille, on ne « pourra pas s'avancer très loin, sans être entamé.
< Harcelée par la cavalerie et l'artillerie, exposée
À ce sujet par le maréchal Bazaine, et le procès-verbal 4 a Conseil tenu, le 10 octobre, au quartier- général.
à des alertes continuelles, l'armée ne pourra que se débander le deuxième ou le troisième jour; les hommes sans vivres, par la difBlculté de s'en procurer dans*un pays ravagé, ne pourront pas exécuter des marches forcées, après des nuits passées en plein champ, dans la boue. Ce qui ne sera pas détruit ou pris se dispersera de tous côtés, et le sacrifice de Tarmée ne sauvera pas Metz, qui n'a pas plus de vivres que nous-mômes. Ainsi donc, ajoute le général , par suite de ce manque de vivres, quel que soit le parti ïiuquel on s'arrête, le triple résultat suivant est inévitable : l'armée du Bhin est perdue pour la France ; la place de Metz ne pourra pas tenir plus de quinze jours; enfin, après ces deux grands désastres, rien n'empêchera plus les troupes, qui nous investissent, d'aller sous Paris ou dans l'intérieur de la France. » Et c'est là l'opinion de la majorité des généraux de notre armée ! C'est vraiment un rêve ! Je n'ai pu encore envisager avec cette netteté la possibilité d'une capitulation, plus inacceptable à mon sens que celle de Sedan, car elle serait coaclue sans l'héroïsme d'un combat, sans privations sérieusement éprouvées. Nous pesions, depuis quelques jours, le pour et le contre, mais, sans cesser de supposer, d'après certaines mesures du commandant en chef, que l'on songe&t toujours à tenter une dernière fois le sort des armes.
11 octobre. — Mais, s'il est constaté que nous ne pouvons ]^ap sortir, il faut au moins, chacun le répète aujourd'hui,' que nous attendions, pour traiter,
jusqu'à la limite la pluâ ei^trôme, afin de donner aux événements extérieurs, sur lesquels on a trop compté depuis le commencement de septembre, le temps de se produire. Il faut que nous endurions des privations sérieuses, qui nous excusent devant la France de l'abandon, dans lequel nous allons la laisser. Quinze jours peuvent faire beaucoup pour la résistance de Paris et pour TEurope.
L'flurope, quelle faute grave elle commet! elle a peur en ce moment d'entrer en lutte avec la Prusse, que la fortune comble; elle s'en repentira un jour. Avant peu, elle saura ce qu'il lui en coûtera pour avoir laissé égorger la France, sans élever la moindre protestation. Elle accepte, presque gaiement aujourd'hui, l'amputation de son bras droit, qui, s'il lui a été quelquefois trop lourd, a du moins toujours été prêt à se lever pour les nobles causes ; elle reg^ttera certainement bientôt d'avoir raillé ce qu elle a appelé notre Don Quichottisme.
Résolutions. — Nous ne savons pas ce qui a été décidé dans le conseil ; nous pouvons cependant conclure des mesures suivantes, prises à la suite de la réunion, que l'on ne songe pas à tenter une sortie, mais seulement à prolonger, le plus possible, la durée de la résistance, en réduisant la ration, ce qu on aurait dû faire depuis longtemps d'ailleurs :
« Enlever aux ambulances tout ce dont elles peu- « vent se passer en matériel et médicaments, et l'en- « voyer aux hôpitaux de Metz ; conduire près des c fosses, creusées aux avant-postes, les chevaux qui « paraissent devoir mourir dans les vingt-quatre
heures, et les y abattre, afin de ne pas être obligés de les traîner ainsi en voilure hors des campements, ce qui devient chaque jour plus difficile. « A partir d'aujourd'hui 1 1 , le pain sera fait pour tout le monde, sauf pour les malades, avec de la farine de boulange. On donnera toujours les rations de vin et deau-de-vie. Les officiers des grades inférieurs recevront, outre l'indemnité de vivres, 1 fr. par jour, & dater du 9, époque à laquelle on a réduit la ration de pain.
« La garde livrera gratuitement des chevaux aux habitants, qui lui en demanderont ; on en délivrera aussi à des officiers, en échange des chevaux qu'ils auront été obligés d'envoyer à la boucherie. La division de cavalerie du général de Forton donnera, par jour, 40 chevaux aux vivres-viandes, et échangera ses meilleures montures contre les animaux en mauvais état de l'artillerie, c La solde de la deuxième quinzaine d'octobre
« sera payée, de suite, aux officiers et à la troupe;
« on préparera même les états de paiement du mois
« de novembre, pour tout le mo^jde. v
On acquiert, en même temps, la certitude que les magasins de la place ne sont pas mieux approvisionnés que ceux de l'armée. Ainsi le général Coffinières fait connaître qu'il n'a plus que 110,000 rations de riz; il demande qu'on n'y touche pas, afin « ^équilibrer autant que possible les ressources de « la place et celles de V armée, qui a quatre jours de « 'vivres de réserve. >
Metz ne peut donc décidément pas tenir plus que nous. On a cependant trouvé encore, le 8, du blé, de la farine, des denrées fourragères et du vin dans les communes de Montigny, des Sablons et de Lessj; on a même donné Tordre de prendre tout ce qui n'était pas nécessaire aux habitants, en le payant aux prix fixés vers la mi-septembre, savoir : blé 31 fr.; farine 48 à 50 fr. ; foin 25 fr. ; paille 20 fr. ; avoine 45 fr. Quant à nous, nous payons déjà quelques sacs d'avoine, découverts à grand peine dans des greniers par nos ordonnances, à raison de 100 fr. et bientôt 125 fr. les 100 kilogrammes.
Bruits répandus dans Metz, — Des rumeurs insensées se répandent aujourd'hui dans la ville; on va jusqu'à les reproduire sur des affiches : « Paris, » dit-on, c a été dégagé; Tennemi est en pleine rec traite, après de nombreuses pertes ; des troupes de € secours s'avancent de Nancy, pour nous tendre la
« main > Que sais-je encore? Et on
colporte tout cela avec une joie confiante! Hélas, il ne faudrait rien moins que cet heureux concours de circonstances, non pas pour nous permettre de vaincre ici, mais pour nous épargner la honte qui nous attend sous peu de jours !
Malgré Tinvraisemblance de tous ces bruits, ils ont agité à ce point la population, que le commandant en chef de l'armée juge utile d'entrer enfin en communication avec elle. Jusqu'alors, il s'était borné à faire connaître les événements qui s'étaient accomplis en France au commencement du mois dernier, par l'ordre général suivant, en date du 16 septembre:
€ D'après deux journaux français du 7 et du « 10 septembre, apportés au quartier-général fran- « çais par un de nos prisonniers, échappé de capti- « vite, TErapereur Napoléon serait captif en AUe- « magne; Tlmpératrice et le Prince impérial auraient « quitté Paris le 4 septembre, et un pouvoir exécutif, « sous le nom de gouvernement de la défense natio- « nale, s*est constitué dans la capitale. Il se compose « de MM. (suivent les noms).
€ Nos obligations militaires envers la patrie en fl danger restent les mêmes. Continuons donc à la « servir avec dévouement et avec la môme énergie, « en défendant son territoire contre l'étranger et « Tordre social contre les mauvaises passions. »
Depuis cette époque, plus un mot du maréchal sur ce quise passe au dehors; tous se demandent s'il est parvenu à se mettre en relations avec le gouvernement de la défense nationale. Aujourd'hui on apprend, par une proclamation, affichée dans Metz, qxiQ jusqu'à ce jour le commandant en cJiefna reçu aucune communication dn nouveau gouvernement.
12 octobre. — Le général Coffinières fait exécuter des perquisitions dans Metz, afin de requérir les denrées alimentaires qui peuvent encore se trouver chez des particuliers.
Un aide-de-camp du prince Frédéric -Charles est venu hier au quartier-général apporter une dépêche au commandant en chef. On nous raconte que, pendant la conversation, le maréchal aurait demandé à l'officier ce qu'il y aurait de vrai dans tous les bruits, mis en circulation à Metz. A quoi réponse fut natu-
Tellement faite , que ces bruits étaient précisément le contraire de la vérité , que les troupes française étaient battues de toutes parts, et Paris toujours cerné; qu'il répugnait seulement au Roi de bombarder la capitale , et que les Parisiens attendaient , pour se rendre, Texemple des Messins. Réponse non moins facile, et non moins prévue du maréchal : < Vous attendrez < longtemps. Messieurs les Prussiens! »
Et dire que cette parole, qui serait fière, héroïque, admirée, si elle pouvait être consacrée par les événements, sera démentie dans quelques jours, et que, dès lors, elle ne peut qye nous être des plus douloureuses! Les heures se comptent maintenant une par une ; elles passent rapides et mornes , car chacune nous rapproche du terme fatal, vers lequel nous tendons depuis un mois, sans rien faire pour le conjurer. C'est bien, comme je l'ai déjà exprimé, le supplice du condamné à mort !
Nouveau conseil. Départ du général Boyer pour Versailles. — Au milieu de quelques agitations, qui commencent à se produire dans certaines régijjns de larmée, le maréchal réunit encore le conseil des commandants de corps et chefs de services. Nous ne savons rien de la conférence, ce qui est déjà un progrès.
Mais des bruits étranges se propagent dans les camps. Un nouveau parlementaire aurait été envoyé, hier soir, par le prince Frédéric-Charles. Le commandant en chef prussien , après s'y être d'abord refusé, aurait accordé un sauf-conduit au général Boyer, chef de cabinet du maréchal Bazaine, pour se rendre
à Versailles avec une mission, arrêtée dans le conseil de guerre du 10.
On se répète à l'oreille les clauses bizarres de cette mission ; « La ville laissée à elle-même pour se dé- « fendre ; évacuation des blessés ; départ de l'armée « avec armes et bagages pour le Sud de la France « ouTAlgérie, sous la condition dy rester jusqu'à la « fin de la guerre. » Et on se berce de l'espoir d'obtenir ces conditions pour les deux raisons principales suivantes : « Raison d'humanité ; un dernier effort, « de notre part, pourra être infructueux, dira le gé- « uéral Bover à M. de Bismark, mais il laissera 20 « à 30,000 hommes, de chaque côté, sur le champ de bataille ; évitez ce sacrifice aux deux nations, et c vous n'en obtiendrez pas moins , comme vous \% « désirez, l'annulation d'une armée , qui est encore « redoutable. En second lieu, raison politique; la « France est en ébuUition, et nous sommes la seule « force capable, après la guerre, de contenir la revoit lution sociale, qui peut gagner T Allemagne et l'Eu- « rope^ »
Le premier point touchera peu nos ennemis. Ils devraient être plus sensibles au second, qui n'est pas sans valeur pour un gouvernement conservateur, mais pour cela il faudrait, en outre, qu'ils fussent capables d'un élan de générosité , et cela n'est pas
1 Les événements du 18 mars ont trop prouvé la justesse de ces craintes; mais M. de Bismark, certain de pouvoir écraser, à son heure, Témeute avec ses masses victorieuses, devait-il être touché des maux que la révolution sociale ajouterait chez nous aux calamités de la guerre I Nous ne le pensons pas, et c*est en cela peut-être que la Commune a pu lui paraître « avoir un grain de bon sens. «•
possible. Les clauses de Sedan ; rhumiliation complète; voilà quels seront leurs derniers mots! Ils feindront néanmoins de nous combler d'égards, feront traîner les négociations en longueur, et nous obligeront ainsi, en nous prenant par la faim, k nous rendre à discrétion !
Malgré tout, sans attacher grande espérance à une semblable négociation, on se prend, sur le point de sombrer, à la considérer comme une solution acceptable. Elle sauvera l'armée d'une dislocation complète, se dit-on, elle la préservera de la captivité, de la honte de livrer ses armes et ses drapeaux. Il est d'ailleurs bien entendu, que l'armée ne se conservera unie sur un coin du territoire que pour seconder, après la paix, les volontés du pays, et non pour les combattre.
13 octobre. — La pluie a repris depuis hier, et le temps, devenu un peu froid, s'est radouci. Quelle nuit pour les pauvres soldats qui veillent, l'arme au poing, dans les tranchées!
On attendrie général Boyer dans la soirée, comme si les communications entre Metz et Paris avaient encore la sûreté et la rapidité du temps de paix. Le maréchal demande confidentiellement des renseignements sur les routes du Sud , afin de tenter une sortie, si la réponse apportée de Versailles par le général est défavorable. Voici les bases de ce projet, plus ou moins sérieux ': Les 2* et 3* corps marcheront à gauche par la route de Château-Salins ; la garde, par celle de Nomény, au centre; le 4® et le 6" corps, à droite, par celle de Coin-sur-Seille. On envoie des
agents pour s*assurer encore de l'état des défenses sur ces différentes lignes de sortie, et -des dispositions de troupes ennemies. On fera requérir tous les chevaux des habitants et ceux des officiers de troupe , qui en possèdent plus d'un , afin d'atteler l'artillerie et de monter quelques escadrons de cavalerie.
Des réformes, dans T armée ^ — La journée est longue; je l'emploie à me demander encore ce que va devenir notre armée après une épreuve aussi grande. Je crois d'abord que ùul n'osera plus contester désormais la nécessité du service obligatoire, des armées permanentes, et de leur endivisionnement même en temps de paix. Je pense ensuite que tout le monde aura compris aussi l'urgence de revenir à une discipline ferme, qui nous rende la force, que nous avons incontestablement perdue. Ce relâchement dans la discipline, je le sais, tient beaucoup à l'état de notre société ; mais on peut cependant le combattre par la pratique rigoureuse des marques extérieures de respect, par l'obligation de l'uniforme pour tous les grades, par une juste sévérité et- une grande dignité dans le commandement. Cette dignité, on ne l'obtiendra qu'en choisissant avec soin le corps d'offitciers, en exigeant de lui une instruction qui le relève aux yeux de la troupe, en s'attachant surtout à ne faire parvenir dans les grades élevés que des chefs capables de porter le lourd fardeau du commandement.
1 Depuis mon retour en France, J*ai essayé de développer ces diverses pensées dans un Projet ^^organisation de l'armée française.
Pour cela, il faut s'eflforcer enfin de faire prédominer les idées de justice ; il faut toujours accorder les récompenses aux plus dignes, et non pas, comme il est arrivé trop souvent, aux plus adroits et aux plus souples. %
Ces principes généraux posés, il me parait indisponsable d'étudier les questions 'suivantes. Tout d'abord, il faut modifier le Ministère de la Guerre, d'où ^partent les ordres, destinés à faire mouvoir l'armée. L'organisation de ce ministère est vicieuse de tous points ; elle est ce qu elle était, lorsque le général Foy en signalait, à la Chambre, en traits si vifs et si vrais, tous les inconvénients; elle est même plus défectueuse qu'alors, car elle s'est encore compliquée depuis cinquante ans. Il faut, avant tout, lui donner de Tunité, en créant, au dessus des directeurs, un chef d'état-major-général de l'armée ou du ministère, comme on voudra l'appeler ; il n'y a que ce moyen de centraliser les divers bureaux^ et d'éviter que chacun rende des décisions contraires.
Ze corps d^ état-major est à réformer. Son -mécanisme a été faussé chez nous, si bien qu'on s'en prend sans cesse à lui des fautes de la direction, comme si les ofiiciers, qui le composent, étaient autre chose que des agents du commandement. Ce corps n'est pas dans sa voie; qu'on l'y replace, et il' saura la suivre.
Il nous faut aussi une école supérieure de la guerre, bien constituée, pour répandre le goût des hautes études militaires dans l'armée;
Une loi de recrutement y prescrivant le service obligatoire, l'abolition du remplacement et un temps de
présence sous les drapeaux suffisant ^ pour avoir : !• une excellente armée active, pourvue de cadreâ formés avec soin ; 2^ des réserves exercées et susceptibles d'être promptement appelées; 3" une garde du territoire, apte à remplacer l'armée dans les places, dès les premiers jours de la campagne;
"U enditisionnement permanent de toutes nos forces, et même leur réunion en corps d*armée ;
Une étude sérieuse des principes de la mobilisation^ afin de prévenir le retour des lenteurs et des fautes, signalées dans les premières pages de ce journal ;
Une modification complète de Y administration militaire contre laquelle se sont élevées tant de plaintes, plus ou moins fondées ;
Une instruction sérieuse et raisonnée pour notre infanterie^ que l'on doit surtout exercer au tir et au service des avant-postes;
Une éducation toute nouvelle à donner 'à notre cavalerie;
Un accroissement considérable de notre artillerie;
Une liaison plus intijme des trois armes, par des réunions fréquentes dans des camps, etc. . . . *.
' Je pense qae la durée da service doit être de dix ans, dont quatre sous les drapeaux, trois dans la réserve, et trois dans une garde du territoire, comprenant ainsi des anciens soldats.
< Il faut en outre adopter, pour toutes les armes, des uniformes commodes; il faut surtout bien définir en paix ce que Ton' doit emporter en campagne. Faute d'avoir arrêté ces mesures si simples en temps utile, on a dû, à Tarrivée des troupes à, la frontière, faire verser les bonnets à poil, shakos, demi-couvertures, guêtres de cuir, etc., dans les magasins de Metz, et même dans des maisons à Boulay, Forbach, où tous ces effets ont été enlevés, dés les premiers Jours, par Tennemi. Les képys, qui
Que de choses encore n'aura-t-on pas à réviser pendant la paix ^ ?
Mais comment poursuivre cet exatnen au moment même où la belle armée, que j'ai sous les yeux, est conduite à grands pas à la désorganisation et .à la ruine!
14 octobre. — Hier au soir, orage violent avec tonnerre et grêle. Il a plu une partie de la nuit.
On attend toujours le retour du général Boyer pour prendre une détermination. Reviendra-t-il mieux que le général Bourbaki, dont la loyauté paraît avoir été complètement surprise par les menées de l'agent mystérieux. Cet agent, auquel on donne le nom de Régnier, avait obtenu du prince Frédéric-Charles l'autorisation de faire sortir de Metz un général français, mais il avait été averti, parait-il,
devaient remplacer les shakos pour toute Tarmée, leur étaient 'envoyés de Paris, et, le 1«' août, on se félicitait d'en recevoir bientôt une quantité suffisante pour pouvoir remplacer le bonnet de police, « qui, »» disait une dépêche officielle, * n'est pas grat cieux sous les armes I » . '
1 Ces demandes ne sont pas nouvelles ; nous les avons toutes formulées déjà, dans plusieurs publications, depuis 1866. Nous les retrouvons énoncées aujourd'hui dans une « Note sur Vorganisaiion militaire de la Confédération du Nord », qui vient de paraître, avec cette inscription mystérieuse : « Wilhelmshœhe^ janvier 1871. »» La lira-t-on mieux que tous les écrits, tous les rapports, livrés depuis plusieurs années au public, ou entassés dans le dépôt de la guerre, et qui ont donné, sous toutes les formes, bien des notes sur l'organisation militaii*e allemandet Nous le désirons ardemment; mais nous ne pouvons nous empécher de regretter que Ton n'ait pas ouvert les yeux plus tôt, et que l'on se soit obstiné à combattre tous les officiers, qui pous> Baient le cri d'alarme, en' les accusant de prussianisme.
que ce général ne pourrait pas rentrer ensuite dans la place. On n a assurément rien dit de cette clause, qu'il n'aurait pas acceptée, au général Bourbaki, et Ton rapporte qu'après avoir échoué dans une mission, dont il ne s'était chargé que par dévouement, et dans laquelle il a été dupe, il demande vaine* ment, de Luxembourg, à revenir parmi nous.
C'était aujourd'hui le terme administratif de nos ressources en farine ou blé. Si l'on n'avait pas réduit la ration à 300 grammes de pain de boulange, il ne devrait plus nous rester que les vivres de réserve déjà distribués aux hommes , et consommés d'avance par eux, selon toute apparence, au lieu d'être conservés dans le sac.
On a enterré des morts des deux armées, hier à Ladonchamps ; pendant l'armistice, un des officiers prussiens a mis en circulation dans nos camps les nouvelles suivantes : « Le fort d'Issy serait au pouvoir « des Allemands, qui, de là, bombarderaient Paris; c dans la capitale même, le général Trochu serait « -aux prises avec la révolution sociale, conduite aux « barricades par Rochefort. •
Il y a eu de l'agitation hier à Metz dans la soirée. Le maire a dû haranguer la foule pour la calmer. Mais, aujourd'hui, la garde nationale, continuant la manifestation de la veille, est venue demander au général Coffinières d'être admise à monter la garde dans les forts, afin d'assurer la défense de la ville ; « nous sommes trahis, vendus, disent-ils, » et pour calmer ces défiances, suite naturelle des malheurs publics, de l'insuccès et des souffrances, on décide
que la milice citoyenne partagera avec la ligne la surveillaiice des portes de Metz.
Dans ces circonstances, le maréchal croit devoir adresser aux commandants des corps d'armée la note confidentielle ci-après :
< Dans le but de prévenir les officiers et soldats contre les manœuvres des agents de certain parti, et notamment contre les fausses nouvelles et les insinuations perfides, que les journaux et les brochures répandent à profusion, le maréchal commandant en chef pense qu'il serait utile de lire dans les régiments, à l'appel de midi, le passage suivant d'une proclamation du général Trochu, gouverneur de Paris, traduite d'un journal allemand du 2 octobre, qui a été saisi sur un prisonnier prussien.
< Une panique, que n'a pu» dissiper l'énergie d'un
< excellent chef et de ses officiers, s'est emparée da « régiment provisoire des zouaves, qui se trouvait à « notre gauche dès le commencement de l'action^; la « plus grande partie de. ce régiment est rentrée en « désordre dans la ville, en y répandant la terreur. « Pour expliquer leur fuite, ces hommes disaient « qu'ils avaient été d'avance voués à une destruction « certaine ; pourtant, ils ne comptaient ni morts, ni
< blessés ; qu'ils manquaient de munitions (on con- « stata qu'ils n'avaient fait aucun usage de celles « qu'ils avaient en leur possession) ; et enfin, qu'ils « avaient été trahis par leurs chefs. Les malheurs « qui nous ont accablés au commencement de la « guerre, ont eu pour résultat d'amener dans Paris t des soldats fauteurs de désordre, qui ont perdu
' Cent Taffaire du 19 septembre, dont il a été parlé plus haut.
c toute crainte des punitions, et tout respect pour c leurs supérieurs. >
c Tel est, en effet, le but que se proposent les fauteurs de désordre, c'est d'affaiblir le sentiment du devoir, qui doit unir le soldat à ses chefs. Cependant Tunion ne fut jamais plus nécessaire aux intérêts de la patrie, et, plus que jamais, nous devons avoir confiance les uns dans les autres. Aussi, le maréchal commandant en chef continuera-t-il à communiquer à l'armée tous les événements, qui surviendront ou qui parviendront à sa connaissance, pouvant intéresser notre destinée et celle de la France. De son côté, que l'armée reste persuadée que ses chefs n'ont qu'une seule pensée: c'est de lui montrer le chemin de l'honneur et du devoir, en marchant à sa tête. »
Je viens de parcourir Metz ; partout j'ai vu des gardes nationaux en armes, des soldats en grand nombre. Je suis sorti par la porte Mazel ; j'ai regardé quelque temps ces ouvrages bien construite, en bon état, qui semblent défier toute attaque; les pièces sont intactes sur les remparts; les magasins sont remplis de munitions, les piles de projectiles alignées en arrière des canons. Je suis rentré par la porte' Serpenoise, sur les murs de laquelle des inscriptions rappellent d'héroïques souvenirs. Tout m'a paru si formidable qu'une redditien sans combat me semble la dernière des hontes. Mais pour combattre, il nous faut aller au devant de Tennemi, car il ne se hasardera jamais contre ces redoutables défenses; et cependant chaque journée qui s'écoule rend plus difficile ce dernier acte de désespoir.
15 octobre. — Canonnade entendue dans les entirons de Metz. — Toute la journée le temps a été pluvieux, sombre, triste. Le général Boyer n'est pas revenu.
Depuis 24 heures, tout le monde s*agite dans les camps et la ville. Des forts Plappe ville et Saint- Quentin, de nos grandgardes de l'Ouest, de l'observatoire de la cathédrale, on a signalé une canonnade, qui a duré hier jusqu'à la chute du jour, et même une partie de la nuit; elle a repris avec intensité ce matin, et paraît avoir cessé, vers une heure de l'aprèsmidi. Le commandant du fort Saint-Quentin allait jusqu'à parler d'une fusillade, qui se rapprochait de la place, puis avait fini par s'éloigner. Le bruit venait, disait-on, de la direction de Gorze à Gravelotte, oa de Pont-à-Mousson, ou de Verdun. Un agent, rentré ce matin des environs d'Amanvillers et de Saulny, prétend même qu'il l'a entendue dans la direction de Thionville. Les imaginations aidant, on s'écrie à Metz que 50,000 francs-tireurs viennent nous donner la main, et que nous les laissons massacrer. Nous croyons plutôt à un bombardement de Verdun ou de Thionville S car une bataille ne se prolonge pas la nuit, et nous ne pouvons malheureusement pas croire au voisinfage d'un corps assez organisé, assez fort pour livrer, avec du canon, un combat de plusieurs jours dans nos envierons. ^
Une rumeur assez singulière est venue cependant porter le doute dans les esprits les plus sensés. Ce
^ £n réalité, il s*a^ssait du bombardement de Verdun, qui M canonné les 13, 14 et 15 par les troupes prussiennes.
matin, dit-on, deux de nos hommes étaient allés sans armes au delà de Woippy, pour arracher des pommes de terre, en avant de nos lignes, lorsque soudain ils se trouvèrent en présence de trois Prussiens, dont un sous-officier. Stupéfaction et embarrasmutuela, suivis tout à coup d une reconnaissance fort inattendue : le sergent prussien se trouvait avoir été commis d'une maison de commerce, dans le midi de la France, avec un de nos maraudeurs ; on s'accoste, on se donne la main, on parle de la situation présente. Chacun convient qu'elle n'a rien de divertissant; chacun souhaite la conclusion prochaine de la paix et le retour au comptoir, abandonné depuis quelques mois : t cela ne « se fera pas attendre, dit en terminant le sous-offi- « cier, car, pour Metz, nous savons bien que nous le 4 prendrons un jour ou l'autre par les vivres ; mais « ce qui pourrait retarder nos affaires, ce qui nous « préoccupe, c'est l'armée qui vient à votre secours, « et aujourd'hui môme nous lui livrons une grande « bataille. » Il y a lieu de croire que ces Prussiens, ignorant également le bombardement de Verdun, supposaient comme nous que la canonnade, dont le hruit lointain parvenait jusqu'à eux, était une preuve de l'engagement de deux armées. Toujours est -il que le propos colporté dans les corps, et répété au commandant en chef par les' deux militaires, qui l'avaient recueilli, excita davantage encore les esprits et les anima contre ces chefs qui, disait-on de toutes parts,. laissaient égorger nos frères!
Le maréchal, ne pouvant par ses renseignements démêler la vérité dans tous ces bruits, fit prescrire aux grand'gardes « d'observer avec soin si l'ennemi
< ne dégarnissait pas ses lignes devant nous, et d*en € avertir de suite. »
On adressa, en outre, à la garde la dépêche suivante, qui laissait croire encore à quelques velléités de sortie générale :
c Utilisez pour Tartillerie les chevaux de troupe c du train des équipages, devenus disponibles jwi^c gu*il n'y aura plus de vivres à transporter ^ ainsi « que les chevaux des équipages régimentaires, qui c ne seraient pas utilisés dans les corps de troupe, c Je n*ai d'ailleurs nullement Tintention de faire c entrer dans la place les artilleurs de la garde, qui c n'auraient plus à servir leurs pièces, pas plus que
< vos cavaliers démontés. La garde toute entière « suivra le mouvement de l'armée. Quant au maté-
< riel, qui ne pourra suivre faute de chevaux, le « général commandant l'artillerie de l'armée le fera c rentrer dans Metz. »
Et. comme, aujourd'hui, deux commandants de corps d'armée demandaient de nouveau, des instructions pour les bagages : < Vous êtes libre de résoudre c cette question, comme vous l'entendrez, en vous c inspirant des nécessités urgentes de la situation » , leur répond-on. C'est toujours le même système; au lieu de prescrire, d'une manière générale et avec fermeté, ce que l'on veut, au lieu de déclarer ici la suppression radicale de tous les bagages, on donne à ceux qui le demandent des consultations partielles, qu'ils sont libres de suivre ou de ne pas suivre.
Recherche des pommes de terre aux avant-^n^sies. — J'ai déjà parlé dçs communications illégales, qui
se disaient aux avant-postes, où se portent nos hommes sous la pression de la faim. Hier, elles ont pris des proportions telles, que Ton se serait cru en plein armistice, et qu*il a paru urgent d*y mettre enfin bon ordre. Beaucoup de nos soldats , franchissant les lignes avec les corvées régulières, se sont avancés jusqu'au bois de Woippy ; là, ils faisaient paître leurs chevaux, et remplissaient en même temps des sacs de pommes de terre, dont ils admiraient la grosseur, lorsqu'ils s'entendent héler, et levant la tête, sont désagréablement surpris par la vue d'une patrouille prussienne, postée au coin du bois. Interdits, ils ne savent trop s'ils doivent se sauver, ou rester sur place ; mais leur étonnement redouble, et leurs craintes s'apaisent, à la vue des signes de leurs ennemis, qui les appellent à eux, en brandissant non leurs armes, mais une bouteille de rhum. Rs approchent alors, et entrent en conversation. Les Prussiens demandent si nous manquons dô vivres dans Metz. Les nôtres répondent qu'ils ont suffisamment de pain, de viande, de café, de sucre, de riz et de vin, mais que ce dont ils souffrent le plus, c'est de ne pas avoir de sel; à quoi les braves ennemis répliquent par le don généreux de toute leur provision de cette précieuse denrée. Puis ils disent à nos soldats de se hâter d'enlever leurs pommes de terre, parce qu'ils vont être relevés, et que leurs successeurs ne seront peutêtre pas aussi bons enfants qu'eux. Ils sont Polonais, disent-ils, mariés, pères de fiamille, et naturellement fort désireux de retourner chez eux.
Bientôt ce fait isolé se généralise, et le màréchnl Canrobert le signale dans un rapport : « Malgré un
€ cordon serré de tirailleurs, un grand nombre « d'hommes, trompant toute surveillance, et se fau- « filant à travers le bois de Woippy, se sont trouvés c en présence d'un poste prussien de 14 hommes, « près de Sainte-Agathe : ce poste les a appelés par « signes. Nos hommes ont répondu à cet appel, et c les ennemis, qui sont du duché de Posen, leur ont « offert à boire, leur ont fait manger de la soupe, et c ont arraché pour eux des pommes de terre. Je c donne des ordres pour que ce fait ne se renouvelle plus. >
Mais comment arrêter des hommes poussés par la faim? C'est du moins l'avis de quelques bonnes âmes
comme celle de ce landwéhrien , tristement tué
ces jours-ci aux avant-postes : c Les Français c nous font pitié, t écrivait-il à sa femme dans une lettre trouvée sur lui, « ils meurent de faim, et c ils viennent gratter la terre devant nous, pour « avoir des pommes de terre et des racines. Nous les « laissions faire. Mais le prince Frédéric-Charles, c qui a eu connaissance de tout cela, a donné l'ordre t d'empêcher cette récolte, et force nous est de tirer c sur ces malheureux. »
On tire du reste, et beaucoup, sur d'autres points, et même à Ladonchamps; les Prussiens ont pris l'habitude de canonner des villages chaque jour. Ainsi, Sainte-Ruffine, Maison-Neuve, Scy reçoivent leurs bordées quotidiennes, et à des heures régulières. Cela ne fait aucun mal aux soldats, mais détruit des maisons , et quelquefois tue des habitants ; c'est .tout simplement barbare.
Dimanche, 16 octobre. — Bien de nouveau. Lé temps est toujours couvert, humide; hier, le brouillard était intense , et, par moments, on n*apercevait même plus le sommet du Saint-Quentin. Le Ban- Saint-Martin n'est qu'une flaque d'eau et de boue au milieu de laquelle s'élèvent, comme des ilôts, les pauvres petites tentes de toile qui servent d'abris à nos hommes.
En ville, les soldats se précipitent à la suite des corvées, malgré les défenses renouvelées hier même. Quelques-uns y commettent des désordres , vont demander du pain dans les boulangeries et de l'argent dans les maisons particulières ^ C'est un abus, qui dure depuis longtemps déjà, et contre lequel il aurait fallu sévèrement réagir. Les mauvais soldats seuls se rendent coupables de ces infamies, et l'on en aurait eu promptement justice avec une volonté plus énergique. Nos hommes ont 300 grammes de pain de boulange, 750 grammes de viande de cheval, du café, du riz, une ration de vin et 0'-25 de supplément de solde. Ce n'est pas l'abondance, mais ce n'est pas encore la famine.
Quelle joie ce soir ! Un mot, le premier depuis deux longs mois, m'annonce que tous les miens sont en bonne santé. J'y vois avec bonheur que les hommes de tout âge sont à leur poste de Français, dans l'enceinte de Paris ! Puissent tous ces sacrifices, tous ces dévouements généreux, s'ils ne nous sauvent pas, nous régénérer au moins dans l'avenir! Leparlemen-
1 A dater d*aigourd1iui, chaque habitant de Metz ne reçoit plus que 400 granunes de pain de boulange, sur la présentation d'une carte. C'est prendre bien tard une pareiUe mesure.
taire qui a apporté ces bonnes nonveUes, à moi et k plusieurs de mes camarades , annonce le retour du général Boyer. Quelle solution apporte*t-il?
17 octobre. — La journée de dimanche avait été assez belle hier ; aussi la ville et les camps fourmillaient-ils de promeneurs civils et militaires , circu* lant sans animation et avec une tristesse profonde au milieu du spectacle désolé, qu'a produit la guerre autour de Metz. Malgré ce calme apparent, les esprits se montent cependant chaque jour davantage contre rinaction de l'armée , contre son chef, que Ion ne craint pas d'accuser tout haut de trahison. Les résolutions, que devra prendre aujourd'hui le conseil de guerre, et qui seront décisives, ce semble, mettrontelles le feu à cette traînée de poudre que l'on aperçoit depuis quelques jours dans Metz et dans l'armée? •
On a prescrit hier de passer une revue des cartouches et des vivres de réserve des hommes.
Nouvelles de Vextirieur. — Un sous-officier ennemi, fait prisonnier hier devant le 3' corps, a entendu lire à l'ordre de sa division , que, le 10 octobre, les Prussiens avaient combattu au nord d'Orléans un corps français organisé, que la bataille s'était continuée le 11 , et que les Français ayant été définitivement repoussés, Orléans avait été occupé par les Allemands ^. Ces faits sont confirmés par le général Boyer, revenu dans la journée; ce général aurait ajouté, d'après M. de Bismark, que les Prussiens
\ Orléans était en effet tombé au pouvoir de l'ennemi, le 11, à la suite du combat d'Artenay livré la veille.