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FONDATEUR DU COLLÈGE DE LA FLÈCHE

La ville reconnaissante.

La discipline, qui passe pour être un peu dure, ne Test pas, et le bien-être apporte à la santé des enfants ce que les professeurs cherchent par leurs efiTorts à donner à Pesprit. Quant aux études, elles sont loin d'être brillantes. Soixante élèves sont reçus chaque année après un concours général en France. — Ils ont dix ou onze ans. Leur vingtième année peut les voir encore au Prytanée et c'est à peine si, par an, douze d'entre eux sont reçus dans les écoles militaires du gouvernement. — Le reste a été semé en route ou échoue piteusement à tous les examens.

Douze recrues par an pour douze cent mille francs que coûte l'entretien du Prytanée I — Si chaque officier revenait aussi cher à l'Etat, il serait nécessaire, je crois, de passablement diminuer les cadres.

Il est vrai que le Prytanée n'a pas le seul but d'être une pépinière d'officiers, mais aussi et surtout de donner une solide instruction aux enfants de ceux qui ont, non pas vécu, mais vivoté au service de la patrie. Il est vrai que l'on pourrait réaliser de notables économies sur les dépenses sans troubler en rien la bonne administration du collège, mais cela serait difficile. Un commandant, le major, voulait, à l'époque où je m'y trouvais, combattre certaines routines, il n'y réussit pas. Tous ceux qui jouissaient de tolérances plus ou moins régulières, augmentées par le temps, se coalisèrent contre lui et il y eut une telle lutte des fourneaux à gaz contre cet empêcheur de danser en rond, qu'il dut solliciter luimême son changement.

Ce qui est bien plus fâcheux encore que les dépenses inutiles, c'est l'antagonisme existant entre les professeurs civils chargés de l'instruction littéraire des élèves et les professeurs de l'armée, chargés de la discipline, de l'instruction militaire et des exercices de corps. Un élève se conduit-il mal avec son professeur de mathématiques ? les militaires lui donnent de bonnes notes. Est-il d'une tenue déplorable avec un officier? son professeur de latin le gratifie d'un très bien

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suFSCTersion on son discours. L'élâTe, trouvant ainsi tODJours un appui, soit d'un càti, soit de l'iiutre, se retourne «ItematiïemeQt pour faire un pied de nei auï deui adtereaires et deiieut alors un citoyen parfois très fort en Tokigc, si la nature l'a doué de muscles EolidGS, mais rarement un candidat

s'il ■ l'intelligenco dëieloppée.

La brimade est également un réel obstacle ELU travail des ëlèves. Elle leur fait perdre un temps précieux, à l'époque où, précisément, il leur faudrait travailler davantage. Ainsi, les élèves sont divisés en trois bataillons. La troisième comprend les tout petits, ceux ^i pensent encore au jupon de leur maman. Le second possède... les moyens, et le premier bataillon se compose des grands, de ceux au menton desijuets commence à pousser la barbe. Dans le second et le troisième bataillon, la brimade est à peu près nulle. Au premier elle revêt un caractère plus que làtheux, et compromet, pendant toute leur première année de présence à ce bataillon, le travail des bleus. Ces pauvres bleus doivent pendant toute l'annâe, une obéissance absolue, continuelle, entière aux anciens ; — aux Srutioiu, comme on les appelle dans le Prjte.née, — e- ils leur obéissent bien plus qu'au général. Entre eux, c'est une chose admise, reconnue, de fondation, et la brimade, qui s'étend à toutes les heures

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de la journée, car il suffit aux anciens d*un signe pour se faire obéir, même pendant les classes et les études, revêt un caractère de tracasserie do{it on se fait difficilement l'idée.

Quand le nouveau général vint prendre le commandement du Prytanée, la première expression* de sa volonté fut de vouloir modifier ces errements. Il nous réunit tous, militaires et civils, officiers et sous-officiers, professeurs et répétiteurs, et nous donna Tordre d'employer tous les moyens en notre pouvoir pour détruire cette déplorable habitude.

La chose paraissait plus facile qu'elle ne l'était réellement. De quinze à vingt ans, on se croit d'autant plus un homme qu'on l'est encore peu. On reçoit malaisément les réprimandes, et si l'on croit posséder un droit, fût-il détestable, on emploie bec et ongles pour empêcher quiconque d'y toucher. Or, pour les élèves [du premier bataillon, la brimade était à leurs yeux un droit aussi sacré que l'étaient jadis les oies du Gapitole pour les Romains. Ils y tenaient autant qu'à leurs congés.

Je ne sais quelle tournure auraient pris, dès cette époque, les événements, si un enfant n'était mort tout à coup dune angine couenneuse. On l'enterra en grande pompe. Tous les élèves, tout le personnel du Prytanée, assistèrent à la cérémonie et conduisirent jusqu'au cimetière ce fils d'un vieux commandant en retraitre, habitant la ville et dont la douleur était affreuse.

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Selon l'habitude, ses camarades de classe entoarèrent le cercueil, les uns portant les couronnes, les autres tenant les cordons. Le lendemain, deux de ces enfants mouraient de. la même maladie.

Ce fut aussitôt un affolement général. La peur empoignait tous les élèves à la gorge et, quand on traversait leur cour de récréation, plusieurs s'approchaient aussitôt de vous en criant d'une voix entrecoupée : — Mon lieutenant!... Mon lieutenant!! là... là!... et ils montraient leur gorge. Aussitôt conduits à l'infirmerie, le docteur les examinait avec attention et ne trouvait rien.

Plusieurs, cependant, tombèrent malades, sans gravité, mais l'imagination aidant, chacun voyait dans une sorte de délire éveillé les symptômes de l'angine couenneuse. Les parents, euxmêmes, perdaient la tête et réclamaient leurs enfants. Ceux de la ville venaient dix fois par jour demander des nouvelles, ceux du dehors écrivaient lettres sur lettres, envoyaient télégrammes sur télégrammes. Si l'on était resté dans cette situation, cinquante élèves seraient tombés malades !

Sur la demande du général, un médecin principal fut envoyé par le ministère. Arrivé le soir avec le pouvoir d'agir comme il le croirait utile, il donnait l'ordre do licencier immédiatement les élèves du Prytanée et, dès le lendemain, au lieu des cris, des jeux pu des larmes, un silence

majestnenx régnait dans les cours égayées seulement par le chant des oiseaux.

Pendant Tépidémie, il y eut donc trêve entre les belligérants, on oublia la brimade. Le départ des élèves trancha momentanément la question, mais sans la résoudre, et dès la rentrée, trois mois après, car Tépidémie étant survenue en juillet, les classes ne reprirent qu en octobre, la guerre recommença entre les anciens d'une part, le général avec ses subordonnés de l'autre, et les bleus entre les deux. Les BnUions voulaient la brimade. Le général ne la voulait pas. Les bleus faisaient le gros dos sous les tracasseries, et malgré les invites de dénoncer leurs persécuteurs, ils gardèrent « de Conrad le silence prudent ».

Un mois s'était écoulé depuis la rentrée des vacances. Soutenus par le général, les officiers et sous-officiers avaient employé les moyens en leur pouvoir pour empêcher les brimades. Le résultat était négatif et l'on sentait une sorte d'effervescence dans l'air. Une irritation mal contenue grondait dans l'esprit des anciens.

Pendant les récréations, ils se promenaient par groupes, affairés et gesticulant, et cessaient de parler dès que l'on s'approchait d'eux. Ils nous suivaient d'un regard courroucé, s'ils nous voyaient les regarder. Deux ou trois fois déjà, le général avait presque été hué dans la court Son entrée dans les études avait été marquée

par un grognement significatif, tout enfin révélait une émotion croissante, fâcheuse poui la discipline, mais dont, cependant, personne ne soupçonnait la gravité.

Chaque dimanche, tous les élèves du Prytanée vont par bataillon faire une promenade vers un village voisin. Tambours en tête, ils défilent par quatre dans les rues de la ville, et une fois au dehors, sous la conduite de leurs sous-officiers, ils se forment à leur fantaisie pour causer entre amis.

Un dimanche de novembre, j'étais dans ma chambre. Je commençais à jouir des douceurs d'un feu que Tinclémence de la température déjà très froide rendait agréable, quand on frappa à ma fenêtre plusieurs coups précipités. SSurpris, je regarde et je vois le visage effaré du petit capitaine, le valseur jaloux, qui me cme :

— Vite ! vite I Balcy. A cheval 1 Les anciens du premier bataillon se sont révoltés sur la route, un adjudant est revenu avec lés jeunes dont plusieurs ont reçu des contusions... Allez voir ce qui se passe et où ils sont, vous reviendrez me le dire... Le temps de passer ma tunique, mon cheval était déjà sellé, et je partais au galop dans la direction indiquée.

Déjà, la nouvelle s'était répandue dans la ville. Sur mon passage, je voyais les visages inquiets de parents qui couraient vers le Prytîinée pour savoir si leur fils se trouvait parmi les révoltés. Personne ne pouvait rien répondre.

On ne savait rien, si ce n'est que les anciens s'étaient révoltés. Voici ce qui s'était passé.

Les anciens, furieux de ce que Ton voulait supprimer la brimade, avaient résolu de se venger, d'abord sur les bleus en tapant dessus, ensuite sur le général, en se révoltant.

Le début de la promenade n'eut pas d'incidents. Pour ne pas mettre en vue l'un d'entre eux plus que les autres, les anciens n'avaient donné aucun signal de l'insurrection. Ils avaient attendu l'arrivée au but de leur promenade, là où devait se faire le repos avant le retour. Alors, au commandement de halte! de l'un des adjudants qui accompagnaient le bataillon, les anciens s'étaient retournés tous à la fois, et à coups de pied, à coups de poing, ils avaient payé l'arriéré de la brimade aux bleus qui tâchèrent de rendre coups pour coups, mais qui, plus faibles et moins nombreux, n'eurent d'autre remède à leur mal qu'une fuite dans toutes les directions. Suffisamment satisfaits de cette victoire facile, les anciens ne les poursuivirent pas, mais, malgré les prières de leurs sous-officiers, qui les engageaient au calme et au retour, ils entrèrent dans les cabarets du village voisin.

Pendant cela, les bleus^ battus et tremblante, revenaient au pas gymnastique vers la Flèche, avec un de leiu*s sous-officiers. Ainsi arriva la nouvelle de la révolte. C'est alors que le capitaine était venu m'ordonner de partir au galop pour connaître la suite de l'affaire.

Quand je parvins au village, les esprits paraissaient un peu calmés. Adroitement, Tun des sous-officiers, un adjudant d'artillerie, avait employé la persuasion. Loin de faire des menaces, il eut l'esprit de leur parler en bon enfant et avec douceur. Ce moyen réussit. A part trois ou quatre fortes têtes, refusant de rentrer, les autres s'étaient pris- par le bras et barrant la route : — Allons ! marche devant, dirent-ils à leur adjudant, nous te suivrons. Et ils se mettaient en marche au chant sacré de la Marseillaise, Rien ne manquait à la fête.

N'ayant pas autre chose k faire, je repris la direction du Prytanée, et je revins à une verte allure rendre compte de ce que j'avais vu et annoncer le retour probable des mutins. A la porte du Prytanée, par la rue du Collège, se trouvait un énorme rassemblement. Au milieu, le général, inquiet, attendait 'des nouvelles. Mon rapport calma un peu ses appréhensions. Il fit ouvrir les grandes portes, recommanda d'une manière expresse d'éviter tout ce qui pourrait surexciter davantage les élèves, et l'on se prépara à les recevoir. Ils arrivèrent. De loin, leur approche fut signalée par des cris et des chants. Ils se tenaient par le bras, la veste déboutonnée, le képi en arrière, le pantalon souillé de boue, marchant par quatre dans un ordre relatif et au pas. L'adjudant toujours devant eux, comme un tambour-major. Quel soupir il poussa en arrivant

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avec SCS élèves auprès du général I Grâce à lui, l'affaire se serait peut-être terminée à ce moment. Les élèves revenaient. Une fois rentrés dans leurs études respectives, on aurait agi pour prévenir toute autre suite; malheureusement, le général ne sut pas maîtriser sa juste colère ni commander à ses nerfs. — Quand les révoltés furent près de la grande porte :

— Passez par là, leur dit-il, 'sur un ton de voix très irrité. Vous me paierez cette révolte.

— Ah! tu veux que nous passions par là! s'écrièrent alors les plus écervelés, nous n'y passerons pas. Par ici!... Et ils entrèrent par la petite porte près du concierge, en criant tous :

— Enlevez-le! Assommez le taureau!! hou!

hou ! . . . Assez du général I

Ces phrases entremêlées de sifflets stridents, de crix d'animaux et du refrain que les trompettes de cavalerie sonnent en marche.

Dans la cour, on put faire l'appel au milieu d'un calme relatif. Cinq ou six élèves, restés je ne sais où, manquaient. Assez docilement, les autres rentrèrent tous dans leurs études et nous restâmes au milieu de la cour, attendant les ordres du général qui demandait à l'adjudant des détails avec les noms des plus coupables, de ceux dont l'exaltation avait paru la plus violente. Successivement, on appela deux ou trois des plus exaltés hors de leur étude, et sans autre forme de procès, on les conduisit à la prison du Prytanée. On s'apprêtait à agir de

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même avec un quatrième, mus il s'échappa des mains de ceux qui le tenaient, et courant ouvrir les portes des études où se tenaient ses camarades, il leur cria : On nous met en prison!.-. Ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase. Ils sortirent des études comme des fiuneux, se formèrent aussitôt en peloton avec des intentions visiblement hostiles, et, pour éviter peutêtre des malheurs irréparables, le général nous donna Tordre d'évacuer la cour et de banicader toutes les portes par lesquelles les élèves pourraient sortir.

— Montez vite à cheval, me dit-il alors, trouver le commandant du bataillon d'infanterie, — ce bataillon était caserne à l'extrémité de la ville, — vous lui demanderez de ma part l'envoi immédiat d'une compagnie en armes...

De nouveau, je traversai la ville, je trou- \ A^. vai facilement le chef de W bataillon, et ime demi- ' ■ heure «après, je revins à la tète de la compagnie **• d'infanterie qui marchait au pas gymnastique. Nous paraissions marcher à un assaut. Ça sentait la poudre!... Seul, à cheval, suivi par cette troupe d'infanterie, je me trouvais grandi de cent coudées. Je dressais déjà des plans de campagne. Semblable à la mouche du coche, ie me figurais l'être le plus indispensable de la

t, cherchant dans ma Utc les moyens ne vaincre par un moyen sur coite péTolulion de ■ palais, je n'écoutais même pas les qucs^ons des passants qui me disaient :

— Qu'y a-t-il do nouveau?... Mon Sis en est- U7... Que va-t-on faireî On dit qu'il y a des blessés. Est-ce vr^?..,

Dans la cour du Prytanoe, la compagnie mit baïonnette au canon. Un poste snfSsantfut placé à toutes les portes, avec mission d'empêcher toute tentative do soviie de la. part des élèves, et le général résolut do vaincre par la famine. Le siège dura Irentc-sii heures t — presque autant que celui do Prigolct. Trento-sii heures pendant lesqucUesIesaimablesjcuacsgcasbdsèrcnttout, portes et fenêtres. pupitiKis et bancs, les réverbères des conrs et les carreaux des étages supÛlieurs.Ils brûlèrent leurs livres et leurs cahiers. La musique adoucissant les mceurs, ils donnèrent un instant l'espérance d'un apaisement général, car ils jonèrent deui ou troif cacophonies avec leurs instruments pris dans une dos salles '' donnant sur leur cour, mais loui' exaltation ne diminua en façon, et après s'être teri'iblement époumounés en souf-/ flant dans leurs cuivre) les brisèrent comme le reste.

Sans y parvenir, ils essayèrent aussi de démolir la grilLo

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protégeant le magasin où se trouvaient leurs chasscpots. G*cût été d'ailleurs sans résultat pour eux. Les mesures de précaution avaient été prises. A cet égard, présageant cette tentative, le général avait donné l'ordre d'enlever par une fenêtre de derrière toutes les armes renfermées dans ce magasin.

Pendant la première nuit, on put croire un instant qu'ils allaient céder. Très sérieusement, ils se réunirent en assemblée délibérative dans une salle d'où nous pouvions entendre les discours prononcés. Là, avec une gravité que l'on voudrait toujours voir au Palais -Bourbon, ils votèrent pour décider, si, oui ou non, on continuerait à ne pas manger, ou si, faiblissant devant un plat de lentilles, on vendrait le droit de brimade comme Ësaû vendit son droit d'aînesse. La majorité vota la continuation de la résistance et la résistance continua jusqu'à la trente-sixième heure. La laim fit alors sortir le loup du bois ; vers quatre heures du matin, la seconde nuit, ils passèrent, un à un, sous les fourches caudines.Une douzaine furent immédiatement renvoyés ; on en mit un assez grand nombre en prison, les autres déjeunèrent avec appétit, et le Prytanée perdit son aspect de la place forte assiégée. Le plus étonnant, c'est que, pendant ce siège mémorable, les anciens, emprisonnés dans leur cour, trouvèrent le moyen do faire parvenir des ordres aux marmots du troisième bataillon, heureux, eux aussi, de jouer

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un rôlo dans la bagarc,ct ces bambins, bien qu'ayant encore sur leurs lèvres roses la dernière goutte de lait prise à leur nourrice, se posaient en foudres de guerre, regardaient leurs sousofficiers et leurs professeurs avec un petit air fanfaron tout à fait rejouissant et menaçaient d'imiter leurs anciens. '

A mon avis, cette révolte peut servir de leçon et la morale n'est pas difficile à en tirer. La discipline, qui paraît très sévère au Prytance, ressemble un peu à celle du grand-duché de Gérolstein. L'instruction, qui pourrait être excellente, n'est que médiocre, à de rares exceptions. Il est vrai que ces exceptions s'appellent, dans le temps jadis, de Guébriant, René Descartes, Eugène de Savoie, Pasquier, Rohan, Talleyrand- Périgord, et, dans une époque plus raprochée de nous, la Tour d'Auvergne, Dupetit-Thouars, le héros d'Aboukir, Bertrand, le compagnon fidèle de l'empereur. Il y a encore aujourd'hui, parmi les élèves, des éléments puissants de grandeur militaire, mais les vieux errements, le système d'éducation employé et la routine administrative ne permettent pas de les mettre au grand jour.

Un rayon, pourtant, plane sur le Prytanée et peut, à juste titre, donner à ses élèves comme à ses professeurs, sans distinction de carrière, une bouffée d'orgueil. C'est le tableau d'honneur où figure le nom des anciens élèves morts pour la patrie. La liste en est longue et instructive.

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Peut-être y a-t-il eu des révoltés parmi ceuxlà, car cette révolte, à laquelle j'ai assisté, n'était pas la première et nul ne peut affirmer qu'elle sera la dernière. Qu'importe! En présence de ces souvenirs glorieux, gravés en lettres d'or sur la plaque de marbre de la chapelle, en lisant cette page historique où les yeux et l'esprit voient tant de sang versé généreusement pour la patrie, on se dit que le passé est une garantie de l'avenir, qu'une réforme entendue ferait du Prytanée une institution de premier ordre et que tous ces fils de soldats, nourris déjà des exemples fortifiants de leurs pères, n'auraient besoin que d'une direction plus habile pour devenir tous des officiers distingués, au lieu d'échouer piteusement à tous les examens et de s'engager comme simples soldats parce que, après sept ou huit ans de collège, ils ne

sont pas bons à faire autre chose

Quant à la brimade, on m'a affirmé qu'elle n'existe plus. Je crains une erreur. — On aura du mal à déraciner complètement cette vieille habitude. Il faudrait une volonté énergique, continuelle, et le renvoi de tout élève ne voulant pas s'incliner devant l'ordre formel de cesser ces tracasseries stupides. Des exemples répétés font beaucoup plus qu'une punition sévère infligée en masse. Après la révolte, on a renvoyé dix-neuf élèves ; douze, le lendemain ; sept, après leur comparution devant le conseil de discipline. Gela n'a modifié en rien l'esprit du Pry-

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tanée et n'a servi qu'à donner une accalmie de

quelque durée.

C'est pendant ce calme succédant à la tempète, que, porté sur le tableau d'avancement des élèves-officiers, je quittai la Flèche pour retourner une troisième et dernière fois, — ouf I — à Saumur.

L'inspection du manège avait eu lieu pendant les vacances. Un vieux général, celui-là même qui jadis, inspectant l'École de cavalerie lors de mon engagement, s'était montré sous un jour peu parlementaire, nous avait fait une visite officielle. Nous avions été, mon lieutenant, l'adjudant et moi, à cheval, en grande tenue, audevant de lui à la gare. Il vint seul, portant sous son bras ses papiers attachés par une bretelle, laquelle, disait-il, remplaçait avantageusement son officier d'ordonnance. N'étant pas de mauvaise humeur, il se contenta de nous renvoyer comme malpropres.

— Je n'ai pas besoin de vous, nous dit-il. A midi, je serai au manège. Que tout soit prêt, je veux repartir par le train suivant...

Trente chevaux, onze cavaliers et nous trois... plus trois chiens, ce n'était pas long à inspecter. A midi, nous attendions.

Le général commandant le Prytanée, ayant eu la bienveillance de me proposer pour officier, mes pièces d'inspection étaient complètes. Ma

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compoiition «T&it été f»itc... on famille, quelques jours anparavaDt. Il ne me restait donc qu'fc espérer une bonne décision de l'inspeeleur général, et j'i^tais sans émotion, quand un lieutenant dD Fiytanëe vint me trouTer et me dit :

— Le général n'accepte pas votre composition. Voici celle qu'il tous faut taire. Je vais vous enfermer clans une salle avec du papior, des plumes, de l'encre, et danii dcni heures, je tous rendrai la liberté.

Affirmer que cet ordre me causa de l'entliouit un peu hardi. J'entrai eu loge lont ! les candidats au prix do Romo, ^j puisqu'il le fallait, e( je me mis 4 noireirlcs feuilloi blanches placées devant moi. J'achevais mon tr«Tïil Lorsque le général en-

— Vous m'étea recommandé par TOtre ancien général et sa femme, je n'aime pas celai me dit-il sans autre préambule...

Qu'est-ce que toiu savez?

— 1... î?... Mon générall...

— Cela ne suffit pas. — Bn géographie, faites-moi le baseio du Danube.

Je pris la craie et je commenças, au tableau, A me noyer dans la source de ce fleuve, témoin inconscient de tant de batailles, lorsque le général m'arrèia net en me disant : — Pourquoi portei-Tous une raie sur le milieu de la tête! Je n'aime pas celai — C'est vrai, j'avais cette fai' blesse. — Je balbutiai, ne sachant que répondre.

Par bonheur, il me tira d'embarras. — En voilà assez pour la géographie. Passons à l'histoire. Parlez-moi de la guerre de Flandre.

Je m'apprêtais à sortir de ce mauvais pas et, pour aider mes souvenirs, suivant une innocente habitude, je retournais ma bague à mon doigt, quand cet impatient général, ne me laissant pas même le temps de lui répondre si la guerre de Flandre se passait sous le règne de saint Louis ou de Loui XIV, se leva en me disant : — Vous avez une jolie bague!... C'est un cadeau de femme?... Je n'aime pas cela! En voilà assez. Je vois ce que vous savez. — Et il sortit, me laissant fort anxieux sur le résultat de mon examen et sur l'opinion que j'avais pu donner de mon savoir.

Le lendemain, mon ancien général eut la bonté de venir me rassurer. J'avais été brillant! Je serais probablement maintenu, mais il me fallait immédiatement rengager.

Rengager! C'était grave. — Je restai deux ou trois jours fort indécis. Enfin, je signai ma condamnation, poussé surtout par la certitude de ne pas retourner suivre un nouveau cours à Saumur, car à cette époque, les sous-officiers du cadre des Écoles étaient privilégiés. Généralement un peu moins capables que leurs bons camarades des régiments, ils étaient, pour cette cause, dispensés d'en apprendre davantage. On les portait sur le tableau d'avancement avec un numéro bis et ils recevaient leur nomination à

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leur rang de contrôle, sans avoir à craindre de sombrer au carré de Thypothénnse. • Habitude simple et pratique... pour eux. Elle me fit défaut. — Je me trouvais compris sur le tableau d'ayancement de Tannée où Ton inaugura un nouveau système et je dus retourner à Saumur pour subir un cours de quinze mois. Nos successeursne restèrent qu'une année. — Heureux mortels I

Mais si le chemin conduisant à Saumur devenait monotone à force d*étre connu, j'avais cette fois, pour atténuer mes regrets de ce retour, la certitude de l'épaulette dans un avenir assez prochain.

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