‹ Journal d'un officier malgré luiChapitre 13 sur 20 · CHAPITRE XII DEBNiËaes NOTES auB savhub · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII DEBNiËaes NOTES auB savhub

CtWM. — SnUstoU lugirtifiiircitlgTl^ls.

La cote d'amour, dans l'imaginaCion des éM^ Tes, a quelque cbose d'entr'ouvert et de mjatérieut. C'est une sorte de visioa fugititive comme le tAto d'une adorable Temnie voilée do gaze légère qui, sur un chemin coDTertde roses, conduit ses amants au Capitole, et, par uno route remplie d'épines, pousse au précipice ceui qu'elle dédaigne.

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La cote d'amour est une note, et cette note ne voit le jour qu'après un enfantement labo« rieux. Elle est due au croisement multiple du général, du colonel et de tous les chefs de service qui, chacun dans sa spécialité, donne son opinion sur ses élèyes. Cette cote d'amour comprend tout : la tenue et la discipline, la conduite et la fortune. On étudie vos habitudes et vos relations. On fouille dans votre passé et dans votre avenir. On s'occupe de votre coiffure et de la longueur de votre nez ; de vos dettes et de vos maîtresses. Vous êtes passé à travers un crible et dans un laminoir. On vous regarde à la loupe et l'on vous déshabille des pieds à la tête. On met dans la balance vos parchemins et votre roture, votre santé et vos talents, vos verrues et vos vertus. Cela fait, yous êtes noté, et cette note est d'autant plus importante qu'elle est secrète et possède un coefficient très élevé. Certains esprits mal faits croient que les recommandations et les protections font plus pour la cote d''amour qu'une bonne conduite, une tenue parfaite et une moralité sans reproche. Les mécontents expliquent ainsi comment de grands favoris au classement de sortie sont des élèves qui mériteraient de rester fourbus au banc des ignares. Je crois qu'ils ont tort. .

La cote d'amour est certainement donnée avec la plus grande impartialité. On ne s'occupe ni de« protections, ni des recommandations, ni du nom, ni de la fortune. — La justice, son flam-

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beaa à la main, est assise au centre du tapis Tert sur lequel s^élaborece trayail... Seulement, comme la note est tenue secrète et que, parfois, un ami des consuls passe sans crier gare des derniers rangs à la tête de la colonne, cela prête une apparence de raison à ceux qui disent : — 11 y a mal donne ! Que Ton s'y prenne d'une façon ou d'un autre, toujours il y aura des mécontents. U faut si peu de chose pour froisser Tamour-propre.

Je me souriens, à ce sujet, qu'un de nos camarades nous donnait, à chaque cours d^istoire, le spectacle d'une colère mal contenue. Ge sousofficier s'appelait d'un nom très commun. — Dans une foire, il y a souvent plus d'un âne répondant au nom de Martin. — Aussi, sa famUle, pour se distinguer de ses nombreux homonymes, avait jadis fait suivre son nom par celui du département qu'elle habitait. Possession vaut titre. C'est un axiome de droit très connu et, quand on a joui pendant trente ans d'un objet, on en devient le légitime propriétaire. C'est malhonnête, mais c'est la loi.

Donc, au nom de Durand, — supposons que cette famille s appelait ainsi, — elle avait joint jadis le nom de du Calvados. L'habitude une fois prise, on avait trouvé naturel de dire : « Durand du Calvados », et notre camarade, se croyant arrivé à la période où l'on pouvait supprimer Durand, simplifiait les choses et se faisait appeler : monsieur du Calvados.

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Or,Toici ce qui se passait an cours d'histoire. Le capitaine était un délicienx mondain, connaissant d'Honer mieux qne lui-même. Un peu taquin, il ne roulait pas reconnaître le blason de « du CalTados », et faisant l'appel, lorsqii*il azriTait à ce nom, il appelait : — Durand I

Pas de réponse. — Durand!... Durand n*est pas là?

Silence complet, Durand ne bougeait. Il se contentait de suivre l'exemple d'une écrevisse ietée dans l'eau bouillante. Il devenait écariate.

— C'est étonnant,' disait alors le capitaine en mettant son monocle, après avoir exécuté son coup de manchetto traditionnel et en approchant sa listo de ses yeux pour mieux voir. Il y a bien Durand,.... je ne me trompe pas, et Durand n'est pas compris sur la situation des malades... Ah t pardon t je ne voyais pas la parenthèse.

— M. Durand... du Calvados! appelait-il alors avec un sourire appuyant ces derniers mots. — Présent I répondait Durand.

— C'est heureux I

— Oui, c'est heureux I murmurait avec colère notre camarade.

— Vous dites... monsieur Durand? — Bien, mon capitaine.

Chaque semaine, en sortant du cours d'hi^ toire, Durand parlait de donner sa démission dès qu'il serait officier pour venir provoquer ce paltoquet de capitaine et se battre à mort avec lui. U n'en a rien fait. Le capitaine n*est plus à

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Saumur, mais il est toujours en bonne saalé.

Bien souvent, il en est ùosi de ceux qiio l'on Tcut tuer ou que l'on passe pour... Touloir atteindre d'une Dianiéro quelconque.

M. Grévy aussi so porte bien. M. Duhamel n'est pas malade, que je sache. Pourtant, ils oui couru un grand danger. Les élèves de Sauniui ont voulu, non pas les tuer, — leur opinion politique ne va pas jusqu'A eiigcrcct holocauste, — mais changer la forme du gouvernement et, pur cela mértio, priver lo président do s pain quotidien. C'est absolument vr Tous les Saumurois vous le diront.

Un soir, à une houro a quelques instants avant douzaine de Sainl-Cyricns ri l'École. Les sabres traînaient sur pavû avec un bruit ai^cntin. Les voix i'

annonçaient une gdté exubérante et lo bruit des bottes frappait les trottoirs d'une façon discontinue. C'était la fin d'une petite félo. On avait reçu les nouveaux. Le soir, ils s'en retournaient, chantonnant comme cela so passe, je crois, dans les rues de Heidelberg bu do Cambridge, ou bien sur lo Boul'Mieh', partout enfln oii la jeunesse studieuse interrompe ses loisirs pour s'amuser un brin.

Les vins généreux avaient monté les têtes.

Malgré la nuit obscuro, les jeunes Saint- Cyricns vof aiant tout «a rose et, «o rappelant que le po'

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pulaire a de temps en temps chanté ses rois, ils

notre Tijoéré présideni de la République. Lo passage de l'un d'eux au cabaret du Chat Noir lui avait laissé le souTcnir d'une amusante chanson commençant par ces mots :

MoD?l«ur Orévj n'a qu'un billard.

Bien qa'uQ billard, un eeul billard.

11 la chanta à plein gosier.

Ce no fut pas tout. Un autre Saint-Cyrion, un poète, avait, dans ses heures de loisir, composé quelques couplets dont lo refrain, toujours lo mémo, était sur un air très connu.

La République a Duhamel, Tant pis pour el....le.

Mais elle a monsieur Grévy, Tant misai pour lui!...

Et il chanta les couplets avec une reprise en chœur du refrjùn par tous ses camarades,

U. Orévy et son secrétaire, M. Duhamel, en

ont-ils tressailli dans leur litîNuluc le sait.

Mais les chanteurs furent entendus par deux

purs, deui citoyens intègres do la villo, do

II qui déjà avaicntfait tant de bruit au sujet

T du prétendant étranger venu pour voir les

pur sang. Au petit jour, ces deuï citoyens s'a a

yl allèrent trouver le procureur de la République,

- lequel apprenant que l'un d'oui possédait un

' ï cahier judiciaire, rcilisa de les recevoir. D'un

f/ bond ils sautèrent chei le farouche commissaire

de police, Martin dit Bâton, et Martin, sautant de joie, fit un rapport au maire qui, exultant, télégraphia immé(Ûatement à Paris. Un député en parla au ministre de l'intérieur, lequel en saisit le conseil des ministres. L'affaire devenait grave. L'enfantillage d'écoliers en goguette passait aux yeux de beaucoup pour un crime d'État. Certains politiques braillards firent de grandes phrases. « Saumur, vieille institution, mais dange- « rcuse... Voilà l'Ecole... foyer réactionnaire... « Sous l'abri de l'uniforme... conspiration con- « tre la République... Il faut sévir avec rigueur. « Il faut briser l'épée dans les mains de ces « hommes que la République nourrit et qui cons- « pircnt contre elle.

« Colonel des Roys, pas assez radical... Mar- « tin, à la bonne heure. Il bridera Saumur... « Fermons Saumur ».

Fermons Saumur! C'était le cri du jour. C'était celui répété à pleins poumons par nombre do journaux du parti saumurophobe. Si, à cette époque, le ministre n'avait pas été aux prises avec la mort; s'il n'avait pas été occupé à boucler ses malles, c'en était fait de Saumur. L'École aurait été fermée, transformée, divisée, émiettée dans les camps militaires quelconques, Avor, Châlons ou Valbonne.

Chaque journal consacrait des colonnes entières à TEcole. Toute la France s'occupa de cette terrible conspiration des douze, au moins autant que l'on s'était occupé de la banquisQ et

de la quarantaine. Le ministère eut la main forcée. Malgré son désarroi, il prescrivit une enquête et envoya, pour découvrir les coupables, le général inspecteur permanent. On le connaît, celui-là I II a des admirateurs passionnés et des détracteurs acerbes. Les uns mettent en lui tout leur espoir, les autres toutes leurs craintes. C'est le général X..., dit-on, celui dont le sabre tranchera dans l'avenir le nœud gordien de nos discussions politiques. Dans l'armée, il est plus craint qu'adoré, on le dit charlatan ou grand homme, et il est aussi connu pour sa façon d'écarter les jambes quand il se tient immobile, que par son ordre du jour sur la longueur des cheveux à certaines manœuvres de cavalerie et par son toast à la République dans un punch d'adieu. Sans prendre parti ni pour ni contre, on peut affirmer, avec la certitude de ne pas être démenti, que c'est un superbe soldat, un vrai et brillant général de cavalerie et un homme d'esprit. Il vint à Saumur sans prévenir, selon son habitude, et, dès son arrivée, fit réunir la division des Saint- Gyriens dans le salon d'honneur. Si l'écho est fidèle, voici quelles auraient été les paroles du général. — Vous connaissez le motif de ma venue. Il a été chanté dans les rues de la ville des chansons qui ont ému l'opinion publique. Il faut que les coupables se déclarent, sinon les quatre plus anciens delà division seront responsables et mis en non-activité.

Etre mis en non-activité, voir son travail de

dix ans compromis et sa carrière arrêtée pour avoir chanté :

La République a Duhamel,

Ou,

Monsieur Grévy n'a qu'un billard,

C'était payer très cher une familiarité que M. Grévy a peut-être trouvée d'un goût douteux, je n'en disconviens pas, mais qui, en réalité, était bien inoffensive.

Sans les deux... purs, personne ne s'en serait occupé. C'est l'histoire de tous les pamphlets. En parsdt-il un? si l'autorité fait semblant de ne pas le voir, vingt-cinq personnes à peine le lisent; l'auteur en est pour ses frais d'imagination, l'éditeur pour ses dépenses de papier. Encore ces vingt-cinq personnes saventelles d'avance ce que le pamphlet contient. Si, au contraire, la justice s'empare de l'aflfaire et poursuit le coupable; si la prison s'ouvre devant lui, si l'amende le frappe, tout le monde veut lire l'œuvre malsaine ou méchante qui atteint alors un nombre incalculable d'éditions. C'est la meilleure réclame pour un ambitieux et beaucoup de réputations se sont ainsi faites. .

Quand le général inspecteur eut terminé sa profession de foi... républicaine, il attendit un instant. Personne ne prit la parole pour se dé-

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