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clarer coupable. La dÎTision des Saint-CTriens baissa la tête, mais garda le silence. Ea comparaison de ce mntisme, des carpes auraient paru bavardes !
— Messieurs, dit alors le général, je vous accorde une heure pour vous décider. Dans une heure, vous serez do nouveau réunis dans cette salle ; si personne ne se déclare, les quatre premiers d'entre vous seront, dès demain, rayés des contrôles et mis en non-activité.
Une heure après, les officiers se trouvaient de nouveau au salon d'honneur. Que s'était-il passé pendant ces soixante minutes? Qu'avaient-ils décidé entre eux? On ne connaît que le résultat. Ce fut un nouveau silence encore plus obstine que le premier. Le reste est leur secret et... celui des dieux. On a dit, — je répète sans aftirmer, — que pendant cette heure consacrée à leur examen de conscience, les Saint-Cyriens avaient reçu de haut lieu un encouragement au silence. Le générai inspecteur, né malin...
comme tous les Français, ne tenait dans cette circonstance qu*à faire beaucoup de bruit, sans faire énormément de besogne. Son austérité républicaine du jour voulait paraître sévère sans exiger toutefois la mort des coupables, et son bouquet de violettes, resserré la veille avec soin pour le reprendre en des temps meilleurs, lui faisait trouver une saveur particulière à cette petite moquerie de ses subordonnés envers le pouvoir. Il se conduisit donc comme jadis le pré-
sident Dupin envers un orateur qui piquait trop certains personnages importants du ministère.' — Je rappelle l'orateur au sentiment des convenances, disait-il tout haut en agitant sa sonnette, et s'il continue, je me verrai forcé de le rappeler à l'ordre. Puis, tout bas, se penchant de son fauteuil vers le député qui occupait la tribune, lequel était un de ses amis :
— Kis... Kis... Continue... bien touché I... ils sont furieux.
Voilà ce que l'on dit, mais les légendes sont si souvent fausses qu'il serait prudent de n*en rien affirmer.
La vérité seule permet de dire que les coupables ne se trahirent pas et, bien que leurs noms fussent un secret de Polichinelle, toute l'École, y compris le général, eut l'air de l'ignorer. La division entière se déclara responsable de la faute commise par plusieurs de ses membres, et le général furieux de cette obstination, outré de cette indiscipline, reprit le train suivant pour Paris, non sans avoir infligé quelques jours de prison, atténués par des compliments de condoléance. On le voit, c'était un homme d'esprit.
Tous les gens sensés furent satisfaits de savoir que l'on n'avait pas voulu traiter une escapade de jeunesse comme un crime irrémissible, selon le vœu draconien de certains rigoristes radicaux. En pareil cas, l'indulgence était de l'équité. Quelques jours encore, on fit du bruit autour de cette affaire, puis le calme revint dans
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les imaginations les plus échauffées et Ton ne s'en occupa plus. On aurait dû commencer par là. Cependant, je suis d'avis que si Ton pouvait inoculer à l'École un peu d'esprit moderne, Sau-
muriens et Saumurois s'en trouyeraient mieux.
Cette yisite du général X..., faite en dehors de l'inspection, ne fut pas la seule . Il venait souvent nous surprendre, au grand déplaisir de tous, car sa présence augmentait singulièrement les fatigues du jour et les tracas de chacun. Il venait, — l'été surtout, — de grand matin par le rapide de Paris. Sitôt son arrivée à l'École, le branle-bas commençait. Heureux encore quand nous demeurions sous la protection de l'horloge, car les heures de la soupe restaient sacrées. Mais si nous partions faire un service en campagne dans les landes, les aiguilles de nos montres avaient beau tourner, nos estomacs avaient beau demander gr&ce et crier famine, nous n'avions pas même le temps, au milieu des marches, des contre-marches, des reconnaissances et des mouvements tournants, de nous mettre la moindre croûte sous la dent.
— Quand on est à cheval, on n*a pas d'estomac 1 disait le général.
C'était du Frédéric II. — Le plus petit grain de millet eût mieux fait notre affaire, et le général oubliait de nous faire savoir qu'avant d'aniver à Saumur, il avait pris pied dans un buffet quelconque de la ligne Paris-Orléans.
Il venait, accompagne de son officier d'ordonnance ; souvent mémo, il venait seul, et toujours en tenue ; dans une tenue d'une élégance aristocratique, d'une coupe irréprochable et portée avec une grande distinction. Elle tranchait étrangement avec l'ordonnance réglementaire exigée par lui dans l'uniforme dé ses subordonnés, mais si ses vêtements avaient une forme fantaisiste très éloignée de celle vantée par le journal officiel, le motif était péremptoire. Le général commandait en chef, et le charbonnier est maître chez lui. De plus, disaient les petits sous-lieutenants furieux de ne pouvoir porter des uniformes plus élégants, il voulait montrer à tous, sur luimême, les inconvénients de ne pas se contenter des beautés sévères de l'ordonnance et éviter ainsi, à ceux qui devaient obéir, les regrets de ne pouvoir s'habiller suivant leur imagination.
Il serait pourtant à souhaiter que tous les généraux eussent comme lui la passion de l'uniforme chaque fois que, pour une cause quelconque, ils se montrent à leurs subordonnés. Le vêtement civil est certainement plus commode, on y est plus à l'aise pour enfreindre l'étiquette. Il donne une liberté plus grande au geste, à la parole, à la correction du maintien, mais, par cela même, il est contraire à la discipline.
Un général en civil n'aura jamais le prestige d'un général en uniforme, témoin le plus illustre d'entre tous, — le maréchal Ganrobert, — qui, représentant la France aux obsèques de Victor-
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Emmanuel et no sachant pas que deui régiments talions l'attendùcat h U gare de Rome pour lai fiùro houneur, débarqua en redingote et produisit par ce fait ïnTolontaire une certaine déception. L'homme n'est plus le mémo. Sans disparaître complètement, la confiante en lui subit une atteinte mat cipliquce, mais très appréciable. C'est toujours mon général, mais il semble quo c'est un général en carton. Le roc s'est efhîté, le respect a'impoae moins, l'admirationn'esl plus. Le proverbe n'est pas toujours vrai. Si l'habit ne fait pas le moine, je crois que l'uniformo fait beaucoup le soldat. Nous en eàmcs tous la preuve lors de la visite du comité de cavalerie k l'École deSaumur. Tous les membres du comité, au nombre de sept, débarquèrent un jour à l'École, Ils veoaioQt s'éclairer sur certaines races Jo chevaui, sur des améliorations à apporter au harnachement, et sur de nouveaux mouvements de l'école d'escadron, alors expérimentas à Saumur. 1 Notre général inspecteur était lo y^ /président du comité de cavalerie, et •-" ■ seul, parmitous ces messieurs, il vint I uniforme. Le comité était donc imposé d'un général et do six pckins, les uns en chapeau à haute forme, les antres en chapeau mou, cclut-là eu veston, celui-ci en redingote oti en manteau. Quelques-uns avùent des cannes, deux ou trois partaient dos parapluiei sous lo bras. Les militaires, habitués
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à être sanglés dans la tunique ou le dolman, portent souvent très mal le costume civil, et le comité de cavalerie, il faut avoir le courage de l'avouer, se montrait ainsi d'une façon disgracieuse. L'effet produit par cette apparition fut déplorable. Des jeunes gens, comme nous l'étions alors, sont toujours enclins à chercher les ridicules, à lancer dans une fusée de rire des moqueries plus ou moins irrévérencieuses, et cette réunion de messieurs, habillés de pantalons à carreaux et à pieds d'éléphant, et de pardessus démodés, ne nous inspirait aucun respect.
Nous étions en grande tenue, brillants sur toutes les coutures, le sabre au côté, le shako ou le casque sur la tête. Les chevaux eux-mêmes avaient leur toilette des dimanches et leur harnachement des grands jours ; tout le personnel de rÉcole était sur pied. Aussi, lorsque, au milieu du Chardonneret où nous exécutions différents mouvements, nous vîmes ces six redingotes s'agiter, étendre les bras, discuter entre eux d'un air entendu des questions techniques intéressant toute la cavalerie, nous ne pûmes nous empêcher de faire des comparaisons irrespectueuses.
J'ai conservé une charge très réussie faite par un de mes camarades. Au premier et au dernier plan, il a dessiné des élèves de l'École, à cheval, en grande tenue. Au second plan, par conséquent au centre du dessin, se voient six parapluies de dimensions très différentes et dans des positions diverses. La tête de chaque manche
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est d'une ressemblance parfaite avec l'un des membres du comité. Le septième est un sabre avec deux moustaches noires. C'est le président. Voilà l'impression que nous a laissée la visite, annoncée en grande pompe, du comité de cavalerie. La personnalité très connue, justement appréciée de chacun de ses membres, disparaissait sous la vision de leurs costumes civils trop étriqués ou trop larges. Les hommes de guerre faisaient place à une respectable collection de conseillers municipaux, venus pour couronner une rosière. Leurs parapluies seuls prenaient de l'importance, résultat f&cheux, car ils cachaient à nos yeux l'éclat des étoiles ou des galons vaii-
lamment gagnes et hautement portés.
En souvenir de mon dernier cours à Saumur, j'ai encore un dessin légèrement indiscipliné. Il est moins irrespectueux, mais non pas moins bien fait. Il représente, dans une course, le passage au poteau d'arrivée de trois écuyers. C'est un petit chef-d'œuvre d'exactitude dans les détails et la ressemblance.
La cavalerie entière, et tous les sportsmen avec elle, connaissent les écuyers de Saumur. Parmi eux, à l'époque dont il s'agit, il y avait trois lieutenants, aujourd'hui capitaines, tous les trois fort aimés et des plus sympathiques. Pendant plusieurs années, ils ont fait, non seulement au manège de Saumur, mais sur tous les hippodromes et dans tous les concours, les délices des ama-
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teurs qui regrettent de ne plus avoir à les applaudir. D'autres leur ont succédé, mais les ont-ils remplacés? C'est une affirmation que n'oseraient pas faire ceux-là même qui tiennent leur place. Presque toujours ensemble, ces trois ëcuyers se complétaient sans se rassembler et sans se nuire. Leur façon de monter à cheval était très différente l'une de Tautre, bien que leur science en équitation fût aussi complète et aussi merveiUeusement appliquée que possible. Question de caractère !
L*'un était l'homme de l'ancien temps. D'une politesse raffinée, d'une urbanité parfaite. Exact dans son service comme un bon chronomètre, il arrivait au premier tintement de l'heure et partait de même. Au moins autant qu'une hermine, il craignait les taches de boue. Impossible de trouver sur lui un grain de poussière. Il avait beau descendre d'un cheval fougueux, difficile, non dressé, dont l'écume et la tète baissée indiquaient, au retour à l'écurie, une leçon orageuse, il avait toujours le même flegme britannique, la même correction dans sa tenue. Pas le moindre froissement à sa tunique, pas un pli à sa culotte, pas une goutte de sueur au front, et il rentrait chez lui de son même pas un peu lent avec un certain dandinement de la jambe droite toujours portée en avant.
L'autre était plus grand, plus maigre, aussi bienveillant pour nous, aussi passionne pour les chevaux, mais d'un calme moins absolu, d'une correction moins complète. Il avait des éclairs
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d'emportement et gardait en lui une sorte d'électricité au repos. Volontiers, il dormait entre les deux piliers du manège. A cheval, il était aussi parfait cavalier que l'autre, mais son système différait en ce que, après un temps de patience plus ou moins long avec sa monture, Téperon, employé vigoureusement, devenait Vultima ratio à laquelle il demandait Tautorité nécessaire pour être obéi. Le monocle fait homme 1
Le troisième était le Roger Bontemps du manège. Blond comme les femmes de Véronèse et râblé de partout, on ne le voyait jamais sans un gros cigare aux lèvres. Allumé ou éteint, cela lui importait peu, pourvu qu'il en ait un. Très amateur de bonne chère et de bon vin, il était malgré cela, disait-il, d'une extrême impressionnabilité. Chaque fois qu'il montait en steeple, il avait des frissons, ce qui ne l'empêchait pas, cinquante fois par an, au moins, de se montrer sur tous les champs de courses verdoyant à l'horizon. Le contraire ' des deux autres. Un feu de paille ' sans cesse renouvelé, où la voix, la cravache et l'éperon jouaient leur rôle tour à tour, ou même à la fois. Il se serait cru déshonoré en arrivant à l'heure au manège. Tranquillement, il attendait chez lui la sonnerie de sa pendule et prenait alors le pas gymnastique pour ne pas être en retard, ce qui lui arrivait neuf fois sur dix. Tels sont les trois vrais gentilshommes (jue re-
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présente mon dessin. Ils sont à quelques mètres du poteau d'arrivée et à deux ou trois encolures l'un de l'autre.
Le premier est immobile sur son cheval qu'il tient à pleines mains. La cravache et l'éperon sont muets. Tout est dans une ligne droite, le cheval et le cavalier. La casquette, la casaque et la culotte semblent sortir de leiu? boîte.
Le second est dressé sur ses étriers. D'une main, il tient les rênes de son cheval, de l'autre sa cravache prête à frapper. Ses éperons sont aux flancs de son cheval, son monocle est rivé à l'œil et, faisant une certaine grimace, il tourne la tête en arrière poiu? voir si le suivant ne le rattrape pas.
Le troisième a la casquette en arrière et la casaque bouffante. Tout s'agite en sa personne, ses bras, ses jambes et ses lèvres. D'une main, il roule son cheval. De l'autre, il le frappe à grands coups de cravache, ses éperons fonctionnent avec violence. On l'entend presque crier ses : Aoh!... Aoh !î... Aoh !!! Le corps est en avant, la tête basse, on dirait qu|il cherche à rattraper son cigare.
Combien ce petit dessin est exact! et que de fois j*ai vu cette scène se renouveler aux cris, aux trépignements du public, dont les bravos saluaient l'arrivée du vainqueur.
Et maintenant, j'en ai fini avec Saumur. La cloche du champ de courses et les trompettes du carrousel, dont le premier a été conduit et com-
posée en 1827 par le commandant Gordicr, un maître en équitation, annoncent le signal du depart. C'est la fin du cours. L*horloge, en sonnant les heures, joue des airs d* opéra. Les visages s'épanouissent. Les bras des élèyes-officiers s^'allongcnt, leurs mains se tendent, leurs doigts se referment et, cette fois enfin, saisissent Tépau- Ictte. Je n'y reviendrai plus.
Peu après mon départ, je reçus ma nomination. Officier! qui me Teût dit quand, pour la première fois, je vins à l'École signer mon engagement? Je ne croyais pas alors rester quatre années de ma vie dans cette ville où tant d'autres ne passent que la veillée des armes avant d'être armés chevaliers. Le temps des épreuves est si dur ou si follement employé que les élèves ne sont jamais dans la suite indifférents pour Saumur. Ils en emporteront un souvenir troublant et joyeux ou une haine profonde. Ces deux sentiments sont également exagérés, car les joies et les plaisirs touchent souvent aux larmes, et la haine a tort parce qu'on prend à Saimiur Télégance parfaite, la camaraderie vraie qui font, avec beaucoup d'autres choses, un officier accompli.