CHAPITRE XIII
Avant do quitter Sauniur, dans les demierg jours qui prfcident Is départ, une liste nonûnative circule parmi la division des élâres-ofSciers. Chacun, eji regard de son nom, indique les trois régiments dans lesquels il désira être nommé ite préférence aux autres, si cela est possible. La Uste ramplie, ou la conserve pour l'enyoyor au minislèro après le classement de sor-
ao '
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tie. Si le premier demande un régiment souhaité par un autre de 8es camarades, à moins de cas très rares, ^ par exemple, la recommandation d'un député, ou quelques mots glissés après dîner à Toreille des puissants du jour par un ami influent, — il obtient ce régiment.
A la louange du ministre, il faut le proclamer, la fayeur est une exception. Les cartons des bureaux de la rue Saint-Dominique sont si hermétiquement clos qu'elle ne peut presque jamais s'y étaler à Taise. Elle essaie souyent, s'introduit quelquefois, se faufile en cachette, se glisse, rentre par la fenêtre quand on la met à la porte, mais on fait bonne garde, et grâce au changement fréquent des ministres , elle ne peut s'imposer en permanence, au moins de la même façon. Si ce n'est pas le seul, c'est assurément un des bons côtés des batailles parlementaires auxquelles nous doTons plus de douze douzaines de ministres en quinze ans.
J*aTais choisi, non pas un régiment, mais une garnison. — Paris ! La garnison par excellence, celle où conyergent les secrètes aspirations des chefs de corps, parce que, plus on est près du soleil, plus on en reçoit les rayons, celle où tendent les espérances des jeunes officiers et de tous les soldats, parce que les plaisirs y sont plus nombreux et le service pas plus fatigant que dans une ville perdue au fond de la province. Mon numéro do sortie m'avait permis cette fantaisie, j'en jouissais èbl gourmand, par avance,
me proposant de trouver dans ma nouvelle position, si différente du jour au lendemain, le dédommagement des années passées pour Tatteindre. Et je fus nommé à Paris.
Le changement de vie fut complet. La différence est extrêmement sensible entre un sousofficier et un sous-lieutenant ; elle est peut-être plus grande que la distance entre un sous-lieu* tenant et un colonel. On n'est plus un numéro matricule, on devient quelqu'un. L'épaulette vous
revêt d'un magique éclat, et, non seulement elle i
vous ouvre toutes les portes, mais elle entr'ouvre ■
bien des cœurs. Il ne s'agit plus que de savoir s'y tî,
maintenir.
La femme est un peu comme les alouettes.
Elle aime à voltiger au-dessus de ce qui brille. L'éclat l'attire. Elle adore les couleurs voyantes, se grise de l'Uniforme, se passionne pour l'épaulette. Ravissant papillon venant se brûler les ailes à la flamme de la lampe, elle accorde au pantalon rouge ce qu'elle refuserait, mille fois^ pour une, au lamentable costume civil, fût-il de la meilleure coupe.
On a beau nb pas être plus rempli d'enthousiasme que je ne l'étais pour la carrière des armes, les premières heures où l'on sent l'épaulette sur l'épaule ont un charme qui vous fait voir la vie à travers un prisme fait d'espérances et d'illusions. Quand cela dure, c'est tant mieux. Mais qui oserait l'affirmer? — 11 y a tant d'écueils à redouter, tant de brisants sur lesquels
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le moindre choc ourre une trouée aux amertumes et aux chagrins, aux déceptions et aux ennuis, que le mieux à faire est encore d'imiter Figaro : — Rire de tout, de peur d*étre obligé d*en pleurer. C'est ce que je fais. Non, toutefois, sans reconnaître qu'il y a un peu de ma faute si mon ciel bleu s*est quelquefois couvert de nuages.
J'avais déjà à cette époque la manie d'écrire. Malgré moi, un mauvais démon me mettait la plume à la main. Et sur le papier, elle marchait... elle marchait I C'était un grand tort, mais outre le plaisir de noircir du papier, je trouvais l'attrait du fruit défendu, défense étant faite aux militaires d'écrire sans autorisation spéciale. Cette mesure est excellente, seulement... il en est des circulaires ministérielles comme des itinéraires en voyage. Les ministres et les voyageurs les font avec la certitude que les unes et les autres ne seront pas suivis. Jamais il n'y eut autant d officiers qu'il y en a aujourd'hui cherchant dans des publications littéraires un dérivatif à la monotonie de la garnison. Et cela, depuis l'interdiction formelle faite par un des derniers ministres.
Je passe vite. On aurait peut-être, à la rue Saint-Dominique, l'idée de produire une nouvelle circulaire et les éditeurs, dans ce cas, ne sauraient plus auxquels entendre pour publier tous les manuscrits qu'on leur apporterait.
Pour ma part, j'avais un précédent et un exemple. Mon nouveau colonel, aimable homme s'il en fut, était, non-seulement, la bravoure poussée
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jusqu'à Théroïsme, mais aussi un écrivain distingué. Outre sept ou huit brochures sur la guerre, ses causes et ses effets, il écriyit plusieurs drames et comédies offerts par lui aux Français; il ne les a présentés qu à ce théâtre, bien que le directeur les lui ait rendus avec beaucoup de compliments. Le genre ne convenait x)as, voilà tout. Le colonel s'en consola facilement à la tête de son régiment dont il cherchait à faire le modèle de toute la cavalerie.
Amoureux des jolis chevaux, sportman accompli et connaisseur comme un vrai maquignon, il passait sa vie à cheval; en montait sept ou huit par jour, tous plus fringants, plus chauds, plus fougueux les uns que les autres ; — cherchant les obstacles, sautant les fossés, franchissant les haies, passant partout et toujours le premier. Grand, sec comme un clou, nerveux comme une femme, portant fièrement la croix de commandeur qu'il avait vaillamment gagnée, il descendait de cheval pour monter en voiture, rentrait chez lui et revenait aussitôt à pied. Sortait-il par une porte du quartier, immédiatement toutes les souris dansaient, croyant le |l chat parti. Crac, il rentrait par une autre porte. '| Infatigable et voulant tout voir ; ne craignant | ni glace, ni soleil, ni tempête, il restait stoîque sous la pluie comme la statue de Charlemagne sur le parvis de Notre-Dame. Les arrêts lui étaient inconnus. Il n'aimait pas cela dans son ré-
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giment. Le mot parfois était prononcé, mais l'affaire s'arrangeait toujours à la satisfaction générale. Le service n'en allait pas pins mal, au contraire.
Nous étions en été. A quatre heures et demie, le régiment montait à cheval et le travail commençait. Musique en tête, nous allions manœuvrer à Longchamps. Le colonel, monté sur un superbe cheval blanc, piaffant, caracolant, les naseaux en feu, allait de la tète à la queue de la colonne, et se plaçait vingt fois de suite sur les croisements de route pour nous voir défiler. 11 avait derrière lui une véritable suite, le capitaine instructeur, Tadjudant-major, le chef de ûinfare, un ou deux adjudants, deux ou trois plantons. Alors les hommes se redressaient, s'alignaient, ajustaient leurs rênes, rectifiaient le port du sabre.
— Bien, très bien, bon, parfait, disait le colonel. C'était merveilleux.
Dix pas plus loin, à un autre croisement de route :
— Mauvais, les jambes sont mal placées, le port du sabre est ridicule. Adjudant, arrivez I Et il dictait deux pages d'observations fort justes.
On appelait le capitaine, l'officier de peloton, le sous-officier ; les ordres se croisaient de tous côtés, les trompettes répétaient les sonneries.
— Au trotl arrêtez I remettez le sabre !
Tout cela en même temps ; et allez donc I
— Poussez I serrez I serrez I criait le colonel.
— Serrez I répétions-nous en chœur.
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Les hommèf serraient Ute 4 croupa... Une Toiture arrÎTaiti et bient6t il y avait ua à-coup formidable.
— Halte I sonnait le trompette du colonel, qui traversait les rangs ventre à terre. On arrêtait; dix pas plus loin, c'était la même chose. Bah I c'est égal, les figures étaient joyeuses, on riait, on chuchotait dans les rangs ; les hommes s'inquiétaient peu des punitions, sachant qu'au retour elles seraient levées.
On passait ainsi le pont de l'Aima en admirant le splendide panorama, toujours nouveau et chaque jour plus joli, des hauteurs boisées qui dominent les bords sinueux de la Seine* A cette heure matinale, la brume cachait encore bien des beautés, mais on apercevait déjà des milliers de toits rouges émergeant au milieu du famUêgà, Contraste délicieux avec la blancheur crue des maisons de Paris. C'était Meudon, Issy, Vanves, Montrouge, Clamart, les hauteurs de Ch&tillon avec leurs coquettes villas et leurs clochers dont la pointe seule était visible. Après avoir traversé les jardins du Trocadéro et la grande rue de Passy, nous entrions dans le bois de Boulogne. Là, le décor était tout autre, non seulement il plaisait aux yeux, mais il charmait l'oreille : c'était un concert qui sortait, de tous les arbres. Sous chaque feuille en core humide de rosée, un musicien ailé saluait notre passage en jetant dans les airs ses trilles harmonieux.
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On grillait une cigarette; les hommes boarraient leurs pipes; et si le colonel, de bonne hnmenr ce jour-là, aTait le bon esprit de baTarder en tête du régiment au lieu de courir de tous côtés, les audacieux des derniers escadrons, s'échappant à droite et à gauche, faisaient un galop dans l'allée des Yeuyes. On croisait les amazones, sur les joues desquelles la firaîcheur du matin mettait un léger carmin; parfois, on troublait la méditation de deux amoureux ou d*un vieux gâteux marchant au pas, puis après avoir lampe un verre de madère à un pavillon quelconque, on prenait les raccourcis et Ton arrivait à Bagatelle juste à temps pour entendre le colonel commander : Formez les escadrons I Une seule chose le taquinait parfois, notre colonel : la présence, à la tète du régiment, du général de brigade ou du général de division ou des deux à la fois. Alors plus de galopades, plus d'innovations. Le règlement seul dans toute sa beauté et lui, le colonel, cloué à sa place de bataille.
Nos deux généraux faisaient un contraste absolu avec notre chef de corps. Tous les deux d'une froideur à glacer les rayons d'un soleil de^ juillet. Leur visage impassible comme un mar-* bre ne s'animait jamais. Pas une ride, pas un tressaillement, souvent pas un mot — La Mer Mertel Un jour, me trouvant, avec mon escadron, en tête du régiment, mon peleton le premier après les trompettes, j*étais placé immé-
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diatement à la suite des deux généraux. En sortant du quartier, le brigadier dit à son supérieur : — Mon général, je crois qu'il va pleuvoir I Trois quarts d'heure après, Bagatelle se montrait à leurs yeux, quand le divisionnaire répondit à cette invite au bavardage, tout comme jadis répondait Pandore : — Oui, vous avez raison...
Ce fut toute leur conversation, et c'était toujours ainsi, malgré l'amitié qui les unissait. Je prévois difficilement ce qu'ils auraient pu se dire de moins si des convictions politiques avaient porté atteinte à leurs amicales relations.
Une fois cependant, le visage de notre général de division s'anima. Gela faillit coûter cher
au colonel.
L'inspection générale battait son pleiiv De tous côtés, on rangeait, on brossait, on nettoyait. On apprenait aux hommes tout ce qu'ils auraient dû savoir et qu'ils ignoraient encore, malgré le zèle de leurs instructeurs. Les anciens stimulaient les jeunes; Les plus aguerris affermissaient le courage chancelant des timides. On s'aidait mutuellement, et, du colonel au plus humble.-gradé, on s'entendait sans rien dire, pour que le général pût cueillir les roses sans se piquer les doigts aux épines. Ce n'était pas toujours facile. Avant d'être général, l'inspecteur a porté l'aigrette. Il a voulu lui-même faire prendre des vessies pour des lanternes et sait à quoi s'en tenir là-dessus. Devenu général, c'est par pure bienveillance
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qu'il fait semblant d*étre myope. Pent-étre Test-il quelquefois en réalité. La civilisation a fait tant de progrès, Tcsprit des hommes est si inventif pour montrer ce qu*ils ont de mieux et cacher leurs laideurs I Au régiment, la laideur, c*étaient la boxe et le bâton. Le bâton surtout. Peu de cavaliers avaient, sur ces exercices, une instruction suffisante. Lacune sans gravité, car en peu de temps, elle pouvait se réparer. Mais ce qui, pour Tinstant, la rendait fort inopportune, c'est que la boxe et le bâton constituaient la toquade actuelle de l'inspecteur. Pour lui, tout était là. Hors du bâton et de la boxe, pas de salut. La fortune nous trahissait.
D'un régiment précédemment inspecté, on avait écrit au colonel : n Soignez le bâton. L'ordre d'inspection en dépend... » Le colonel chercha donc le moyen de sauver une situation compromise. Qui pourrait lui en faire un reproche?
Les quatre escadrons étaient réunis dans des tenues diverses. Celui pour la boxe, cet autre pour la voltige, le troisième pour le bâton, le dernier pour le maniement des armes. Ils attendaient dans la cour du quartier en répétant leurs rôles, et passaient chacun leur tour dans le manège afin do montrer au général leur savoirfaire.
En présentant leurs pelotons respectifs, les
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officiers tremblaient, les hommes avaient l'émotion d'une mariée à son premier coup de dent ; quant au colonel, il grelottait, tant ses appréhensions étaient grandes malgré les précautions prises. Gomment le troisième se servirait-il du bâton?
Le premier escadron n'eut, avec sa boxe, ni succès ni défaite. Sa retraite s'opéra en bon ordre. Le deuxième se montra très brillant en voltige. C'était l'instruction favorite du colonel. Il y avait dans la cour un steeple composé de deux barrières, un mur et une haie, plus un cheval de bois. Le tout devait être franchi par les hommes, quand ils allaient chercher leur soupe. Le résultat obtenu montrait l'excellence du moyen.
Le troisième escadron parut enfin, et se mit en position pour la boxe. A part les commandements on eût entendu voler une mouche. Chacun, anxieux, aurait voulu suivre, sur le visage du général, l'impression produite. Essayer de lire sur un bloc de marbre ce qu'il ressent quand on lui dit des injures serait plus facile. Rien! Les yeux sans mouvement. Les lèvres muettes, le visage mort. Il fallait se pincer soi-même pour s'assurer si le général était vivant. Ça allait pourtant... plutôt mieux que mal, à la grande surprise de ceux ignorant le moyen employé. On commençait à respirer plus librement. L'inspecteur prenait à nos yeux un aspect moins lugubre. Le bâton fini, le reste irait bien, et le bâton paraissait près de finir.
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Le général, depuis quelques minutes, fixait constamment un cavalier. Il se dirigea brusquement vers lui et lui demanda : — De quel escadron êfces-vous ?
— Mon général I...
— De quel escadron est cet homme? répéta le général en élevant la voix et s'adressant au capitaine commandant.
Le capitaine, ému, ne sut pas répondre. Le colonel, terrifié, hésita. On eut alors recours au contrôle. On fit l'appel. Le cavalier était du quatrième escadron et, sur les présents, trente hommes au moins n'appartenaient pas au troisième. C'étaient les forts en bftton, triés sur le volet dans [ilti- tout le régiment. Le général avait reconnu celui-là. — Une fatalité I... Il sortit immédiatement du manège sans vouloir continuer son inspection. Le colonel, derrière lui, baissait la tète, le capitaine et les officiers venaient ensuite, l'escadron suivait le tout. Un véritable enterrement de première classe. Adieu, veau, vache, cochon, couvées!...
Non I Le général se montra homme d'esprit.
Il était de l'école du dentiste : Guérissez, n'arrachez pas I — Probablement, il se souvmt avoir jadis fait pire, et pensant qu'une erreur n'est pas irréparable, le régiment posséda, comme les autres de la division, un ordre d'inspection très élogieux. Le même, toujours, et pour tous! Gela ne varie pas.
A part le bâton, c'était mérité. Notre colonel se donnait assez de mal pendant l'année entière pour recevoir des compliments quand l'occasion •s'en présentait. Il était absulument dans le mouvement. Pour lui, la pratique l'emportait cent fois sur la théorie. Un cavalier devait toujours être à cheval, son sabre à la main. Le fantassin ne devait se montrer que sac au dos et fusil sur l'épaule ; l'artilleur, une mèche entre les doigts. Ainsi de suite. Il nous faisait donc des conférences, mais peu de théorie, et dans ces conférences, à chaque mot, il demandait notre avis qui toujours ressemblait au sien. Ah! on se gardait bien de soulever la moindre objection; il eût fallu la discuter, et les conférences se trouvaient prolongées d'autant. Or, elles avaient lieu le matin de neuf à dix heures, le déjeuner nous attendait sur la table du mess et quand on le faisait attendre, prenant froid, il devenait impossible à manger. Aucun de nous ne voulait donc prendre, vis-à-vis de ses camarades, la responsabilité d'un retard, même dans le but parfaitement louable de s'instruire. Alors, semblables au combat du Cid contre les Maures, combat qui finit faute de combattants, nos conférences se terminaient toujours à l'heure, faute d'objections.
Le souvenir dos conférences et do la théorie m'amène tout naturellement, et sans esprit
critique de ma part, à parler de cette vieille habitude du mot à mot. Depuis quelq[ues années, Tordre a été donné de la faire disparaître, mais ce n'est pas une raison pour qu^elle soit complètement exilée. De yieux capitaines, de vieux généraux, tiennent bon. Le mot à mot reste pour eux le symbole de la science militaire. C'est Tarche sainte et sacrée d'où s'échappent, comme d'une corne d'abondance, les causes et les effets qui, personnifiant les bons soldats, font les bonnes armées. En donnant à leurs subordonnés quelque dix pages de théorie à apprendre, ils les préviennent que le littéral est absolument banni. C'est un vieux jeu, fini, suranné, usé, disent-ils : il n'en faut plus. — Mais, en récitant, si la mémoire fait défaut, si l'on oublie une simple virgule, ils vous rappellent à l'ordre avec inscription... sur leur carnet, et pour mieux graver dans la tète l'utilité du littéral, ils vous infligent deux jours d'arrêts ou huit jours de consigne.
Voici à ce sujet une petite nouvelle charmante. L'auteur m'est inconnu, mais il est homme d'esprit, et V Avenir de la Brêsle me pardonnera, je l'espère, d'avoir puisé dans ses colonnes.
Les capitaines Boufleurus et Verdegry ne sont pas des charges, ce sont de simples photographies.
« Il était une fois... commença majes-
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« tueuse ment le brigadier Malancel, un capi- (( taine épatant I
« Alors, il y avait de vrais cuirassiers, des a cuirassiers immenses et si beaux hommes, que « leur succès excitait la jalousie des autres ca- « marades à cheval, au point de leur faire dire « des bêtises. Les dragons, les lanciers disaient: N C'est pas malin d'être coquillard, suffit pour « ça d'être grand, fort et bête... Connu 1
« Les hussards, les chasseurs chantaient :
Celai qui n'a pas assez de flamme Et qui possède un cœur d'acier, C'est l'cuirassier !
« Connu ! j'vous dis.
« Eh bien, parmi les cuirassiers, le capitaine <( Boufleurus passait pour un homme épatant.
« Plus de six pieds, une carrure de lutteur, a une moustache comme une crinière de casque, u et une voix... une voix telle que le colonel H avait été obligé de mettre à la décision : Mon- (1 sieur le capitaine Boufleurus est prié de ne « pas donner toute sa voix à l'instruction, parce , « qu'elle fait pleurer les recrues. Il fallait l'en- « tendre, sur le terrain de manœuvres, lorsqu'il « commandait : « Tournez — ga...auchel En u avant I » Ça vous donnait la chair de poule.
« Ah I elles étaient un peu plus chic que celles « d'aujourd'hui, les manœuvres d'autrefois! Il « fallait cent vingt-sept commandements, depuis « le colonel jusqu'au demiier sous-lieutenant,
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