CHAPITRE V
AU HËGIHENT
Bctm — CttltnUr — L» Cnnrt. — C«pii Ita Iwiiuh d> cilolii I
KO dipan.— La Bouc— Il luUi iiK oi ^iida d'inrit S( fèeli
• Il ligol el lo' ««.igni..- On •llnpi» d» noiiih».
TroiBmoig,ilBrDreDtYite passéil Let«tnpide tonruar la pige, c'est fini. — lU ne me parurent p«« pins longs. Je reprie mon uDiforme, je boQ' clai mon <:einturoD et en ronte ponrla petite ville Toieine de la capitale, où mon régiment tenait garniion. Un régimenl de coiraseiera, s'il tour plaH! Mb taille me penaetlaitceluieetmonDuméro de sortie m'avait donné le droit de lecboietr.
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Lequel? — Que vous importe?
Les habitudes que j'y trouvai ne tardèrent pas i^devenir les miennes, malgré leur différence sensible avec celles en honneur dans TAnjou.
C'était la vie calme, patriarcale, sans secousses, sans agitations violentes, sans plaisirs exagérés; où le lendemain ramenait les mêmes événements que la veille, oii Tou bâillait... le matin, le tantôt, le soir. Avec cette seule différence que le matin on bâillait sur le terrain de manœuvre, le tantôt au pansage et le soir dans un café. Je retrouvais là des visages entrevus dans les corridors de TEcole ou dans les rues de la ville, mais, bon Dieu ! qu'ils étaient changés.
Ce n'étaient plus ces senteurs d'oppoponax laissant, après le passage du fringant cavalier, un sillage parfumé. — Plus de frisure aux cheveux et presque pas de pommade hongroise à la moustache. Des tuniques propres, mais fatiguées, des bottes solides, mais d'une forme moins élégante. A peine çà et là un monocle ou un stick, mais presque toujours un bon binocle pour les vues mauvaises et une canne pour... les autres.
Un vent de sagesse et de raison semblait avoir soufflé sur les cerveaux les plus enfiévrés. Le potau-feu remplaçait les écrevisses bordelaises. Le soldat paraissait sous le mondain et l'on voyait plutôt rhomme de guerre que le conducteur de cotillon. Une étincelle eût assurément suffi pour mettre le feu aux poudres. Parfois même, elle jaillissait facilement du briquet, mais il fallait
JOURNAL d'un OFFICifeR #AL0RÉ LUI *Ï5
toutefois que les violons s'accordassent, ou que Paris envoyât en villé^ature dans la garnison deux ou trois filles d*Éve, assoiffées de grand air et désireuses de vocaliser la gamme des iimours avec un robuste cuirassier, au lieu de croquer des pastilles de chocolat en compagnie d*un habitué du boulevard.
Les maréchaux de logis, eux-mêmes, n'avaient '^'pas le brio, le chic, l'élégance, qui, par une opération presque aussi incompréhensible que celle du Saint-Esprit, appartient aux sous-officiers de Saumur. Deux ou trois essayaient de garder les bonnes traditions. Peine perdue. Ils étaient noyés dans la masse compacte des braves garçoD s qui, loin d'aspirer à l'honneur de Tépaulette, rêvaient au jour souhaité du renvoi de la classe.
J'en ai quelquefois abusé pour me faire remplacer à la manœuvra ou pendant mon service de semaine. Je leur en demande pardon. Obligeants au possible, ils étaient d'excellents camarades, n'ayant en réalité qu'un seul défaut. Ils se servaient trop facilement des objets de toitette du voisin. Pour certains objets, passe encore, mais je suis de ceux qui croient qu'il ne faut jamais prêter ni sa femme, ni sa pipe, ni sa brosse à dents. Cette dernière surtout.
La mienne, je ne sais pourquoi, avait le fâcheux privilège de plaire à l'un de mes camarades de chambre. Deux ou trois fois, je l'avais ostensiblement remplacée pour faire comprendre au coupable que si j'étais partisan de la frater-
nité, ce n*ëtait pas ju8qu*au partage de la même brosse à dents. Je lui en avais même offert une en toute propriété. Il n'avait pas compris et se contenta de répondre :
— Non, merci, mon cher, je prends la vôtre quand j'en ai besoin.
Cette candeur me désarma. Je ne voulus pas froisser ce brave garçon. Mon seul but étant de faire cesser cet état de choses, voici le moyen que j'employai : J'ai dit, au début de ce journal, que je laisserais de côté les questions trop irritantes pour rappeler seulement les menus faits, les tout petits souvenirs . On n'accusera pas celui-ci de n'être pas à sa place. Un jour, en rentrant de la manœuvre, il faisait une chaleur accablante. La sueur sur la poussière et la poussière sur la sueur nous avait enduits d'une couche terreuse peu agréable à supporter.
Aussitôt la descente de cheval, laisssnt au sous-officier de semaine le soin de faire rentrer Tescadron à l'écurie, les officiers avaient fui vers leur tub et nous étions pour notre part remontés en bâte à la chambrée. Le temps de le dire, nos bottes étaient retirées, les pantalons, les tuniques jetés à travers la place. Le reste à l'avenant. Si bien que tous les trois, mes deux camarades de chambre et moi, nous fûmes en un instant
Dans le simple appareil
v^ D*oiie beauté qu'on vient d'arracher au sommeil.
Alors, avec un bonheur que tous les militaires
connaissent pour Tavoir éprouvé, nous voilà le visage plongé dans la cuvette, et nous aspergeant d'eau de la tête aux pieds.
La première jouissance passée, ayant du temps devant moi, je continuai ma toilette en amateur. J'en étais à polir mes ongles, tout comme une cocotte, quand je vis mon camarade sans aucune autre forme de procès, prendre ma brosse à dents, s'en servir et la remettre à sa place. Elle était neuve I et je me souviens qu'elle lui parut un peu dure. — Ah I mon bonhomme I pensaije, je vais te faire perdre cette habitude.
Après qu'il l'eut remise sur la toilette, je pris la brosse à mon tour et je m'en servis Gomment dire cela? Devinez- vous?... Oui... Ad usum Delphini, et... très ostensiblement.
— Comment I me demanda-t-il très intrigué, tu te sers de ta brosse à dents pour...
— Oui,répondi8-je avec le plus grand sérieux, jamais je ne m'en sers pour autre chose.
Il se tint pour averti et la laissa, par la suite, à mon entière discrétion.
Ce qui, en arrivant au régiment, me causa un réel plaisir, ce fut d'y voir les vieux sous-ofâciers et les anciens soldats. En ce temps-là, sans être très nombreux, il en existait encore suffisamment pour servir d'exemple, habituer les jeunes au service, montrer ces mille trucs nécessaires pour bien faire sa charge, son lit ou son porte-manteau, une science beaucoup plus difficile et bien
78 lODKNAi. d'un orFtciBR iiiUiaà lui
plD( ntile qu'on ne 1« croît. 11 fallait tes Toir défiler la parade, monUr une eemaine ou commaoder leur peloton. Voilà de vrais et beaux soldats. Anjonrd'hni il n'y en a plus. Tous sont partis.
Qu« leur oITre-t-on pour les retenir et pourquoi resleraient-ile? Deux miUe francs apris un premier rengagement. Mille francs après nn deuxième, s( à trente-cinq ans, on les met k la porte avec une retraUe dérisoire augmenlâe ds i'eepoir chimérique d'être un jour garde-chionrma dans une prison quelconque, ou gardien de batterie, si ton te fois ils ne sont pss cochers d'omnibns avant cela.
Non, pas un lons-ofâeier ne rengage. Et ils font bien I lia feront bien, tant qu'on leur donnera des avantages dérisoires, tant qu'on les Imitera par-desBous la jambe comme on le '.7l'nit actuellement. Tant qu'on neleurdoniJ^nem pasnne tenue plus soignée, une eoldo un lieu plus forte, un avenir moins sombre, et, surtout, tant que l'on ne rehaussera pas '^aui feux da tous leurs droits et leur prestige. " C'^^t tant pis pour l'arméal Ceux que je trouvais là étaient de beaux et superbes gaillards. Des anciens carabiniers de l'empire. Ahl dans ce tempi-là, disaient-ils, ce n'était pas ci'mme aujourd'hui. On mettait quatre, cinq, six ans, pour passer sous-offlcier. Encore, ceux-là étaient les heureux I... Maintenant, un morveux a les galons après un an. Et il se plaint 1 11 est
vrai que jadis nous étions quelque chose I Quand on les mettait sur le chapitre de leurs vieux régiments, leur verve ne tarissait pas.
Parmi les soldats, celui dont je me souviens le mieux était un vieux trompette, Gastagnier. Ce qu*il avalait de blcmche chaque matin! Il trouvait le moyen d'être toujours là pour rendre un petit service aux officiers, tenir leurs chevaux, faire une commission, donner un renseignement. Alors on lui disait :
— A s- tu pris la goutte, Castagnier?
— Non, mon lieutenant.
— Tiens I voilà quatre sous.
D*un trait, il avalait son quart de Blanche, et sept ou huit fois de suite, renouvelait dans la matinée cette opération. Une minute, il a surexcité mon imagination. C'était un soir de retraite aux flambeaux. 11 y avait réception au café des officiers situé à Textrémité de la route de Paris, une route droite et montante. L'hiver sévissait en plein, le ciel était inclément.
Les trompettes se mettaient à peine en marche, le casque sur la tète, la cuirasse sur la poitrine, escortés par les porteurs de torches, que la neige se mit à tomber en abondance. Quand la petite troupe déboucha par la grande route pour arriver au café des officiers, l'effet fut magique.
La lumière des torches se reflétait sur les cuirasses, et la neige, dont les flocons blancs étaient également éclairés, venait
les tacheter de points noirs. Au milieu de tous, Gastagnier montrait sa haute carrure. En passant près de moi, il sonnait de la trompette et son souffle était si puissant, sa note si sonore, que je ne sais pourquoi j'évoquai en riant la trompette inexorable du jugement dernier I...
Pauvre Gastagnier! Trois mois après son départ pour aller en retraite, il est parti pour un monde meilleur. La blancJie lui manquait
La journée au régiment était remplie sans être trop chargée. Manœuvre le matin, classe à pied dans l'après-midi. De temps à autre, un cours où nous allions le moins possible, le pansage deux fois par jour. Voilà le tableau de travail.
Les cours, dans les régiments, sont comme les officiers et sous-officiers, ils ne ressemblent guère à ceux de Saumur. Il y a le cours du deuxième degré. — Celui du premier degré n'existe pas ; j'ignore pourquoi, et surtout j'ignore pourquoi l'on commence par le cours du deuxième degré. — Instruction gratuite et obligatoire prise par tous ceux qui ne suivent pas le cours du troisième degré. C'est simple et endormant. On y va parce qu'il le faut. C'est très difficile d'y manquer. Le cours du troisième degré a pour fidèles les savants, les ambitieux et les malins.
Les savants sont désignés d'office. Les ambitieux sont ceux qui révent Saumur ou Tépaulette d'officier de réserve. Les malins 'sont ceux qui veulent carotter. Ce cours se carotte facilement.
L'officier chargd de ceHa imtniction est presque louiours UD jeaue lieutenBnl, nommé an chojl. Il Tient le plus rarement possible, et s'il vieat, ion cours se borne i dire : — Faites ce que Toas voudrez... sans Jiruït.
Trois quarts d'heure après, il «joute : — Vous èlea libres. Pour la prochaine fois, la même leçon, pins deux pages à ]a suite.
Notre professeur suivait cette excellente habitude. Ls cours ne prenait un caractère aérjefii que si notre commandant avait la fantaisie d'y assister. Alors. —Ohl alors, c'étail très amusaut, car les soarenirs classiques du commandaul ne le servaient pas lonjours d'une manière irréprochable. Il avait des façona à lui d'expliquer certaines choses, ce qui, même sur les lèvres de notre savant professeur, smenait un irrespectueux sourire. En art militaire, par exemple, ses coDféreuces étaient aussi simples que pratiques.
^L'ennemi occupe un village, vous êtes euvojé en reconnaissance pour donner des renseignements précis sur sa force, si composition, ses projets,etc. Qut faitea-vonaî Vous traverseï dans f(^)f!
le village comme si vous eutriei ^^ '"■"' faire nn cinq sec au café. Vous examines ce qui s'y passe et vous te.Voilùtout,
L'art militsire n'est pas plus flcile que cela ! Il noua a cependant appris, ce brave commandant, le mojan de
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surveiller, en un momenl pressé, cinquante prisonniers avec une seule sentinelle, et cela, sans crainte de les voir s'échapper.
— Coupez tous les boutons de leurs vêtements !
Une trouvaille de génie, vieille comme le monde, mais toujours bonne. Elle méritait les galons de Ceutenant-colonel. Hélas I le pauvre homme a tenu longtemps latéteder^nnicatre à la page des chefs d'escadrons sans pouvoir francliir le feuillet. Son frère est plus heureux. Il va, dit-on, commander en chef l'escadre des mers de Chine. C'est un marin. Il a eu, en Tunisie, l'occasion de se faire apprécier, et désormais, il saura gagner de la gloire pour deux.
D'un chef d'escadron an colonel, il n'y a qu'un pas, je le franchis donc pour dire quelques mots de celui que nous appelions entre nous : le patron.
Notre colonel n'était pas le premier venu. Son régiment, admirablement organisé, plaidait en sa favear. Quand, le jour de sa fête, à quatre ou cinq heures du matin, madame la colonnelle envoyait son planton pour faire sonner à cheval par alerte, trente minutes au plus après la sonnerie, les escadrons s'alignaient superbement sur la place publique où le colonel arrivait, Taigrette au vent, pour passer la revue. Après quoi, il levait les punitions.
Il honorait le quartier d'une visite quotidienne ; aimait beaucoup le samedi, à cause du grand pansage en musique ; le dimanche, parce qu'il y
le jaudi, parce que c'était le jourda ■ Madame, laquelle aipiaat les viûles, recevait avec plaieïr les compliments S d«B orScierBi avec bienveillance Ub ^ rAquMea des sous-offlcien de l compagnie, et aiec protuction les...
ttts cadeaux des coaditioanels.
Lee autres jours, il étail de moins bonne bumeur, mais jamaii méchant. Peachanl au contraire vers la bonté, il n'encourageait gnâre les punitions. Une recommandation pr^ de lai aufflsait pour n'être Jamais puni. 11 est si difficile d'infliger de la consigne ou de la salle de police il un protégé du colonel. La lutte du pot de fer et du pot de terre. Vieille bistoïie st rcfVain toujours nouveau. Sur ce chapitre des portraits, je Teut me borner ii asquiaser deux tjpes de capitaines bien différents tous les deux, aussi les aimions-nous k un degré différent.
L'un d'eux, — le boa, l'aimable, Teicellent bomme I — bedonoant et d'humeur facile, la mouetaobe aani raideur, la raie sur le c6té, le visage pUia, sans tic nerveux comme en ont souvent les vieux militaires, — Carréde partout, de ta tête et des épaulas, il avait celte familiarité boa enfant qui plait et fait aimer sans dimiauer
le prestige et sans nuire à Tautorité ni au respect. Véritable capitaine commandant, il tenait en main son escadron, connaissait ses hommes comme s*il les avait élevés, et s'occupait des moindres détails susceptibles de leur rendre la vie militaire plus facile et plus attrayante. Alsacien, il avait conservé Taccent de son pays. Ses commandements 8*en ressentaient, mais comment se tromper avec lui ! Pour mal comprendre un ordre, il fallait une mauvaise volonté absolue. C'était clair, net, précis, toujours bienveillant.
Chose rare, ce capitaine n'avait jamais changé de régiment. Incorporé après son tirage au' sort dans ce régiment de cuirassiers, il y avait conquis tous ses grades Jes uns après les autres, sans donner le plus petit croc-en-jambes aux galons de brigadier fourrier ou de maréchal des logis chef. Il l'avait accompagné dans toutes ses garnisons, l'avait suivi dans toutes ses fortunes bonnes et mauvaises, en paix comme en guerre. Sobre comme un chameau, avec l'économie d'une fourmi, il était arrivé à l'âge où la loi ordonne le repos sans avoir pu mettre de côté autre chose que le souvenir de ses privations, des sous comptés un à un pour arriver sans dette à la fin du mois, et d'un zèle toujours constant, récompensé par une retraite lai apportant à peine le calme de ses vieux jours.
— Voyez, me dirait-il avec un gros soupir, mais sans plainte, alors que je lui faisais une visite avant son départ, n'importe dans quelle
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carrière, si j'avais montré Tordre et l'économie que j'ai eus depuis trente ans passés sous les drapeaux, j'aurais certainement gagné quelque argent, et... je n*ai rien. C'est égal, malgré votre peu de sympathie pour cette carrière, je vous engage à persévérer. J'ai eu la bonne fortune d'être quelques mois dans son escadron et j'ai conservé de cet homme de cœur, non seulement le meilleur souvenir, mais un souvenir attendri. Celui du jour où il nous fit ses adieux et où nous lui adressâmes les nôtres.
Le matin, à la décision. Tordre fait par le colonel avait paru. Nous savions déjà par le brigadier fourrier qu'à la lecture de ces lignes, si tristes, si émotionnantes pour un vieux militaire puisqu'elles sonnent l'heure du départ, et souvent précèdent bien peu le glas des morts à cause des habitudes prises et perdues subitement, notre capitaine avait pleuré comme un enfant.
L'insouciance avait beau se montrer notre vertu, une dominante tristesse s'était emparée de nous. Ce fut bien autre chose quand, à Theure du pansage, après Tappel, alors que le marcbef venait de commander : « A droite et à gauche formez le cercle I » et que les deux extrémités de Tescadron se rapprochaient pour permettre à tous d'entendre la lecture de Tordre, nous vîmes venir vers nous notre capitaine commandant... déjà en civil, et accompagné de celai qui, le matin même, avait été désigné pour le remplacer dans son commandement. Il avait les yeux rougis. Ce
n'iUit pas difficile de ■'■percsTairoombieD ce départ lui pmislait dur, quel chagrin lui cauMit •a retraite. Eulré au milieu du carde formé par l'escadroD, il attendit la fin de l'ordre lu par le brigadier fourrier, et alors :
-~ Met amie, dil-il, je viens «ons faire mea adieux... Cela me fait du chagrin. Oui...
[1 du chagrin de tous quitter. — Je suis intenant... trop vieui... Il faut... Chaque parole sortait avec peine. L'émotion lui arrêtait les mots daos la gorge. Avec ses dents, il mordait ses lèvres et sa barbiche gi'ÎBODDaDte. Il se serrait les doigta 'et l'on devinait sana peine l'effort Tait par lai pour empêcher ses larmes de se moa- Irer. II voulut continuer. Ce ne fut pas long.
~- J'ai toujours été bien content de voust... Sojei... ds même, avec mon successeur, et...
pensez quelquefois à... votre... t votre vieui... capitaine. A ces mots, il se mit à pleurer. Son courage ne résista pas, et bien peu parmi nous restèrent tes yeui secs.
— Adient... Adieu, mes amisl...
Et il s'en alla en sanglotant.
Le lendemain, nous le savions, il quittait la ville par te train de dix heures vingt minutes du matin. Nous mimes à exécution un petit complot qui, certainement, fut pour lui une réeom. pense de toutes ses bontés pour nous. Au nom de tout l'escadron, le maréchal des logis chef alla demander au colonel une suspension de tra-
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▼ail pour la matinée et Tautorisation d'aller en secret nous placer sur le passage du train pour saluer une dernière fois celui qui nous quittait.
La permission fut facilement accordée, et personne ne trahit notre secret.
A neuf heures et demie, nous montions à cheyal. Nous allâmes nous poster sur un rang, auprès de la Toie, à la première station située à quelques kilomètres après la ville. Dès que le train ralentit sa vitesse, nos cinq ou six trompettes sonnèrent à pleins poumons la marché du régiment, pour avertir de notre présence. Le capitaine ouvrit aussitôt la vitre de son compartiment, sans se douter que c'était Tescadron, mais secoué dans son émotion par le bruit de cette fanfare entendue par lui depuis trente ans. Il nous reconnut et comprit immédiatement pourquoi nous étions là. Le train encore en marche, il ouvrit la porte du compartiment, descendit avec rapidité, sauta la barrière qui protégeait la voie et, sans même entendre les cris des employés, il accourut près de nous, les mains tendues, les yeux en eau.
— Oh ! mes amis... mes amis ! Merci... Merci... je n'oublierai jamais... Non, jamais cela l C'est bon d'être venus. — Et nous :
— Au revoir, mon capitaine! au revoir, merci de votre bienveillance pour nous... Nous ne vous oublierons pas I Tout le monde parlait à la fois, les sous-officiers et cavaliers, les jeunes et les vieux. On s'approchait, on se groupait, sans
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crainte de recevoir des coups de pied des cbe~ ▼aux. Le capitaine était pressé, tassé, presque bousculé. Il riait et pleurait à la fois, et Tarrét du train n*ëtaut pas loog, cette scène se passait ea moins de temps qu'il n'en faut pour la raconter.
— En voiture, monsieur!... En voiture! Dépéchez-vous, le train va partir I ... criaient le chef de gare et les employés. 11 fallut se séparer.
Le capitaine remonta dans son compartiment aux cris de : « Vive le capitaine ! « répété par tout Tescadron, puis la portière claqua, le train s'ébranls aussitôt, entraîné parla locomotive haletante, et quand il passa devant nous, reformés déjà sur une seule ligne, le plus près possible de la voie, le capitaine put emporter le souvenir de son escadron; tous les hommes étaient là, immobiles, silencieux, attendris, le képi à la main.
Je doute fort qu'au jour de son départ, le capitaine qui nous commanda ensuite ait eu une semblable conduite. Nous a-t-il assez fait eurager I A ce point que, grâce à lui, j'espère avoir suffisamment expié mes péchés de jeunesse commis jusqu'à cette époque.
Le Bouc, tel était son surnom, parce qu'il portait sous la lèvre inférieure un énorme... botte toujours en mouvement, car toujours cet homme jurait, criait, sacrait et tempêtait. Jamais je ne l'ai vu content, jamais je ne l'ai entendu donner un encouragement, dire une parole de satisfaction, faire un compliment; aussi l'escadron qui,
SOUS son prédécesseur, était souvent cité comme modèle, ne tarda pas à modifier sa physionomie.
Quand on tire trop sur une corde, elle casse, et le Bouc tirait tellement fort que plusieurs fois, il est tombé sur le dos.
Étant adjudant-major de semaine, il parcourait un jour les écuries et trouva sur un coffre à avoine une pièce à conviction d'une gravité exceptionnelle. Le garde d'écurie, ayant eu soif ou peur d'attraper des coliques en mangeant sa soupe, avait fait venir de la cantine une bouteille de vin. Pour les hommes de service, c'est défendu par le règlement. Aussitôt le Boite saute sur la bouteille comme une puce sur un chien, et appelle le garde d'écurie qui arrive en tremblant.
— C'est toi, animal!... c'est toi qui a s fait venir ce vin? dit-il en brandissant le litre avec autant de dignité qu'il eût brandi une masse d'armes, tu mériterais de la recevoirsur la tête I... f...iche-moi le camp, tu auras huit jours de salle de police.
L'autre se retourne pour s'en aller. Au même instant... Vlan ! Il reçoit un vigoureux coup de ]iied là où beaucoup de politiques placent la conscience. Une lueur passa dans les yeux du garde d'écurie. Le sang lui monta à la tête ; d'un coup d'œil, il s'assura n'être pas vu, puis, avant même que le capitaine pût se douter de l'action, il sauta sur lui et les voilà roulant tous les deux sur la litière. De vrais charretiers se cognant^ et s'injuriant. Le capitaine, parait-il, n'a pas eu le dessus tout le temps. Les épaules ont ton-
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ché. Il ne s'en est pas vanté; son adversaire ébruita l'histoire, et ce dernier ajoute qu'en réparant le désordre de sa toilette, le Bouc se contenta de dire :
— Passe pour cette fois, mais n'y reviens pas !
— Quand vous voudrez, mon capitaine...
Pendant son service d'adjudant-major, à Tescadroo, nous respirions un peu, mais les brigadiers, les sous-officiers de semaine vivaient dans une terreur continuelle. Il le disait lui-même, du dimanche matin au samedi soir, il ne quittait pas ses bottes. Le jour, la nuit, on le rencontrait toujours et partout. Plus d'une fois, un permissionnaire, rentrant après minuit, le trouva lisant son Petit-Journal à la clarté d'un réverbère, au milieu de la cour du quartier. — Heureux encore quand, au lieu de se plonger dans cette récréation inoffensive et littéraire, il ne réveillait pas les brigadiers de semaine pour faire compter une à une lea bottes de foin ou de paille dans les magasins à fourrage des escadrons.
Seule, la pèche à la ligne adoucissait parfois le caractère anguleux de ce serviteur de la patrie. Il adorait taquiner la carpe, le gardon, et Tété, il péchait à la mouche. C'était sa passion favorite.
Alors, tout à coup, au milieu de la journée, À l'heure où le quartier sommeillait sous un soleil de plomb, où, béatement étendus sur leurs jsteuo?^ les cavaliers alourdis fumaient une pipe éteinte
el se reposaient en atteudaDl l'appel du pansage, la trompette se faistil entendre et l'écho Répétait celte Eonnerie sur laquelle un poèft ineonna a composé ces vers inconnus ;
Sur la porlH du quartier.
C'est l'adjuâBDl qui les attenâ Pour les r. . . da dedans.
Anseitât retentissait un bruit de sabots, des jurons d'hommes trou~ blés dans leur repos, puis une bonseuladt r escalier. Les cavaliers punis dégringulaient quatre à quatre pour aller répondre à l'appel, et si, quelques miDutea après, uu curieux voulait mettre le nez à la fenêtre, il pouvait jouir d'un spectacle assez original.
Tous les coasignés attrapaient des mouches.
Quand l'un d'eui, sprèi avoir fait le geste nécessaire pour cette chasse, s'était emparé d'une victime, il la remettait délicatement au capitaine qui, grave et cruel, echevait la pauvre bestiole et la mettait dans sa boîte, tout ea sarreillant lus autres chasseurs.
Monsieur l'adjudaot-major se disposait à aller à la pâche I Dans ce cas, un rien, et lu ' voilà en colère. Souvent les consignés se payaient ce régal. L'un d'eui ouvrait les doigts juste au moment de lui remettre la rao che, La petite bète reprenait ea liberté sans di merci et le capitaine sacrait quelques gros mo
Si la plaisanterie se renouvelait deux ou tri
fois de suite, il écumait et se înetkait iui-méme à attraper ses yictimes. — Une yengeance pour les consignés, car son geste étant toujours trop brusque, il ne pouvait pas en attraper une seule.
On se venge comme on peut!
G*est pendant une de ces semaines qu*eut lieu une évasion remarquable. Le Boim faillit en faire une maladie.
Notre espérance fat déçue, car aujourd'hui encore, il se porte admirablement. Il a bon pied, bon œil, et, après avoir pris sa retraite depuis longtemps, il place des actions du tunnel sousmarin entre la France et l'Angleterre. — Il affirme que c'est un excellent placement.
Avis aux amateurs I