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CHAPITRE VIII

SAUVUB, DGUXIËME ÉDITION

Non. Rien n'étùl chaugé.

Douce mois d'absence D'avaient uiodiGi en aucune manière la physionomie de Sauniur.

À. la gare, se trouvaient les mêmes omnibas.

Dans les rues, les mêmes pavés pointus et sales. Sur les troUoirs, les mêmes visages. Les moulins à vent grinçaient loDjoni's sur les coteaux, les éperons et les sabres résonnaient dans les

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rues. Le cercle Dagobert lançait toujours sur les ponts et les promenades ses rayons inutiles ornés de vestons étriqués ou de carricks anglais très amusants.

Et là-haut, tout là- haut, le vieux château sombre, morne, taciturne, éclairé de flanc par le soleil, faisait, grâce à ses tours, deux cornes d*ombre qui s'étendaient sur la ville avec une apparence de moquerie. A TËcole, rien de nouveau non plus ou presque rien.

Un autre général avait baptisé les cours, les corridors et les différentes salles, leur donnant des noms célèbres. On expérimentait une nouvelle théorie. Le passage, au grand désespoir des écuyers, était radicalement supprimé au manège, et un petit lieutenant-colonel, suffisamment pointilleux, se haussait tous les matins sur ses ergots pour arriver plus vite à l'aigi*ette. C'était son droit, car il la méritait; mais que nous n'aimions guère lui voir prendre en mains, pendant les rares absences du général, les rênes du commandant en chef I Non pas qu'il fût incapable de s'en servir, au contraire, seulement il s'y cramponnait avec autant de vigueur qu'à ses rênes de bride, lorsque son cheval remuait une oreille.

Et il avait la main joliment lourde, le lieutenant-colonel ! Je m'en sais aperçu même quand il a signé ma lettre de démission. Il était alors directeur de la cavalerie au ministère de la guerre et, sur son paraphe, non seulement il y

avait un gros pâté, mais sa plume avait percé le papier. Si parfois, au rapport, un élève de l'École demandait à réclamer pour une punition.

— Faites entrer, disait-il avec une dent un peu dure.

On introduisait l'audacieux qui, le képi sous le bras, prenait aussitôt une position académique.

— Vous réclamez?

— Oui, mon colonel.

— Faites votre réclamation.

Et pendant que le plaignant énumérait ses raisons, le colonel debout, le dos légèrement voûté, pinçant de plus un plus ses lèvres minces, s'appuyait d'une main sur le bureau, et de l'autre juchait toutes les^pièces du rapport avec l'air profondément dégoûté d'un gourmet qui trouve des vers dans sa salade.

De la réclamation, il n'écoutait pas un mot.

Lorsqu'elle était terminée.

— Vous avez fini?

— Oui, mon colonel.

— Je double votre punition. Allez I...

Heureusement, il y avait encore le général...

si l'on avait le courage de demander l'autorisation d'aller jusqu'à lui. Tout autre il était, le général ! La définition répétée tant de fois par Noriac dans son 13^ Hussards pouvait lui être admirablement appliquée : sévère, mais juste.

Toujours boutonné dans son uniforme, sanglé dans son ceinturon, la croix de commandeur au cou, on eût cru qu'il sortait d*uné boite

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tellement il était soigné dans toute sa personne.

Calme, froid, la démarche régulière, presque automatique, l'épée légèrement en verrou, le képi un peu sur l'oreille, la tôte droite, haute, aère, les yeux un peu durs et métalliques. Un militaire diplomate, et en même temps, un écuyer hors ligne. Doué d*une grande facilité de parole, presque un talent d'orateur, il le savait et volontiers s'écoutait parler. Son salut seul suffirait à le désigner. Je n'ai jamais vu personne saluer comme lui.

Il levait sa main droite en arrondissant le bras, saisissait son képi, le soulevait de sa tête et l'attirait en avant en le baissant à hauteur des yeux par un mouvement lent, régulier, puis la tète légèrement tournée du côté de la personne qu'il saluait, il se recouvrait avec la même régularité sans qu'un mus oie de son visage ait tressailli, sans que rien dans sa personne ait indiqué s'il accomplissait une corvée ou s'il saluait avec plaisir. Tel était l'homme sous les ordres duquel j'avais l'honneur d'être.

Il passait pour plus apte à rédiger un rapport qu'à dresser un plan de bataille, et mieux placé à la tète d'une mission envoyée à l'étranger qu*à la tète d'un corps d'armée, mais il n'en était pas moins un général de grande valeur, doué d'une autorité indiscutable et qui, à défaut d'une grande tendresse, avait la sympathie, l'estime et le respect de tous ses subordonnés. Entre nous, on l'appelait BideL Je n'ai jamais su

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au juste pourquoi. Ce surnom, qui n'invoquait aucune pensée irrespectueuse, existait quand je vins à l'École et il a suivi le général dans

toute la suite de sa carrière.

Me voici donc titulaire à TE cote, avec la mission délicate d'instruire, c'est-à-dire d'ennuyer fortement les cavaliers-élàves, comme jadis dans des temps plus humbles, j'avais été ennuyé par mes sous-officiers.

La chose était aisée. Devenu pion, grâce à la grosseur de mes aiguillettes rouges, j'étalais au grand jour tout le zèle dont j'étais capable. Feu de paille qui dura bien six semaines et dont je recommande spécialement l'emploi, car j'ai pu en apprécier la justesse.

C'est un principe qui m'a été donné par un vieux commandant retour de Balaclava, du Mexique et de Solferino. — Un brave s'il en fût! Le commandant de Bulet, mort il y a quelques années, alors qu'il était encore à la tète d'un régiment de territoriale.

A Tarrivée au régiment, à TEcole, dans un nouveau corps, toutes les fois enfin que l'on change de grade ou de garnison, il faut se montrer pendant un mois ou deux sous les plus brillantes couleurs ; crier très fort, sévir avec justice, se lever tôt et se coucher de même.

Le cliché se prend dans les yeux des autorités, l'impression se produit, et ce laps de temps écoulé, vous avez beau exécuter des pirouettes,

sauter à pieds joints par-dessns le service, faire risette aux règlements et attrapper des mouches pendant les conférences, vous passez toujours pour un excellent sujet.

Si, au contraire, les débuts sont mauvais, dans la suite, vous aurez beau devenir le plus zélé serviteur, rendre des points pour la vertu à la chaste Suzanne, prendre Fopinion politique du colonel et... croire que c'est arrivé, vous serez classé dans la catégorie des chenapans, espèce non primée dans les concours, que la société tolère, mais que l'avancement réprouve.

Les titulaires ne sont pas nombreux dans l'École. Juste le nombre des apôtres. Il y en aurait moins, ce serait encore suffisant.

Jadis, le rêve des titulaires était le manège. Devenir « sous-maitre de manège » apparaissait comme le résultat d'une très heureuse fortune. Alors, on habitait les petits pavillons situés à l'extrémité des écuries. On portait la culotte blanche, les éperons jaunes, les aiguillette noires et or, la fameuse cravache à bout de cuivre, le képi, le pantalon noir et l'épée.

C'était alors le chic suprême ! Aujourd'hui ça n'existe plus. L'égalité républicaine a nivelé cela, et le plus brillant des écuyers se trouve confondu dans la foule toujours renouvelée, et toujours jeune, des amoureux du sabre et de l'uniforme. Beaucoup le regrettent. Le titulaire avait le travail facile. U ne suivait pas les cours, ou... si

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peu, que cela ne vaut pas la peine d'en parler. Le dernier banc de l'amphithéâtre nous était abandonné en toute propriété, ce qui était agréable l'été pour dormir, mais diablement froid quand sévissait la bise, la chaleur du poêle n'arrivant pas jusqu'à nous. Nous formions un groupe : La Montagne! dont seul le nom est effrayant. Nous ne voulions rien détruire.

Je me souviens d'un sous-maître de manège dont le frère fut un des plus jeunes capitaines de l'armée. Toujours il arrivait au milieu du cours, bien que partant du pavillon des sousmaitres, assez tôt pour être exact, mais le poids d'une énorme serviette remplie de cahiers et de bouquins ralentissait considérablement sa marche. En arrivant à l'amphithéâtre, il se dirigeait vers la chaire du professeur en halletant, en ahanant comme s'il venait de fournir une course prolongée.

— Mon... ou, mon ca... a... pitaine, je suis en retard par... parce que... — C'est bien, monsieur, je connais vos raisons, allez vous asseoir.

Il remontait paisiblement les gradins, plaçait devant lui sa serviette remplie de livres, mettait ses bras croisés dessus, sa tète sur ses bras, et cherchait un repos qu'il croyait mérité.

— Monsieur X..., lui disait alors le capitaine-professeur, vous pouvez aller dormir chez vous. — Bien mon capitaine... Et replaçant sa serviette de livre sous son bras, il reprenait pai-

sibicmcnt lo chemin de son pavillon. En dchora de ces cours, nous avions la boxe. Une noaTcautél... On l'eipérimentait sur nous. Les serriccs en campagne, l'été, avec toulcl'Ecole, les essais de la noavcUc théorie agrémentée des eipUcais du général et... les rogneui.

ces derniers. Pour on donner une eiplication convenable, j'ai cherché dans Larousse. Le dictionnaire dit : Rogneui. — Qui a la rognel Cette déSnition manque certainement de clarté et je crois nécessaire de compléter Larousse. Les rogneux, à Saumur, forment une catégorie spéciale composée d'éléments hétérogènes, venus on no sait pas trop d'où et destinés on ne sait à quoi. (Il s'agit des chovaui, non du cadre ni des élèvos.)

Rosses vicieuses et nerveuses, chatouilleuses et rancunières qui ruent, mordent, refusent d'avancer ou s'emballent, font des sants de mouton et se roulent par terre sans souci de leur toi- . Icttc faite et du cavalier qu'elles portent sur le dos. C'est l'écume des régiments, artillerie et cavalerie. Quand on ne peut rien faire d'un cheval, on l'expédie sur l'École en disant avec un sourire du ; — C'est bon pour Saumur I

Là, en eFTet, à force d'éreintcmcnt, on les drosse, mais le dressage terminé, la béte est bonne pour l'équarrisseur. On devrait commencer par lui. Ça éviterait pas mal de bras ot de

jambes cassés dans un but dont l'utilité m'échappe.

Nous donnions donc tous les jours cette petite représentation gratuite et obligatoire de monter les rogneux. Ces nobles bétes étaient amenées avec de solides cavecons sur le Chardonueret, en face la rue Saint-Nicolas, entre le manège des écuyers et les écuries des pur sang. Nous arrivions. L'écuyer nous désignait à chacun notre bête et, avec des précautions oratoires infinies, nous essayions de mettre le pied à rétrier.

— Làl là!... Allons, la bonne bête... Holà! holà!...— Hilhil hil OuinI a .-^'- *

Et vlan, une ruade à tout casser. "^^ '

— Sacré carcan! bougre de rosse ! 1 Si tu étais à moi... — Caressez! caressez!... disait l'écuyer. Alors, on recommençait jusqu'à ce que l'on soit en selle et, la chose faite, les spectateurs pouvaient assister à la lutte des titulaires avec la plus belle conquête que l'homme ait jamais faite.

Nous n'étions pas toujours les vainqueurs.

Plus d'un cavalier mordait la poussière, mais sur les rogneux, on pouvait... cogner et Ton cognait fort. Que de courses nous avons faites avec eux, au triple galop,'sur les routes de Fontevrault ou de La Ronde I Jusque dans la Loire, ,p5 où notre capitaine écuyer nous fit entrer un

,( jour, lui entrant le dernier pour... nous sauver

^' s'il y avait des trous.

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Un colosse, cet ccuyer I De son poids, il écrasait ses chevaux, et de sa science écrasait ses élèves. Il tranchait fort dans le cadre du manège, si police, si fin, si élégant, aux mains si blanches et aux attaches si aristocratiques. Lui était lourd de corps et d'esprit. Un gros maquignon au milieu de sportsmcn. 11 a fini par le comprendre et s'est mis à acheter des chevaux. Gela doit lui convenir beaucoup mieux que de les monter, car il ne les dressait qu'à force de coups et se tenait dessus absolument comme un bouchon de carafe.

Après une heure de combat avec les rogneux, on passait un couteau de chaleur sur nos montures et nous rentrions dans nos chambres pour tordre nos chemises et prendre quelques instants de repos.

La boxe offrait moins de dangers et moins de fatigue. Nous l'apprenions, pour l'apprendre ensuite à d'autres, mais le capitaine charge do nous en montrer les principes et l'application , n'en savait rien lui-même, ne l'ayant jamais ap. prise ni exécutée. Aujourd'hui, la boxe est en honneur dans les régiments de cavalerie. A cette époque, on l'innovait.

Rien de drôle comme tous ces mouvements mal compris par tous et mal exécutés par chacun. Celui-ci levait un bras, cet autre une jambe, un troisième le bras et la jambe, un quatrième, comme à l'onterrement de Marlborough,

ne levait rien. Le capitaine se fâchait, ce qui donnait une note comique à la séance, car le général avait choisi, pour nous instruire en cet art de la boxe si choyé par John Bull, un capi> taine tout petit dont la ligne droite des jambes avait été changée en une série de lignes courbes a la suite d'un grave accident de cheval.

— Tenez! faites comme moil disait-il en cherchant à se tenir sur un pied et à lever l'autre à hauteur du menton. Position instable qu'il ne pouvait jamais prendre. Et, en essayant de réussir ce mouvement qui est le pont aux ânes des jeunes soldats, — coup de pied brisé tournant en arrière, — nous chantonnions tout bas ce refrain de Madame l'Archiduc, très à la mode à cette époque :

Un p'tit bonhomme (ter) Pas plus haut qu'ça.

Avec très peu d'erreurs typographiques, on peut écrire ainsi le nom de ce capitaine : — Tircfort de Cantaloup. Naturellement, nous l'appelions par ce dernier nom. Le temps passait. Quelquefois le général passait aussi, à notre chagrin, car cela prolongeait d'autant les exercices. Il nous donnait les « pourquoi » et « les parce que » de tous les mouvements, la cause et les effets, le but, etc.

— A quoi bon? pensions-nous, en regardant anxieux les aiguilles de l'horloge. Quand on assomme un homme, généralement, on ne lui ex-

plique pas de quelle façon on va s'j prendre. Nous proférions de beaucoup sa Tenue aux exercices de la nouTcUe théorie. Ces eiercices, auiq[Ue1s assistaient les officiers et les sous-of&cieps, les instructeurs et les élèves, avaient lieu soit sur le Chardonneret, soit sur le splendide terrain de manœuvre du Breil, cette vaste pelouse qui, entourée par la Loire et le Thoué, semble du haut des coteaux voisios une émeraude sertie dans de l'argent.

De loin, on apercevait le général arrivant au galop sur sa jument noire dressée en haute école et maniée d'une main habile. Alors, tout bas, dans les rangs, de l'un à l'autre, on se chuchotait : ~ Voilà Bide! I nous allons nous reposer. La présence du général marquait en effet l'ère pendant ces manœuvres. Dès son ar- 'ée, juge d'autant plus compétent qu'il était l'un des auteurs de la noul,""' velle théorie, les fautes lui sautùent aux ;eux. 11 attendait la fin du mouvement, puis se pla- .ucentre du terrain, autantqueposi' <ihV sur un petit tertre savamment choisi pour dominer son auditoire, il levait le bras en l'air et commandait d'une voix superbe : A moil Une nuée de poussins effrayés qui s'envolent vers leur mère, voilà l'aspect qu'offraient tous les élèves se dirigeant à un galop gaillard pour former le cercle autour du général.

On s'arrêtait A une distance respectueuse. Les

chefis d'escadrons et le lieutenant-colonel seuls franchissaient les limites sacrées du cercle afin d'être plus près de la lumière et... la conférence commençait. Ces officiers supérieurs donnaient bien quelquefois leur avis,mais un général n'aime pas beaucoup les contradictions. Aussi, fallait-il les voir mettre des mitaines à leurs phrases. Ils ne faisaient des objections que juste assez pour donner au... grand chef le plaisir de les Tdincre. Ils ne s'avançaient qu'en escargots, prudemment, et rentraient de même leurs opinions, car sous la culotte, les gens d'expérience savent qu'il ne faut pas se découvrir le ventre, de peur d'attraper froid.

Chose rare, cette conférence en selle nous intéressait réellement. La veille, dans le silence de son cabinet, le général avait préparé ses explications. Il parlait bien, lentement, haut, citait des exemples et des anecdotes. Droit, bien campé sur sa selle, il avait grand air, ménageait ses effets avec soin et comme, pendant la durée de la manœuvre, il y avait cinq, six, quelquefois dix conférences, il gardait pour la dernière une phrase marquée au bon coin, une péroraison finale qui restait gravée comme le mot heureux d'une pièce ou d'un discours, puis il saluait de son fameux coup de képi et repartait au petit galop ainsi qu'il était venu.

Je le vois encore nous parlant un jour de la cavalerie autrichienne qu'il était allé étudier sur place pendant plusieurs années. Il nous rappe-

•le. .^A.. ^i»* .d.„^

lait le fameux mot de Seydlitz, qui fut le plus brillant officier de cavalerie du siècle dernier.

— Gomme il s'approchait d'un pont, nous disait-il, il se heurta à l'état-major de Frédéric II. « Rends-toi 1 lui crie le souverain, je te défie de sortir de ce mauvais pas. » — Seydlitz, Messieurs !... Seydlitz n'hésita pas ; il enfonça les éperons dans les flancs de son cheval, sauta dans la rivière, la passa à la nage, et s'éloignant au galop, répondit au roi : « Voilà comment agissent vos soldats, Sire ! »

— £h bien I Messieurs, ajouta le général avec son grand air, c'est ainsi que doit agir tout cavalier français 1

Quant aux services en campagne, j'en ai gardé un bien mauvais souvenir. Ils avaient lieu dans les landes de Fontevrault, une immense plaine inculte et rocailleuse de laquelle, depuis de longues années, on extrait le grès pour en faire des pavés. Il y a d'énormes trous, des ravines, des fondrières que les épines, les ajoncs, les bruyères touffues avec le temps ont rendus invisibles. Vous mettez le pied en avant croyant marcher sur un terrain solide et tous tombez dans une vieille carrière abandonnée. Aussi les culbutes sont nombreuses. Pour ne pas se casser la tète ou les bras, il faut avancer en homme sérieux, ainsi que certain capitaine bedonnant et rondelet dont le pas était la vitesse extrême.

JODBMAI. d'l-N OPPICrBH UALORÊ LVt 147

J'en Ù3 an jour la désagréable expérience. Je gitlopais d'un peloton k l'autre pour porter un ordre. Préoccupé de l'iraporlance do ma miasion, j'oubliai de regarder à mes pieds et je tombai avec mon fu il et mon sabre non dans un puita, mais sur le dos dans un » eui fossé en forme de cercueil. Mon cheval tombé sur mo appuyait de tout son po ds les jambes en 1 air cl se donnait do t'eierc ce pour essayer de se reloTer, ce qui renda l ma posi désagréable. Ne pouvant sort r U> ce trou et n'ayant nen de nu< a faire en attendant que 1 rint à mon aide, jo m évanoi Certains esprits mal fa ts m ont bllimé.

— Que ne prenici tous i placeîleurai-jeditpar la u voua aurier pu, au lieu de vous eva chanter la ballade de R golttto Ce n'est pas ma faute si je psalmodiais le Die3 irœ.

Quand je fus remis sur mes jambes, le doc> teur jugea nécessaire de m'envoyer à l'hûpttal. J'avais l'épaule cassée et le coude démis. On fit avancer le brancard, et venu en bon état sur mon cheval, je m'en retournai fortement détérioré, dans cette épouvantable charrette, inventée, disent les règlements, pour transporter les malades, mais construites en réalité par un ennemi du genre humain. Un homme en bonne sanlé 3 prend facilement le mal de mer. On 19*

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peut juger par là du plaisir qu'y doi^ éprouver un blessé à ses premières souffrances. G^est horrible ! — > Aussi Ton se garde bien de modifier cette Toiture incommode et cruelle. J*en avais pour deux mois d*h6pital. — D'ailleurs, aucune complication à craindre.

A Saumur, si Ton se casse quelque chose, il y a toujours un habile docteur militaire qui vous raccommode avec dextérité. La solidité est garantie. Vous pouvez recasser plus haut ou plus bas, mais au même endroit, c'est impossible.

Mon parti pris, — il le fallait bien, — je m'arrangeai pour que ma condamnation à ces deux mois de repos forcé n'entraînât pas trop l'ennui après elle. Je m'attachai à ne plus voir que le bon côté de mon accident. — Je pouvais être tué et j'en étais quitte à bon compte !

Plus de service, plus de criaillerie, plus de réveil avant le jour. En revanche, beaucoup de soins à recevoir, et des plus empressés et des plus affectueux. L'excellent aumônier venait faire notre partie, nous apportait des livres et ' ne craignait pas de fumer une cigarette avec nous. — Du bon Dieu, il n'en était pas question, aussi tous les convalescents allaient-ils volontiers à la messe.

Les sœurs nous gâtaient de toutes les façons, nous dorlotaient, nous consolaient, remplaçaient nos mères inquiètes. Elles non plus ne parlaient jamais du bon Dieu. Seulement, matin et soir, l'une d'elles venait dans le dortoir réciter la

tomaïAi. d'dh omcin UALaHÉ lui 119

prière, et «eU lai faisait tant de plaisir que, de chaque lit, on mormottait avec elle un petit bout du Pater, J'aurais presque fait mon satut pendtnt ces deux mois, s'il n'avait été compromis par uQ voisinage dangereux.

L'h6i1i(al de Saumur est entouré de pièges que le démon tend aui malades. Dans toutes les maison» eoTironnantes, il ; a des tas de petites femmes qui tous eicitent au péché. — De la fenêtre, on les voit. Les longues-Tues i sont faites pour s'en seiTiretàl'hApital, !

tout malade doit en posséder une. C'est souvent plus indispensable à la guérison que les remèdes ordonnés par le docteur. Alors on cause, on correspond, on s'entend par signe, et lorsque, le teint fleuri, du sang pleinlapcan, des grillons dans les jambes, on sort de l'hâpital, il ; a souvent à la porte le péché qui vous attend. Que voulez-vous? la vertu est certainement une belle chose, mais, comme l'a dit Théophile Gautier, c'est une vieille femme qui prise, porte un ridicule' et des lunettes. Le péché, au contraire, m:iatre des dents blanches, lève très haut le... bas de se robe et met une mouche là oii le baiser est le meilleur.

La nature humaine est vraiment une chose bien singulière. On a bean prendre des résolutions viriles, se dire qu'il est souvent dangereui de laisser parler son ccaur, les moralistes ont

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beau clamer de toutes leurs forces et lancer l'anathème ou dévoiler les tristes suites des amours de passage... et autres, on a beau Toir bien des misères pendant son séjour à L'hôpital, au moindre froufrou d*une jupe bien drapée, on oublie les résolutions les plus fermes, les serments les plus inviolables.

Le gibier a beau être déjà passablement déplumé par les coups de fusil des chasseurs, à sa vue on renifle comme un bon chien de race au parfam d*une piste. Parfois même on entonne à plein gosier la chanson du passeur :

Passeur, nous sommes trois pour traverser le Rhin. Tourne le gouvernail et mets ta barque en train !

Je n'y veux rien changer. Si j'en juge par moi-même, quand on vient de passer cinq ou six semaines à l'hôpital, l'envie de s'amuser vous prend à la gorge. On rêve la conquête de la belle Hélène, et il ne faut pas trop en vouloir au convalescent si le chemin conduisant de l'hôpital à l'Ecole, ressemble, en très long, au chemin des écoliers, de Saintine.

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