L'ART UTILE
On me signale un article très intéressant de M. Charles Féré dans la Repue philosophique de mars 1886.
M. Féré signale d'abord les vues, qui étaient nouvelles, de MM. Gaétan Delaunay et Ch. Henry touchant le rôle de la « direction du mouvement » dans la sensation esthétique. Mais ce rôle est subordonné à la nature des effets physiologiques des sensations soi-disant agréables ou soi-dîsant désagréables. M. Féré a montré, par des expériences, que les unes produisent une augmentation de force disponible, tandis que les autres diminuent cette même force, et puis il a étudié le rôle physiologique du mouvement, pour en bien comprendre la valeur nouvelle dans les arts.
Les recherches de ce jeune physiologiste établissent, en résumé, l'influence de la rotation d'un disque coloré sur la hauteur de l'excitation. Cette hauteur est mesurée par les tracés d'un dynamographe, qui fait la démonstration. Du reste, tous les sujets sains mis en expérience par M. Féré se sont parfaitement rendu compte, dit-il, que la sensation visuelle devient plus intense sous l'influence de la rotation du disque. Il pense pouvoir ramener, en conséquence, à cette action « dynamogène » du mouvement l'explication de notre goût si marqué pour les jeux de force, d'adresse ou d'agilité, luttes, courses, combats de bêtes, etc. « On aime le mouvement, conclut-il, sous toutes ses formes, et sa représentation a dans les arts la plus grande importance au point de vue de l'esthétique. »
Il est facile d'étendre cette remarque. Les œuvres colossales nous frappent fortement, pourrait-on dire après Bain avec plus de force, parce qu'elles éveillent dans notre esprit l'image des mouvements qui ont été nécessaires pour les exécuter. Si nous regardons une masse de rochers posés sur un socle