LE RETOUR
En cherchant, ce matin, dans mes papiers, j'ai retrouvé quelques pièces de vers manuscrites que m'avait jadis envoyées Bernard Pérez, J'ai eu déjà l'occasion de citer quelques lignes de lui dans mon journal. Mais il n'est pas seulement lobservateur distingué que l'on connaît. Il a été un vaillant soldat en 1870, et de ceux qui n'ont gagné au champ de bataille que des blessures. A ses débuts, à vingt ans, il fut un poète aimable. Il chantait ses belles Pyrénées, et les doux espoirs de la jeunesse, derrière les barreaux d'une prison : il était alors modeste maître d'études.
Il écrit à un de ses collègues, par un clair de lune de novembre :
Regarde, ami, comme elle est belle !
Combien douce elle nous sourit.
Au fond de la prison cruelle Où notre âme étouffe et s'aigrit !
Dans une autre pièce, un soir d'été, il regarde
passer les heureux :
Et moi, rêvant à ma fenêtre,
Je n'attends rien :
Quelqu'un a pris ma part peut-être
De tout ce bien.
Ah ! comme l'existence est difficile à quelquesuns ! Et qui sait jamais ce que l'œuvre faite a coûté de privations et d'efforts ! Mais ceux qui ont le plus peiné restent souvent les meilleurs et les plus capables d'aimer la vie.
Voici une courte pièce, le Retour, que je veux transcrire en entier sur mon registre, afin d'y mettre une note fraîche et le parfum des montagnes :
Les voilà près de moi, graves et solennelles,
Mes montagnes d'azur aux têtes éternelles ! .
Les voilà qui sourient à l'exilé du Nord,
Sous leur robe de neige et leur couronne d'or!
Oh ! vous êtes à moi, dômes de la patrie,
Que demandaient mes yeux et mon âme attendrie !