CATÉCHISME ET MORALE I
mait Littré, est inné, et j'entends par là les impulsions originelles que la « morale » organise. Mais cette organisation est chose acquise, incorporée en quelque sorte au tissu vivant à la faveur d'une longue hérédité, et pensée à la fin (très diversement) par le cerveau.
Quant à la sanction, elle est pour moi Tun des termes de l'obligation. Un héréditaire de dix-neuf ans, que j'ai vu ces jours derniers à l'asile Sainte- Anne, a volé plusieurs paires de bottines. Il n'éprouve pas le moindre regret d'avoir fait tort au marchand, il ne montre que l'ennui de s'être fait arrêter; le vol n'est pas son souci, mais le gendarme. Nulle sensibilité morale chez ce malheureux. La conscience ne lui dit rien. Elle ne reproche pas davantage au cannibale après quelque affreux festin. La répercussion des lois naturelles sur l'individu, le gendarme et la pénalité sociale, ce sont des moyens, ou des garanties matérielles. Seule la conscience sanctionne moralement l'acte bon ou mauvais, parce qu'elle répond exactement au sentiment individuel de l'obligation morale.
Les hommes ont imaginé, pour se faire quittes du mal inévitable, une justice distributive dans un autre monde. Mais les enfers et les paradis ne font qu'achever le nôtre selon un plan qui a paru convenable. Cet achèvement intéresse notre raison plus qu'il n'engage notre conduite, et je pense qu'on a beaucoup exagéré l'efficacité pratique des sanctions divines. Il est vrai cependant que Vétat de crédulité^ si bien étudié, chez les hypnotisés, par MM. Philips, Charles Richet, Bernheim, de Rochas, a été un puissant facteur de la culture humaine.
Bonnes gens que nous sommes, qui nous croyons les maîtres absolus de nos personnes ! La société morale se fait par notre moyen ; nous ne la faisons pas à notre guise. Il me semble voir, sur la scène de notre petit monde, une armée qui livre bataille. Chaque officier entraîne les hommes soumis à son commandement et opère avec leur secours certaines manœuvres. Cependant le soldat ignore l'ordre de la bataille, et l'officier lui-même concourt à exécuter un plan dont le secret n'est pas