‹ Journal d'un philosopheChapitre 24 sur 46 · VOISINAGES · texte numérisé non relu

VOISINAGES

J'en veux presque au savant M. Lombroso d'avoir classé notre cher poète Villon dans les « délinquants ». C'était son droit de le faire, et il est clair que Villon n'avait pas des mœurs recommandables. Mais mon indulgence est infinie, et je pardonne volontiers, en faveur du poète, au voleur de tripes. C'eût été dommage qu'on ne l'eût pas failli pendre avec ses compagnons : la crainte de ce fâcheux accident lui a fait écrire une si touchante

ballade !

Puis çà, puis là, comme le vent varie, A son plaisir, sans cesser, nous charrie...

Ah! quel vrai poète il fut, ce truand-là! Je ne

connais pas de vers plus pleins que les siens de mélancolie douce et pénétrante. N'ayez pas l'air, cependant, de le deviner ou de le plaindre, il vous répondrait quelque sottise. Gausseur, rêveur et mauvais garçon, on était tout cela à la fois dans ce vieux Paris, et les ballades de Villon me semblent du même style que la charmante vierge à l'enfant du portail nord de Notre-Dame.

Saintes elles sont, ces vierges de pierre du moyen âge. mais capables de pécher; naïves et fluettes, mais sensuelles. Ces vierges chastes et souriantes sont les grandes soeurs de ce coureur de « bourdel », qui pleure sous ses gros mots.

J'eusse maison et couche molle !..

A peu que le cœur ne me fend.

Les demoiselles nous ont gâté la Cruche cassée de Greuze, à force de la copier. Il en est qui tiendraient bien mieux la place du frais modèle qu'elles nous traduisent avec des tons lourds et fades. Mais

Page 1