LES LIVRES FACILES I
surfaire les mérites, enseigneront quelque chose, tout en conduisant à comparer et à classer. Il n'est pas mauvais, je le dis en passant, que nos exercices intuitifs (puisque le mot est à la mode) procurent aux jeunes esprits le gain d'une connaissance effective, et toute connaissance se compose d'un certain nombre de faits qui tiennent ensemble. Un texte prétentieux et diffus y a moins son rôle que l'image.
— Sans doute, et nos connaissances, je vous l'accorde, se soutiennent l'une l'autre, ne sont rien Tune sans l'autre. Est-ce qu'il n'en faut pa connaître au moins deux espèces pour connaî re un genre botanique ?
— J'ai toutes les peines du monde à retrouve r ce que je sais à travers les pages des livres faciles. ^ e m'instruis toujours avec les livres d'images. Je. les réclame donc, après les vrais livres d'école., pour les enfants de tout âge; et ma foi! les père et mère y prendront aussi leur bien. Jadis les bonnes gens répondaient, à chaque fois qu'on les voulait tirer de leur ignorance: « Je suis trop vieux pour
apprendre », ou : « J'ai toujours fait comme cela », ou encore : « J'en sais assez long pour mon métier ». Allons, bonnes gens des villes et des campagnes, ouvrez tout grands les yeux et les oreilles, ayez un peu plus de curiosité, pour le bon motif d'apprendre !
L'étude directe des objets appelle l'action de nos cinq sens ; elle est la meilleure. L'image réveille les impressions sensibles qu'ont faites les objets, et ■ elle vietit heureusement au secours du livre. L'enseignement oral l'emporte enfin sur l'usage du livre de classe ; il ne le rend pas inutile pour cela, et le livre double le maître. Mais défions-nous, encore une fois, des livres faciles ! Ne faisons pas de nos écoliers de mauvais marcheurs, en nous flattant de leucavoir aplani la route! Dites-moi donc, mon cher pédagogue, s'ils se privent jamais, vos petits diables, de cueillir des mûres, dans la crainte de se piquer aux épines de la ronce?
— Je vous entends, et le tout est qu'ils aient le désir de manger les mûres.
— A merveille! j'en demande mille fois pardon
. LES LIVRES FACILES lyS
aux auteurs charmants qui prennent souci de mettre la géométrie en quatrains et la chimie en dragées. Leur intention est toute louable; mais leurs livres roses ou bleus manquent le but, ils sont pure tisane de malade.
ARRÉAT