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L'ACCROISSEMENT DU GÉNIE

M. Ch. Richet ne doute pas que notre « système nerveux psychique » ait le pouvoir de conserver indéfiniment la mémoire des ébranlements reçus, et il écrit :

« Nous pouvons donc fonder de grandes espérances sur l'avenir de l'intelligence humaine. A mesure que la quantité de faits à connaître augmente, il semble que la puissance fixatrice de l'esprit augmente. L'activité d'un muscle s'accroît par l'exercice, et sa force aussi accrue se transmet d'âge en âge. De même, sans doute, la puissance de la mémoire croît avec l'exercice, et cette augmentation peut se transmettre par l'hérédité. ^

Cette assurance nous est bien nécessaire, car la

l'accroissement du GENIE 209

chambre déjà pleine de notre cerveau paraît trop petite pour pouvoir contenir nos nouvelles richesses. Une étude spéciale suffît aujourd'hui à occuper la vie d'un homme. Celui qui se pique d'être philosophe ne saurait pourtant rester un spécialiste. Mais les généralités qu'il doit connaître exigent le support d'une telle quantité de faits, et les questions de la psychologie, en particulier, enferment des données si diverses, que le secours d'une mémoire puissante est devenu indispensable au bon travail de l'esprit le plus vigoureux.

Le Grec Dioscoride, qui vivait quatre cents ans après Théophraste, ne fait mention en ses ouvrages que de six cents plantes, et Laurent de Jussieu a établi cent familles. Le cerveau d'un de Jussieu aurait donc contenu, à ce qu'il semble, un plus grand nombre d'images ou de représentations que celui de Dioscoride, et le cerveau d'un Cuvier plus aussi que celui même d'Aristote.

Il est vrai que les savants de notre âge, et les classificateurs surtout, opèrent beaucoup avec la plume, qu'ils ont cette mémoire de papier dont

ARRÉAT I?»

parle Montaigne, qu'ils usent de formules générales, abréviatives, et cette remarque interdirait déjà de prononcer si la capacité cérébrale des modernes est vraiment supérieure à celle des anciens. On aurait même cubé les crânes et pesé les cervelles. qu!on n'aurait pas résolu la question-

Du moins, à défaut de la quantité des images, les modernes ont-ils souvent l'avantage de la qualité. Tels graves docteurs de l'ancienne Sorbonne avaient la tête pleine de faits de nulle valeur réelle, et il a été permis d'user contre eux de la métaphore que « dans les petites boîtes se trouvent les meilleurs onguents ». Nos premières connaissances sont dans le cerveau comme des centres de prolifération, mais les données fausses et les chimères de la folie raisonnante amènent une prolifération {>athologique, qui envahit et finit par tuer l'organe pensant, quand les données vraies et les images réelles en augmentent infiniment la vigueur.

Je n'ai pas assez étudié le génie indou pour en parler avec pleine connaissance. Je serais tenté pourtant d'en expliquer la ruine finale par la crois-

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