‹ Journal d'un poète (volume 2)Chapitre 56 sur 167 · SUR SOI-MÊME · texte numérisé non relu

SUR SOI-MÊME

La partie d'échecs que j'ai jouée contre la destinée toute ma

|N vie, je l'ai toujours gagnée jusqu'ici. Je lui ai arraché ma mère

y^ I deux fois, elle devait mourir ; je l'ai reprise et conservée cinq ans,

-,„ jusqu'à ce que les forces vitales fussent éteintes en elle entière-

iii ment. Avec un beau-père trois fois millionnaire, j'ai vécu hono-

^ rablement sans lui rien demander jamais une fois pendant

l«i,i treize ans, et sans faire de dettes. Dans toutes les affaires de

fortune, j'ai attendu mes droits sans daigner me plaindre, j'ai

souffert en silence, j'ai travaillé sans dégrader ma pensée et je

n'ai fait que des œuvres d'art. J'ai réussi à prouver que l'on peut

être uniquement poète ou homme de lettres et marcher de pair

avec ce qu'il y a de plus haut dans la société, sans avoir une

fortune considérable ou même ordinaire.

Aujourd'hui la fortune a les dés dans sa main, elle les remue aux Indes et les secoue à Londres. Aucune prudence humaine ne peut faire plus que je n'ai fait; mon devoir est d'attendre dans l'immobilité. J'ai jeté à Londres les bases de l'affaire, la justice la dénouera.

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