Taming of the Shrew
A LACADEMIE FRANÇAISE 297
que j'ai entendu d'excellent des actes de sa vie. Je ne sais s'il eut des ennemis, cela n'est pas impossible, puisqu'il suffit pour cela d'exister et surtout de réussir; mais je ne sais personne qui en ait rencontré un seul, et les plus affectueux de ses amis, quelquefois les plus reconnaissants, je les ai trouvés dans ses adversaires politiques.
Distrait comme La Fontaine, il avait comme lui cette grâce de narration et de dialogue qui se plaît à jeter des voiles transparents sur les folies passionnées de la jeunesse.
La Fontaine lui-même, je ne crains pas de l'affirmer, eût été fort embarrassé s'il eût fallu conclure après chacun de ses contes, comme après chaque fable, par une moralité. — Peut-être penserez-vous comme moi que Boccace se préoccupe aussi fort peu du sens philosophique de ses Nouvelles, et ne prétend guère plus à l'enseignement que la reine de Navarre.
C'étaient des temps où le plaisir était une affaire sérieuse; et celui de raconter et d'écouter n'est pas peu de chose apparemment pour les personnages enchanteurs et enchantés du Décaméron, puisqu'ils en oubliaient la peste de Florence.
Je ne chercherai donc point à découvrir la moralité d'une certaine nouvelle qu'on aimait par-dessus toutes et qui venait de l'Arioste en droite ligne, que chacun redisait d'âge en âge à sa manière; une histoire qui, sous le règne de Louis XIV, fut presque élevée à la dignité de cause célèbre, dont les avocats furent M. Boileau- Despréaux d'un côté, et, de l'autre, M. l'abbé Le Vayer,
2g8 DISCOURS DE RÉCEPTION
et les parties, M. de La Fontaine et M. Bouillon, traducteurs rivaux de la Joconde, comme on appelait alors cette nouvelle.
La difficulté du récit séduisit une fois encore quelqu'un de notre temps.
Ecrire cette aventure était bien moins périlleux que la mettre en scène. Ce que le malin fabuliste avait dit avec une clarté et une franchise tout à fait dignes de Rabelais, il fallait le traduire seulement en situations semblables, substituer une épreuve à des trahisons, un soupçon à des certitudes, faire de la musique une complice, et de ses accords des symboles; il y fallait enfin plus d'art que jamais.
On lésait, la couronne de la rosière est encore pleine de fraîcheur, sinon de pureté.
J'ai devancé quelque peu l'époque de cet opéra, afin de quitter la musique pour toujours, ainsi que l'auteur de Joconde.
Mais un art plus grave s'était fait pressentir, je l'ai dit, dans les œuvres de M. Etienne. Déjà Brueys et Palaprat, comédie écrite en vers dont le style est facile et vif, annonçait que l'auteur pouvait, s'il le voulait enfin, se recueillir pour écouter la Muse lorsqu'elle lui conseillerait d'entrer dans l'analyse sérieuse et intime des idées et des caractères, et lorsqu'elle viendrait à ses côtés faire résonner le rythme divin. — Dans cet acre bien composé, où toutes les proportions sont mesurées, sans efforts apparents, où le caractère du duc de Vendôme est lié dans un juste degré à ceux des deux fraternels écrivains dont la mansarde est si gaie et si