LE CYGNE
Si un serpent s'attache à un cygne, le cygne s'envole
emporte son ennemi roulé à son col et sous son aile.
Le reptile boit son sang, le mord et lui darde son venin dans les veines.
Il est soutenu dans l'air par le cygne, et, de loin, à ses écailles vertes, à ses faux reflets d'or, on le prenjr\.it pour un brillant collief .
' Non, il n'est rien que fiel et destruction, et il ramperait *ur terre ou sous terré, il se noierait dans les bourbiers
s'il n'était soutenu dans les hautes régions par Toiseau pur et divin qu'il dévore.
Ainsi l'impuissant Zofle est porté dans Tazur du ciel et dans la lumière par le poëte créateur qu'il déchire en s'attachant à ses flancs pour laisser, ftl^ce en lettres de sang, son hom empreint sur le cœur du pur immortel.
LE DéSERT.
Lorsque des voyageurs traversent les sables de Libye, ils voient, du haut du chameau qui les porte, un espace immense, à Thorîzon un lac que l'on n'atteint jamais : c'est le mirage. Il semble réfléchir des maisons habitées, on çroil y voir des grandes villes, et c'est la mort.
Cependant le voyageur s'avance, il a soif, il espère. Le vent du désert souffle avec violence ; il est contraint de s'arrêter et de fermer ses yeux, que la poussière de feu aveugle.
Lorsqu'il ouvre ses paupières brûlées, où ses larmes mêmes sont desséchées par le soleil dévorant, il s'étonne, il s'arrête, il ne reconnaît plus sa route ; devant lui était une vallée, il y voit une petite montagne de sable ; à l'orient s'étendait une longue colline aux pentes inseusi'-
J)Les, il y voit se prolonger une plaine jaaoe <el sans terne ; la route tracée par les squelettes des ûhasEieaux itoadonnés est engloutie, et rien ne s'élève au-Klessus du niveau, sinon les tPoinbe8.de sable qui monteiyt au ciel un momept aussi haut que les pyramides, s'avancent, ÙM trois pas veis le ciel et retombent en pouaaiè&e.
Le désert, héjas ! c'est toi, démocratie égalitaire, c'est toi, qui as tout enseveli et pâli sous tes petits grains de sable amoncelés.
Ton ennuyeux niveau a tout enseveli et tout rasé.
Les seigneuries sont d'^afbovnl tombées; puis, après, les hauts barons, les chevaliers bardés de fer qui étaient fosési sur k tenre eoouBe 4es tims pnmec8aBe»ié«az^ les basmiènes de .k Ftani» au soteiL iLa maie était enccae tsacée au loBi de distance en fiKdSanae par le» si^ueletfies aâsaodeimés desidçnastÉes abattifôs ; mais tes gables éiei^ neilementinoailés Jes ont «Risevelis sous leur cen^e p»tonte. ÉterneHemeet la vaâé& et la GoOkie se <d<^daeeA£, et seulemei^ on voit de lempa à aurtre m hamoie^odusagmix^ îi s*élève conam la traimbe et faèt «es êsK pas vevs le^soMl, puis il retombe en poudre, et l'on n'aperçoit plus m Ma que te aâaistsB wwm de :sable.
lOURRAt d'un POETE
LA TERHE.
L'homme se défend sans cesse de la terre et de l'air qui rattaquent.
Pauvre être naufragé, il cherche à réunir les débris de son navire brisé par le déluge. — 11 fait passer sa parole £ous les eauXy et glisse sur les vagues ennemies. Il tke de la terre brisée les vapeurs empoisonnées et les force à le servir.
Comme un fruit énorme lancé dans l'espace, la terre roule, et le feu qui l'emplit ne cesse de brûler ses entrailles. Le feu s'échappe par les volcans et fume sans cesse.
Sur la frêle écorce rampe seulement l'homme infatigable cherchant sa vie dans le travail, et repoussé par l'atmo-r . sphère qui le renverse et par le sol qui l'empoisonne. "
Mais il tourne en vie ces germes de mort.
Bisson se faisant sauter avec les pirates qui ont pris son vaisseau pendant la nuit et le sommeil.
Il veillait et travaillait dans son cabinet flottant. Il se demandait comment la vapeur allait vaincre la distance et le temps, le vent et la mer, et rendre inutile l'homme de mer expérimenté dans Tart de tromper le vent par la voile et les mâts. Il s'endort.
Mais il entend des cris et des pas sur le pont.
Il s'éveille, il combat ; puis se fait sauter, et se rendort sous les flots pour toujours.
Telle est la vie... C'est un accident sombre.
Entre deux sommeils infinis?...
Tel est l'homme moderne en France. L'honneur est sa ♦foi, la conscience sa morale, le devoir sa loi ; il est actif et savant. Sa science première est celle de son état ; il ne veut plus permettre à son imagination d'errer dans les champs de la théologie et de la superstition ; il combat et sert la patrie et l'espèce humaine dans les temps présents sans vouloir préjuger de l'éternité. Il désire que Dieu soit et qu'il reçoive le juste dans sa paix ; mais il ne croit pas toujours e't n'affirme plus. Quelle est l'idée qui soutient gon courage ? 11 ne le dit même pas.