‹ Journal d'un poète, recueilli et pub. sur des notes intimes d'Alfred de VignyChapitre 43 sur 51 · HÉLÉNA · texte numérisé non relu

HÉLÉNA

FRAGMEXTS. 1

Le téorbe et le luth, fils de Fantique lyre, Ne font plus palpiter TArchipel en délire :

Son flot triste et rêveur lui seul émeut les airs, . Et la branche Cyclade a fini ses concerts.

sonnets ou ballades; on les lira ici en dehors du recueil de ses poèmes et de ses grandes œuvres, comme une aorte d'album rempli tout entier de sa main. Je commence par des fragments de rœuvre en effet trèsr-imparfaite qu'il vient d'analyser de juger avec un si spirituel détachement, montrant ainsi quelle idée il avait de son art et quel respect du public. J'ai entre les mains un exemplaire des poèmes de i822 où ce poème en trois chants, Héléna, parut en tête de quelques autres bien plus courts, mais d'un art plus mûr et qui font partie du re« cueil de ses poésies : la Dryade^ la Somnamlfule^ la Fille -de j€phte\ la Femme adultère^ la Prison. Béléna y est annotée à la plume par la mère du poète ; elle en a souligné les passages défectueux d'une main inexorable. Et, au-dessous de ces sévères annotations, le poète lui-même a, depuis, ajouté les siennes qui donnent raison^ avec une charmante humilité, aux critiques de sa mère : c Ma mère, vous aviez bien raison. C'est fort mauvais, et j'ai supprimé le poème entier. » Le supprimer en entier, c'était trop ; A. de Vigny avait déjà cette grâce et cette douceur qui rappellent André Chénier, et quelques traits ravissants le font reconnaître. (L. R.) * Voici le début du poème. (L. R.)

la

On n'entend pins, le soir, les vierges de Morée,

Sur le frêle calque à la poupe durée,

Unir en double chœur des sons mélodieux.

Elles savaient chanter, dod les pvofanes dieux,

Apollon ou Lîitone à Délos enfermés,

Minerve aux yeux>dViziir, flore on Téiun, ainéB,

Alliés de la Grèce et d» la Ifbaitér,

Mais la Vierge et «in ifêlB-entoe ses teg 'iioné,

Qui calment la tempête «titaoflot dhi oonmge

A ceux que les méchants tiennent en esclavage

Sitôt que de ffîa, ée (Soriothe et ^l'Aicime,

La loiK large et blandie av«t tmdté hi dme,

E% doace aux yectx mertete de ce deî fiêde t?t pur,

Comme une l«npe p^le lllœimiirit fasnir,

Il s'élevait partout une briie enAnmm^

Qui, telle qH'un -«oiipir ée Tende rarMmflée,

Aux rives de chaque île apportai à la fois

Bt fencens de ses sœurs et leurs lofrataraes tdtx

Tout s'éveillait alors : on efitt dît que la Grèce

Venait de retrouvèr son antique allégresse,

Wais que la belle esclave, inquiète du "bruit,

ITosait plus cottffler ses fête qifà la nuit.

Les barques aboi*daienl en des rades secr&tes;

Puis, des Talions flemis diOTrôsant les retraîteF,

Bes danseuTB, agitant le triangle d^rain,

Oubliaient le soram^îl an wm du tanibounir,

Oubliaient l'esctavage auprès de leurs maîtresses

Qui de leurs cheveux l>londs Hovaient leurs longues iresses

Avec !e teurier-roee et de moelleux filets

Et des médailles d'or et de saints chapelets.

lOUHRAL D'um POETE

Ainsi de FArcliipel souriait .r-eadaiva^e Tel sur un pâte Aroot que la ûèvve ira^w^ge, D'une vierge qui meurt r&BïOttr vieat caniiaer Les lèvres que hieatùt h. mort és»k jrefepjaier. Mais, depuis peu de jouce, loin îéie&MdMmes^ -On a vu B'ôcactfir, graves et taciturnes, Sous les verts oliviers qui ceignent les vallons Des Grecs dont les discours étaient secrets et longs. Ils regrettaient, dit-on, la liberté chérie, •Car on surprit souvent le mot seul de patiie Sortir avec éclat du seia de leui» propos, Comme un beau son des nuits eucbaate le n^poe.

€hant l*.

11 s'est trouvé par&HS, comAe fûur Haife voir Que du bonheur en ooufi est encar le pAUMoir, Deux kmoR li-^^nt em^ les ptaîoes da mmêe^ Toujours l'une pour l'aulne exuleBce féconde ^, Puissantes à sentir avec im ftm pareil.

Double et brûlant ra^osB né û'im mèmetsMij Vivart comme ui seul élue, intime let par méliiage, Semblables dans dleur vol au «baux jîleg d'sm aogci

* Hélène et cchii qu'elle aime sont infe*oduits« On n'a pas bcsein deKlem»der gr&ce pMir œ ecmplet sur la pMsmee de ramonr. ^. R.)

28/i ALFRED DB VIGNT

Oa telles que des nuits les jumeaux radieux D'un fraternel éclat illuminent les cieux.

Si l'homme a séparé leur ardeur mutuelle, C'est alors que Ton voit et rapide et fidèle Chacune, de la foule écartant Pépaisseur, Traverser runiyers et voler à sa sœur.

Chant II, page 24.

Ainsi disait Mora * ; mais la jeune exilée

A des propos d'amour n'était point rappelée;

Même de chaque mot semblait nattrc un chagrio,

Car, appuyant alorssa téte dans sa main,

Elle pleura longtemps. On l'entendait dans Tombre

Gomme on entend, le soir, dans le fond d'un bois àombre,

Murmurer une source en un lit inconnu.

Cherchant quelque discours de son cœur bienvenu,

Son ami, qui croyait dissiper sa tristesse.

Regarda vers la mer et parla de la Grèce.

Lorsque tombe la feuille et s'abrège le jour.

Et qu'un jeune homme éteint se meurt, et meurt d'amour,

Il ne goûte plus rien des choses de la terre :

Son œil découragé, que la faiblesse altère.

Se tourne lentement vers le ciel déjà gris,

Et sur la feuille jaune et les gazons flétris ;

Il rit d'un rire amer au deuil de la nature,

Et sous chaque arbrisseau place sa sépulture ;

*■ Je détache encore les vers où Mora essaye de dissiper la mystérieuse tristesse d'Héléna en ui parlant de la Grèce. (L. R.^

Sa mère alors, toujours sur le lit douloureux

Courbée, et s'efforçant à des regards heureux,

Lui dit sa santé belle et vante Tespérance

Qui n*est pas dans son cœur; lui dit les jeux d'enfance

Et la gloire, et l'étude, et les fleurs du beau temps,

Et ce soleil ami qui revient au printemps.

Les navires penchés volaient vers Peau dorée

Gomme de cygnes blancs une troupe égarée

Qui cherche Tair natal et le lac paternel.

Le spectacle des mers est grand et solennel :

Ce mobile désert, bruyanl et monotone,

Attriste la pensée encor plus qu'il n*étonne;

Et J'homme, entre le ciel et les ondes jeté,

Se plaint d'être si peu devant l'immensité.

Ce fui surtout' alors que cette mer antique

Aux Grecs silencieux apparut magnifique.

La nuit, cachant les bords, ne montrait à leurs yeux

Que les tombeaux épars, et les temples des dieux,

Qui, ârillant tour à tour au sein des îles sombres,

Escortaient les vaisseaux, comme de blanches ombres

En leur parlant toujours et de la liberté.

Et d'amour,.et de gloire, et d'immortalité.

Alors Mora, semblable aux antiques rapsodes

Qui chantaient sur ces flots d'harmonieuses odes.

Enflamma ses discours de ce feu précieux

Que conservent aux Grecs l'amour et leurs arts précieux

« Ob ! regarde, Ht^éim! <fue ta téàt afOigâ&

Se soulùve un tuoneat pour noir 9a mer âgée;

Oh ! respirons cet air! c-est fair de bob aieiflL,

L*air de kt liberté' qui fait les deatt^ktinL;

La rose et le launer pu reHibaainâat.ftàoi ceftse^

De victoire et de judi feu. jetant iafiomesfe,

Et ces beaux champs captifs qui nous sont destinés

Ont encor dans leur sein des germes fortunés .

Le soleil affranchi va* tous les faire éclore.

\ois ces lies : c'étaient les corbeilles de Flore,

Rien n'y fut sérieux, pag même les malheurs;

Les villes de cesliords avaient des nonifi de Heurs;

Ët) comme le parfam qui survit à la rose,

Autour des muGs.taaibés leur .souvenir repose.

Là, sous ces oliviers au feuillage tremblant,

Un autel de Vénus Ia;«ait aan marbre blanc;

Vois cet astre si pur dont la nuit se décore.

Dans le ciel amoureux, cW Qytbérée encore;

Par nos riants aïeux iCe cLei est endianté,

Son plus beau feu r^ut le nom de la Beauté,

La Beauté, leur déesse, a Ame de la nature, »

Disaient-ils, « Tuuivecs roule dans^ ceinture z

» Elle vient, le vent tombe et ia terre fleurit;

» La mer, jsou&ses iiieds i)laacs^ sla^^aise et hâ fiountl •

Mensonges gracieux, religion icharmante

Que rêve encor ramantaxi^ès de aoa amaoteu. »

€fmntn, pag«» 31-34.

Salât, reine ite arte! sami. &reoe imm^ne.

fi»le du soifîU: laForctr c k ii^^t^ Ont cooroiMié ton tom de iiloire iHarmoaie Les gtoérationfi av« ton srarenir Gi^disseot; toB pwé iflff aveiiir,

peuples ftttils dii îiiri, «weni De leurs propres aiœ wfl poto la mêaoire; Et, quand, las d'im triomjibe, il dort daTî? son rejxïs. Le coBor dfô Francs palpite aux noms de U'S héros.

terre de Paflasî coqtrée aH dooi laiura?e!

Ton front ouvert sept fois, sept Ms fil naître uïi saj5?^. Leur génie en grands mois dans les temps s\^t inscrit. Et Socrate mourant derina Jésus-Christ. *

* Héléna chante à son tour la ttrrc maleriullo^ ol illl o^m stances.

• J'arrête ici les fragnuœls qui méritaienl le miottft d^lrP Tés de ce poème poWié en im. Ce cpiiwte tH »n«il. (L.n.

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