‹ Journal d'un poète, recueilli et pub. sur des notes intimes d'Alfred de VignyChapitre 5 sur 51 · JOURNAL D*ON POETE · texte numérisé non relu

JOURNAL D*ON POETE

lendrait en France : « Je ne le sais pas, » mVt-il dit. 'ambassadeur l'attendait, il allait sortir, je Tai quitté, non ans l'avoir observé d'un œil fixe tandis qu'il parlait en nglais avec mon onde.

ALFIliED DE VMMIY

L'histoire du monde n'est autre chose que la lutte du pouvoir contre lopinion générale. Lorsque le pouvoir suit l'opinion, il est fort; lorsqu'il la heurte, il tombe.

L'art est la vérité choisie.

Si le premier mérite de l'art n'était que la peinture exacte de la vérité, le panorama serait supérieur à la Descente de croix.

PRÉFACE. — Exempt de tout fanatisme, je n'ai point d'idole. J'ai lu, j'ai vu, je pense et j'écris seul, indépendant.

L'homme est si faible, que, lorsqu'un de ses semblables

JMttilAL J)'BN POETE .S&

^ présente ^ât8a9it:'c< le ^peax 'tout, comme Baosparle, ou: « Jesaîs toat,»coiiuii^iiàteM»etylest^iRqi^ déjà à moitié réussi. De là le succès de. tant d'aventuriers.

La conscience.publique est juge de tout. Il y a une puissance dans un peuple assemblé. Un public ignorant vaut un homme de génie. Pourquoi ? Parce que Thomme de génie devine le secret de la conscience publique. La conscience, savoir avec, semble collective et appartient à tous.

Lorsqu'un siècle est en marche guidé par une pensée^ il est semblable à une armée marchant dans le désert. Malbeur aux tr^Éiards ! reiMer en arrière, c'est mourir.

Quel intervalle sépare la tOTÎosité qui fait accourir le peuple au passage d'un roi, ou à celui d'une giMfe, d'un sauvage ou d'un acteur ? — Est-ce un cheveu ou une aiguille ?

Le célibataire ne donne point, comme le père de famille.

4& ALFRED DE VIGRT

des Otages à son pays : la femme, les en£ui!s, garants qu'il ne peut déserter et devenir cosmopolite»

La puissance est toujours avec la lumière : de là vient que, dans le moyen âge, le clergé eut la force parce qu'il eat la science; à présent, il est inférieur en connaissances, de là en empire.

n faut que les hommes de talent se portent sur les points menacés du cercle de l'esprit humain, et se rendent forts sur ce qui manque à la nation.

La pensée est semblable au compas qm' perce le point sur lequel il tourne, quoique sa seconde branche décrive un cercle éloigné.

L'homme succombe sous son travail et est percé par le compas»

La raison offense tous les fanatismes.

JOURNAL d'un POETE &t

Chaque homme n*est que l'image d'une idée de 1 Esprit général.

L'humanité fait un interminable discours dont chaque homme illustre est une idée.

TRiiGÉDiE. — J'y veux représenter toujours la destinée et Yhomme^ tels que je les conçois. — L'une l'emportant comme la mer, et l'autre grand parce qu'il la devance, ou grand parce qu'il lui résiste.

DE l'égi.egtisme. —L'éclectisme est une lumière sans doute, mais une lumière comme celle de la lune, qui éclaire sans échauffer. On peut distinguer les objets à sa clarté, mais toute sa force ne produirait pas la plus légère étinc^e.

Parler de ses opinions, de ses amitiés; de ses admirations, avec un demi-sourire, comme de peu de chose que Ton est tout prêt d'abandonner pour dire le contraire : vice français.

42 ALFRED me VtïSOT

LES FRANÇAIS. — Toot FïaDçaia, ou:à poO' ptès, nait vaudevilliste et ne conçoit pas plus haut que le vayctevifl^

Écrire pour un tel public, quelle dérision! quelle pitié I quel métier !

Les Français.- n.*aîsieati ni la-lediure', m: làtïmaiqoe^ ni la poésie. — Mais la société, lesrS£^QS^ l!6^it, la prosa.

LA GLOIRE. cru.lûn^mps. en. elle; -mais, réflé-

chissant que Tauteur du Laocoon est. inconnu, j'ai va la vanité.

II y a, d'ailleurs, en moi quelque chose de plus, piossaiit pour me faire écrire, le bonheur de l'inspiration, délire qui surpasse de beaucoup le déhre physique correspondant. qui. nous enivre dans les bras d'une femme; La vo^ lupté de râmeest plus longue... U£XtasemoTàïe^esisiigér neuve à l'extase physique.

DU CHRIST. — L'humanité devait tomber à genoux devant cette histoire, parce que le sacrifice est ce qu'il y a de plus beau au monde, et qu'un Dieu né sur la crèche et mort s^r la croix dépasse les bornes des plu&grands sacrifices.

JOUWIfAIà D UN POETE A3

D^Fs RK)BfAiNs. — C'était un ^ge peuple que célid-là, peoprks industrieux, sain et fort, s'il en fut. Sans philosopine, sans idéa&oae, ne se perdant guère en abstractions, mais ne considérant que le pouvoir sur la terre^ la grandeur sur la terrCy et Timmortalité sur la terre, celle du nom. — Sur ce point, le crâne de Bonaparte fut trempé comme un crâne romain, car il ne s'occupait guère d'autre chose.

Tout Romain se considérait comme acteur; il prenait tel rôle et le poussait jusqu'où il pouvait aller, ce Je joue le rôle de républicain, » dit Caton; le rôle fini, la République finissant, il se tue. « Je joue celui d'empereur, dit Auguste, applaudissez et baissez le rideau, je meurs. » La vie toujours publique des Romains est là tout entière.

PUDEUR. — Un jour, elle changeait de chemise; — elle vit son chien la regarder et lui lécher les pieds : — la chemise qu'elle quittait était tombée trop vite ; l'autre n'était pas mise encore. — Toute nue, elle laissa tomber celle qu'elle tenait, et, effrayée, se jeta sur le lit évanouie.

Le seul beau moment d'un ouvrage est celui où on récrit.

UNE TftAe£>i£ sra L'AWJLTiiE- — Ouc»qu*(Hi ait abusé de ce cnme, od n^ea a pas «ncore sondé la profon deur, les suppfiœs de Tmot, sa hoole devaot Tépoux trahi*

MARDI 27 JUILLET 1830. — Aujourd*bui commencent les soulèvements populaires. — Les ordonnances du 25 en sont la cause. — Le roi va à Compiègne et laisse les ministres fiadre feu sur le peuple. — On l'entend pendant que j'écris. — Je me sens heureux d'avoir quitté Tarmée; treize ans de services mal récompensés m'ont acquitté envers les Bourbons. — Dès Tavénement de Giarles X, j'avais prédit qu'il tenterait d'arriver au gouvernement absolu. — U hait la Oiarte et ne la comprend pas. Les vieilles femmes de la cour et les favoris le gouvernent. — Il est arrivé à mettre M. de Polignac au ministère et veut Ty maintenir malgré tout. — U s'est cru insulté par le renvoi des deux cent vingt et un à la Chambre ; il croit pouvoir faire le Bonaparte : Bonaparte était debout derrière .ses canons à Saint-Roch. Charles X est à Compiègne. U a tdit : « Mon frère a tout cédé, il est tombé; je résisterai et ^ne tomberai pas. i H se trompe. Louis XVI est tombéàgauche et Charles X à droite. C*est toute la différence.

dé ALFRED DE VIGNY

MERCREDI 28. — Je ne puis plus traverser Paris. Les ouvriers sont lâchés, brisent les réverbères, enfoncent les boutiques, tuent, et sont fusillés et poursuivis par la garde. — Le 50® de ligne a (dit-on) refusé de faire feu sur le peuple.

J'ai approuvé le ministère du duc de Richelieu ; — celui de M. de Martignac. — La seule manière de réconcilier /«B^stowrarton et la Révolution, ces deux étemelles ennemies, était de- gouverner avec les deax centres et d'écraser de leor peids les extrêmes. — Aujoard'hoi, un extïèflïe' remporte.. Désordres. Ifiégaiité. — Les ministres'SOTrt ouï Ums, hors la loi et y ont piacé le r<». — Pourquoi n'est-il pas à Rsris? Powpioi le Dauphin est-y absent?...

L'artide 14 delà Charte, qui ar servi depprétsd;e'aiir ordonnances, (fit :

« Le roi... fait les règlements et ordonnances nécessaàres pour Vexéeution des fois et la sûreté de l'État. »

B est évident que* le membre dè phrase la sûreté de VÈtd^ esX le comidénent du premier. VÉtat^ e^est la loi armét; la sûreté de l'Élat est la sûreté de Is lèi ddns soa cours. — Cela nepeut ètre^ entendu aatremeiit que paonne escobardèrie tife jésuite oa d'avocat.

DE MERCREDI A JEUDJ 29. — Depais.cejnatî%on sebat»

Les ouvriers soat d'une- bravoure de Vendéens; les soldats, d*uQ courage de garde impériale : Français partout. Ardeur et intelligence, dlun côté, honneur^ de l'autre. Quel est mon devoir ? Protéger ma mke et.ma femme. Quesuisîje ? Capitaine réformé. J'aLquitté la service depuis cinq. ans. La cour ne m'a rien donné durant mes services. Mes écrits lui déplaisaient; elle les trouvait séditieux. Louis XIII était peint de manière à me faire dire souvent : Vous qui êtes libéral. J'ai reçu des Bourbons un grade par ancienneté, au 5* de la garde, le seul, car j'étais entré lieutenant. Et pourtant, si le roi revient aux Tuileries et si le Dauphin se met à la tète des troupes, j'irai me faire tuer avec eux. — Le tocsin. — J'ai vu l'incendie de la fenêtre des toits. — La confusion viendra donc par le feu. — Pauvre peuple, grand peuple, tout guerrier !

J'ai préparé mon vieil uniforme. Si le roi appelle tous les officiers, j'irai. — Et sa cause est mauvaise, il est en fnfancft, ainsi. q|ua toute sa famille; en enfance pour notre temps qu'iljie comprend pas. — Pourquoi ai-je senti que je flae devais àtcette mort? — Cela est absurde. Il ne saura ni mon nom ni maûn. Mais mon p^e, quand j'étais encore enfant, me faisait baiser la croix de Saint-Louis, sous l'Empire : superstition^ superstition politique, sans racine, puérile, vieux préjugé de fidélité noble, d'attachement de famille, sorte de vasselage, de parenté du serf au seigneur. Mais comment ne pas y aller demain matin s'il

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nous appelle tous ? J'ai servi treize ans le roi. Ce mot : le roi, qu'est-ce donc ? Et quitter ma vieille mère et ma jeune femme qui comptent sur moi ! Je les quitterai, c^est bien injuste, mais il le faudra.

La nuit est presque achevée. — Encore le canon.

JEUDI 29. — Us ne viennent pas à Paris, on meurt pour eux. Race de Stuarts ! Oh ! je garde ma famille.

Attaque des casernes de la rue Verte et de la Pépinière. Bravoure incomparable des ouvriers serruriers. — J'ai mis la téte à la fenêtre pour voir si quelque blessé de Tun des deux partis venait se réfugiera ma porte. On vient de faire feu sur moi, on a cru que je voulais tirer de la fenêtre. Les trois balles ont cassé la corniche de ma fenêtre. — En vingt minutes, les deux casernes prises.

VENDREDI 30. — Pas un prince n'a paru. Les pauvres braves de la garde sont abandonnés sans ordres, sans pain depuis deux jours, traqués partout et se battant toujours. — guerre civile, ces obstinés dévots t'ont amenée I

Chassés de partout. Paris est libre.

SAMEDI 31. — Donc, en trois jours, ce vieux trône sapé!

J*en ai fini pour toujours avec les gênantes supersti* lions politiques. Elles seules pouvaient troubler mes idées par leurs mouvements d*instinct. — Si le duc d'Ënghien eCtt été là ou seulement le duc de Berry, j'y serais mort. C'eût peut-être été dommage. Qui sait ce que je ferai I

DU 1** AOUT. — Le duc d'Orléans est froidement accueilli par le peuple. Ses partisans ont pensé que son nom de Bourbon lui faisait tort. Ils impriment qu'il n'appartient pas aux CapetS'BourbonSf mais qu'il est Valois.

10 AOUT. — Couronnemait de Louis-Philippe Cérémonie grave. — C'est un couronnement protestant. — 11 convient à un pouvoir qui n'a plus rien de mystique, dit le Globe. J'y trouve le défaut radical que le trône ne s'appuie ni sur l'appel au peuple ni sur le droit de légitimitéy il est sans appui.

On ferait une bonne comédie des chefs de parti qui l'ont été malgré eux dans les trois premières journées.

21 AOUT. — En politique, je n'ai plus de cœur. Je ne suis pas fâché qu'on me l'ait ôté , il gênait ma tête. Ma tète seule jugera dorénavant et avec sévérité. Hélas I

La Fortune en jetant ses dés n'avait pas encore amené Ja royauté démocratique. Nous alkms^voir ce que c'est.

J'ai organisé la deuxième compagnie du quatrième bataillon de la première légion de la garde nationale, en nommant sur-le-champ mon sergent-major et le chargeant de la comptabilité; j'ai moi-même parcouru, inscrit «t commandé trois rues.

11 AOUT. — On ne pade pas des officiers- de la. garde qui ont fait, de nobles traits de brasronre. — Un lieutenant au 6* de la garde, ayant reçu. L'ordre de fârefeu, a refusé parce cpie la élait.pleine de femmes et d'enfànts. Le cokmel réitène l'ordre de faire feu et le menace de le faire arrêter, il prend un pistolet et se brûle la cervelle.

Le Motleux^ c^sitaine au premier régiment, avait envoyé sdL démission le Imt des ordonnances folles de M. de Polignac. — Le soir, on se bat; il va trouver son colonel et le prie de regarder sa démission comme non avenue. — Sa compagnie est traquée à la Madeleine, dans les colonnes de Téglise que l'on élève; on lui crie de se rendre, il rdiise et est tué.

Ces deux exemples peuvent servir de symbole parfait

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ptt» eoEpnffler la^situatioii d'âme de la garde royale. Elle a fait noblement son devoir, mais à contre^eoeuri. — Tant qu'une armée existera, Tobéissance passive doit être honorée. — Mais c*est une chose déplorable qu'une armte.

29 AOUT. — Revue dé la garde nationale au Champ-de- Màrs. Tai' commandé assez militairement le quatrième bataillon de la première légion. — Le roi Louis-Philippe après avoir passé devant le front du bataillon, a arrêté son cheval, m'a été son chapeau et m'a dit :

— Moasieof de Vigny, je suis bien aise dè vous voir et de* vous voir li. Votre bataillon est très-beau, dîtes-le à tôtts ces messieurs de ma part, puisque je ne peux pas le Mr& moKméme.

Je l'ai trouvé beau et ressemblant à Louis XIV — à peu près comm« madame de Sévigné trouvait Louis XIV le plus grand Toi da monde, après avoir dansé avec lui.

Si je faisais lë roman que je projette de la Vie et la MM fun soldat. Pensée. — L'obéissance passive, — le martyre d'un soldat. — Je placerais entre lui et le second personnage une actrice qui le suit partout et qui lui raconte la vie de son frère, qui a suivi une carrière poli-

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lique d*avocat, toute magnifique, et toute pleine de trahisons et de récompenses.

Le jour où il n*y aura plus parmi les hommes ni enthousiasme, ni amour, ni adoration, ni dévouement, creusons la terre jusqu'à son centre, mettons-y cinq cents milliards de barils de poudre et qu'elle éclate en pièces comme une bombe au milieu du firmament.

Enterrement de Benjamin Constant. — Je ne Fai vu qu'une fois Ftuver dernier, chez madame O'Reilly . — Ily fut d'une coquetterie charmante à mon égard, disant à côté de moi qu'il me regardait comme le plus grand des jeunes écrivains. — Quand je lui parlai de l'acharnement avec lequel on poursuivait la poésie dans le côté gauche de la Chambre, il me dit que c'était affaire de bonne compagnie, que c'était crainte de paraître vouloir briser toutes les chaînes, qu'on voulait conserver les plus légères, celks des règles littéraires... J'engageai avec lui une sorte de petite querelle polie sur ce sujet et il se laissa battre, avec Walstein, très-complaisamment.

C'était un homme d'un esprit supérieur. Il combattit toujours sans récompense : ce que j'estime. Mais je crois

qu'il avait soa but d'ambition très-élevé, qu'il n'a pas atteint. — U n'eût pas été satisfait d*étre pair de France ou premier ministre; peut-être lui fallait- il une république et en être président. — La dynastie des Bourbons Timporlunait, il a contribué à la renverser; et la tristesse qu'il a confessée à la tribune lui est venue de l'impuissance oh il se sentait plongé de rien fonder sur les ruines qu'il nous a faites.

n avait un assez noble profil, des formes polies et gracieusesy il était homme du monde et homme de lettres, alliance rare, assemblage exquis. — Je crois qu'il avait un cœur froid et nulle imagination.

Les Français ont de l'imagination dans l'action et rarement dans la méditation solitaire.

Le monde a la démarche d'un sot, il s'avance en se balançant mollement entre deux absurdités : le droit divin et la souveraineté du peuple.

Il est dit que jamais je ne verrai une assemblée d'hommes quelconque sans me sentir battre le cœur d'une

S4 iULFRED DK VI&TfS:

saurde colère contre: eux^ à la vue de lîiismuanee de ienr Dsédïocrhé^ de la saffîsaDBe et da la puâôlité.^de- l^s déci$i@iiEa, de Taveui^èment- oasapkA dvileor coisdaite^

Oh ! fuir ! fuir les hommes et se retirer parmi quelques élusy élus entre irille milliers de mille !

2^ D^GjEafBRcr. IBM . — Naîtc&âam^fbrtone est le plus gmàdmmem. Otkm^en tire jamais dan& œttasociété | basée socl^orL.

Je suis le dernier fils d'une famille très-riche. — Mcn père, ruiné par la Révolution, consacre le reste de son bien à mon éducation. Bon vieillard à cheveux blancs, sfnritui^, ios^nk, . blessé, B^tiié! par. la guerre de Sept dos, et et pieia dë grâces, deoianièresL — Qnm'élèvs bî^ Oa.déTebppele sentiment des Brts^ qu& j'avais^ ap^ porté aa iBonde.. — reua,, pendant tout le*^ temps dtt rfimpô^ le^aoeurrému, . en voyant Ijesnpereur , du étsir djalèerà: DmaéR^. Mkia il faub avoir L'âge; d'ailleurs^ le granibonotiK^ détesté^ oaéioî^ de lui mes idées, autant qu'il se peut. — Vient la Restauration. Je m'arme à seize ans de deux pistolets, et je vais, une cocarde blanche au chapeau, m'unir à tous les royalistes qui s'annonçaient faiblement. — J'entre dans les compagnies rouge3 à grands frais. — Un cheval me casse la

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jambe. Boitant et à peine guéri, je pris la déroute de Louis XVIII jusqu'à Béthune, toujours à Tarrière-garde et en face des lanciers de Bonaparte. — En 1815, dans la garde royale, après un mois dans la ligne. J'attends neuf ans que Tancienneté me fasse capitaine. — J'étais indépendant d'esprit et de parole, j'étais sans fortune et poëte, triple titre à la défaveur. — Je me marie après quatorze ans de services, et ennuyé du plat service de paix. — - Oti vient de faire sans moi une révolution dont les principes sont bien confus. — Sceptique et désintéressé, je regarde et j'attends, dévoué seulement au pays dorénavant.

31 DÉCEMBRE, MINUIT. — L'année est écoulée. — Je rends grâces au del qui a fait qu'elle se sdt passée comme les autres, sans que rien ait altéré l'indépendance de mon caractère et le sauvage bonheur de ma vie.

Je n'ai fait de mal à personne. Je n'ai pas écrit une ligne conire ma conscience, ni contre aucun être vivant; cette année a été inoffeùsive comme les autres années de ma vie.

JOURNAL d'un POBTE

MÉMOIRES ET JOURNAL. — Les importunités des biographes qui, bon gré, mal gré, veulent savoir et imprimer ma vie et ne cessent de m'écrire pour avoir des détails que je me garde de leur donner; la crainte du mensonge, que je hais partout, celle surtout de la calomnie ; le désir de n'être pas posé comme un personnage héroïque ou romanesque, aux yeux du peu de gens qui s'occuperont de moi après moi : voilà ce qui me fait prendre la résolution d'écrire mes mémoires. *

J'irai de ma naissance à cette année, puis je commencerai im journal qui ira jusqu'à ce que la main qui tient cette plume cesse d'avoir la puissance d*écrire.

Je suis né à Loches, petite ville de Touraine, joUe, diton; je ne l'ai jamais vue. A deux ans, on m'apporta à

^ Ces mémoires, malheureusement, sont restés à Tétat de projet. L*idée d*an journal a seule été réalisée en quelque façon par le poète, et c'est de ce journal, journal de sa pensée plutôt encore que ^ sa vie, qu'on a ici des fragments. (L. R.}

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Paris, où je fus élevé, entre mon père et ma mère et par eux, avec un amour sans pareil. Ils avaient eu trois fils : Léon, Adolphe, Emmanuel, morts avant ma naissance. Je restais seul, le plus faible et le dernier d'une ancienne et nombreuse famille de Beauce. Mon grand-père était fort riche. Vigny, le Tronchet, Gravelle, Émerville, Saint-Mars, Sermoîse, Lourquetaine, etc., etc., étaient des terres à lui. — Il ne m'en reste que les noms sur une généalogie. — Il faisait en Beauce, avec mon père et ses sept frères, de grandes chasses au loi^>. Il tenait un état de prince. La Révolution détruisit tout. Ses terres appartinrent à ses hommes d'affaires, qui les achetèrent en assignats. — Ses enfants moururent, les uns tués à l'armée de Condé, les autres avec peu de biens, un à la Trappe. — Le frère de ma mère à Quiberon, son père en prison. — Mon père resta seul et m'éleva avec peu de fortune.

Malheur dont rien ne tire quand on est honnête homme.

Je remarque, en repassant les trente années de ma vie, que deux époques les divisent en deux parts presque égales, et ces époques semblent deux siècles à la pensée : l'Empire et la Restauration. L'une fut le temps de mon éducation ; l'autre, de ma vie militaire et poétique. Une troisième époque commence depuis deux ^ : celle de la Révolutkm, ce sera la pias pfailosoidiiqae de ma «vie, je pense.

Je puis donc séparer le paâséjde mesjoiirsiâDfOffî deux grandes parts. Temps que j'ai bien vus et bitntûbsemé^ du sombie point de vue où j^is-piiaeé.

AiPERÇ0.sjfiiiisiiaâux a CLASsEa. — La sévérité froide et un peu sombre de.mon caractère n'était pas native. Elle m'a été donnée par la vie.

— Une sensibilité extrême, refoulée dès l'enfance par les maîtres, et à l'armée par les officiers supérieurs, demeura enfermée dans le coin le plus secret du cœur. — Le monde ne vit plus, pour jamais^ que les idées.

— Le Docteur noir seul parut en moi, Stello se cacha.

— J'étais malade en 1819, je crachais le sang. Mais, comme, à force de jeunesse et de courage, je me tenais debout, marchais et sortais, il fallut continuer le service jusqu'à la mort. Ce n'est que lorsqu'un homme est mort qu'on croit à sa maladie dans im régiment. — Après son enterrement, on dit : « 11 paraît qu'il était vraiment malade. » — S'il est au lit, on dit : « Il fait semblant. » — S'il est malade de la poitrine et sort pour prendre Tair, on dit : « C'est se moquer de ses camarades et leur faire faire son senice. » —Cette dureté se gagne. On se moque de vous, si vous avez pitié d'un sddat. Là, tohs avez horreur d'un homme qui se brftie la cerveHe; oc croit que tette fésohi^

ALFRED DE VIGNV

tion ressemble à la révolte contre l'autorité. On devient impassible et dur.

Je pris ce parti contre moi-même et je dis : « Jlrai jusqu'à la fin. i — Je marchai une fois d'Amiens à Paris par la pluie avec mon bataillon , crachant le sang sur toute la route et demandant du lait à toutes les chaumières, mais ne disant rien de ce que je souffrais. Je me laissais dévorer par le vautour intérieur.

Les drames et les romans médiocres tendent à présent à faire de l'intérêt et des rencontres surprenantes en inventant des rapports accumulés, inhnaginables : ainsi, si un ouvrier rencontre à un bal champêtre une grande dame, il se trouvera qu'il est justement chargé de faire son bracelet et de le lui porter , et qu'il est aussi le fils de son mari, et qu'il est aussi l'assassin d'un sot qui va faire de la rivalité avec lui dans son grenier.

Une actrice vraiment inspirée est charmante à voir à sa toilette avant d'entrer en scène. Elle parie avec une exagération ravissante de tout ; elle se monte la tête sur de petites choses, crie, gémit, rit, soupire, se iàche, caresse en une minute; elle se dit malade^ soufifrante, guérie,

bien portante, faible, forte, gaie, mélancolique, en colère; et elle n*est rien de tout cela, elle est impatiente comme un petit cheval de course qui attend qu'on lève la barrière, elle piaffe à sa manière, elle se regarde dans la glace, met son rouge, Tôte ensuite; elle essaye sa physionomie et l'aiguise ; elle essaye sa voix en parlant haut, elle essaye son âme en passant par tous les tons et tous les sentiments. Elle s'étourdit de Tart et de la scène par avance, elle s'enivre,

Je me rappelle en travaillant un trait fort beau que la princesse de Béthune me conta un soir.

M. de X... savait fort bien que sa femme avait un amant. Mais, les choses se passant avec décence, il se taisait. Un soir, il entre chez elle; ce qu'il ne faisait jamais depuis cinq ans.

Elle s'étonne. Il lui dit :

— Restez au lit ; je passerai la nuit à lire dans ce fauteuil. Je sais que vous êtes grosse et je viens ici pour vos gens. *

Elle se tut et pleura : c'était vrai.

* C'est de cette anecdote qu'Alfred de Vigny tira sa comédie Quitte pow la peur, cette perle fine qui fut montée ayant les proverbes d'Alfred de Musset , auxquels elle semble avoir servi de premier modèle. ( L. R. }

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Le^émcrépiqueia ia, plane d'étendrc'Bas .aUss jlaos le grand ^roHiaa. Dans le drame, il faut^qufjl se.rédcâse:à de t^op^ét^oitBs proportions. Comme je .trouve UhiBtQire«à «la génfijnôme dans Im drames de Slrakspeare ixômme il-a aenti^ail ^éioiiiihit I

: BiM Mi paj cite meort en fiisant : T6te ii^mmi^/et repassant

ses premières batailles dans sa mémoire ; ^iming, ^en parlant d'affaires; Cuvier, en s'analysant lui-même et disant : La tête s'engage.

Et Dieu? — Tel est le. siècle : ils n'y pensèrent pas!

Oui, tel est le siècle. — C'est que la raison humaine est . arrivée en ces hommes et doit arriver en tous à la résignation de notre faiblesse et de notre ignorance. Soyons tout ce que nous pouvons être, sachons le peu que nous pouvons savoir. C est assez pour si peu .de jours à vivre. La résignation qui nous est la plus difficile est celle de notre ignorance. Pourquoi nous résignons-nous à tout, excepté à ignorer les mystères de Téternité.? A cause de Fespérance qui est la source de toutes nos lâchetés. Nous inventons «ne foi, nous nous la peirsuedons, nous voulons la persuader aux autres, nous les £r^j)ons pour les y contraindre. — Et pourquoi ne pas dire :

JOURNAt. D^UBT POIZB 62

— Je s^B' sur ma téta le: poÊds d'uns^ condamnation que je subis Ixmjeursv^âL Seigasurl mais^. ignorant la faate etiè procès, je subis: nea prison/ J^y t^^^ de la paille pour ToidjIier 'que^QefiiiB : là.se*TédiiiBent tous, les travaux hmnâs:^ Je aiis résigné à tcsm. las* maau^ et je* vous^ bénis àdai ân dot chaque* jour lorsqnlil Sjest .passé sans malheur. — Je n'espère rien dè c& monde et' je vous rends^gFàoeBdâ mfavoiiiî donné lar puisrance; dttiitrav^, qui fait que je puis oubiier entjèrenffîntenlui moo ignorance éteradié.

Onjie peut trop, mettre d'indulgence dans ses rapports avec les jeunes gens qui consultent. Je pense qu'il faut toujours les encourager, les vanter, les élever à leurs propres yeux, tirer d'eux tout ce que renferme leur cerveau et 1 exprimer comme un ^ain de raisin jusqu'à la dernière goutte.

J'étais lieutenant de la garde royale, en garnison à Versaalles, en 1816, je crois, lorsque je fis une assez mauvaise tragédie de Julien VApostat^ que j'ai brûlée dernièrement. — Telle qu'elle était, je la montrai à M. de Beauchamp, qui avait fait quelques livres d'histoire. Après avoir entàncb It^^préfacetet le premier;acte, il me serra la DHûn vivement et me dit z c Souvene^rvima. de ceci : à

6k ALFRED DE VIGNT

dater d' aujourd'hui, vous avez conquis votre indépendance. » Ce fut un des encouragements qui me touchèrent le plus y et Tun des premiers, car je n'osais rien lire à personne. — Peut-être que, s'il m'eût dit le contraire, je me fusse livré à l'instinct de paresse, si puissant sur l'homme, que la principale occupation des honmies qui sont au pouvoir est toujours de le combattre.

Ceci me remet en mémoire un homme d'esprit, mon cousin, le comte James de Montrivault. Je lui reprochais un jour qu'il fatiguait les soldats du régiment dont il était colonel et où j'étais capitaine. — Mon ami, me dit- il, il faut toujours exiger des hommes plus quHls ne peuvent fairey afin Sen avoir tout ce qu'ils peuvent faire. — C'était un bon principe militaire venant d'un bon officier.

Bossuet met par trop de simplicité dans les explications de chaque mot de VHistoire universelle. On sent trop qu'il écrit pour un enfant. 11 ne peut dire : Anachronisme^ sans ajouter sur-le-champ : c Cette sorte d'erreur qui fait confondre le temps. »

Je n'ai jamais la deux Harmonies ou Méditatbns de Lamartine sans sentu* des larmes dans mes yeux. Quand

JOURNAL d'un poste 6.^

je les lis tout haut, les larmes couleat sur ma joue. — Heureux quand je vois d'autres yeux plus humides encore que les miens !

Larmes saintes ! larmes bienheureuses! d'adoration, d'admiration et d*amour!

Si quelque chose ne me repoussait, je ferais un hymne à la duchesse de Berry, qui vient, comme une madone,

Son enfant dans ses bras et son lis à la main!

ibis quoi! faire la cour à une infortune aussi belle, c'est se confondre avec ceux qui se préparent des faveurs pour l'avenir. Je n'ai point d'enthousiasme pour sa cause; sans quoi, je serais allé combattre et non chanter.

L'élégante simplicité, la réserve des manières polies du grand monde causent non-seulement une aversion profonde aux hommes grossiers de toutes les opinions, mais une haine qui va jusqu'à la soif du sang.

La presse dévorera l'éloquence : elle l'a déjà mangée à

66 ALFRED DE. VlttNY

demi. — Dans Fantiquité, qui perdait uDdî r^ésentadon de Cicéiûn perdait.tout; .au)i)urd1uii^ oa se dit :

. — Je ne Tai pas entendu ce matin, quïmportel Je^ie lirai deHiaia.

Quelquefois, notre langue a* embelli ce qu*elle a touché; cela est rare, il est vrai. — J'aime mieux Michel- Ange que MchelangelOy et Florence que Firenze.

Le véritable citoyen libre est celui qui ne tient pas au gouvernement et qui n'en tient rien. — Voilà ma pensée et voilà ma vie.

L'amélioration de la classe la plus nombreuse et l'accord entre la capacité prolétaire et l'hérédité propriétaire sont toute la question politique actuelle.

Le Dûtêmrktioàn, . c'est la.TÎeiCeHqueâacrâo'iDdGuréel^^d triste, de désespérant^ dmtiètre. représenté pav lubet par ses paroles, et toujours le malade doit être supérieur à sa triste raison de tout ce qu'a la poésie de supérieur à la réi&tédouk>i]iasBequi:nou8 .eoMTe-; maî&> oottef raison

JOUaJXAL D'UN POETE Ô7

selon la vie doittoujpurs réduire le sentiment au silence, et le silence sera la meilleure critique, da la^.we.

SUJET : l'hABEÂS CORPUS, LE VIDE DES LOIS ^UT

la troisième consultation du Docteur noir). — Le Docteur noir rencontre un homme en qui l'orgueil d'être nommé le premier législateur de son temps est devenu une vraie maladie. Il était avocat et avocasse du matin au soir.

Le Docteur lui montrer le défaut de toutes les lois en le menant près du lit d'un homme qui meurt en prison, où il a été laissé préventivement neuf mois. Il est reconnu innocent, absous et meurt à Taudience. Dans son agonie, il s'écrie : « Rendez-moi ma santé, mon temps, ma famille, mon bonheur perdu par cettà prison. Si je suis innocent, jxiurqaQLdûiic m!aitez.--yQa8 tué ? Si je^ suis innocent, poup> qaoi/ai-éjeiiHiiàtiB ta&saoscqu^v8iU9.s97«ztdé^a3sa8â Si vous? éfteu de» ufinona!, prarquoir n'y^ »-t-il pas quelqu'un qui ait le droit de vous mettoe^efraxoMOion ? »

Is^amoMcphysiqueret seulemeait ph¥$i(|aef)ardoiu)e tonte infidâité^.CaioaBt. saitoUiCGoitiqu'il.ne mtrouFera. nnlle voiuplé'S^ui^e ailleura^ . Hy^tauih&â 0^iis«Bt^. sien^ repakw

Mais toi, amour de Vime, amour passionné , tu ne peux rien pardonner.

Pour rhomme qui sait voir, il n*y a pas de temps perdu. Ce qui serait désœuvrement pour un autre est observation et réflexion pour lui.

Le charlatanisme est à son comble. Je ne sais ce qui peut le faire cesser si ce n'est son excès ; j'espère en lui beaucoup.

LA CONSISTANCE. — Avoif dc lû cofisistance y en France, n'est pas une phrase vaine. Cette expression représente parfaitement l'aplomb et la considération qu'une longue et honorable vie peut donner et que le talent ne donne pas à lui seul.

LE THÉÂTRE DANS LE JOURNAL. — La paSSion du

monde est de voir. Si les hommes pouvaient tous voir ce que fait chacun, s'ils pouvaient se constndre un théâtre assez vaste pour y vdr agir les grandeurs et les célébrités^

ils seraient heureux et transportés chaque jour. — C'est pour cela qu'ils ont créé le théâtre ; mais le théâtre ne parle que du passé ou ne s'explique^ sur les événements présents que par des allusions très-détournées. Il a fallu un théâtre de chaque jour od des grands personnages vinssent jouer le matin leur rôle de la veille, ou le soir celui du matin ; où les spectateurs fussent vingt, cent, huit cents, mille à la fois ; où tous les yeux d'un peuple fussent attentifs à la même scène, au même moment, sans que les spectateurs eussent besoin de quitter leur demeure ; ce théâtre a été fait, ce théâtre, c'est un journal.

Là viennent jouer tous à la fois les peuples et les rois. Acteurs, observez- vous bien! tous vos gestes sont remarqués et comptés, le monde a tous ses yeux ouverts sur vous. L'applaudissement est rare et le murmure fréquent Hâtez-vous surtout de changer de scènes, car en un jour une scène est usée et elle use et dévore votre nom, ou, si ce n'est elle, c'est celle que joue une autre célébrité dans quelque autre coin du globe.

Celui qui fait mouvoir chaque jour à son gré ces personnages vivants, celui qui les présente sur son théâtre, dans le sens et sous le jour qui lui platt, celui qui les grandit ou les rapetisse à son gré, c'est le journaliste ! Ce sera toi demain, si tu veux ! Vois si tu trouves assez vaste cette occupation !

705 AUERED '0£ VIGN1Ï..

Bailanche^ danfiison Essai sm lesàmUkiiiom soeial^ diÉquHl^ne ppiitiy^y0v:aiicime. i«Bcm.d*£en^ la poésie en vers^.ctapuîAKiue lesipoëmes m se diantent pbu.

Il nomme notDBipoàBîei uat Uu^ue iriée^ à laqodle on s^teila^rmiei

Il se trompei . Tout: h«inm6; quii dit bien; sas racs lei chante y earquelque: sortes

LèfwlXett irignoble sont Ifes dèox noms qur distinguent le nrienx, à mes yeux, les deuxTaœs dHiommes qui vivent sur terre.

Ce sont réellement deux races qui-ne peuvent s'entendre en rien et ne sauraient vivre ensemblè.

Les plus effrayés du choléra étaient les plus vieux. — On dirait qu'à force de vivre, ils s'imaginent qu'ils accumulent avec les années des pierres d'un bel édifice, que rien ne peut détruire, et dont il faut avoir bien soin à mesure qu'il vieilDt

31 DÉCEMBRE, MINUIT. — L'année expire enfin ; cette douloureuse année a soufQé sur nous le choléra et les

JOmmkL UN POBITE

guerres de toute nature. Tout ce qui m'est cher a été préservé. Étranger à toutes les haines, j'ai été heureux dans toutes mes affections, je n'ai fait de mal à personne, j'ai fait du bien à plusieurs. Puisse ma vie entière s'écouler ainsi I

V Histoire universelle de Bossuet, c'est Dieu faisant une partie d'échecs avec les rois et les peuples.

Clarisse est un ouvrage de stratégie, en quelque sorte. Vingt-quatre volumes employés à décrire le siège d'un cœur et sa prise. C'est digne de Vauban,

STBLLO. — La troisième consultation sera sur les hommes politiques.

La quatrième consultation sera sur Tidée de lamour qui s'épuise à chercher Télemité de la volupté et de Témotion.

L^ Affinités ileclives que le préfacier de Goethe criti»

que amèrement. C'est un grand malheur que de porter avec soi dans l'avenir son maladroit critique comme un ballon sa naceQe.

Plus je vais, plus je m'aperçois que la seule chose essentielh pour les hommes, c'est de tuer le temps. Dans cette vie dont nous chantons la brièveté sur tous les tons, notre plus grand ennemi, c'est le temps, dont nous avons toujours trop, A peine avons-nous un bonheur, ou Vamotir^ ou la gloirey ou la sciencey ou Fémotion d'un spectacle, ou celle d'une lecture^ qu'il nous faut passer à un autre. Car qiie faire ? Cest là le grand mot.

Les rois font des livres à présent, tant ils sentent bien que le pouvoir est là. — 11 est vrai qu'ils les font mauvais.

. Les gouvernements regardent la littérature comme une colonne inutile oix leur jugement est ^ri^ : ils jv^oudraie^V Tempècher de s'élever. . \

7i ALFRED DE VIGNY

Bonaparte aimait la puissance et visait k la tûate-puis— sance ; c'était fort bien fait, car elle ^ un faitBt un faut incontestable, facile à prouver, tandis querla.hftMité d*jao^ œuvre de génie peut toujours se nier.

Gœtheifut. ennuyé des questions de tout, le monde sur la vérité de Wartkir. On ne cessai de s'informer à lui de ce qu'il r^ifermait de vrai.

«n aurait fallu, dit-il, pour satisfaire à cette curiosité, disséquer un ouvrage qui m'avait coûté tant de réflexions et d'dforts incalculables dans la vue de ramener tcHis le& divers éléments à l'unité poétique. »

La même chose arriva à Richardson pour Clarisse^ à Bernardin de Saint-Pierre pour Paul et Virginie,

Quand j'ai publié StellOy la même chose pour madame de Saint-Aignan, dont j*àvais inventé la situation dans le dernier drame d'André Chéuier ; la même pour Ktty Bell, dont j'ai inventé l'être et le nom. Pour Servitude et Gran-^ deur militaires, mêmes questions sur l'authenticité des trois romans que renferme ce volume.

Mais 3 ne faat pas^enr vouloir au puMc, que nom dSee- TOUS par l'art, deidiercter àae reeoniraitre et'à savoir jusqu'à quel point il a tort ou raison de se feire fflusioB.

Le nom des personnages réels ajoute à l'illusion d'opti-

que du théâtre et des livres, et la meilleure preuve du succès est la chaleur que met le public à s'informer de la réalité de l'exemple qu'on lui donne.

Pour les poêles et la postérité, il suffit de savoir que le fait soit feott et probable. — Aussi je réponds sur LaU' rette et les autres : Cela pourrait avoir été vrai.^

Sainte-B^ve fait un long article sur moi. Trop préoccupé da Cénacle qa il avait chanté autrefois, il lui a donné dfflis ma vie littéraire plus d'importance qu'il n'en eut, dans, le temps de ces réunions rares et légères. Sainte- Beave m'aime * et m'estime, mais me connaît à peine et s'est trompé en voulant entrer dans les secrets de ma manière de produire. Je conçois tout à coup un plan, je perfectionne longtemps le moule de la statue, je l'oublie

Sainte-Bèiiya m'aime. . J'aurais bien envie d'ajouter : tjui depuii,.. Dsns un arUole da la Revue des Deux Mondes y après la mort d'ÂJfred de Vigny, l'éminent critique a jugé de nouveau avec sa finesse accoutumée et mis à son rang, au premier, le poëte de Mbise, ù'Éloa et des Destinées ; mais la personne du poète n'est pas sortie de cette étude son» égratignure, faite, il sondile, ayflc;anez de plaisir j Qne les amis d Alfred de Vigny ne s'en montrent pas trop affligés. Lai-môme, s'il avait lu cet article, ne s'en fût pas vengé autrement qn'en disant encore comme ici, avec un autre sourire seulement : « Sainte-Beuve, qui m'aime... >» ( L. R. }

et, quand je me mets à Tœuvre après de longs repos, je ne laisse pas refroidir la lave un moment. C est après de longs intervalles que j'écris, et je reste plusieurs mois de suite occupé de ma vie, sans lire ni écrire.

Sur les détails de ma vie, il s'est trompé en beaucoup de points. Jamais je ne comptais sur la popularité d^Éloa et je voulais Timprimer à vingt exemplaires. En faisant Cinq-Mars, je dis à mes amis : Cest un ouvrage à public. Celui-là fera lire les autres. Je ne me trompais pas.

Il ne faut disséquer que les morts. Cette manière de chercher à ouvrir le cerveau d'un vivant est fausse et mauvaise. Dieu seul et le poêle savent comment naît et se forme la pensée. Les hommes ne peuvent ouvrir ce fruit divin et y chercher l'amande. Quand ils veulent le faire, ils la retaillent et la gâtent.

Je n'ai compris ce mot s'amuser que comme exprimant le jeu d^ enfants et des êtres sans pensées. Du moment où l'on pense, qu'est-ce que cela ? Aimer y oui, car l'amour est une inépuisable source de réflexions, profondes conune l'éternité, hautes comme le ciel, vastes comme Funivers,

L'ennui est la maladie de la vie. On se fait des barrières pour les sauter.

Quand on se sent pris d'amour pour une femme, avant de s'engager, on devrait se dire : « Comment est-elle entourée ? quelle est sa vie ? » Tout le bonheur de l'avenir esf appuyé là-dessus.

Cinq-MarSy StellOy Semtude et Grandeur militaires (on l'a bien observé) sont, en effet, les chants d'une sorte de poëme épique sur la désillusion; mais ce ne sera que des choses sociales et fausses que je ferai perdre et que je foulerai aux pieds les illusions; j'élèverai sur ces débris, sur cette poussière, h sainte beauté de l'enthousiasme, de l'amour, de l'honneur, de la bonté, la miséricordieuse et universelle indulgence qui remet toutes les fautes, et d'autant plus étendue que l'intelligence est plus grande.

Les Français ressemblent à des hommes que je vis un jour se battant dans une voiture emportée au galop. — Les partis se querellent et une invincible nécessité les emporte vers ime démocratie universelle.

ALFRED DE VICNTf

Chateaubriand vient de faire une toochure-plaidoirie pour la duchesse de Berry, dans laquelle il »€Bt un peu républicain. Le moindre écrivain républicain ne se croit nullement obligé d'être un peu monarchique. — Marque certaine que le mouvement des esprits est démocratique, puisque le plus ardent monarchiste feit le démocrate.

J'ai entendu le concert historique de Fétis. Cet érudit en musique a imaginé de rassembler les monuments musicaux de la France et de les faire exécuter avec les mêmes instruments qu'au seizième siècle. La viole, la basse, Torgue soutiennent la mélodie simple et grave des chants. Jamais l'art ne m'a enlevé dans une plus pore | extase, si ce n'est lorsque, étant malade à Bordeaux J j'écrivais Éloa. '

Les chants divins qui m'ont ravi surtout sont ceux de ! Laudi spiritmUy cantiques à la Vierge, dhantés par les confréries italiennes.

11 y avait aussi un air de danse grave, dansé à la couf de Ferrary au manage du duc Alphonse d!£ste4 air d'une modestie et d'une grâce iacony)arahles. Je voyais passer, en Tentendant, ces belles princesses aux yeux baissés et aux longues robes traînantes, se tenant .droites etreœvaDt des aveux d'amour avec réserve.

H-y aratim madrigal à cinq voix (par Pâlefitriaa), délicieuse composition pleine d'amour et de suavité. Puis on concerto passegiato pour violes, harpe, orgue et théorbe. — La terre parle avec ces instruments; avec Torgue le del D^nnd. — «Fois enfin la Bomcmeseay airttei qu un znge en ^ut inventer pour adorer.

Qiie j!ai:aimiié(œsriHédaiMesde kimusiqiidl

IBÉE DE TCFEïTE.^ L A FORTCATIINA. — maîtreSSC

^ îlapftiaël/tu le vis s^pœser dans tes bras.

Qu'as-stu fait, ô femme ! qu' as-tu fait ! Une idée par ÎMftser s'^ouiait sur tes ièvres . . .

©le «'eniiort dans les bras de Raphaël après qu'ils sottt ^dtés 'visiter ia Éampagne de Rome. — Elle rêve qae ses idées, tuées par elle, viennent se plaindre; les* idées de Baptiaël sont des tableaux sublimes. Les personnages se groupent, puis se détachent -en soujrirant et reprwinent JeurYd'TCTs te jciel.

La Fornarina s'éveille, embrasse Rat^iaël filetait mort.

C'est une effrayante chose que la facilité avec laquelle les Français affectent la conviction qu'ils n'ont pas, le caractère du voisin jusque dans leurs œuvres les plus éle-

vées. Rien ne montre mieux l'absence de foi et de caractère même.

Barbier vient de publier il Pianto. Les délices de Capoue ont amolli son caractère de poésie, et Brizeux a déteint sur lui ses douces couleurs virgiliennes et laquistes dérivant de Sainte-Beuve. — Ils ont mêlé leurs couleurs et leurs eaux ; à peine retrouve-t-on dans ce Pianto quelques vagues du fleuve jaune des lamhes, Uem bleuâtre qui entoure ces vagues est pure et belle, mais ce n'est pas celle du fleuve débordé d'où jaillit la Curée.

Brizeux est un esprit fin et analytique qui ne fait pas des vers par inspiration et par instinct, mais parce qu*il a résolu d'exprimer en vers les idées qu'il choisit partout avec soin.

Il a des théories littéraires et les a coulées dans l'esprit de Barbier, qui dès lors, se méflant de lui-même , s'est parfumé de formes antiques et latines qui étouffent son élan sathique et lyrique.

Barbier et Brizeux devraient ne jamais se voir, malgré leur amitié.

Il arrive à Barbier ce que je lui ai prédit; on s'écrie : Cest beau^ mais c'est autre chose que lui.

Dans le roman, un homme parfait comme Grandisson ennuie toujours. Dans l'histoire, comme Washington, il paraît froid, et, dans la vie, il est froidement aimé. Un homme parfait est aimé comme Dieu, assez firoidement.

C'est que les passions seules intéressent les hommes, toujours agités par des passions. Les pendules seules se meuvent par des principes ; les hommes font des principes et agissent contre ces principes mêmes.

Les anciens étaient naturels^ vrais dans leurs manières, comme sont encore les Italiens et quelques peuples orientaux. Tai été ému en relisant l'entrevue d'Alexandre et de Néarque, au retour de celui-ci après son admirable expédition maritime. Le premier événement dans l'histoire de la navigation est ce voyage du golfe Persique à l'Indus. — J'aime les pleurs d'Alexandre recevant Néarque et demeurant longtemps sans pouvoir parler, parce qu'il croit que ses Macédoniens et ses vaisseaux ont péri. — L'homme antique ne faisait jamais de fausse dignité ; il pleurait sans rougir de ses larmes, quelque grand qu'il fût.

Si j'ai le temps, je montrerai cette belle et vraie nature antique sur la scène.

^82 ALFRED DE VIGWY

MoavBmeot de jpoésie qui s'élaacaDt malgré moi.

ma mme ! ma muse ! ' je suis .aéparé 'te 'toi. Séparé iparies mvmùs qiii(ont.des :CQrpB et quitfottt diiimdt. Toi, tu n*aB;inB deouirps; tu esume âme^ une beUe^Une , use .déesse.

Bonapartei, c'est l'homme; N^oléon, Xî'est ie rôle. Le premier a une redingote et un chapeau ; le second, une couronne de lauriers et une toge.

Le 6 de ce mois de mars, ma mère, ma bonne mère a eu une attaque de paralysie sur tout le côté droit, joue» bras et jambe ; les saignées l'avaient rétablie.

Aujourd'hui, elle a une seconde attaque d'^^xydexie que deux saignées suspendent ; mais on ne j)eut j>arrenir à dégager le cerveau, qui s'égare et reste perdu peut-être pour toujours. — Elle avait un jeune médecin, M. Mag»tel; j'y joins M. Salmade , médecin expérimenté et 4gé , jïflur que sa prudence empêche l'ardeur Irop hardie de Tautie.

DU 17 AU 18 MARS. — Nuit d'angoisses.

Je la passe debout, près du lit de ma mère. — Au jour, son visage était effrayant»

JOURNAL D'uîî POîTTE 83

Dans la journée, ma mère me iwm nâtt. Ette^ooe «pénètre -de docdevr et de r e c m i naî BBairee "m 'me |»8rlaiit avec amour estchsrfflée de tae rm piès d'dle, je ini fais-plus de bien que les médecins , dit*«lle. — ïAâ réussi avec ma voix à la calmer en lui partEmt.

19 MARS. — Nuit affreuse. — Saignée.

Consultation de MM. Salmade , Magistel et Double. — Émétique.

Le cerveau est dégagé. Sa vie sauvée.

Depuis ce jour, elle s'affaiblit, -puis reprend des forces.

Elle a sa tète et me donne ses defe. EBe me prie de diriger ses affaires. Heureuse de n'avoir ph» âry peiKer. Elle me dit devant Lydia * et le médecin, qu'elle n'a-pas fait de testament et ne laisse rien qu'à moi, et à Angélique, sa feEuœ de cbambre, une pension qu'elle me prie de luifaire.J'^n fiais sur-lcrchamp l'engagement et le remets i An^lifiuet devant elle. — Cela lui donne beaucoup de caime. La mût est i)oniie.

JeXtouve un ordre admirable dans, ses papers ; je les remets devant elle dans son secrétaire, et je ne prends rien:de l'â^gent igu'il renferme; je veux que, si eUe est ' guéne, jelLe retrouve tout dans l'état où elle l'a laissé.

* La femme du poêle, née Lydia Bunbary.

8i ALFRED DE VIGNY

Je paye toutes les dépenses de sa maison.

Quand son sang coule, mon sang souffre; quand elle parle et se plaint, mon cœur se serre horriblement; cette raison froide et calme comme celle d'un magistrat, brisée par le coup de massue de l'apoplexie, cette âme forte luttant contre les flots de sang qui l'oppressent, c*est pour moi une agonie comme pour ma pauvre mère, c'est un supplice comparable à la roue.

27 MARS. — Jour de ma naissance.

Je l'ai passé à écouter et regarder ma mère dans son lit de douleur. Il y a trente-six ans, elle y était pour me donner le jour ; qui sait si elle n'y est pas pour quitter sa vie?

31 MARS AU SOIR. — Ma pauvre mère était douloureusement mieux ce soir. Elle était calme, elle était gaie, ne souffrait pas et s'amusait de la nouvelle du mariage de Mary Bunbury. Elle m'a dit : « Quoique je ne sois pas là tout entière^ écris-lui que je prends beaucoup de part à son bonheur. »

MÊME ÉTAT. — Ma mère m'a dit : « Je serais bien égoïste de ne pas te laisser prendre mes livres, moi qui ne pourrai plus lire, »

« 11 vaudrait mieux pour moi être morte que reslei ainsi.» — Pauvre mère, elle me tue avec ces mots-là.

3 AVRIL. — Un vaisseau cargue toutes ses voiles dans l'orage et se laisse aller au vent. Je fais de même dans les chagrins et les grands événements; pour ménager les forces de ma tète, je ne lis ni n'écris, et je ne laisse prendre à la "vie sur moi que le moins possible.

Malgré tout ce travail de la volonté, la douleur nous saisit au cœur malgré nous et reste là.

La vie de famille attendrit Fhomme. Un mameluk est acheté à Tâge de douze ans en Circassie. 11 est élevé en soldat, en centaure. Il a des esclaves égyptiennes qui jamais ne lui donnent d'enfants en Égypte ; il n'a ni père ni fils ; il a des compagnons d'armes qu'il ne pleure pas quand ils tombent.

Il est rhomme le plus énergique de la terre.

Quelquefois, j'envie cet homme et je regrette mes quatorze ans d'armée.

R6 AX'TUED DE ^IGOT

ROMAN MODERNE. — UN HOMME d'hONNEUR. — L'hOD-

neur est la seule base de sa conduite et remi^Iace la religion ea lui. — Le faire passer sa vie entière par toutes les professions actuelles, dont en même temps son contact fera ressortir les défauts et dont sa conduite fera la satire.

L'honneur le défend de tous les crimes et de toutes les bassesses : c'est sa religion. Le christianisme est mort dans son cœur. A sa^mort, il regarde la croix avec respect, accomplit tous ses devoirs de chrétien comme une formule et meurt en silence.

L'ennui est la grande maladie de la vie; on ne cesse de maudire sa brièveté, et toujours elle est trop longue, puisqu'on n'en sait que faire. Ce serait faire du *bien aux hommes que de leur donner la manière de jouir des idées et de jouer avec elles, au lieu de jouer avec les actions qui froissent toujours les autres et nuisent aa prochain.

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