LE MAINE-GIRAUD. — ROMAN HISTORIQUE. SUF UD
parchemin que j'ai retrouvé dans mes papiers de famille, je ferai un roman historique.
Ce sera une assez noble manière de donner de la valeur à cette pauvre terre.
Les décorations seront mes terres et le château du Maine- Giraud avec les ruines de Blanzac.
L'époque 1679. Celle de Louis XIV.
En 1680. — La Brinvilliers est brûlée.
En 1679 meurt le vieux cardinal de Retz.
En 1670. — Le voyage à Douvres de la duchesse de Portsmouth.
MiLON DE CROTONE. — Milon a joué avec les lions et les a tués de sa main. Il a vu un grand chêne au milieu
JOURNAX d'un POETE. 139
d'une forêt et s'est diverti à Tébrancher ; il a fait souffrir le chêne et l'a brisé à demi. — Un jour, Milon s'avance et veut le fendre avec ses mains, dernier affront. Mais le chêne se révolte et resserre ses deux flancs comme des tenailles inflexibles. — Les lions et les loups voient Milon saisi par sa victime et se jettent sur lui. Ils le dévorent et le mettent en pièces. Le chêne est inexorable et ne lui laisse pas une main pour se défendre. — femme mé~ chante ! ton esprit est pareil à ce Milon. Sans pitié il déchirait le chêne pour se jouer. Mais cet arbre sait bien qtfon rappelle le chêne, — et qu'il est le plus grand des arbres de nos bois. — Il sait cela et s'est vengé. — A présent, les animaux vils vont te dévorer.
19 FÉVRIER. — Décidément, le papier ne donne pas de bonheur, dit Stello. J'y ai mis tout ce qu'on y peut mettre en public, poëmes, livres, pièces de théâtre, et je n'en suis pas plus gai.
LA MISÈRE. — Oui, dit Stello, je la hais, je hais la misère, non parce qu'elle est la privation, mais parce qu'elle est la saleté. Si la misère était ce que David a peint dans lesHoraces, une froide maison de pierres, toute vide, ayant pour meubles deux chaises de pierre, un lit de bois dur, une charrue dans un coin, une coupe de bois pour boire de l'eau pure et un morceau de pain sur un couteau grossier, je bénirais cette misère parce que je suis stoïcien. Mais, quand la misère est un grenier avec une sorte de lit à rideaux sales, des enfants dans des berceaux d'osier, une soupe sur un poêle et du beurre sur les draps, dans
un papier, — la bière et le cimetière me semblent préférables.
sopHiA, JANE, A NAMMwicH. — Deux jcuoes sœufs. L'une et l'autre d'une éblouissante blancheur. L'aînée, coiffée en longues et innombrables boucles, a les plus admirables cheveux blonds, un peu colorés de feu, que j'aie jamais vus de ma vie. Grande, souple, gracieuse dans tous ses mouvements. L'autre, décolletée plus qu'on ne l'est au bal en France. Ses épaules et son col de cygne rougissent de temps à autre, quand elle parle, et ces taches larges sont passagères, tandis que son visage reste pâle.
Elles ne savent pas un mot de français et m'ont prié d'écrire des vers français dans leur album; j'ai fait ceux-ci pour elles :
Comme deux cygnes blancs, aussi purs que leurs ailes,
Vous passez doucement, sœurs modestes et belles,
Sur le paisible lac de vos jours bienheureux.
Ka langage français, quelques vers amoureux
En vain voudraient vous peindre avec des traits fidèles;
Vous lirez sans comprendre, et, sur votre miroir,
'Comme les beaux oiseaux, passerez sans vous voir!
Ii2 ALFRED DE VIGNY