‹ Journal d'un poète, recueilli et pub. sur des notes intimes d'Alfred de VignyChapitre 9 sur 51 · POUR LES CONSULTATIONS DU DOCTEUR NOIR · texte numérisé non relu

POUR LES CONSULTATIONS DU DOCTEUR NOIR

Poser l'idée philosophique en haut. Idée à laquelle l'histoire vient apporter ses preuves, et les déposer à ses pieds.

29 JUIN. — ARMAND CARREL. — J'apprcuds, par une conversation avec d'anciens amis, qu'un jour Armand

1 Dans Steîlo el dans la smte projetée et restée à l'état de projet de Stella, dont le Docteur noir, comme on saft, est le priaci|péliaierloentear. (L. R.)

JOURNAL D'UN POITE

Carrel dit, en parlant de moi : Voilà une belle âme; il

A la suite de ce mot d'un homme que je n'ai jan^k connu, parut le grand article du iVa^/orm/ sur ma vie" tt mes œuvres. — Il était de M. RoUe, homme d'un esprit rare et des plus étendus.

uw POEMfl. M PAiBE. — Vous, mère jeune et belle, qm me di^z en rae serrant la main : c Celui-slà, je ne le nourrirai pas, » vous pensiez à ce que seraient pour lai les kpunes qm vous survivraient et devaient vivre autour de

» M et le jug(^. L'âme dAin poëte est une mère aussi et doit aimer son œuvre pour sa beauté, pour la volupté de la conception et le souvenir de cette volupté, et, pensant à son avenir, s'écrier : « Je Tai fait pour toi, Postérité ! »

faut la montrer !

LA MÉDÉE DE CORNEILLE. — Le public français a fait jusqu'ici des prodiges de respect. Écoii^er la tragédie classique avec ses froides abstractions, telle qu'elle lui a été servie jusqu'ici, se résigner à entendre des vers dont le second est toujours faux à cause de la cheville, ce qui force l'esprit à en retrancher dix sur vingt, c'est prodi- • gieux. Il n'est pas surprenant qu'il se lasse.

La tragédie française a été presque toujours une suite de discours sur une situation donnée.

DE LA MORT DU DUC d'ORLÉANS. — VorS 1825,

j'écoutais une conversation entre quelques hommes qui se croyaient graves, et l'un d'eux disait :

— Ce qu'il y aura de triste, ce sera cette suite de trois

règnes de vieillards avant Henri V. Il faudra voir tout le le règne de Louis XVIII, de Charles X, du Dauphin.

— Eh I mon Dieu, dis-je, soyez tranquilles, il arrivera quelque chose avant dix ans ; et je leur rappelai la Fontaine : € Leroi,râne ou moi, nous mourrons. » Je fis faire aux hommes d'État amis de M. de Villèle, qui me parlaient, une vilaine grimace, et on me regarda comme libéral et philosophe.

Aujourd'hui, même chose. On se donne la peine aux Tuileries de penser à une régence pour le petit comte de Paris et à constituer une branche aînée dans la branche cadette. Eh ! bon Dieu, qu'importent ces branches et ces branchages à la plus démocratique des nations ?

L'espoir vrai de la France est, comme je le dis tranquillement à Louis-Philippe en 1830, l'indifférence en niatiere de gouvernement. Peu nous importe quelle troupe fait son entrée sur le théâtre du pouvoir.

Nos besoins politiques sont ceci ou cela. — Nos passions : la fierté nationale, l'amour de la gloire, etc., etc.

Satisfaites-les. Quand vous nous tromperez, nous ferons baisser le rideau.

La fortune a mieux traité la branche aînée au lit de mort que la branche d'Orléans.

Le duc de Berry poignardé disant : Grâce pour r homme ! est beau dans la mémoire des hommes.

Si le jeune duc d'Orléans a pu réfléchir dans son agonie,

ALFRED DE VLGNY

il a dù regretter ime balle à Ckmstaotae et le baidet ài général Daiorémont.

Gette mort frappe la maison d'Orléans aussi profondément que la mort du duc de B^ry fta<ppa les Boorboos.

Les partis commencent déjà à faire ées Tecasstqaes faiidàtfues et puériles sur les dates, circonsCanoss^ prèssenniments^et&y etc. — Niaiserie axoittumée.

cupiDêN^ POEME. — Micfael-Ange, accablé de critiques et las d'entendre l'éloge des anciens, fait un Cupiéoti, Tenfouit et le fait découvrir dans une fouille.

Les savants s'assemblent.

Description de YAmot&r grec de Michel-Ange.

Maisil s'écrie : < Il est de moi ! J'^ ai la terre glaiseda&s mon atelier, p

L'esprit du travail est souvent incomplet en nous, et il est malheureux que tout le monde ait la f^i^Ué de travailler, produire, écrire, avec une demi-attention. Cest là ce qui fait les œuvres médiocres.

Lorsqu'on sent que Ton ne seia pas tout entier à son ouvrage, il vaut mieux s'absenter et marcher, agir, pour ne pas s'y mettre à demi*.

L'iDÉR, — Lorsqcfnne idée neuve, juste, poétique, est tombée de je ne sais où dans âme, rien ne peut l'en arracher ; elle y germe comme le grain dans une terre labourée sans cesse par Timaginalion. En vain je parlo^^ j'agis, j'écris, je pense même sur d'autres choses : je la sens pousser en moi, l'épi mûrit et s'élève, et bientôt il faut que je moissonne ce froment et que j'en forme, autant que je puis, un pain salutaire.

CRITIQUE LITTÉRAIRE. — Toutc la presso vient de louer Lucrèce pour ses qualités clas^ques, tandis que son succès vient précisément de ses qualités i onantiques. Détails de la vie intime et simplicité- de langage. — Venant de Shakspeare par Coriolan et Jules Césw«

DE l'éducation UNIVERSITAIRE. — RiCD de plUS

niais que la routine des classes, du latin et du grec pour lous. Les œuvres anciennes sont excellentes pour former le style.

Or qui a besoin avant tout d'un style ? — Ceux qui doivent être professeurs, rhéteurs, ou, par hasard, trèsgrands écrivains éloquents, ou, par ua hasard (dus grand encore, poètes.

Mais la majorité de la nation a besoin d'éducation pro-

fessionnelle et spéciale.

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