Le lundi 1" mai
212 i\\ PRETRE LORRAIS PE^DAST LA REVOLUTIOS
M. le curé de me permettre de laisser mon paquet chez lui. et de me l'envoyer ou par la poste, ou par une occasion sure. Il y consentit et je partis. Je ne fis pas deux lieues ce jour-là; j'arrivai chez mon second curé désigné, mais il n'était pas chez lui. J'y trouvai un vicaire bien honnête et bien aimable. 11 avait déjà dîné. N'importe, il me fit préparer un bon petit dîner dont je fus fort content. Comme je savais que mon supérieur de Saint-Claude m'attendait, je voulus, après dîner, continuer mon chemin. « Oh! vous ne partirez pas, me dit cet aimable jeune homme; M. le curé reviendra tantôt, et il sera bien aise de vous voir ». Je me laissai gagner, et j'attendis M. le curé, qui revint en efTet et qui me fit amitié.
Le lendemain, après avoir dit la sainte messe, je remerciai ^I. le curé, et M. le vicaire eut la bonté de me conduire fort loin. Nous nous quittâmes, après lui avoir témoigné ma reconnaissance. Alors je descendis une montagne si haute qu'il me fallut trois quarts d'heure pour la descendre. C'était dans un bois, et il n'y avait qu'un chemin fort étroit ot fort raboteux. J'eus un peu de peur; cependant j'allai mon chemin et je n'eus aucune mauvaise rencontre. Quand je pus voir à travers le bois, j'aperçus
Ey BOHÊME 213
une fort belle et vaste plaine qui me réjouit. Au bas de cette montagne, je marchai encore un bon quart d'heure, et j'arrivai à mon troisième gite.
Ce lieu s'appelle Mariachêne *, et c'est un grand pèlerinage du pays. Je devais là m'adresser à un révérend père carme, que j'y trouvai en effet. Il avait été prévenu de mon arrivée, et il m'attendait. Il me reçut bien, me fit dîner avec lui et ensuite vint me conduire jusqu'à moitié chemin de Toplitz, où je devais me réunir à mon bon ami ; il m'indiqua où je devais aller le chercher et ensuite il me quitta.
A mon arrivée, je suivis exactement le chemin indiqué, et je parvins à la maison où venait coucher mon bon supérieur; c'est-à-dire à un quart d'heure de la ville. Mais il n'y était pas. Son hôtesse, bonne femme de village, me conduisit à la ville dans la maison où il passait la journée. Il n'y était pas non plus. Enfin, une heure après environ, il arriva. Que nous eûmes de joie de nous voir et de nous embrasser! Il me fit des reproches sur mon retard. Je lui racontai tout ce qui m'était arrivé, et il m'excusa. Comme il ne mangeait pas à la maison, il me mena souper dans une auberge voisine, et