‹ Journal d'un prêtre Lorrain, pendant la Révolution (1791-1799);Chapitre 107 sur 148 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

(août — 11 septembre 1797).

VISITKS d'adieu. = LE CURÉ ET LE SEIGNEUR. = ENCORE A l'abbaye DE WALDSASSEN. = LES PETITS OUVRAGES DU BON SUPÉRIEUR DE SAINT-CLAUDE. = LES PETITS ÉTUIS A CURE- DENTS. = VISITE AU PRINCE-ÉVÊQUE D'EICHST^ETT ET A SON SUFFRAGANT. =^ LE BON PETIT SOUPER. = AVIS DE HATER LE RETOUR EN FRANCE. = AUGSBOURG.

CE n'était point notre chemin de passer par Bilin, par Merzlich et autres lieux, mais nous ne devions pas manquer de témoigner notre reconnaissance à ces charitables Messieurs, non plus qu'à plusieurs autres de la connaissance de mon bon compagnon de voyage, le supérieur de Saint- Claude. Enfin nous limes un détour d'environ dix ou douze lieues qui, s'il eut ses peines, eut pour nous ses agréments et ses avantages.

Notre tendre père Edmond nous charria donc jusqu'à Bilin et nous y déposa. Etant obligé de se retrouver à l'abbaye pour dîner, il nous

embrassa en pleurant, comme s'il eût perdu ses meilleurs amis, et remonta en voiture. Pour nous, nous restâmes toute la journée et nous couchâmes chez M. le curé qui nous combla d'honnêtetés. Le lendemain, ne pouvant point nous donner de voiture, au moins il fît porter nos paquets jusqu'à Mcrzlich où. nous arrivâmes de bonne heure. Je rangeai le reste de mes petites affaires qui étaient encore là; j'y laissai ce qui me parut être de trop pour le voyage, et, après le dîner, nous remerciâmes ce bon curé. Il fit aussi porter nos paquets jusque chez l'autre curé que nous voulions saluer en passant.

Nous prîmes là nos paquets et nous vînmes coucher à une bonne lieue, chez un curé Prémontré chez lequel nous fûmes fort bien. Mon compagnon me conduisit ensuite chez un vénérable doyen chez qui nous fûmes encore mieux. Nous passâmes trois ou quatre jours dans sa paroisse qui n'était qu'à onze lieues de Prague. Il invita à souper avec nous le seigneur du lieu qui était un homme respectable et plein de bonté Ce seigneur, à son tour, nous invita à dîner le lendemain. Y étant allés vers midi, nous trouvâmes la dame qui venait d'arriver de Prague d'où elle était partie de bon matin ce jour-là même. J'aurais bien désiré voir cette ville, mais, n'ayant

point d'occasion, je craignais de me fatiguer et de ne pouvoir plus faire mon voyage qui était fort long. Je renonçai donc à ce projet.

Ce Monsieur et cette dame nous invitèrent à demeurer plusieurs jours et nous dirent que, tant que nous serions là, ce serait chez eux et non chez M. le curé que nous mangerions. Ils invitèrent M. le curé à nous faire compagnie, nous comblèrent de bontés , et nous retinrent tant qu'ils purent. Lorsque nous leur annonçâmes que nous voulions partir : « Mais rien ne vous presse, nous dirent-ils, restez ici. Où voulez-vous aller dépenser le peu que vous avez? » Nous étions confus de toutes ces bontés. Nous les priâmes de trouver bon que nous avancions, puisque nous avions quelque espérance de rentrer. c< Eh bien! messieurs, nous vous donnerons demain une voiture, puisque vous voulez absolument partir, et il faut que M. le doyen vous donne une recommandation auprès de MM. ses confrères, afin qu'ils vous fournissent des voitures, ou du moins qu'ils vous donnent des personnes pour porter vos paquets. » M. le doyen, qui était là, fut fort de cet avis et nous dressa lui-même une supplique fort pressante à MM. ses confrères pour les prier de nous rendre ces bons offices.

22 î UN PRETRE LORRAIN PENDANT LA RÉVOLUTION

Ce Monsieur et cette dame firent donc préparer une voiture le lendemain et, après le déjeuner, signalèrent leur libéralité d'une manière extraordinaire; car, sans savoir ce qu'eut mon compagnon qui était là et bien connu et bien aimé, j'avoue, pour la gloire de la divine Providence, que je reçus, tant du Monsieur que de la dame, sept ducats en or, qui font près de trois louis et demi. « Cela vous aidera un peu, nous dirent-ils, à payer les frais de votre voyage. » Pleins de reconnaissance, nous montâmes en voiture, et on nous conduisit jusque chez un curé, environ à quatre lieues de là.

Ce Monsieur curé, sur la recommandation de son confrère, nous reçut bien et nous donna aussi une voiture. xVinsi, dans tout le reste de la Bohême, nous eûmes ou voiture ou quelqu'un pour porter nos paquets, du moins tant que nous voulûmes, et nous fûmes bien reçus.

Au sortir de la Bohême, nous nous trouvâmes à l'abbaye de Valrassen *, où j'avais passé il y avait environ un an -. Nous nous y reposâmes deux jours, après lesquels nous passâmes, en suivant notre roule, dans deux endroits où il v avait des

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