‹ Journal d'un prêtre Lorrain, pendant la Révolution (1791-1799);Chapitre 109 sur 148 · Le mardi 15 août de l'année · texte numérisé non relu

Le mardi 15 août de l'année

monde, et ordinairement même on lui payait ses ouvragées bien au delà de ce "qu'ils valaient et il avait la bonté de partager avec moi tout ce qu'il recevait. En chemin faisant nous rencontrâmes un prêtre français qui faisait de beaux petits étuis pour mettre des cure-dents. Nous lui en achetâmes chacun une douzaine et nous aurions bien fait d'en prendre davantage : nous aurions trouvé où les placer.

Nous avancions petit à petit et nous nous trouvâmes dans un pays où mon compagnon était encore connu pour \ avoir demeuré. Nous allions de curés en curés et tous étaient bien aises de le revoir. Pour moi, j'étais reçu par-dessus. Enfin nous arrivâmes à un pèlerinage où il avait demeuré. Nous y restâmes trois jours avec des prêtres français qui y avaient demeuré avec lui. Nous eûmes là l'honoraire de nos messes plus que suffisant pour notre nourriture. Un curé des environs nous avait conseillé d'y demeurer, disant qu'il ne fallait pas tant nous presser. Nous ne l'écoutâmes pas, et nous nous en sommes repentis.

Ce pèlerinage est dans le diocèse d'Eichstâtt. Nous en partîmes et nous nous rendîmes chez un curé, encore un bon ami de mon compagnon, où nous fûmes également bien reçus. De là nous passâmes dans une petite ville où les RR. PP.

capucins nous Aèrent avec plaisir. Là nous apprîmes que le prince-évêque d'Eichstâtt était à .sa campagne, qui n'est éloignée de là que de deux lieues, avec son frère M. le suffragant. Je proposai à mon compagnon d'y aller pour faire mes adieux et témoigner encore une fois ma reconnaissance à l'un et à l'autre. Y ayant consenti, nous vînmes au château du prince, près d'une petite ville nommée Balaingries', sur une montagne fort escarpée.

Nous déposâmes nos sacs dans une maison à côté de la première porte, et nous nous avançâmes près de la seconde porte d'entrée où était le corps de garde. Mais les soldats nous reçurent assez mal. On nous dit que le prince et M. son frère n'y étaient pas, qu'ils étaient allés voir la chasse au cerf, mais qu'ils devaient revenir dans peu. Nous attendîmes donc environ une heure, après laquelle ils revinrent en effet. Nous allâmes de nouveau nous présenter à la sentinelle; même réception que la première.

Nous commencions un peu à nous décourager lorsque je vis venir un Monsieur qui était un officier du prince. Je dis en moi-même : « Voici mon affaire ». En effet, ce Monsieur, nous voyant

Page 1