Sans doute Beilngries
228 L\\ PRETEE LORRAL\ PENDANT LA RÉVOLUTION
près de la porte, nous demanda ce que nous voulions. Je lui dis : « Monsieur, j'ai demeuré à Eichsttat longtemps; M, le suffragant a eu des bontés pour moi. Je voudrais avoir l'honneur de le voir et de lui témoigner ma reconnaissance avant de partir. » Il appela aussitôt un soldat et lui ordonna d'aller voir si M. le suffragant était visible. Ce soldat obéit alors et revint dire à ce Monsieur qui causait avec nous : qu'il allait sortir avec le prince, et que nous le verrions en passant. Deux ou trois minutes après je vis débusquer le prince et son frère, qui venaient de notre côté. Lorsqu'ils furent auprès de nous, je me mis à genoux pour demander la bénédiction du prince, qui, nous ra3'^ant donnée, nous fit lever, me fit plusieurs questions sur mes voyages et sur mes compagnons qu'il connaissait et me fit donner deux gros écus. 'Je pris la liberté de lui présenter le plus beau de mes étuis dans lequel il y avait un cure-dent; j'en présentai un autre à M. le suffragant; l'un et l'autre daignèrent les accepter. Le prince ordonna qu'on nous fît rafraîchir et nous quitta. Un de sa suite nous conduisit au château et on exécuta les ordres du prince. Après avoir fait un bon goûter, comme il était encore bonne heure, nous fîmes encore deux bonnes lieues avant le coucher.
Nous couchâmes à l'auberge, parce que M. le curé du lieu n'était pas chez lui. Comme mon compagnon partageait avec moi ce qu'il recevait, je lui donnai à mon tour la moitié de ce que j'avais reçu du prince. Le lendemain, nous partîmes d'assez bon matin et nous vînmes dire la messe à deux lieues, dans l'église d'un petit village où nous trouvâmes un bon vicaire qui nous fit déjeuner après. Comme il devait revenir chez son curé, presque à une lieue de là et sur notre route, il nous accompagna, nous fit abréger notre chemin et, l'ayant quitté, nous nous rendîmes pour dîner chez M. le curé de Valding, d'où nous étions partis lorsque nous sortîmes d'Eichstâtt pour aller en Pologne. Il nous reçut avec bien de la joie, nous demanda des nouvelles de son M. Laurent, et nous lui répondîmes qu'il était en chemin pour revenir chez lui. Après avoir bien dîné et bien causé, nous voulûmes venir coucher à Eichstâtt. Nous n'avions plus que deux lieues; nous les entreprîmes et nous arrivâmes vers les cinq heures du soir*.
Quand nous fûmes près de la ville, pour ne pas être arrêtés à la porte si on nous vovait arriver avec nos sacs, je conduisis mon compagnon par