CHAPITRE XXIV DE CONSTANCE A EICHST.^TT
(15 février — 2 avril 1799).
l'armée française a une demi-lieue de constance. = DÉPART
pour eichstatt. = uberlingen encombré de prêtres et d'Émigrés fuyant constance. = marches pénibles. = passage DU DANUBE. = ULM. = TERREUR DES POPULATIONS. = AUGSBOURG. = ACCIDENT DE VOITURE. = DIFFICULTÉ D'ENTP.ER EN BAVIÈRE. = SÉPAR.\TION. = DONAUWCERTH. = M. L'ABCÉ AUBRY. = ARRIVÉE A EICHSTATT. = INSTALLATION DÉFINITIVE AU SÉMINAIRE DU PRINCE-ÉVÉQUE, PRÈS DE L'ÉVÊQUE DETOUL. = PAX.
DEPUIS que les Français s'étaient emparés de la Suisse, nous commençâmes à être inquiets, parce qu'ils vinrent s'établir jusqu'à une demi-lieue de Constance. Ce voisinage ne nous plaisait pas, nous craignions toujours qu'un beau jour ou une belle nuit ils ne vinssent nous gober tous. Nous eûmes deux ou trois alertes, mais on nous tranquillisa et on nous dit qu'on nous avertirait quand il serait temps de partir. Cela ne nous rassurait pas beaucoup. Cependant nous restâmes bien dix mois dans ces perplexités.
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Enfin, nous fûmes avertis que les Français, dont quelques officiers venaient presque tous les jours à Constance, viendraient occuper cette ville le 1d de février 1799. En conséquence, nous allâmes demander des certificats de conduite et de demeure, et des passeports; ce qu'ayant obtenu, nous fîmes de nouveau nos paquets, nous les mîmes à la diligence, et j'adressai le mien aux dames religieuses d'Eichstiltt, où je pris la résolution de revenir. Les Français devaient, disait- on, arriver à dix heures du matin; nous sortîmes de Constance vers les neuf heures et demie, MM. Toussaint, Masson, Gobert, Varin et moi. Les chemins étaient couverts de neige, et nous eûmes de la peine à marcher déjà ce jour-là, car il commença à tomber de la neige de nouveau et à pleuvoir. Nous fîmes cependant deux bonnes lieues pour venir au bord du lac, vis-à-vis Uberlingen. Nous attendîmes pendant quelque temps un bateau qui enfin se trouva; nous y montâmes, passâmes le lac dans l'espace de trois quarts d'heure à peu près, et nous vînmes descendre à la porte de cette petite ville.
Nous vînmes donc de Constance coucher à Uberlingen, que nous trouvâmes plein d'émigrés et de prêtres qui tous se sauvaient aussi bien
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que nous. Nous trouvâmes cependant encore place dans une auberge, par la recommandation de notre hôte qui avait écrit à celui qui la tenait. Beaucoup demeurèrent dans cette ville quelque temps, mais nous en sortîmes le lendemain après avoir dit la sainte messe, et nous vînmes, à travers la neige et le froid, et même le dégel, à trois lieues de là. Nous nous proposions d'aller jusqu'à Klosterwald, qui est une abbaye de dames bernardines; mais il faisait si mauvais et j'étais si harassé que je proposai à M. Varin, qui était alors avec moi, de nous arrêter dans un village à une lieue de cette abbaye. Les trois autres compagnons étaient derrière nous. Nous les attendîmes, croyant qu'ils resteraient avec nous, mais nous ne les vîmes pas passer. S'imaginant que nous étions toujours en avant, ils continuèrent leur route et vinrent coucher à l'abbaye. J'eus des inquiétudes à leur égard, et ils en eurent sur notre compte, mais nous nous retrouvâmes le lendemain.
En effet, nous louâmes, dans le village où nous avions couché, un traîneau qui nous mena bon train à l'abbaye. Nous y trouvâmes nos compagnons qui y étaient arrivés la veille. Ils y avaient été bien reçus et nous le fûmes de même. Nous passâmes là le dimanche. Nous y vîmes M. le
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curé de Rambervillers *, qui y était à demeure depuis plusieurs années et qui nous rendit service.
Nous en partîmes le lundi ^ et nous vînmes coucher dans un couvent de dames dominicaines qui nous reçurent parfaitement bien. Je crois que nous y demeurâmes deux jours. Elles voulaient nous retenir plus longtemps; mais nous les remerciâmes et nous nous avançâmes pour coucher dans une petite ville, où nous restâmes aussi deux jours à cause du mauvais temps, mais à l'auberge. Voyant quelque lueur de beau temps, nous nous mîmes en chemin, mais nous nous trompâmes. Il fallut revenir sur nos pas par des traverses où nous enfoncions, où nous glissions.
A force de fatigues, cependant, nous arrivâmes à un moulin où il nous fallait passer le Danube; mais il était débordé des deux côtés d'un pont de bois qui nous paraissait très mauvais. On alla à cheval dans un village au delà de ce fleuve, chercher un grand chariot sur lequel nous passâmes, mais certainement pas sans crainte. Nous n'avions qu'une bonne lieue pour arriver à une abbaye,
1. Nommé Gérard. (Voir E. Martin, Histoire, t. III, p. 126, 163.)