XXXII L'ABBÉ NICOLAS ALAIDON ET SON JOURNAL
d'affaire dans les pas difficiles; le dernier chapitre de son journal^ le montre observateur avisé, ne craignant pas de reconnaître la naïveté de ses idées préconçues et de les redresser lui-même. La nature humaine est fertile en contrastes.
L'estime qu'inspirait la fermeté de son caractère, l'indéniable sincérité de sa très grande piété et surtout sa bonté- furent les causes principales de son succès. Partout où il passa, il fut aimé; et c'est une grande force. Si, parmi plusieurs prêtres échoués chez eux, des étrangers charitables n'en pouvaient retenir que quelques-uns, l'abbé Alaidon était toujours du nombre; et, plus d'une fois, au départ, ses hôtes lui firent la conduite les yeux pleins do larmes.
Il ne faut pas demander à ce journal des renseignements historiques qui, d'ailleurs, ne nous apprendraient rien de nouveau. La fuite même de l'abbé Alaidon devant les armées françaises est, pour ainsi dire, anonyme. Il nous apprend qu'il dut, souvent avec précipitation, quitter telle ou telle ville parce que les Français arrivaient. A la suite de quelle victoire? Nous pouvons le deviner, mais non par lui. Ignorant la langue du pays dans lequel il vivait, lui-même devait n'être pas toujours bien renseigné. Il n'a ni la science ni la
2. « M. Alaidon faisait beaucoup d'aumônes... Ami constant, compatissant, généreux, il se montra surtout hospitalier à l'égard de ceux qui, chassés de leurs places et dépouillés de leurs emplois pour refus de serment, lui paraissaient spécialement les pauvres de Jésus-Christ. » (Ghalrian, cité par ll.-J. Thiriel, p. 22.)